Affichage des articles dont le libellé est Big Audio Dynamite. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Big Audio Dynamite. Afficher tous les articles

dimanche 3 mars 2024

CaRBoN/SiLicON


Une envie de faire dans l'utile me prend. Balancer à qui en voudra une vingtaine de titres des méconnus Carbon/Silicon. Du rock moderne élevé dans la tradition. Comprendre un groupe qui sample le riff de Street fighting man, colle le refrain de Mama we're all crazee now par dessus et parvient à un résultat qui ne ressemble en rien aux Rolling Stones, encore moins à Slade. Ailleurs, ils flanquent une secousse à You really got me. Je vous laisse le plaisir de découvrir les autres samples, ces types ont du bagage. Tenez-vous bien, ils font aussi des morceaux qui ne doivent rien à quiconque. 

Carbon/Silicon décroche le pompon dans la catégorie des groupes injustement passés inaperçus, ce qui est plutôt con dans la mesure où pas grand chose d'autre de bandant n'a émergé durant leurs dix années d'existence, de 2003 à 2013. Et pas moyen d'invoquer le prix du disque pour excuser le public, les leurs étaient gratuits !

Toqué d'internet, motivé par l'association des mp3 et du P2P, le duo ne s'est pas emmerdé à démarcher des labels, ils ont créé un site alimenté par leurs enregistrements. Au fil du temps une quinzaine de EP et six LP (dont un live) vont ainsi être mis à disposition avec tout ce qu'il faut pour assembler sa propre copie, la pochette recto/verso aux dimensions qui vont bien et même le label à coller sur le cd. Sans spam, sans inscription à un compte à la con, sans donation à verser, on n'est pas chez Bruce Springsteen. Les EP font office de laboratoire, bordéliques à souhait, usant de samples frauduleux défigurés par la mise en boucle, calés sur des morceaux dont le rock anglais à perdu la recette. C'est souvent cradingue comme une démo et parfois impeccablement abouti, on suit l'évolution de certains morceaux en clandestin planqué dans un coin du studio. J'adore ça. Pour situer, le son global est celui que Mick Jones a collé au premier album des Libertines, associé à un fatras d'électronique à deux balles. 

D'abord simple duo, Tony James/Mick Jones, deux guitares à fond les ballons, un sampler et une boite à rythme, la formation s'étoffe pour les concerts avec bassistes et batteurs intérimaires recrutés parmi les potes disponibles (dont Topper Headon le temps de quelques dates) sans que ça crée de grands chabardements dans le processus. Carbon/Silicon fait dans le basique, deux mélodies, un riff et ça creuse le morceau. Il leur arrive de partir en vrille en cours de route, le riff devient boucle, des effets se fracassent sur le beat inamovible, on flotte dans une bulle ecstatique.


Leur premier morceau se nomme MPfree manière de bien situer (MPfree, vous l'avez ? MP3 prononcé à l'anglaise. On est bon, je continue). MPfree est une démo qui désosse My generation façon tribal. Quand je dis tribal, je ne parle pas du genre musical, mais des tribus qui vous réduisent le crâne, avant de faire rotir vos cuissots. Le titre a été publié en 2002 dans un élan de générosité censé ralier les masses populaires à leur cause. En avant toute vers une panacée de musiques libérées des contraintes mercantiles. Quand ils ne sont pas dans leur studio, les Carbon/Silicon sont sur la route, ils ont repiqué au truc, incitent le public à filmer et diffuser leurs concerts sur la toile. Le coeur des clubs bat encore, sans nostalgie, Mick Jones n'est pas du genre à rabacher, quant à Tony James c'est un ancien de Sigue Sigue Sputnik, il en sait plus long sur l'avenir que sur ce qu'il a fait la veille. Sans manager, sans soutien, sinon le bouche à oreille, le groupe donne une quarantaine de concerts qu'on ne diffusera pas dans les écoles de musique. En 2005, un premier album, A.T.O.M (A Twist Of Modern) est mis en ligne. Les samples sont abandonnés, le son devient moins fourre-tout, une cohésion s'affirme. Quelque soit l'assemblage, les compositions de Carbon/Silicon ont en commun une solidité mélodique typique de Mick Jones à laquelle s'additionne quantité de surprises dans la mise en place. On connait le bonhomme, fragile niveau justesse, si ce n'est qu'il déverse tellement d'émotion et de conviction qu'on se fout pas mal du reste. D'autant que c'est pas avec sa guitare qu'il va faire plus propre. Tony James se charge de l'électronique et accessoirement en rajoute une couche dans l'approximatif. L'année suivante Western Front prend la relève avec la même arrogance.



