dimanche 22 mai 2022

QuOi De neuF DoCTeuR ?

 


Que se passe t-il d'excitant dans le monde d'après ? Le rythme de sénateur affiché par les parutions de ce blog est un bon élément de réponse. A droite, à gauche, on se refile des pistes, on conseille, on propose, on tâte, on tente, on s'emmerde ferme au rayon nouveautés. Pire, parfois on s'énerve. Comme je m'énerve, par exemple, lorsque je vois la merde que Clash nous a pondu en guise de réédition Deluxe de Combat Rock. Au moment où les labels ont, enfin, capté la seule véritable qualité du CD, sa capacité de stockage, au moment où le public, avide et frustré, semble prêt à débourser des sommes irraisonnées pour des trucs qu'on trouve depuis des lustres en téléchargement pirate, voila qu'on nous colle des tracklists en dessous de tout.



Passe encore que des groupes au bout du rouleau lorsqu'ils enregistrèrent les albums en question les rallongent de sinistres titres live, de démos poussives, d'alternatives acoustiques au lustre poussiéreux. Mais quand on sait qu'il existe tout un double album de Clash laissé au rebut depuis presque 40 ans, Rat patrol from fort bragg, et qu'en lieu et place on nous sert des faces B déjà disponibles sur maintes compilations et des singles rincés, je dis merde. C'est simple, les deux seuls titres à peu près attrayants qu'ils ont déterré, Rock the casbah et Red angel dragnet avec Ranking Roger au micro, ne figurent même pas sur le Deluxe mais sur un single à 10 sacs sorti en parallèle. Donc, même si c'est cher pour ce que c'est, prenez le single et cherchez le courage de l'écouter. Parce qu'au final, le comble dans tout ça, c'est encore de s'apercevoir qu'écouter Clash aujourd'hui revient à se filer des coups de marteau sur les doigts.




Au lieu de quoi, regardez donc Minx !
Voila une série absolument impeccable pour occuper son temps. Un peu brouillonne par moment dans sa lisibilité, je pense que les gars se sont vus réduire la durée ou le nombre d'épisodes en cours de route, ce qui fait qu'ils tassent pour que tout rentre. Ainsi va la vie des séries, avec Damoclès en guise la pérennité. Mais ça reste quand même bien funky. Et quand je vous aurais dit qu'elle parle, en se contrefoutant de la véracité des faits, de la tumultueuse création du premier magazine à destination des femmes libérées, que ledit magazine, porté par une femme pas si libérée, n'a trouvé comme éditeur potentiel qu'un éditeur de magazines porno et que tout ceci se passe dans les années 70...vous allez me dire que les années 70 commencent à vous sortir par les yeux. Je vous comprends, moi aussi. J'en viens à ne plus mentionner le souvenir d'un frigidaire orange dans la cuisine de ma mère. Mais, croyez moi, cette série vaut mieux que ça. D'abord parce que le ton qui est le sien est un compromis entre celui de I'm dying up here et celui de The Kominsky Method, qui sont, sans hésitation, parmi les cinq meilleures séries des dix dernières années. D'ailleurs on retrouve Michael Angarano au générique de Minx. Qui c'est celui là ? Ok, je vais pas ramer à contre courant. Take it or leave it, hier Marseille s'est qualifié pour la ligue des champions et Djokovic est favori à Roland Garros, alors j'en ai rien à foutre de convaincre quiconque. Ce que je dis, c'est pour vous, par grandeur d'âme. Manière de partager mon enthousiasme, une denrée rare.




Minx, saison 1 en 10 épisodes de 30mns, des répliques qui font mouche, un rythme que la durée des épisodes oblige au pas cadencé, un casting rafraichissant, hormis le gars de Dying up here je ne connais rien d'aucun de ses composants, sinon que la nana qui a le rôle principal en avait un tout petit dans le Nowhere Man de Sam Taylor-Wood
Minx, une série pas conne, sexy et rigolote sur les femmes dans un man's man's world auquel je les aiderais bien à foutre le feu. 

