samedi 22 janvier 2022

PosT RéFleXioN




J'ai fini par piger ce qui me bloquait avec les bd post années 80. D'abord, j'ai collé la cause de ma désaffection sur le numérique, l'absence de grain, le vide intersidéral des scénarii. Remarquez bien que tout ça n'est pas exactement faux. Sauf que Manara ou Kebra, c'était pas vraiment tellement moins creux, simplement ça me parlait.
Puis je suis tombé sur un blog qui en publiant des ebooks tout azimut m'a permis de me plonger dans les productions récentes, disons de moins de 10 ans en arrière. Et c'est là que j'ai pigé. Le soucis, c'était ma pomme. Je reprochais à la bd de ne plus être celle que je connaissais sur le bout des doigts. Elle avait poursuivi sans moi son évolution, la bd avait fait ce que je reproche au rock de ne pas faire, et je trouvais encore moyen de me plaindre ! j'étais vexe, on était passé à l'ère du roman graphique et j'en savais rien. les salauds ne m'avaient pas prévenu.
Mieux encore, la bd s'est féminisée, ce qui est mon souhait le plus immuable dans à peu près tous les domaines. Le salut viendra de la femme, ça sera pas pour de suite dans la mesure où sitôt qu'elles sont en position de changer quoi que ce soit la plupart commencent par se masculiniser. Ce qui est le comble de la connerie. Mais j'ai espoir, ça viendra. Fini le temps où Chantal Montellier et Claire Bretcher faisaient figure d'exception, au dessin, au scénario, les femmes sont en place et d'ici demain plus personne ne les cantonnera à ne parler que d'elles-mêmes. 


Devant l'ampleur de mon retard, j'ai, pour aborder mes recherches, commencé par trier dans le nombre en éliminant tout ce qui est nanas avec des flingues sur la couverture, idem pour les mecs d'ailleurs. Les polars, j'ai donné, pas question de rechercher ce dont j'avais déjà fait le tour. J'ai aussi ignoré les biographies, plus encore celles consacrées aux groupes de rock. Et ça fait du vide ! Putain, c'est devenu un vrai business cette affaire, ramones, velvet underground, motörhead, bowie, nick cave...ils y sont tous passés, réduit à leurs propres clichés en 50 pages. Dans la foulée, j'ai dit non aux machins pseudo historiques, c'est prétexte à n'importe quelle connerie. Vu que j'ai jamais trippé science fiction, vaisseau spatial, golgoth et compagnie, là aussi ça a fait du vide. Faut voir ce qu'on se trimballe comme angoisse pour nos lendemains à venir. Sans moi, j'en ai assez avec celles du jour. Je biaise en piochant dans le registre anticipation, quand c'est bien fichu, ça me va. Avec parcimonie, mais ça me va. Le trop plein de texte, critère de renoncement également, let the dessin do the talking ! Une bd qui nécessite des paragraphes entiers de rédaction est synonyme d'auteur qui s'est gouré de métier. Alan Moore ou pas, quand c'est trop bavard c'est qu'y a maldonne.

Fallait s'y attendre, je me suis retrouvé avec une jolie collection de couvertures roses et bleues, des bd girlie à conscience émotionnelle perturbée. L'équivalent sur papier blanc des disques de T.Rex, Roxy Music, de Katy Perry aussi, des clips de Miley Cyrus lorsqu'elle fait des pirouettes avec sa voiture. Un univers entre True Blood, les films de Sofia Coppola et ceux de Gregg Araki. A ce petit jeu, deux talents se distinguent, atteignant tous deux leur pleine maturité avec leurs plus récentes publications, après quelques encourageant tirs d'essais.

L'espagnole Maria Llovet en premier lieu avec son Faithless en trois tomes (le troisième est pour 2022). Son trait d'inspiration manga trouve une assurance pleine de sensualité soulignée d'une touche de fantaisie haute en couleurs qui manquait un brin à Heartbeat, son précédent ouvrage. Avec un scénario fignolé par l'américain Brian Azzarello, qui s'est imposé avec le machiavélique 100 bullets comme une signature phare, Faithless a tous les ingrédients pour faire des ravages. En combinant les points forts de la bd européenne, sexy et pertinente, avec ceux des comics, efficacité et noirceur, cette série est la salutaire bouffée d'air frais dont le genre avait sérieusement besoin. Difficile d'en dire plus sans être réducteur tant les auteurs s'amusent avec les thèmes les plus classiques du romantisme gothique, sorcellerie, sexualité, épouvante, si ce n'est que tout cela fonctionne miraculeusement par la grâce des personnages qui en contrechamp nous racontent tout autre chose et parviennent à nous questionner sur la valeur que l'on donne à ce qui n'a d'importance que si on lui en accorde. Parfois au point de tout sacrifier pour entretenir une illusion.