En 2007, ils se cotisent et montent leur label pour commercialiser deux EP (The news et The magic suitcase) en préambule à un album distribué en circuit traditionnel. The Last Post présente de nouvelles versions de titres auparavant parus sur le net. Bouillonant et nerveux, le disque capte l'essence du groupe, tout en lui appliquant une production dopaminée. Ils en profitent pour faire de la promo en France, séance de dédicaces, showcase, concert à Paris. Les seuls qui se sont bougés pour en parler sont les mecs de Médiapart, dont la démarche est similaire à celle du groupe, utiliser internet comme l'espace de créations et de liberté qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être. On est beau avec notre supermarché virtuel. Il en reste un reportage qui traine encore sur youtube. Le duo de base en goguette à Paname, avec leurs sourires à flanquer des syncopes aux dentistes.


The Last Post file tout droit dans les bacs de soldes, malgré une belle édition française en double cd, avec l'apport d'un live, sur l'éphémère label Archambault. A ce rythme là, c'est retour au système D pour l'ultime album du groupe, et aussi le plus finement ciselé, The Carbon Bubble mis en ligne en 2009 après une tournée des clubs anglais, une autre en Amérique et quelques participations à des festivals, SXSW au Texas et Coachella en plein après midi. C'est un truc auquel je me suis habitué en regardant youtube, la plupart de ceux qui m'interessent suffisament pour que je traque les publications des allumés qui filment les concerts avec leur téléphone, jouent à l'heure de l'apéro du midi. Remarquez que ça doit être cool, à 14h t'es peinard, tu peux te faire une bonne bouffe et écluser au soleil en tirant sur des spliffs. C'est pas comme si Tony James et Mick Jones s'étaient connus la veille. Ils étaient déjà complices à l'époque des London SS, avant que l'un forme Clash et l'autre Generation X, ça remonte à l'acné juvénile, doivent avoir des sujets de conversations. Ils ont évolué en parallèle, branchés sur l'actualité des clubs, l'esprit grand ouvert sur les possibilités d'évolution. Sigue Sigue Sputnik les a réuni une première fois lorsque Mick Jones mettait leur son au point, avant de fonder Big Audio Dynamite. Ces deux là doivent avoir de quoi remplir des carnets, si la skunk leur a laissé des souvenirs, je ne cracherais pas sur une autobiographie commune. 




En attendant, je suis en mission d'utilité publique, sans guitare mais avec des mp3. Je vous ai sélectionnné vingt morceaux de Carbon/Silicon, parmi la cinquantaine qu'ils ont publié. Leur site a été vidé en 2010, après la mise en ligne du titre Big surprise, une merveille de  pop anglaise. La révolution internet a du plomb dans l'aile, l'illusion fut belle. On a bien le droit de rêver. 

Pour ne pas se quitter sur une fausse note, je ressuscite l'esprit du groupe, ne les ratez pas une seconde fois. Vous ne serez pas volés sur la marchandise. 

