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lundi 17 mars 2025

noRVeGiaN woOD

 

Fleurety

Fleurety est un groupe passionnant. Il ne concourt dans aucune catégorie, passe du black metal au trip hop, du easy soft au heavy free. A la manière dont les Beastie Boys ont étiré le hip hop, Fleurety a étiré le black metal, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que quelques signatures. Fleurety est un club, plus qu'un groupe. La base est composée d'un duo de norvégiens, dont il est inutile que je mentionne les noms, vous ne les connaissez pas, moi non plus, et c'est un enfer à recopier. A ce duo multi-fonctions s'ajoute, au gré des albums, une somme d'invités piochés parmi les membres les plus éclectiques de formations tel que Mayhem, Ulver, Ved Buens Ende, Arcturus et j'en passe. Autant de noms, soit dit en passant, auxquels je ne vous conseille que trop de vous intéresser. Bien que la valeur des guests ne garantie pas le résultat, pour preuve le plus récent album de Fleurety, The White Death (2017), est complètement à côté de la plaque, dépassés qu'ils sont par une amicale concurrence qui n'en demeure pas moins féroce.

Fleurety enregistre des disques construit comme un Lego réalisé sous acide. Ce qui est un exemple purement théorique, puisque je ne l'ai pas vérifié. En tout cas, c'est ce à quoi ça me fait penser. Les toiles d'araignées sous acide sont un autre bon exemple et celui ci a été vérifié. Par d'autres.


Basses hypnotiques, parfois synthétiques, ambiance magnétique (une rime de plus et j'ai un couplet cold wave). Tiens, de la cold wave, y en a. Entre autres choses. Genre de la musique de jeu d'arcade. Là je vous parle de l'album Department of Apocalyptic Affairs, leur deuxième 30cm, paru en 2000. Le plus abouti dans l'osmose, complexe sans être hermétique, du moment qu'on ne soit pas trop intolérant envers ceci, ni trop intransigeant envers cela. Quoique j'en sais rien, c'est la valse des étiquettes et je valse très mal. Disons qu'un public novice en metal extrême pourrait se raccrocher à son atmosphère éthérée. La notion éthérée étant modérée par un groove éléphantesque. Je ne veux pas paraître timoré, c'est un foutu chef d'oeuvre dont je vous parle. Un de ces disques qui vous donne une vague nausée opioïde au moment de la prise de contact. Chaque écoute ouvre de nouvelles pistes, les sons qui la veille semblaient anecdotiques conduisent dorénavant le vaisseau à travers l'hyper espace des rendez-vous dansants. Un disque fait de séquences, par moment euphorisantes. Agréablement oppressantes. Une sorte de dub à vitesses modulables drivé par une basse qui sert de ligne blanche. Selon les jours, je lui préfère leur premier disque, Min Tid Skal Komme, qui, bien qu'ayant de solides ramifications progressives, mais aussi folk, est plus ouvertement black metal (!) avec des blasts et tout le toutim. Encore que les spécialistes s'opposeraient en affirmant qu'il est plutôt death que black et que les passages doom prennent le dessus sur ceux résolument thrash. Les spécialistes sont chiants, que voulez-vous que j'y fasse ?

Min Tid Skal Komme, donc. Un disque de 1995 composé de cinq morceaux, dont seulement deux autour des 5mns. Autant vous dire que les autres ont les circonvolutions dans la peau. Des passages en arpèges, du chant hurlé, des solos en tous genres, des rythmes protéiformes. L'ensemble va au delà du concept de chanson, on est dans un puzzle immatériel, un vortex sensitif. On reçoit des météorites en rafales, l'instant d'après on est en apesanteur au dessus des brumes de Laponie. Ecouter un tel disque devient une aventure en soi. Transmettre son ressenti revient à raconter le pitch de Chromosome 3.