Avec 47 cordes, Timothé Le Boucher s'est affirmé en 2021 comme l'autre talent à ne pas manquer. D'une délicatesse inversement proportionnelle à son nom, son trait trouve ici sa plus parfaite épure et se hisse enfin à la hauteur de ses intrigues. Après deux albums en constante progression, Ces jours qui disparaissent, aux dessins un chouia trop juvéniles pour une histoire qui justifie toutefois d'y prêter intérêt et surtout l'impeccablement ficelé Le patient publié en 2019, 47 cordes est la confirmation attendue. Le môme sera taillé pour la cour des grands s'il ne se perd pas dans la démesure d'un scénario dont le second tome à venir pourrait bien se révéler casse-gueule à maitriser. Car si il y a un truc qu'il ne m'a pas fallu mille ans à piger, c'est bien la difficulté qu'ont les auteurs à conclure des histoires dont l'ambition dépasse le one shot. 



En parlant de one shot, Karmen de Guillem March atteste, comme Maria Llovet, de la bonne santé de la bd espagnole. Quelques albums en demi-teintes au scénario parfois confus (Souvenirs) et des collaborations pas franchement convaincantes, dont une avec Jean Dufaux qui peine à se renouveler après avoir trop essoré le filon Djinn, m'avaient fait classer Guillem March au rayon des espoirs déçus, d'autant plus facilement que son expérience américaine au sein de l'usine à comics semblait l'avoir définitivement dénaturé. Karmen démontre avec insolence que j'avais été un peu vite en besogne. Le décor est planté dès les premières pages, on arrive trop tard. Une histoire toute simple traitée avec une ingéniosité vertigineuse, des rebondissements placés avec un impeccable sens du timing et des illustrations tout ce qu'il y a de charmantes m'ont transporté d'une émotion à l'autre avec une béatitude complice. Karmen est une gifle en forme de caresse, ou l'inverse. On aime ce qu'on a perdu, faute d'avoir su l'aimer à temps. Pour ne rien gâcher l'album, paru chez Dupuis, est absolument magnifique.





Retour en France avec l'excellent ouvrage de Lucas Harari La dernière rose de l'été. Splendide résurrection de l'école ligne claire toute de couleurs méditerranéennes, le livre est un plaisir renouvelé à chaque case. Un personnage central au ton pastel traine sa nonchalance sans trop savoir ce qu'il fout là, en ce bord de mer trop bleu pour être honnête. Un peu Brian De Palma, un peu Freddy Lombard, il regarde côté voisine et se laisse happer. Je n'ai pas lu L'aimant qui le précède, mais ce deuxième livre place Harari parmi les noms à suivre de près. Il y a de la personnalité dans ce trait qui peut être, enfin, amène l'héritage de Chaland vers un nouvel éden. L'ambiance mouve au fil du récit, d'abord aérée et lumineuse, les angles, le découpage, Harari utilise toutes les techniques, se positionne en réalisateur, donne à ses dessins des perspectives qui accentuent le propos sans utiliser le texte au delà du strict nécessaire. Du beau boulot, assurément.










Autre nom à surveiller, Lucrèce Andreae, cette jeune touche à tout déjà responsable de quelques court-métrages d'animation signe avec Flipette et Vénère un premier album doté d'une intelligence dans les multiples nuances de son propos à laquelle notre époque de fanatiques ne nous a pas habituée. Encore moins sur un  sujet aussi casse-gueule que celui de la conscience sociale et de l'implication de chacun dans son contexte de vie. De loin l'album le plus bavard du lot, sans qu'il n'en souffre grace à des dialogues toujours bien sentis.









Le ton juste également au fil des trois tomes de la série Le bel âge signée Merwan. Très chouette évocation du passage à l'âge adulte à travers les hésitations, les faux pas et les coups de cœur, et de griffes, de trois petites nanas croquées avec tendresse et bienveillance. Les adeptes de la colocation et des randonnées dans les Pyrénées y seront comme chez eux, sans que les autres ne se sentent exclus. Si ça c'est pas une critique limpide, je ne sais pas quoi vous dire de mieux.









Hémoglobine à gaga avec Lady Killer de Joëlle Jones et Jamie S. Rich, comics en deux tomes aux faux airs de Serial mother (A couteaux tirés et Les vices de Miami) qui m'ont régalé avec leur esthétique 50's, traitée avec la modernité nécessaire, autant que par la nervosité d'un récit qui ne sacrifie pas à la facilité. Les allergiques au fleur bleue, c'est pour vous. Je chicane pas sur ma règle pas de nana avec des flingues, elle préfère les couteaux ! Ok, elle préfère tout ce qui lui tombe sous la main, ça charcle sévère dans cette affaire. Un vrai bonheur. Je ne sais pas si la série dont la dernière parution date de 2016 sera réactivée par l'annonce de son adaptation Netflix, mais je n'y verrais aucune objection.