Hugo Spanky

CarbonSilicon mp3 (box)

CarbonSilicon mp3 


samedi 24 novembre 2018

BiG AuDiO DYNaMiTe 📣 PReMièRe BaLiSe aPRèS muTaTioN



Mine de rien, c'était pas si simple que ça au début des années 80 pour un dingue de musique. L'écoute se pratiquait dans le salon sur la chaine stéréo familiale, les rares fois où il était déserté, ou alors dans sa piaule, comme un creva, sur un magnétophone pourrave. Dans quelques rares bistrots, quand ils n'étaient pas monopolisés par les concours de coinche. Autant dire qu'il fallait aimer ça, s'y accrocher quitte à passer pour un excentrique dépourvu de vie sociale.

L'arrivée du walkman changea la donne. Un peu. Le walkman était cher, très cher. Chacun usa de son imagination et de son audace pour s'en procurer un. Encore fallait-il trouver la musique qui va avec. Walkman et Ghetto Blasters ne sont pas des outils pour symphonies planantes, ils évoluent dans un milieu hostile aux mélomanes, moteurs impatients, hurlements de klaxons, cris et brouhaha. Vous ne voulez pas fermer vos gueules, bordel, j'écoute Tangerine Dream !!!! Aucune chance que ça le fasse. La bête ne se nourrissait pas de frappes chirurgicales. Le Hard Rock ne fonctionnait pas trop mal pour si peu qu'une grosse caisse disco tamponne le tempo et que les guitares ne manquent pas d'épaisseur. Highway to hell était nickel, ZZ Top aussi et Van Halen. Mais sorti de là, balancer du rock énervé dans les écouteurs était l'assurance de se vriller les tympans, l'équivalent de la craie sur le tableau qui vous traverse le ciboulot. L'outil a façonné la musique, la guitare devenue subalterne, place aux basses suramplifiées sur cassettes chromdioxid. Sauf que de ce côté ci de l'Atlantique, à Londres comme à Toulouse, hormis les compilations Sugarhill que Vogue distribuait dans nos supermarchés, des groupes qui avaient anticipé la donne, y en avait pas.



New York a montré la voie. Le Hip Hop, l'Electro -l'Electro HipHop en fait- ont calibré la formule, viré les agaçants mediums, placé des ribambelles d'aigus qui tourneboulent dans la stratosphère autour d'une planète d'infrabasses sismiques. Le pied intégral. Et la panique totale chez les rockers. Cette fois ci, il n'était plus question d'attaque générationnelle, de jeunes loups qui viennent pisser sur les mollets d'Apollon, rien à voir, ceux qui ont choisi d'attendre que ça se passe sont morts momifiés. On ne lutte pas contre le progrès. Et c'est là que Big Audio Dynamite (le nom résume tout ce que j'ai dit jusque là) fut grand. Et indispensable. BAD ! These are the things that drive me crazy (crazy, crazy...) BAD ! Oh putain, ça secouait sacrément dans le bastringue. 
Un ghetto blaster, Mick Jones s'en trimballait un depuis un bon moment déjà et pas seulement pour prendre la pose devant les photographes, le bougre s'en servait. Forcément qu'il avait pigé la forme à refiler aux cartouches pour qu'elles soient efficaces. Il avait pigé si vite qu'aucun autre n'avait seulement commencé à y réfléchir. Il fonde Big Audio Dynamite en 1984, recrute sa troupe avec la créativité pour unique critère de sélection. Mick Jones ne cherche pas des virtuoses, hors de question d'organiser des auditions, il veut un groupe à l'image des gens qu'il côtoie dans les clubs, venus de tous les horizons, déterminés à exprimer leur originalité. Il s'appuie sur Leo E.Zee Kill avec qui il collabore depuis l'année précédente au sein des éphémères TRAC. Redoutable bassiste, E.Zee Kill est le musicien le plus accompli du lot, on ne badine pas avec la basse quand on ambitionne de faire danser les foules, Mick Jones ne le sait que trop bien. Greg Roberts complète la rythmique en prenant en charge toute une panoplie de percussions pas franchement catholiques. Inspiré par les crews Hip Hop de New York autant que par l'école jamaïcaine, Don Letts toaste, rap, porte le contre-chant, écrit la plupart des textes et prend la position de bras droit. L'indispensable consigliere, c'est lui. Cinéaste amateur et DJ au Roxy durant les premières heures du punk, incollable sur la mode, le cinéma, le reggae et le funk, il a pour mission d'habiller les morceaux d'un maximum d'effets spéciaux, dialogues de films, flash info, tout ce qui pourra rendre plus concret l'aspect real world de la musique du groupe. Et comme Big Audio Dynamite est moderne et bien décidé à ne rien faire qui a déjà été fait, Dan Donovan venu les photographier pour la pochette de l'album se voit confier les claviers et le visuel des concerts. Pour mener ses ambitions à bien, le groupe s'arme du premier sampler de l'histoire du disque, d'une batterie électronique, d'une boite à rythme, d'un rétro-projecteur et instaure comme principe de ne lire aucun mode d'emploi.  