Hugo Spanky

Fleurety - Min Tid Skal Komme

Fleurety - Department Of Apocalyptic Affairs

Fleurety - The White Death

vendredi 3 janvier 2025

SøuFFRe De Vie



C'est donc d'une musique cadenassée par les contraintes que tous les possibles trouvent matière à survivre. Sans doute que, comme pour le Blues avant lui, les stéréotypes dont on affuble le Black Metal sont dans l'esprit de ses détracteurs. Je dois remonter loin pour trouver un tel mélange en déséquilibre, tranquille au bord de la falaise, que celui proposé par le nouvel album de Gaahl, chanteur norvégien d'œuvre cantique. Trelldom pour le nom du groupe, By the shadows pour celui du disque et larguez les amarres. Un saxophone libre, des rythmes imprévisibles, des voix, partout, hantées, des guitares qui grincent, lacèrent, piétinent. De l'aventure. On dirait le Outside de Bowie passé par la marmite des réducteurs de têtes.



Ailleurs, Døedsmaghird, Omniverse consciousness. Un clavier décalé, des sonorités dissonantes, un mixage qui s'évertue à camoufler toute flagornerie séductrice. Bon sang que cette musique se mérite, et pourvu que ça dure de la sorte. Qu'aucun consensus ne vienne la placer sous les projecteurs de la hype. Que tout ceci ne soit jamais atteint du syndrome qui en flingua combien d'autres, bravaches et revanchardes. Pourvu qu'aucun étudiant ne se badigeonne de corpse paint à la prochaine soirée infirmière du Bikini.


Ces disques sont là, planqués sous le tas de fumier de l'année écoulée, souvent épuisés quelques mois après leur parution. A saisir dans le souffle retombant du geste créateur. Immédiats, instinctifs. Leurs géniteurs sont déjà ailleurs tandis que le vinyl sort des presses. Le mode de fonctionnement ne doit plus rien au commerce qui façonne les tendances, guère de promotion ici, peu de concerts. Un projet sitôt réalisé, on passe à autre chose, une autre configuration, un autre nom, un autre label, une autre envie, qu'importe sinon la liberté. A traquer sur Bandcamp, en ne se fiant à rien d'autres que son propre jugement. Seul responsable de nos motifs de satisfaction. A prendre ou à laisser.

mardi 19 novembre 2024

RouGe PRoFoND

Dario Argento


Le subconscient est formidable. Charles Dumont meurt, je rêve de Willy DeVille. Logique implacable. Je me tiens au bord de la scène, tandis qu'il s'éreinte à éduquer un public de festival !!! Fataliste, il se tourne vers moi et me confie ce message "Le rock, c'est de pire en pire". Faudra vous contentez de ça, je lui ai demandé son mail sans avoir le temps de le noter, déjà j'entamais la lente remontée depuis les limbes vers la lumière.

Chemin inverse de celui qui accapare mon temps depuis des semaines. D'abord, j'ai réfrigéré mes méninges en consacrant toute une journée aux albums de Burzum, territoir survivaliste de Varg Vikernes, et comme un mal ne vient jamais seul, j'ai enchainé sur les trépanés finlandais de Minotauri. Non pas qu'ils soient meilleurs que d'autres du même acabit. Leurs disques sont d'une uniformité hypnotique, là où Burzum manie les contrastes pour étreindre l'esprit d'un inexorable noeud coulant idéologique, Minotauri tabasse le crâne d'un sempiternel même geste, tout en braillant des textes riches en apocalypses écologiques, en cimetières réconfortants, en solitude dépressive. Une version dégénérée de l'oeuvre de Geezer Butler. Les textes de Varg Vikernes, c'est une toute autre affaire, on n'y comprend rien. L'un veut soumettre, les autres veulent détruire. Les jeunes de 40 ans appellent ça du Doom Metal, je l'ai lu dans Rock Hard Magazine. J'en ai profité pour dévorer leur dossier sur Reverend Bizarre, les champions incontestés du genre. Leur truc à eux, version extrémiste de celui de Minotauri, c'est recycler Black Sabbath en accentuant leurs aspects les plus répétitifs et craspecs. En gros, ils ont viré tous les breaks zarbis au bénéfice des riffs (un seul par morceau de 20 minutes) et ralenti le tempo autant qu'humainement possible. Vous pouvez vérifier sur Youtube, le bassiste descend une canette entre deux notes. Le tout sonne comme enregistré non pas dans un garage, mais dans une cave. Humide, poussièreuse et alimentée en 110 volts. Voyez le cliché, il fonctionne. 