Hugo Spanky



jeudi 14 avril 2022

CoQuillaGeS eT cRUsTaCés



Il n'aura échappé à personne que les Red Hot Chili Peppers ont sorti un nouvel album, Unlimited love. Il est plutôt pas mal. Il fait plaisir pour tout un tas de raisons. D'abord Rick Rubin a renoncé à la compression à outrance qui flinguait des disques qui auraient mérité un bien meilleur traitement (La futura de ZZ Top pour n'en citer qu'un), ce Unlimited love pulse, en douceur mais il pulse. Il respire et nous avec. Ça peut sembler anecdotique, mais une fois la chose calée dans les oreilles ça fait toute la différence avec le matraquage industriel. Unlimited love est un disque printanier, à écouter au réveil pour se mettre en accord avec une éventuelle envie de ne rien foutre. Un disque laidback et funky pour une époque qui n'est ni l'un ni l'autre, je m'en contente volontiers. Les Red Hot ont abandonné toute velléité de jeunisme, pas de Danger Mouse ici pour retaper la façade, pas d'acrobatie sonique pour épater la galerie, on est sur le versant pente douce d'un terrain connu. Si aucune chanson ne surnage avec une éclatante évidence, mes préférences du moment vont à aquatic dance mouth pour ses cuivres intelligemment agencés, it's only natural pour son feeling et let 'em cry entre disco stonien et effluves jamaïcaines. the heavy wing (chantée par John Frusciante) et tangelo ferment le disque de belle manière et les singles black summer et poster child remplissent leur rôle de marqueurs, pour le reste c'est en infusion lente que ce disque se déguste.

En parallèle à tout ça, n'étant point homme à me contenter d'une unique saveur, je continue mon travail d'archéologue en farfouillant avec gourmandise dans le Marillion 2.0, après m'être délecté de l'oeuvre solo de leur ancien leader, Fish. Si dans le cas du chanteur les flagrantes réussites que sont Raingods with zippos et Sunsets on empire s'imposent dès la première écoute, il en va différemment de ses comparses délaissés. Harry Max me faisait sournoisement remarquer que les albums du Marillion new look (de 30 ans d'âge toutefois) évoquaient parfois u2, je lui rétorquais, sans mordre à sa perfidie, que ce n'est pas faux (on a des conversations incroyablement passionnantes). A ceci près qu'ils seraient des u2 à la hauteur de leurs ambitions. Du moins dans certains cas. La production de plusieurs de leurs albums souffrent d'un mal aussi répandu que contagieux, l'air du temps. Ils sont quatre à y survivre avec panache, Marbles, Anoraknophobia, FEAR et le récent An hour before it's dark, dans cet ordre là, du bon à l'excellentissime. Il y a là de quoi s'épanouir l'esprit en stéréo dans un état de somnolence qui n'exclut pas l'éveil des sens.



Si Marbles et Anoraknophobia ont une approche encore très pop (tout est relatif avec un groupe multipliant les morceaux dépassant le 1/4 d'heure), FEAR et An hour before it's dark sont eux dotés d'une production d'un classicisme exemplaire. Difficile de faire des comparaisons, les mélodies sont sublimes, m'évoquent parfois Scott Walker, les envolées sont naturelles, rien ici ne semble forcé, le groupe mise sur l'unité sans chercher à faire briller inutilement ses solistes. Si je devais conseiller un seul album parmi ceux là, ce serait An hour before it's dark et si Antoine insistait pour que j'en arrive à mettre des titres en exergue, je dirais les deux suites be hard on yourself et sierra leone, ainsi que dans un registre plus pop reprogram the gene et murder machines. Je ne sais pas quoi vous dire de mieux, je suis sous le charme.



Quoi d'autres ? J'ai écouté tout ça en bouquinant l'impressionnant recueil sur Métal Hurlant 1975/1987. Un magazine que je n'ai quasiment jamais lu, bien que fana de la plupart des dessinateurs qui y ont œuvré, mais dont le parcours mérite largement que l'on s'y intéresse. Le livre, mis en ordre par le duo Gilles Poussin, Christian Marmonnier, donne la parole aux protagonistes (Dionnet, Druillet, Moebius, Jano, Tramber, Manoeuvre, Margerin...) confronte points de vues et souvenirs, de l'utopie des années 70 à la perte d'identité généralisée des années 80. Les tempéraments, les compromis, qu'importe les déceptions, à Métal Hurlant, comme en musique, l'essentiel est l'aventure. 