L'album sort en octobre 1985, l'onde de choc est sidérante même pour un jeune rocker ouvert d'esprit, pour la première fois j'ai l'impression d'entendre une musique inqualifiable. Une musique qui tire vers le haut, sollicite l'esprit autant que le corps,  remet en cause l'auditeur, le désarçonne, le harcèle, le somme de s'inscrire dans le mouvement. Ou d'aller se faire foutre. This is Big Audio Dynamite est un maelstrom, un joyeux merdier, 43 minutes de barouf interactif, ils jouent, tu danses. La difficulté est d'expliquer la façon dont ils s'y sont pris. D'abord en consommant un maximum de ganja, ensuite en expérimentant chaque idée qui leur traverse l'esprit. Les percussions mitraillent, les extraits de films canardent, Know as the rat, tuïyouïyou, zzkrink, sweulkk, ratatata, Medecine show que ça se nomme et c'est un remède de cheval, ça tombe bien the horses are on the track, schbling, voici The Bottom line. Sikk rututututoum aaaïïï Sony est en perpétuel mouvement, vaut mieux avoir l'estomac bien accroché, le pilote à des sautes d'humeur. Chaque morceau est doté de mélodies allumeuses zébrées par des attaques super-soniques. A party ne ressemble à rien de descriptible et c'est pourtant le morceau le moins déroutant du disque. Je citerai bien Def Jam pour situer BAD ou le Dirty Mind de Prince pour Sudden impact, le groupe en est fan et conclut ses concerts par une reprise de 1999, sauf que ça reviendrait à comparer Mars à Venus. Démerdez-vous avec ça. Big Audio Dynamite a trop de personnalité, un son si particulier qu'il annihile les comparaisons. La plus nette influence de ce disque sont les films avec Clint Eastwood, avec ses rafales de samples Don Letts donne l'impression que le groupe a enregistré en laissant brailler une télé dans un coin du studio. Les nombreux maxi-singles qui encadrent l'album ajoutent à la confusion, multiplient les versions, varient les éclairages, étirent les titres en exacerbant leur outrancière vitalité, Big Audio Dynamite est une apocalyptique machine à danser. 