Evidemment, tout ceci influence mes lectures et me réconcilie avec Camion Blanc -quoique ça vient sans doute de nos récents échanges de commentaires- leur publication Black Metal Satanique, Les Seigneurs du Chaos, versant biblique du film, trouve sa place en haut de ma pile. Bref, tout va pour le mieux. 


Les associations d'idées sont formidables. Quoi de mieux à faire pour empirer délibérément le mal que de dégainer la filmographie de Dario Argento ? Je vous le demande. Le programme de la semaine est chargé, Phénoména, c'est fait, le singe, Jennifer Connelly, Iron Maiden, on ne va pas y revenir, Le Cabinet Des Rugosités s'en est chargé (ici). Les autres vont suivre à raison de deux par jours. J'attends juste que le ciel vire au blanc. Blanc poussière comme l'éclairage de Ténèbres. Celui qui m'impatiente le plus est Profondo Rosso (Les frissons de l'angoisse). Avec Macha Méril qui se fait trucider au hachoir. Argento est un génie. Je vais tous me les refaire, jusqu'au Syndrome de Stendhal. Les suivants, je ne les ai jamais vu. Milady veut tenter Dracula, j'ai pris Lunettes Noires. Et pour varier de Dario Argento, j'ai aussi mis le grapin sur Le Parfum De La Dame en Noir de Francesco Barilli. Avec Mimsy Farmer ! Toute nue. Comme d'habitude, certes, sauf que cette fois elle est sur une table d'autopsie. Voyez le genre.



Et Willy ? J'ai failli, ce matin, démarrer la journée (ensoleillée) par un de ses albums. Mais lequel ? Impitoyablement le constat s'est imposé, froid comme le verre brisé qui décapite dans un Giallo, plus aucun de ses disques ne tient sur la durée. C'est aussi vrai pour tous les disques du New York de la fin des seventies. Les gars étaient des personnages pas croyables, les biopics ne vont pas tarder, pour autant plus aucun disque ne me donne envie. On a chacun nos favoris; le premier Blondie, Ramones leave Home, Johnny Thunders so alone, Mink DeVille coup de grâce...aucun n'a su vieillir. Et c'est normal, c'était pas le but. La pertinence du rock était dans sa connexion avec le quotidien, le lien est rompu depuis belle lurette. Les grands classiques recencés comme tel dans les encyclopédies tutoient dorénavant les médiocres. J'en arrive à préférer m'envoyer By Numbers plutôt que de devoir supporter une fois de plus Who's Next. La déclinaison est infinie, valable pour les uns et les autres. Pas de remords à les laisser prendre la poussière. Poussière ? Ténèbres ! Je me suis remis une dose de terreur. Les associations d'idées sont incurables.

Hugo Spanky



samedi 26 octobre 2024

MoGG's MoTeL

 

Phil Mogg

A l'instar de Thin Lizzy, UFO n'a jamais été reconnu chez nous à la hauteur du talent qui était le sien. Légendaire en Angleterre, trait d'union entre les mastodontes hérités des sixties et la NWOBHM, le groupe a oeuvré pour que d'autres brillent.

Il est cocasse de découvrir que ce mois d'octobre 2024 (!!!) est animé par deux membres, pas les moindres, issus de la formation intersidérale. Michael Schenker, moins original, propose une relecture des classiques disséminés par UFO au fil des albums en s'entourant d'une multitude de chanteurs invités pour incarner Phil Mogg. Et c'est là que le bât blesse. Aucun n'est à l'aise dans ses baskets, la pointure est trop grande. Axl Rose ne fait pas exception en s'attaquant à Love to love. On peine à le reconnaître tant sa voix est usée. Pour le reste, ce sont des versions compressées pour sonner plus heavy que les inatteignables originaux.

Là où bonne surprise il y a, c'est du côté de Phil Mogg, justement. De lui, je n'attendais plus rien depuis longtemps, depuis Making Contact en 1983 précisemment. 1983, l'ovni se crashe tandis que Thin Lizzy domine l'année sur deux fronts, la sortie de Thunder and Lightning, ultime et sublime album du groupe, mais aussi celle d'Another Perfect Day de Motörhead, unique album, hélas, gravé en compagnie de Brian Robertson. Là aussi, de bien des façons, dernier album du groupe à mériter de porter ce nom. 