Hugo Spanky


dimanche 6 mars 2022

MaRiLLiON

 


Fallait être gonflé en 1981, alors que le punk épuisé se convertissait en new wave épuisante, pour rappliquer en se réclamant du rock progressif. En plein revival twist, voila que de parfaits inconnus placent un titre de 17mns, le sublime Grendel, en face B de leur premier E.P. Sur la face A l'efficace market square heroes s'ouvre sur un power chord et révèle, jusque dans la voix, l'influence de Pete Townshend, le tout incidemment dégraissé par une production conforme à l'esprit do it yourself. Tout progressif qu'il soit le groupe injecte au genre une énergie non feinte, l'effet est immédiat, les troupes patchées se pressent au pied de la scène et Marillion passe sans transition du Marquee à Reading sans avoir le moindre album à son actif. 

Tandis que la hype déguste sa pop chez les garçons coiffeurs, voila que des allumés fringués comme l'as de pique, menés par un écossais répondant au sobriquet de Fish -une baraque de 2 mètres pour un bon quintal, gangréné par une calvitie et maquillé comme une voiture volée- ouvrent leurs concerts par la B.O d'Orange Mécanique et enchainent sans plus de politesse sur des morceaux de bravoure multipliant breaks et sorties de piste pour habiller des textes si corrosifs qu'ils font passer ceux de The Wall pour des disgressions sur le mal être adolescent en milieu scolaire. En 1983, après deux ans de rodage consacrés aux concerts, leur premier album, Script For A Jester's Tear, fracasse les conventions et surprend par la profusion d'idées en germe dans ses compositions alambiquées, autant que par la puissance qu'il dégage. Dans le genre coup de boule à sec, à froid, ce disque se pose là. De la chanson qui lui donne son nom à Forgotten sons qui le conclut, aucun instant est moins que captivant. On est bringuebalé comme à la foire, tantôt vicieux, tantôt frontal, jamais bienveillant. Le chanteur fascine par son implication, les claviers donnent le tournis, la rythmique matraque et à travers le jeu de Steve Rothery les hardos se découvrent un nouveau guitar-hero.


En fait l'album est tellement bon qu'on se demande comment ils vont pouvoir faire mieux, Fugazi qui sort en 1984 apporte la réponse, ils ne feront pas mieux. Plus tard ils feront différent, mais pour ce coup ci c'est un cran en dessous. Pas de quoi s'affoler non plus, le disque compte son lot de franches réussites, Punch and Judy, Jigsaw, Emerald lies et IncubusC'est finalement sur scène que la partie se joue, de façon improbable pour un groupe au répertoire aussi complexe, Marillion excelle en live. Trois enregistrements ont été publié pour en témoigner, Recital Of The Script, en cd et dvd, qui couvre magistralement la tournée accompagnant la sortie du premier album, le surpuissant Real To Reel qui illustre la tournée Fugazi puis The Thieving Magpie, double cd qui compile des titres piochés dans divers concerts entre 1984 et 1987. Hypnotisant frontman, Fish accapare le public, vit ses textes, chante sans cesse, car là aussi l'originalité est de mise, si les compositions tutoient pour la plupart les 10mns la part laissée aux soli des instrumentistes reste concise. La musique de Marillion est faite de mouvements, de climats et climax, de feeling, jamais elle ne sombre dans la complaisance. En ce sens, leur troisième album, Misplaced Childhood qui parait en 1985 sera la parfaite illustration de leur singulier talent, ainsi que le point culminant de leur pouvoir de séduction. Le disque, qui leur apportera une renommée internationale grâce à une série d'imparables singles Kayleigh, lavender, heart of Lothian, s'impose comme l'un des plus ambitieux d'une époque où la production musicale peine à s'émanciper du carcan imposé par MTV. Présenté comme un bloc conceptuel autour de la perte de l'innocence, tous les titres s'enchainent sans heurt avec une impeccable maitrise. Sobrement produit par Chris Kimsey, Misplaced Childhood a conservé toute l'intemporalité de ses qualités, ce qui n'est pas si commun pour un enregistrement réalisé en un temps où les gimmicks ont, ailleurs, trop souvent pris le pas sur l'inspiration.