This is Big Audio Dynamite et le Welcome To The Pleasure Dome de Frankie Goes To Hollywood et Trevor Horn, paru quelques mois plus tôt, inaugurent une décennie pluriculturelle d'innovations débridées enfin débarrassées des complexes rigides du Rock. Plus rien ne sera exactement comme avant. House music, Drum'n'Bass, Hip Hop, des Beastie Boys à Public Enemy, de Deee Lite à Prodigy, tous puisent leurs ramifications dans l'audace de ces deux disques. Le Rock à papa ne sera dès lors qu'histoire de revival. Le monde se divise en deux catégories, les survivants seront ceux qui sauront s'adapter, se reformater pour un nouvel usage, les autres creuseront leur tombe. A New York, Bruce Springsteen fait remixer Born in the USA par le producteur d'Afrika Bambaataa, Arthur Baker. La musique se regarde à la télé, se promène dans votre poche, se danse dans le métro, devient un accessoire du quotidien. Elle se vit au supermarché, se donne en spectacle dans les halls de gare. Les disques ne s'écoutent plus religieusement, ils s'évaluent à l'usage dans toutes les situations. Les révolutions qui pointent à l'horizon sont celles du CD, de la miniaturisation et de l'hyper consommation. Reprenant à son compte le visionnaire cynisme des Who de Sell Out, Sigue Sigue Sputnik, formé par l'ex Generation X Tony James, ami d'enfance de Mick Jones qu'il retrouvera plus tard pour Carbon/Silicon, farcit son disque de messages publicitaires. Bientôt la réalité dépasse la subversion, Run DMC fait exploser les ventes d'Addidas. Les stars du sport se font détrôner par des mômes du Queens. La boite à Pandore est ouverte, les médias accaparent la musique, la tronçonnent en niches distinctes, fabriquent des produits dérivés adaptés à chaque style, plus question de mouvement global. L'ère du merchandising est née. Chaque sous culture doit consommer pour affirmer son identité. L'idéal unitaire de Big Audio Dynamite ne se concrétisera jamais, il n'y aura que sur la pochette de leur troisième album, illustrée par une peinture signée Paul Simonon, que Rockers, Rastas et Ravers danseront ensemble au bord du westway.




Et voila 2018. Combien de temps a passé ? Combien de disques périmés sur l'autel de la mode les années 80 ont-elles engendrées ? Des kilos, tant de kilo qu'on appelle ça des tonnes. Faute de chansons, faute d'être autre chose qu'un nouveau costume sur un cadavre en putréfaction. Faute de talent. Ce fut aussi une période d'une irrépressible audace, des musiques millénaires comme le Jazz ou le Blues connurent leur dernière mutation, Herbie Hancock avec Rock it, Miles Davis avec Tutu. Des groupes protéiformes apparurent, ringardisant définitivement le format, guitare, basse, batterie. Des danseurs intégraient les formations au même titre que les musiciens, Neneh Cherry fera ses armes ainsi, danseuse au sein de BAD. L'Angleterre mena la party, Londres réémergea des limbes de la Tamise, se para des teintes funkadelic d'un nouvel acide pour vivre une ultime utopie. L'Amérique ne fut pas en reste, la grande nouveauté fut de voir notre hexagone trouver une place prépondérante sur la carte. Les 80's n'ont peut être été qu'un feu de Bengale, rien n'y fut conçu pour durer, mais il fut plus rigolo de sauter dans le wagon pour nulle part que d'écouter les Meteors en boucle dans sa turne. Pour la dernière fois, avant l'épidémie d'autisme virtuel, la jeunesse s'en alla danser dans les rues. 



Aussi excentrique qu'il fut, et c'est un euphémisme de dire qu'il le fut, Big Audio Dynamite n'avait pas oublié de se bâtir sur des fondations solides, derrière les éclats d'obus se dressent des compositions capables de déjouer l'érosion. Cet album me surprend par la vigueur de son pouls à chaque fois que je lui prends la tension. This is Big Audio Dynamite reste une salvatrice bouffée d'air urbain dans un monde dorénavant aseptisé, il véhicule toujours l'odeur des jungles de béton, celle de la skunk brulée dans le chalice, ce disque vous cueille en souplesse, vous propulse sous le feu avec bienfaisance. Il inspire une ère fantasmée, un sentiment de fraternité qui oblige à faire un pas vers l'autre, Rockers, B.Boys, Rastas, Hippies, Hitman, tous réunis sur le dancefloor, l'esprit libéré, le corps en action.  
Forget the bomb, it's carnal sin. 
 
Hugo Spanky



jeudi 12 septembre 2013

The CLasH

Alors que notre dame du marketing essaie de nous refourguer l’intégrale, qu’on a déjà à peu près tous, du Clash dans un énorme Ghetto Blaster en carton à prix d’or, c’est en continuant inlassablement à feuilleter les pages de mon énorme onglet Records Shop, que j’ai trouvé la perle.
Cet album, juste mythique, figure, depuis que je possède un ordi, dans le Complete Records du groupe, mais pas moyen de le trouver en vinyl. C’est chose faite !

