samedi 15 août 2026

OPeRcuLe déGOuPillé


Le black metal, peut être plus que n'importe quel autre style, ne tolère pas d'alternative à l'excellence. Sitôt qu'il ne se transcende pas, il devient insupportable. Tout au moins négligeable comme c'est tristement le cas pour le récent By the word de Trelldom pour lequel Gaahl s'est contenté de faire ce qu'il sait faire (et dont il abuse avec ses multiples formations indistinctes). Aucun risque de tomber dans l'ordinaire avec Ashenspire, on se situe ici dans le très haut du panier, là où règne Dodheimsgard et Oranssi Pazuzu, là où de Fleurety à Mayhem ne sont acceptés qu'une vingtaine d'albums définitifs.


Hostile Architecture s'y impose en 8 titres et 43 minutes en s'armant de cuivres, de violon, d'un chant clair, d'énergie, d'originalité et d'un propos. Le second disque du groupe écossais n'est rien de moins qu'un chef d'oeuvre d'un genre qu'il contribue à rendre substantiel. On déambule de violence catégorique à sensualité soft jusqu'au flirt avec le free jazz. Dès l'intro du premier morceau (the law of Asbestos) le ton est donné et son développement labyrinthique inaugure un disque sans baisse d'intensité qui évite la facilité des clichés.
Ashenspire aura du mal à faire mieux, mais je suis foutrement curieux de découvrir comment ils vont aborder l'avenir. 

Je ne vais pas me fouler à en faire des tonnes, il fait canicule et l'écho du black metal, comme du hip hop, ne franchit pas le sas d'étanchéïté que s'impose l'auditeur de pop. Chacun son périmètre de compétence.

Ceux qui iront jusque là auront malgré tout à se farcir une liste (Antoine, c'est pour toi) des disques ravageurs que j'ai privilégié ces derniers temps. Se détachent de par leurs audaces : Quaranta de Danny Brown, Utopia de Travis Scott et Bottomless Pitt des tarés de Death Grips que je pourrais tenter de définir comme un mélange de Suicide et des Bad Brains sur fond de hip hop hardcore. On est là dans la même échelle d'expérimentations que Ashenspire pour le black metal. La notion de recettes est abolie. On tente de franchir l'obstacle, on remonte sur la bête et on recommence jusqu'à atteindre l'acmé. Ces disques sont l'équivalent de ce que le post punk était aux années 80, la part de vice et de risque du côté sauvage. 

Je me suis aussi plongé dans la production de Tyler The Creator, depuis l'album Goblin, ultra lent, doom, hanté, il a évolué en usant des nuances de toute la gamme, ses albums sont parfois soft, influencés par le reggae, la salsa, le jazz cool et Stevie Wonder à travers eux, Flower Boy en est un parfait exemple, d'autres fois ils sont destinés aux clubs comme le plus récent et très Dance Don't Tap On The Glass, tandis qu'Igor est celui qui a réussi le consensuel crossover. Attention à ne pas passer à côté d'un immense talent. 

Tyler The Creator incarne la révolution des mœurs qui a cours dans le milieu du rap et dont on peut faire un parallèle supplémentaire avec ce qui se passe dans le black metal ; le coming out de ses protagonistes.



Le mouvement LGBT est dorénavant non seulement toléré, mais revendiqué par un nombre significatif d'artistes de ces styles qui n'ont pourtant pas manqué d'incarner la misogynie et l'homophobie à travers une, certes fort suspecte, hétérosexualité poussée à l'extrème du machisme primaire. Quelles que soient leurs préférences Tyler The Creator (j'aime les filles, mais je finis toujours par coucher avec leurs frères), JPEGMAFIA, Kalifa, ILoveMakonnen, Gaahl peu importe, nombreux se sont engagés à la suite des prises de position initiales de Frank Ocean, Kanye West, Macklemore, Rob Halford, Corey Taylor ou A$AP Rocky pour que la pluralité des codes puisse continuer d'engrainer plutôt que d'essaimer.

Hugo Spanky

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