Le succès aiguise les crocs d'un manager qui divise les rangs et encaisse les dividendes, les tournées se succèdent, incessantes, Fish ne se dissocie plus du personnage scénique qui endosse les angoisses et dépressions de textes flirtant dangereusement avec l'intime. Alcool, acides et cocaïne sont depuis trop longtemps son pain quotidien, dans un réflexe de survie il pose un ultimatum, si Marillion ne fait pas un break, il quitte l'aventure. Il ne sera pas pris au sérieux, l'album suivant sera son dernier au sein de la formation. Clutching At Straws enregistré en plein chaos, après deux années supplémentaires sur les routes, sort en 1987. Une nouvelle fois impeccablement produit par Chris Kimsey, le disque se distingue de son prédécesseur en marquant un retour à un format de chansons plus traditionnel, même si l'ensemble reste conceptuel et les enchainements fréquents. Les textes de Fish expriment clairement sa volonté de rupture, évoquant le lent suicide par auto-destruction d'une rockstar au bout du rouleau. Généreux en temps forts, warm wet circles, that time of the night, le tristement toujours d'actualité white russianslàinte mhath, sugar micele disque se conclut en apothéose sur the last strawune chanson qui synthétise toutes les qualités d'un groupe devenu redoutablement efficace. Fish domine cette fois encore l'album, ses mélodies sont éblouissantes, sa voix virevolte de l'une à l'autre avec une aisance sidérante conjuguée à une profondeur qui donne corps à la confusion des sentiments, ivres et titubants. We're clutching at straws, I'm still drowning...



Il y aura un ultime hit single, Incommunicado qui semble boucler la boucle en revendiquant comme au temps de market square heroes l'influence des Who, ceux de Quadrophenia, auxquels heart of Lothian avait également fait allusion en citant discrètement love reign o' me. Il y aura une tournée de plus, des concerts tantôt habités, parfois abattus, j'aurais droit aux deux, avant que le gâchis ne s'invite au festin. Ni Fish en solo, ni Marillion avec son nouveau chanteur, qu'ils auront au moins l'intelligence de choisir totalement différent de son prédécesseur, ne retrouveront la si séduisante magie qui anime ces quatre albums à contre-courant auxquels s'ajoute B'Sides Themselves de 1988 qui regroupait pour la première fois sur cd une large partie des nombreux titres que le groupe réservait exclusivement à ses singles et E.P. Forcément disparate puisque couvrant une longue période en constante évolution, cette compilation n'en est pas moins excellente et propose un panorama des différentes facettes du groupe. Elle permet de mettre la main sur le fameux Grendel ainsi que market square heroes et three boats down from the candy à savoir les trois titres qui constituaient leur tout premier E.P, dans des versions toutefois légèrement différentes pour les deux derniers puisque ré-enregistrés deux ans après leur première publication. On y trouve aussi tux on que je classe parmi ce qu'ils ont fait de meilleur, ainsi que l'étonnamment minimaliste lady Nina. Bref, ça permet d'y voir plus clair dans le micmac des faces B, sans dispenser les plus accros du plaisir de la traque aux vinyls, tous dotés des superbes pochettes de Mark Wilkinson et contenant d'autres merveilles comme la version longue de Cinderella search ou les différents remix de Kayleigh. En cinq années seulement d'enregistrements le Marillion de la période Fish a laissé une production aussi conséquente qu'indispensable pour qui aime la musique lorsqu'elle provoque sensations fortes et vertige sans rien perdre de son authenticité. 

Hugo Spanky

mercredi 23 février 2022

MöTLeY cRüe

 



Mötley Crüe, je connais pas, qu'elle me fait, j'écouterais bien à quoi ça ressemble, toute enthousiasmée par la série Pam & Tommy que l'on dévore au rythme d'un maximum d'épisodes en un minimum de temps.

Bordel, Mötley Crüe, le temps de secouer les breloques qui me servent de méninges et les images reviennent, pas les plus élégantes, mais assurément pas les moins rigolotes. C'était même leur truc principal, être fendards comme pas deux, jamais effrayés par le ridicule. Dans Enfer magazine, Metal Attack, ils apparaissaient, mois après mois, toujours plus déglingués, bouteille de Jack Daniels à la main, farouches opposants à l'existence des verres, à poils sous la douche, le nez dans des nichons, les yeux éclatés de rire, dévastant l'avenir de toutes les starlettes du petit écran à venir se frotter à eux. Et elles furent nombreuses à prendre le ticket. Les interviews valaient mieux que les tirades romantico-dépressives des rockstars encartés, le Mötley Crüe ne racontait que des anecdotes puisées dans une vie sur la route menée grand train, claquant un maximum de la thune que leur manager faisait fructifier en utilisant leurs tournées mondiales pour donner dans l'import/export de carburant nasal. On vivait le début des années 80, être irraisonnable le rock nous y avait habitué, dorénavant il n'y aurait même plus besoin de justification à cela. Fun fun fun en réponse au no fun de la génération que Mötley Crüe piétinait sous ses platform boots. 