RaT PaTRoL FRoM FoRT BRaGG

Ze GOOD 1
(7red mix)


Tout commença par une recherche matinale, toujours, du single The Sound of the West, celui où Joe colle son feuillet, incluant le Beautiful People are ugly too, One Emotion, Mona, Kill Time ... 5 titres pour un single que je ne possède pas, déjà, là, y’a comme un message, si vous l’avez en trop ….
Single trouvé et vite commandé, avant la grande déception, le vendeur avait tristement confondu 14.50 avec 145.00€. Je ne pense pas mettre trompé en l’envoyant se faire Enc’…, lui, toute sa famille et tout c’qui porte son nom sur 28 générations. Je sais ça peut paraît’ un peu excessif mais j’ai quand même graver son nom sur ma liste !

Pas du genre à lâcher un os, et les pages de Discogs regorgeant de trésors, mon impossib’ quête m’amena à la rubrique « Unofficial », du bootlegs à foison et quelques bizarretées, dont une qui de suite m’arrache un œil, Rat Patrol From Fort Bragg, un click par ci un click par là et hop me voilà devant le fameux album mixé par Jonesy, jamais sorti.


Warning !
Il ne s’agit pas là de la très médiocre version du Combat Rock sorti il y a quelques années sous ce nom de Rat Patrol, avec une cover bien choisi, bien qu’il y manque Topper, trop vite remplacé par Terry chimes même en photo, non.


Je parle là de l’original Rat Patrol From Fort Bragg, double album mixé par Mick Jones, et soit disant refusé par CBS au détriment d’un simple, l’a bon dos la maison d’disque …
22 plages et pas un grain d’sab’ mais c’est assez sûr que c’est pas le disque qui aurait envoyé le groupe remplir les stades chez les yankees, ni bloquer un hit pendant plusieurs semaines dans les charts.

Suite logique de Sandinista, le groupe s’essaye à aut’ chose, tout Combat Rock est là mais plus avec le groove du Bronx que la rigidité d’une artère royale londonienne. C’est bien la section rythmic qui dirige la machine, et non, et re non, Topper n’avait pas des bras comme des enclumes, ou alors distribuez en à tous les groupes, ça relèv’ra l’niveau !


Ce double n’amène rien de plus, aujourd’hui, qu’un album du Clash, un qu’on nous aurait caché, et c’est déjà énorme, avec des mixes plus aventureux, deux titres pas dégueu, une face entière d’instru et un Rock the Casbah toasté par Ranking Roger de première.
La presse est bonne, pas un sous enregistr’ment plaqué sur galette, du travail honnête. Un disque qu’on aurait certain’ment apprécié distribué en maxi à l’époque.


 
Il est là aujourd’hui, je ne peux pas dire tout beau, je trouve la cover à chier. Le groupe était si pointu sur l’Artwork que se contenter d’une photo de 78 sur un fond orange cra cra ne rend aucunement justice ni au groupe ni à l’album, mais, on ne juge pas un livre à sa couverture…


Si vous souhaitez vous faire un joly cadeau, un truc qui tient chaud pour la rentrée, je ne saurai que trop vous le conseiller.


&
Ze BAD 2
(Spanky remix)