Bref. Phil Mogg. Mogg's Motel pour être exact. Un putain de foutu disque de Hard Rock (à papa, certes). Une claque. Difficile à décrire. La première chose qui m'est venue à l'esprit est l'album Abattoir Blues de Nick Cave ! C'est dire si le décrire va être coton. La sensation persiste au fil des écoutes, donc il doit bien y avoir quelque chose de ça dans l'ambiance générale qu'il dégage. Peut être le timbre de Mogg qui plonge dans les graves sans rien perdre de sa superbe. Peut être, aussi, la soul contenue dans des chansons qui ne sont jamais que la meilleure expression d'elles-mêmes. 

Trouver l'origine d'un tel regain de pertinence provenant d'un homme de 76 balais, victime d'une crise cardiaque il y a moins de deux ans, ne sera pas moins étriqué. Peut-on encore parler de phénomène surnaturel en matière de musique populaire ? De force intercosmique ? Ce type que le corps médical voulait envoyer à la casse défend en ce moment même son disque sur scène, quelque part ce soir, ailleurs demain. Ce disque dont le peu que je sais de l'enregistrement c'est qu'il a eu lieu dans le studio de Steve Harris et qu'il a été mené par Tony Newton, bassiste des sympathiques Voodoo Six (auxquels il ne manquait finalement qu'un chanteur pour être un peu plus que celà) mais aussi ingénieur du son pour Iron Maiden. Pas mal. Ici co-compositeur de la totalité de l'album, il multiplie les talents et dote des chansons qui ne surprendront aucun aficionado d'UFO d'arrangements dont l'intelligence signe les disques qui survivent aux écoutes attentives. Tantôt à travers d'arrogants choeurs féminins, Sunny side of heaven, Princess bride, Tinker Taylor, ailleurs en additionnant les guitares comme sur l'efficace Apple pie qui ouvre les débats, chaque titre à droit à son traitement de faveur, à sa construction astucieuse. A la six cordes, même si l'on croirait Gary Moore ressuscité le temps d'un Storyville placé en conclusion, s'illustre Tommy Gentry, guitariste des médiocres Raven Age, qui fait ici un boulot impeccablement positionné entre tradition et modernité. Point trop n'en faut. Aux claviers et seconde guitare, Neil Carter, ex UFO des années de disette. Aux tambours, Joe Lazarus dont je ne sais rien sinon qu'il confirme la Maiden connection puisqu'il est, de son état civil, le neveu de Steve Harris, là où le leader de Raven Age en est le fils. 

Tout ça pour dire que l'album pue l'Angleterre, la crucifixion par le blues et l'alcool, cherchez pas de hit calibré FM là dedans. Bien entendu, pour toutes ces raisons, c'est en Amérique (du sud ?) qu'il a le plus de chance de trouver son public. C'est dire si je cause dans le vide.

Hugo Spanky

Ce papier est dédié à Paul Di'Anno et Christine Boisson

dimanche 6 mars 2022

MaRiLLiON

 


Fallait être gonflé en 1981, alors que le punk épuisé se convertissait en new wave épuisante, pour rappliquer en se réclamant du rock progressif. En plein revival twist, voila que de parfaits inconnus placent un titre de 17mns, le sublime Grendel, en face B de leur premier E.P. Sur la face A l'efficace market square heroes s'ouvre sur un power chord et révèle, jusque dans la voix, l'influence de Pete Townshend, le tout incidemment dégraissé par une production conforme à l'esprit do it yourself. Tout progressif qu'il soit le groupe injecte au genre une énergie non feinte, l'effet est immédiat, les troupes patchées se pressent au pied de la scène et Marillion passe sans transition du Marquee à Reading sans avoir le moindre album à son actif. 