Je les avais lâché dans la nature après leur quatrième album Girls Girls Girls, ce qui amène à 1987. La mort de Razzle m'avait laissé saumâtre, j'adorais Hanoï Rocks. Si j'avais donné sa chance au disque en dépit d'une pochette encore moins ragoutante que les précédentes, c'est uniquement parce que j'espérais un hommage à la hauteur du drame, je sais pas, un morceau bien senti pour le copain fracassé à travers le pare-brise, une dédicace sincère, un geste. Et il y en eu un. Ces dingues concluent l'album sur une reprise live de jailhouse rock, manière de se bidonner en repensant aux deux maigres semaines de prison effectuées par Vince Neil pour avoir provoqué l'accident mortel dans un état qui défonce les limites. Car c'est bien là le titre de gloire dont le groupe tire sa fierté, défoncer toutes les limites.





Remarquez bien qu'ils avaient pas tort de miser là dessus plutôt que sur leur musique. De Mötley Crüe, j'étais blasé d'attendre un album qui tienne la distance. Too Fast For Love, leur premier, restait encore, et reste toujours, le seul qui vaille le coup d'être glissé sur l'étagère, bien calé entre le premier WASP et le Stay Hungry de Twisted Sister. Un album sans subtilité, sauf si taper sur une cloche pour habiller un break, comme le fait Tommy Lee quasi systématiquement, vous apparait subtil. C'est aussi le seul de leur oeuvre pour lequel Nikki Sixx, leader maximo à 4 cordes, a eu le temps de composer ce qui ressemble à des mélodies qui vous percutent le bulbe et y restent coincées pour l'éternité, live wire, public enemy #1, piece of your action, on with the show, starry eyes, merry-go-round, de quoi empéguer les esprits au delà du sunset strip qui vécu cette année 1982 au rythme de leurs frasques. Surement pas un coup du hasard si c'est aussi le seul de leurs disques que j'ai conservé jusqu'ici. J'aurais été mieux avisé d'en faire autant du suivant, le luxueux Shout At The Devil vu le prix auquel il s'échange de nos jours. D'autant qu'il montrait un progrès niveau production, sans qu'on soit sûr d'y gagner au change. Le groupe se donnait les moyens de conquérir le monde, et si les chansons dignes de ce nom commençaient à se faire plus rares, shout at the devil, too young to fall in love, ten seconds to love, fallait en profiter vu que très vite ce serait disette.






Alors ? Faire découvrir Too Fast For Love de Mötley Crüe en 2022 à sa nénette, ça donne quoi ? La réponse dans les commentaires. En ce qui me concerne, je prépare la suite en retirant la poussière qui insulte I fuck like a beast.


Hugo Spanky




samedi 22 janvier 2022

PosT RéFleXioN




J'ai fini par piger ce qui me bloquait avec les bd post années 80. D'abord, j'ai collé la cause de ma désaffection sur le numérique, l'absence de grain, le vide intersidéral des scénarii. Remarquez bien que tout ça n'est pas exactement faux. Sauf que Manara ou Kebra, c'était pas vraiment tellement moins creux, simplement ça me parlait.
Puis je suis tombé sur un blog qui en publiant des ebooks tout azimut m'a permis de me plonger dans les productions récentes, disons de moins de 10 ans en arrière. Et c'est là que j'ai pigé. Le soucis, c'était ma pomme. Je reprochais à la bd de ne plus être celle que je connaissais sur le bout des doigts. Elle avait poursuivi sans moi son évolution, la bd avait fait ce que je reproche au rock de ne pas faire, et je trouvais encore moyen de me plaindre ! j'étais vexe, on était passé à l'ère du roman graphique et j'en savais rien. les salauds ne m'avaient pas prévenu.
Mieux encore, la bd s'est féminisée, ce qui est mon souhait le plus immuable dans à peu près tous les domaines. Le salut viendra de la femme, ça sera pas pour de suite dans la mesure où sitôt qu'elles sont en position de changer quoi que ce soit la plupart commencent par se masculiniser. Ce qui est le comble de la connerie. Mais j'ai espoir, ça viendra. Fini le temps où Chantal Montellier et Claire Bretcher faisaient figure d'exception, au dessin, au scénario, les femmes sont en place et d'ici demain plus personne ne les cantonnera à ne parler que d'elles-mêmes. 