Vu qu'on n'a pas attendu que Strummer soit raide mort et qu'il duetise à titre posthume avec Johnny Cash (le seul gonze a avoir été naze en Rockab' autant qu'en Country) ou se fende d'une reprise de Redemption song, dont on est certain qu'elle n'est pas la cause de son arrêt cardiaque, pour se réclamer du bonhomme, 7red tout comme moi, on ne se sent pas tellement obligé de donner dans la révérence à chaque tournure de phrase. Si on avait eu un goût pour la génuflexion, on aurait prié le bon dieu, on ne se serait pas emmerdé avec un Strummer qui n'avait de sain que l'esprit.
Quoiqu'il en soit, c'est plus souvent qu'à notre tour qu'on est passé pour les casse-bonbons de service lorsque, régulièrement, on s’inquiétait de savoir, auprès de nos disquaires locaux, si par hasard notre turco/andalou favori ne se serait pas donné la peine de se fendre d'un je ne sais quoi qui aurait ressemblé à une chanson. Parce que mine de rien, un single finlandais en dix ans sous prétexte de musique de film, ça fait un peu court. Rah, je revois les yeux levés au ciel des fourgueurs de wax, on les entendait presque marmonner, revoilà les deux couillons, sont bloqués sur Clash depuis 20 piges ceux là. Évidemment qu'ils ne le disaient pas, vous connaissez l'adage, quand ceux qu'ont des couilles s'expriment, les châtrés se retiennent de gazouiller, mais ils le pensaient. Maintenant que Strummer est devenu culte, les mêmes doivent se frotter les mains de voir débouler les abonnés à télérama.
Preuve qu'on était plus fidèles que bloqués, nous on est passé à autre chose. Vu que le chanteur à la confusion cool (mais qui faisait des dégât au sein de sa troupe) n'est pas près de nous pondre une nouveauté, et qu'on connaît ses vieilleries par cœur.


Et puis faut bien dire que tant qu'à écouter la suite du Clash, c'est quand même l’œuvre de Mick Jones qui colle au mieux avec notre époque. Le visionnaire Jones. Spécialiste du disque fantôme, du bijou qui rend les maisons de disques un peu plus frileuses encore, qu'elles ne le sont déjà. En exemple, Entering a new ride de la dernière incarnation de Big Audio Dynamite, seulement dispo en téléchargement, cet album resté en cale sèche aurait été LE disque des 90's. Tout comme Carbon/Silicon est aujourd'hui ce qui se fait de mieux en Angleterre, mais ça, chut, faut surtout pas que ça se sache. La preuve, les médias n'en causent jamais.


Mick Jones, l'homme du disque maudit, Rat patrol from Fort Bragg, aventureux double album du Clash, sacrifié pour que Gaby ait une maison à elle. Un disque qui hante mes rêves les nuits de pleine lune.
Autant vous dire que le mercure à pété le thermomètre lorsque j'ai vu que le groupe sortait un coffret intégrale à la con et qu'ils n'en avaient même pas profité pour y caser l'objet de mes fantasmes auditifs. Bande de cons ! Escrocs ! J'allais vous pondre une descente en flamme à base de torpilles à fragmentations, ça allait charcler. Le Clash veut nos talbins ? Qu'ils aillent se faire foutre chez les anglais, ça tombe bien ils sont sur place.


C'est là que j'ai reçu un mail, le front du Nord en état d'alerte, cible verrouillée, 7red avait localisé un bootlegger qui avait fait le job, pressé Rat patrol from Fort Bragg en beau vinyle armé de grosses basses. Merde à Sony, CBS, Universal, je ne sais pas comment la kommandantur se nomme cette semaine, mais faut bien que quelqu'un se remonte les manches.
Autant que je le dise de suite, le double album n'est pas la version définitive que j'espère toujours connaître un jour, il y manque la démentielle version de 7 ou 8 minutes de Overpowered by Funk. Ici on doit se contenter d'un instru qui met en bouche mais ne permet pas d'atteindre le coït. Souvent décrié, ce foutu morceau, charcuté par Glyn Johns pour Combat Rock, est un des sommets de Rat Patrol from Fort Bragg, ainsi que sa plus rageante incarnation. Je m'explique, à l'origine le morceau déchire sa race, prend le temps de s'installer à grands coups de percussions, de vous mener quelque part, il est sale, suffisamment répétitif pour provoquer les secousses du bassin, qui inévitablement contaminent les guibolles. Du Funk. Pour l'inclure dans le formaté Combat Rock, Glyn Johns a tué le morceau, en a fait une sorte de Funk à l'anglaise (ce qui est une contradiction) un machin à la con pour blanc-becs branchouilles. Un truc de jazzeux mixé avec des moufles pour un résultat en forme d’encéphalogramme plat.