Tandis que la hype déguste sa pop chez les garçons coiffeurs, voila que des allumés fringués comme l'as de pique, menés par un écossais répondant au sobriquet de Fish -une baraque de 2 mètres pour un bon quintal, gangréné par une calvitie et maquillé comme une voiture volée- ouvrent leurs concerts par la B.O d'Orange Mécanique et enchainent sans plus de politesse sur des morceaux de bravoure multipliant breaks et sorties de piste pour habiller des textes si corrosifs qu'ils font passer ceux de The Wall pour des disgressions sur le mal être adolescent en milieu scolaire. En 1983, après deux ans de rodage consacrés aux concerts, leur premier album, Script For A Jester's Tear, fracasse les conventions et surprend par la profusion d'idées en germe dans ses compositions alambiquées, autant que par la puissance qu'il dégage. Dans le genre coup de boule à sec, à froid, ce disque se pose là. De la chanson qui lui donne son nom à Forgotten sons qui le conclut, aucun instant est moins que captivant. On est bringuebalé comme à la foire, tantôt vicieux, tantôt frontal, jamais bienveillant. Le chanteur fascine par son implication, les claviers donnent le tournis, la rythmique matraque et à travers le jeu de Steve Rothery les hardos se découvrent un nouveau guitar-hero.


En fait l'album est tellement bon qu'on se demande comment ils vont pouvoir faire mieux, Fugazi qui sort en 1984 apporte la réponse, ils ne feront pas mieux. Plus tard ils feront différent, mais pour ce coup ci c'est un cran en dessous. Pas de quoi s'affoler non plus, le disque compte son lot de franches réussites, Punch and Judy, Jigsaw, Emerald lies et IncubusC'est finalement sur scène que la partie se joue, de façon improbable pour un groupe au répertoire aussi complexe, Marillion excelle en live. Trois enregistrements ont été publié pour en témoigner, Recital Of The Script, en cd et dvd, qui couvre magistralement la tournée accompagnant la sortie du premier album, le surpuissant Real To Reel qui illustre la tournée Fugazi puis The Thieving Magpie, double cd qui compile des titres piochés dans divers concerts entre 1984 et 1987. Hypnotisant frontman, Fish accapare le public, vit ses textes, chante sans cesse, car là aussi l'originalité est de mise, si les compositions tutoient pour la plupart les 10mns la part laissée aux soli des instrumentistes reste concise. La musique de Marillion est faite de mouvements, de climats et climax, de feeling, jamais elle ne sombre dans la complaisance. En ce sens, leur troisième album, Misplaced Childhood qui parait en 1985 sera la parfaite illustration de leur singulier talent, ainsi que le point culminant de leur pouvoir de séduction. Le disque, qui leur apportera une renommée internationale grâce à une série d'imparables singles Kayleigh, lavender, heart of Lothian, s'impose comme l'un des plus ambitieux d'une époque où la production musicale peine à s'émanciper du carcan imposé par MTV. Présenté comme un bloc conceptuel autour de la perte de l'innocence, tous les titres s'enchainent sans heurt avec une impeccable maitrise. Sobrement produit par Chris Kimsey, Misplaced Childhood a conservé toute l'intemporalité de ses qualités, ce qui n'est pas si commun pour un enregistrement réalisé en un temps où les gimmicks ont, ailleurs, trop souvent pris le pas sur l'inspiration.









Le succès aiguise les crocs d'un manager qui divise les rangs et encaisse les dividendes, les tournées se succèdent, incessantes, Fish ne se dissocie plus du personnage scénique qui endosse les angoisses et dépressions de textes flirtant dangereusement avec l'intime. Alcool, acides et cocaïne sont depuis trop longtemps son pain quotidien, dans un réflexe de survie il pose un ultimatum, si Marillion ne fait pas un break, il quitte l'aventure. Il ne sera pas pris au sérieux, l'album suivant sera son dernier au sein de la formation. Clutching At Straws enregistré en plein chaos, après deux années supplémentaires sur les routes, sort en 1987. Une nouvelle fois impeccablement produit par Chris Kimsey, le disque se distingue de son prédécesseur en marquant un retour à un format de chansons plus traditionnel, même si l'ensemble reste conceptuel et les enchainements fréquents. Les textes de Fish expriment clairement sa volonté de rupture, évoquant le lent suicide par auto-destruction d'une rockstar au bout du rouleau. Généreux en temps forts, warm wet circles, that time of the night, le tristement toujours d'actualité white russianslàinte mhath, sugar micele disque se conclut en apothéose sur the last strawune chanson qui synthétise toutes les qualités d'un groupe devenu redoutablement efficace. Fish domine cette fois encore l'album, ses mélodies sont éblouissantes, sa voix virevolte de l'une à l'autre avec une aisance sidérante conjuguée à une profondeur qui donne corps à la confusion des sentiments, ivres et titubants. We're clutching at straws, I'm still drowning...