Devant l'ampleur de mon retard, j'ai, pour aborder mes recherches, commencé par trier dans le nombre en éliminant tout ce qui est nanas avec des flingues sur la couverture, idem pour les mecs d'ailleurs. Les polars, j'ai donné, pas question de rechercher ce dont j'avais déjà fait le tour. J'ai aussi ignoré les biographies, plus encore celles consacrées aux groupes de rock. Et ça fait du vide ! Putain, c'est devenu un vrai business cette affaire, ramones, velvet underground, motörhead, bowie, nick cave...ils y sont tous passés, réduit à leurs propres clichés en 50 pages. Dans la foulée, j'ai dit non aux machins pseudo historiques, c'est prétexte à n'importe quelle connerie. Vu que j'ai jamais trippé science fiction, vaisseau spatial, golgoth et compagnie, là aussi ça a fait du vide. Faut voir ce qu'on se trimballe comme angoisse pour nos lendemains à venir. Sans moi, j'en ai assez avec celles du jour. Je biaise en piochant dans le registre anticipation, quand c'est bien fichu, ça me va. Avec parcimonie, mais ça me va. Le trop plein de texte, critère de renoncement également, let the dessin do the talking ! Une bd qui nécessite des paragraphes entiers de rédaction est synonyme d'auteur qui s'est gouré de métier. Alan Moore ou pas, quand c'est trop bavard c'est qu'y a maldonne.

Fallait s'y attendre, je me suis retrouvé avec une jolie collection de couvertures roses et bleues, des bd girlie à conscience émotionnelle perturbée. L'équivalent sur papier blanc des disques de T.Rex, Roxy Music, de Katy Perry aussi, des clips de Miley Cyrus lorsqu'elle fait des pirouettes avec sa voiture. Un univers entre True Blood, les films de Sofia Coppola et ceux de Gregg Araki. A ce petit jeu, deux talents se distinguent, atteignant tous deux leur pleine maturité avec leurs plus récentes publications, après quelques encourageant tirs d'essais.

L'espagnole Maria Llovet en premier lieu avec son Faithless en trois tomes (le troisième est pour 2022). Son trait d'inspiration manga trouve une assurance pleine de sensualité soulignée d'une touche de fantaisie haute en couleurs qui manquait un brin à Heartbeat, son précédent ouvrage. Avec un scénario fignolé par l'américain Brian Azzarello, qui s'est imposé avec le machiavélique 100 bullets comme une signature phare, Faithless a tous les ingrédients pour faire des ravages. En combinant les points forts de la bd européenne, sexy et pertinente, avec ceux des comics, efficacité et noirceur, cette série est la salutaire bouffée d'air frais dont le genre avait sérieusement besoin. Difficile d'en dire plus sans être réducteur tant les auteurs s'amusent avec les thèmes les plus classiques du romantisme gothique, sorcellerie, sexualité, épouvante, si ce n'est que tout cela fonctionne miraculeusement par la grâce des personnages qui en contrechamp nous racontent tout autre chose et parviennent à nous questionner sur la valeur que l'on donne à ce qui n'a d'importance que si on lui en accorde. Parfois au point de tout sacrifier pour entretenir une illusion.






Avec 47 cordes, Timothé Le Boucher s'est affirmé en 2021 comme l'autre talent à ne pas manquer. D'une délicatesse inversement proportionnelle à son nom, son trait trouve ici sa plus parfaite épure et se hisse enfin à la hauteur de ses intrigues. Après deux albums en constante progression, Ces jours qui disparaissent, aux dessins un chouia trop juvéniles pour une histoire qui justifie toutefois d'y prêter intérêt et surtout l'impeccablement ficelé Le patient publié en 2019, 47 cordes est la confirmation attendue. Le môme sera taillé pour la cour des grands s'il ne se perd pas dans la démesure d'un scénario dont le second tome à venir pourrait bien se révéler casse-gueule à maitriser. Car si il y a un truc qu'il ne m'a pas fallu mille ans à piger, c'est bien la difficulté qu'ont les auteurs à conclure des histoires dont l'ambition dépasse le one shot. 