A ce titre, La face 4 consacrée aux instrumentaux est la plus douloureuse, comparer aux versions tronquées, compressées, sabordées de Combat Rock façon Glyn Johns, le mixage, ici effectué par Mick Jones, ose l'avenir du futur, ça groove, ça respire à plein poumons, le son permet à chaque instrument d’exister pleinement, les lignes de basse sont sublimées, explosives, l'opposition entre les deux guitares fonctionne à plein régime, celle de Strummer ancre le groupe dans la rage et la frustration, celle de Jones lui permet de décoller. En lieu et place du disque de revival bancal auquel on a eu droit, on avait ici la suite de Sandinista ! En plus pêchu, l'influence du Hip Hop ayant remplacé celle du Reggae.
Rat patrol from Fort Bragg dévoile en creux une autre vérité, plus cruelle parce que plus chargée de conséquence, sur la plupart des morceaux Joe Strummer est à la ramasse, il ne sait tout simplement plus quoi faire de sa voix. La fin du groupe, l'impasse dans laquelle il se trouve, s'y révèle stabilotée, soulignée. On l'aime Joe, sa fougue, son timbre fracassé, son souffle court, faisaient des miracles sur les chansons les plus enragées, là, il tire bas, n'arrive plus à faire décoller les syllabes, à se caler sur l'irrépressible beat. Pour les morceaux les plus aventureux, doucement mais sûrement, Mick Jones s'impose au micro.


Le dilemme au sein du Clash était sous-jacent dès Protex blue, quel morceau du premier album a mieux vieilli que celui ci ? Stay free n'arrangea pas la soudure, et dès London calling s'en été fini de l'évidence Joe Strummer lead singer. D'autant que Simonon s'y collait à son tour, avec une morgue je m'en bats les belbes, peuvent sortir leurs flingues et tirer parfaitement raccord avec ses propos. Ne restait dorénavant plus à Strummer que suppliques larmoyantes et désespoir de cause. Maigre. Know your rights, Ghetto defendant comme Sean Flynn, pourtant magnifique de cinématographie dans sa longueur originale, en sont les principales victimes, Et les confrontations avec Mick Jones sur Rock the casbah, Death is a star et Atom tan clouent le cercueil. Glyn Johns ne s'y trompe pas et vire du tracklist original cinq morceaux interprétés en lead par Strummer. Il bidouille les vocaux de Ghetto Defendant, enterre dans le mix les chœurs en espagnol de Should I stay or should I go et exige de nouvelles sessions au cours desquels le chanteur ré-enregistre Know your rights et sauve les meubles en offrant in-extremis, à un monde médusé par tant de talent, le testamentaire Straight to hell. Sauf qu'en faisant tout ça, le producteur dézingue l'essentiel, la vie. Avec Combat Rock, Glyn Johns fait son sale boulot de la même manière que dix ans plus tôt il l'avait fait avec Who's next, il canalise l'essence même du Rock'n'Roll en l'amputant de sa sauvagerie. Rat patrol from Fort Bragg percute, dégueule sur la nappe, là où Combat rock flatte et rassure. Dès lors, plus que jamais le cul entre deux chaises, le groupe perd sa cohésion, la fracture sociale entre les aventuriers (Headon et Jones) et les conservateurs ne consolidera jamais.


Le ramdam que fout Ranking Roger sur la version alternative de Rock the casbah propose une solution, intégrer le bonhomme dans le groupe et foncer droit devant ! Avec Topper Headon, Clash était doté du meilleur batteur d'alors et depuis, Paul Simonon ne faisait que l'essentiel, qualité suprême d'un bassiste, et Mick Jones traversait sa période la plus créatrice.
On sait ce qu'il advint de tout cela. Ce qui me mène à ce constat, poser Clash aujourd'hui sur la platine me donne surtout envie de réécouter Big Audio Dynamite.

7red &
Hugo Spanky