Il y aura un ultime hit single, Incommunicado qui semble boucler la boucle en revendiquant comme au temps de market square heroes l'influence des Who, ceux de Quadrophenia, auxquels heart of Lothian avait également fait allusion en citant discrètement love reign o' me. Il y aura une tournée de plus, des concerts tantôt habités, parfois abattus, j'aurais droit aux deux, avant que le gâchis ne s'invite au festin. Ni Fish en solo, ni Marillion avec son nouveau chanteur, qu'ils auront au moins l'intelligence de choisir totalement différent de son prédécesseur, ne retrouveront la si séduisante magie qui anime ces quatre albums à contre-courant auxquels s'ajoute B'Sides Themselves de 1988 qui regroupait pour la première fois sur cd une large partie des nombreux titres que le groupe réservait exclusivement à ses singles et E.P. Forcément disparate puisque couvrant une longue période en constante évolution, cette compilation n'en est pas moins excellente et propose un panorama des différentes facettes du groupe. Elle permet de mettre la main sur le fameux Grendel ainsi que market square heroes et three boats down from the candy à savoir les trois titres qui constituaient leur tout premier E.P, dans des versions toutefois légèrement différentes pour les deux derniers puisque ré-enregistrés deux ans après leur première publication. On y trouve aussi tux on que je classe parmi ce qu'ils ont fait de meilleur, ainsi que l'étonnamment minimaliste lady Nina. Bref, ça permet d'y voir plus clair dans le micmac des faces B, sans dispenser les plus accros du plaisir de la traque aux vinyls, tous dotés des superbes pochettes de Mark Wilkinson et contenant d'autres merveilles comme la version longue de Cinderella search ou les différents remix de Kayleigh. En cinq années seulement d'enregistrements le Marillion de la période Fish a laissé une production aussi conséquente qu'indispensable pour qui aime la musique lorsqu'elle provoque sensations fortes et vertige sans rien perdre de son authenticité. 

Hugo Spanky

mercredi 23 février 2022

MöTLeY cRüe

 



Mötley Crüe, je connais pas, qu'elle me fait, j'écouterais bien à quoi ça ressemble, toute enthousiasmée par la série Pam & Tommy que l'on dévore au rythme d'un maximum d'épisodes en un minimum de temps.

Bordel, Mötley Crüe, le temps de secouer les breloques qui me servent de méninges et les images reviennent, pas les plus élégantes, mais assurément pas les moins rigolotes. C'était même leur truc principal, être fendards comme pas deux, jamais effrayés par le ridicule. Dans Enfer magazine, Metal Attack, ils apparaissaient, mois après mois, toujours plus déglingués, bouteille de Jack Daniels à la main, farouches opposants à l'existence des verres, à poils sous la douche, le nez dans des nichons, les yeux éclatés de rire, dévastant l'avenir de toutes les starlettes du petit écran à venir se frotter à eux. Et elles furent nombreuses à prendre le ticket. Les interviews valaient mieux que les tirades romantico-dépressives des rockstars encartés, le Mötley Crüe ne racontait que des anecdotes puisées dans une vie sur la route menée grand train, claquant un maximum de la thune que leur manager faisait fructifier en utilisant leurs tournées mondiales pour donner dans l'import/export de carburant nasal. On vivait le début des années 80, être irraisonnable le rock nous y avait habitué, dorénavant il n'y aurait même plus besoin de justification à cela. Fun fun fun en réponse au no fun de la génération que Mötley Crüe piétinait sous ses platform boots. 




Je les avais lâché dans la nature après leur quatrième album Girls Girls Girls, ce qui amène à 1987. La mort de Razzle m'avait laissé saumâtre, j'adorais Hanoï Rocks. Si j'avais donné sa chance au disque en dépit d'une pochette encore moins ragoutante que les précédentes, c'est uniquement parce que j'espérais un hommage à la hauteur du drame, je sais pas, un morceau bien senti pour le copain fracassé à travers le pare-brise, une dédicace sincère, un geste. Et il y en eu un. Ces dingues concluent l'album sur une reprise live de jailhouse rock, manière de se bidonner en repensant aux deux maigres semaines de prison effectuées par Vince Neil pour avoir provoqué l'accident mortel dans un état qui défonce les limites. Car c'est bien là le titre de gloire dont le groupe tire sa fierté, défoncer toutes les limites.