En parlant de one shot, Karmen de Guillem March atteste, comme Maria Llovet, de la bonne santé de la bd espagnole. Quelques albums en demi-teintes au scénario parfois confus (Souvenirs) et des collaborations pas franchement convaincantes, dont une avec Jean Dufaux qui peine à se renouveler après avoir trop essoré le filon Djinn, m'avaient fait classer Guillem March au rayon des espoirs déçus, d'autant plus facilement que son expérience américaine au sein de l'usine à comics semblait l'avoir définitivement dénaturé. Karmen démontre avec insolence que j'avais été un peu vite en besogne. Le décor est planté dès les premières pages, on arrive trop tard. Une histoire toute simple traitée avec une ingéniosité vertigineuse, des rebondissements placés avec un impeccable sens du timing et des illustrations tout ce qu'il y a de charmantes m'ont transporté d'une émotion à l'autre avec une béatitude complice. Karmen est une gifle en forme de caresse, ou l'inverse. On aime ce qu'on a perdu, faute d'avoir su l'aimer à temps. Pour ne rien gâcher l'album, paru chez Dupuis, est absolument magnifique.





Retour en France avec l'excellent ouvrage de Lucas Harari La dernière rose de l'été. Splendide résurrection de l'école ligne claire toute de couleurs méditerranéennes, le livre est un plaisir renouvelé à chaque case. Un personnage central au ton pastel traine sa nonchalance sans trop savoir ce qu'il fout là, en ce bord de mer trop bleu pour être honnête. Un peu Brian De Palma, un peu Freddy Lombard, il regarde côté voisine et se laisse happer. Je n'ai pas lu L'aimant qui le précède, mais ce deuxième livre place Harari parmi les noms à suivre de près. Il y a de la personnalité dans ce trait qui peut être, enfin, amène l'héritage de Chaland vers un nouvel éden. L'ambiance mouve au fil du récit, d'abord aérée et lumineuse, les angles, le découpage, Harari utilise toutes les techniques, se positionne en réalisateur, donne à ses dessins des perspectives qui accentuent le propos sans utiliser le texte au delà du strict nécessaire. Du beau boulot, assurément.










Autre nom à surveiller, Lucrèce Andreae, cette jeune touche à tout déjà responsable de quelques court-métrages d'animation signe avec Flipette et Vénère un premier album doté d'une intelligence dans les multiples nuances de son propos à laquelle notre époque de fanatiques ne nous a pas habituée. Encore moins sur un  sujet aussi casse-gueule que celui de la conscience sociale et de l'implication de chacun dans son contexte de vie. De loin l'album le plus bavard du lot, sans qu'il n'en souffre grace à des dialogues toujours bien sentis.









Le ton juste également au fil des trois tomes de la série Le bel âge signée Merwan. Très chouette évocation du passage à l'âge adulte à travers les hésitations, les faux pas et les coups de cœur, et de griffes, de trois petites nanas croquées avec tendresse et bienveillance. Les adeptes de la colocation et des randonnées dans les Pyrénées y seront comme chez eux, sans que les autres ne se sentent exclus. Si ça c'est pas une critique limpide, je ne sais pas quoi vous dire de mieux.









Hémoglobine à gaga avec Lady Killer de Joëlle Jones et Jamie S. Rich, comics en deux tomes aux faux airs de Serial mother (A couteaux tirés et Les vices de Miami) qui m'ont régalé avec leur esthétique 50's, traitée avec la modernité nécessaire, autant que par la nervosité d'un récit qui ne sacrifie pas à la facilité. Les allergiques au fleur bleue, c'est pour vous. Je chicane pas sur ma règle pas de nana avec des flingues, elle préfère les couteaux ! Ok, elle préfère tout ce qui lui tombe sous la main, ça charcle sévère dans cette affaire. Un vrai bonheur. Je ne sais pas si la série dont la dernière parution date de 2016 sera réactivée par l'annonce de son adaptation Netflix, mais je n'y verrais aucune objection.

Hugo Spanky