Remarquez bien qu'ils avaient pas tort de miser là dessus plutôt que sur leur musique. De Mötley Crüe, j'étais blasé d'attendre un album qui tienne la distance. Too Fast For Love, leur premier, restait encore, et reste toujours, le seul qui vaille le coup d'être glissé sur l'étagère, bien calé entre le premier WASP et le Stay Hungry de Twisted Sister. Un album sans subtilité, sauf si taper sur une cloche pour habiller un break, comme le fait Tommy Lee quasi systématiquement, vous apparait subtil. C'est aussi le seul de leur oeuvre pour lequel Nikki Sixx, leader maximo à 4 cordes, a eu le temps de composer ce qui ressemble à des mélodies qui vous percutent le bulbe et y restent coincées pour l'éternité, live wire, public enemy #1, piece of your action, on with the show, starry eyes, merry-go-round, de quoi empéguer les esprits au delà du sunset strip qui vécu cette année 1982 au rythme de leurs frasques. Surement pas un coup du hasard si c'est aussi le seul de leurs disques que j'ai conservé jusqu'ici. J'aurais été mieux avisé d'en faire autant du suivant, le luxueux Shout At The Devil vu le prix auquel il s'échange de nos jours. D'autant qu'il montrait un progrès niveau production, sans qu'on soit sûr d'y gagner au change. Le groupe se donnait les moyens de conquérir le monde, et si les chansons dignes de ce nom commençaient à se faire plus rares, shout at the devil, too young to fall in love, ten seconds to love, fallait en profiter vu que très vite ce serait disette.






Alors ? Faire découvrir Too Fast For Love de Mötley Crüe en 2022 à sa nénette, ça donne quoi ? La réponse dans les commentaires. En ce qui me concerne, je prépare la suite en retirant la poussière qui insulte I fuck like a beast.


Hugo Spanky




vendredi 3 septembre 2021

IRoN MaideN /// SeNJuTsu ///




Brrr, c'est la rentrée des chiards et Iron Maiden est de retour. Pochette d'inspiration samouraï, durée des morceaux intimidante, j'y suis allé sans m'enthousiasmer plus que ça et ma surprise fut de taille. Senjutsu est le meilleur album du groupe depuis 40 ans ! Sortez pas vos calculettes, je fais dans l'approximatif. Faut remonter à Powerslave pour trouver aussi cohérent et créatif. Pour les connaisseurs, c'est Piece Of Mind que ce nouvel album m'évoque au plus près. Un son clair, une basse qui caracole et surtout un lyrisme retrouvé. Les mélodies se tirent la bourre, vous rentrent dans le crane et y restent. C'est la grande différence avec ses plus récents prédécesseurs, quand je dis récent je parle sur vingt ans en arrière, hein, le dernier disque datait de 2015. Notez bien qu'il était déjà méritant, c'est pas le problème, Iron Maiden a toujours fait de son mieux. 

Leur pain noir, ils l'ont becté au milieu des années 90 quand la moitié la plus "moderniste" du groupe l'a quitté sans sommation. On a eu droit à tout, un chanteur à la ramasse, des compositions poussives, un style qui part en vrille, la bérézina. Heureusement, le monde du heavy metal est semblable à celui des Feux de l'amour, les morts ne le sont jamais vraiment, il existe une réalité parallèle à toutes les situations. Tu crois que bidule est le fils de machin, t'as tout faux, même les tests ADN ne sont pas fiables. Tu crois qu'un Deep Purple ne peut pas coucher avec une Black Sabbath et tu te retrouves avec le rejeton sur les genoux. Iron Maiden n'a pas échappé à la règle, en 2000 tout le monde est rentré au bercail et ils ont même gardé un des remplaçants. Iron Maiden c'est l'OM qui joue à 12, le Tour de France avec un moteur planqué dans le cadre, les mecs font des roues arrières en grimpant le col du Tourmalet.




Bon, j'entame ma troisième écoute et le disque se bonifie, son ouverture tribale, Senjutsu, est aussi surprenante que saisissante. Le morceau se classe d'emblée parmi les plus grands titres du groupe. Le ton est donné. Stratego balise une voie plus souvent fréquentée, pure cartouche pour la scène. Je capte des influences sudistes dans le riff de Writing on the wall qui clôt magistralement la première face. Un vrai bon single doublé d'un nouveau classique à ajouter à un répertoire où la concurrence ne manque pourtant pas. Je vous ai dit que les mélodies sont à tomber raide ? C'est bien ce qui me semble aussi, mais je le redis. Je vous ai aussi causé de Piece Of Mind, c'est mon chouchou celui là. Pour la première fois, alors, le son du groupe était autrement qu'oppressant, il y avait de l'espace entre les instruments, des respirations, c'est bien simple il y avait même une chanson qui parlait de toucher le soleil, d'ailleurs on trouvait le thème du soleil carrément deux fois sur le disque ! Sur un disque de heavy metal !! Dans les deux cas, l'histoire finissait mal, certes, c'est pas le genre de la maison que d'évoquer les vacances à Ibiza, mais l'idée était bien là, Iron Maiden n'épouserait pas toutes les combines du genre. Ce groupe sait faire touchette avec l'épaule pour prendre un virage qui se défile. 



Piece Of Mind, donc, c'était en 1983. Autant dire que je m'étais fait une raison. Senjutsu, c'est 2021, la vache. Ils l'ont fait ! Je m'injecte The days of future past, tout est là, le solo qui déchire, le break menaçant, sauf que tout est différent. Le solo a perdu les tics qui le rendaient trop prévisible, le break se permet un synthé en soubassement, la mélodie s'élève et se déroule sans besoin d'artifice pour cacher ses faiblesses. Elle n'en a pas. A aucun moment, ils n'ont recours aux chœurs pour faire chanter les stades, si ça c'est pas un signe. Le disque est enregistré en France, au studio Guillaume Tell, on n'a plus d'excuse pour faire de la merde, le son est une splendeur. The time machine, les cassures obliques se multiplient, les harmonies ramènent de l'ordre, une nappe de synthé climatise l'ensemble avec élégance et discrétion, une guitare acoustique fait sa coquette en arrière plan. L'utilisation des synthés est un des point fort du disque, parfaitement dosés, ils modulent les atmosphères sans jamais envahir le propos. La production est à couper le souffle, pourtant c'est toujours Kevin Shirley et Steve Harris qui en sont en charge, rien de nouveau au casting. Juste que quand vous avez des chansons qui tiennent la route tout est plus simple. Pas un seul titre ne m'apparait comme faisant remplissage, alors que la durée moyenne des morceaux bat tous les records, aucun ne semble trop long. Ni même long.



J'en suis où ? Iron Maiden sort un nouvel album, le premier en six ans, double cd, triple vinyl, noir, je ne marche pas dans ces conneries d'éditions fnac, amazon, argentée pour l'un, en peau de zboub pour l'autre, noir c'est bien, ça se démode pas. C'est la rentrée des classes, si j'allume la télé je vais y avoir droit. Darkest hour a tellement de feeling que je me retrouve avec un spleen vagabond à l'esprit. The parchment orientalise dans un coin, prend son élan, enfle comme une tornade qui fond sur vos côtes. Il existe encore des gosses avec des sacs US ? Les sacs US existent encore ? On s'en fout. Aujourd'hui, ce jour, Iron Maiden sort son meilleur album depuis...on s'en fout aussi. C'est le meilleur que vous puissiez mettre sous l'aiguille pile en ce moment. Il y a des intros tarabiscotées, je vous dis que ça. Hell on earth baisse le rideau avec panache, je sais pas de quoi ça cause, je ne me suis pas encore penché sur les textes. Je peux pas tout faire ! Je pensais écouter Senjutsu une fois ou deux et retourner à ma lubie du moment, je l'avais pré-commandé comme on fait coucou dans la rue en continuant de marcher. Je sais bien faire, ça. Et me voilà quatre plombes plus tard à vous convaincre de tenter le truc. Alors que le simple nom d'Iron Maiden vous charge de mauvaise volonté et que la rentrée des chiards vous donne tout un tas d'excuses pour faire semblant de ne pas m'entendre radoter dans mon coin. Je ricane, où que vous soyez Iron Maiden viendra vous choper, tôt ou tard, cet album est là pour durer.


Hugo Spanky