Hugo Spanky



18 commentaires:

  1. C'est volontaire si Madame Morris ressemble à Natacha l’hôtesse de l'air ? 😶 Mis à part le premier volume de Faithless dont j'ai illico accroché avec cet univers de sorcellerie -pas nouveau, mais remis au goût du jour et excellemment bien capté-, j'avoue que pfiouuu, suis à la ramasse question nouveautés. Mais bon, je vais rattraper le coup et je reviendrai.

    Question féminisme, il a toujours existé dans la bd, surtout à travers les histoires de sorcellerie. (Tiens, on dit Le féminisme, et La masculinité. Fin de la parenthèse 😊) Ce qui change aujourd'hui c'est qu'il y a enfin des femmes au dessin, ou au scénario.

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    1. Oui, à propos (...)) des femmes je faisais bien allusion aux créatrices, du coup j'ai mieux précisé ma pensée en retouchant ce passage. Effectivement les héroïnes de bd n'ont elles jamais manqué...d'être créées par des hommes ))) Et c'est bien là que le changement se dessine (pff, je vais pas m'en sortir))
      Je reprends. Il me semble qu'apparait toute une génération de femmes et non plus seulement quelques figures de ci, de là. Mieux, elles semblent ne plus se positionner autour de l'axe masculin pour parler d'elles, contrairement à des pionnières comme Claire Bretcher dont la féminisation du propos se faisait autour de l'axe du couple, dans tous ses états, mais du couple quand même. A ce niveau là, la donne a évolué. Lucrèce Andreas par exemple avec Flipette et Vénère oppose deux formes de pensées féminines et surtout deux pensées qui ne sont pas la "soumise conventionnelle" d'un côté face à la "libérée" de l'autre, non, ce sont deux femmes qui chacune à sa façon sont indépendantes des hommes (sans qu'il y ait de connotations sexuelles, soit dit en passant, elles sont sœurs). Les personnages masculins sont soient perturbateurs, soient rassurants au sens quasi maternel sans pour autant être déconsidérés. D'où ma remarque sur les nuances maitrisées à la perfection.
      il me semble, et là je ne parle plus de Lucrèce Andreas en particulier, que la prochaine étape à franchir sera de parler dorénavant des hommes avec la même assurance. Il serait dommage que la bd faite par des femmes ne parlent que des femmes elles-mêmes, même si c'est fait avec talent.

      D'ailleurs, j'ai aussi remarqué, dans Faithless comme dans Le bel âge, toutes deux scénarisées par des hommes, que les portraits des personnages féminins sont d'une justesse formidable. On est à des années lumières des stéréotypes. Et ça aussi, c'est encourageant. Qui plus est dans le cadre des comics, qui est celui de Faithless, où les personnages sont généralement soit surpuissants et en costumes de super héros, soit insignifiants. C'est une belle évolution, même si elle se fait par le biais d'une collaboration avec une artiste européenne et non pas directement au sein de la maison mère américaine. Comme quoi il y a encore du chemin à faire.

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    2. C'est par ce biais que les choses avancent réellement. Par la transmission "douce" à travers des outils comme la bd, les films d'animation, l'école, et toujours on y revient, le pouvoir du NON, que l'on utilise jamais assez. Ou à bon escient. Puis, qu'on arête de comparer les hommes aux femmes, de les mettre en compétition et ainsi les dresser les uns contre les autres. Je nous trouve bien égoïstes alors que la planète se meurt, étouffée de nos caprices. La parole se libère enfin, commence à se fait entendre même dans des milieux jusqu'alors couverts par une omerta aussi complice que coupable. Il y a encore du chemin à faire comme tu dis, mais les choses avances.
      Le prénom de Lucrèce par exemple, n'a pas dû être choisi au hasard. Et ça j'adore. Je suis très attirée par sa bd de part ta façon d'en parler, alors que ce n'était pas celle qui m'avait attirée en premier. Le truc marrant c'est que je suis suis moi-même flipette et vénère comme je le dis souvent avec ces deux formes opposées de pensées. Ça promet ;) Merci pour toutes ces fraîches ouvertures en tout cas ♀️ ♂️

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  2. Comment faire. Quoique tu penses de la musique aujourd'hui. Imagine ne plus en écouter du tout depuis disons allez 10 15 ans. Et puis un papier qui te passe des extraits, tu redécouvres du nouveau son avec des instruments que tu penses connaître. Voilà l'impression que j'ai en regardant les vignettes et tes promesses d'histoires. Comment trouver les moments et les bons formats? Autant je me suis très vite adapté au MP3, autant je n'ai pas encore trouvé le biais pour regarder de la BD autres qu'en version papier, pas forcément glacée et cartonnée, mais au moins papier. pas eu de mal pour les liseuses. Mais pour la BD? Tu fais comment?

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    1. Je me demandais justement si je devais mettre le lien du logiciel que j'utilise et qui est franchement cool. J'ai la réponse ))) http://www.cdisplayex.com/

      Tu parles de sons et d'instruments, je me faisais récemment la remarque (je dialogue beaucoup avec moi-même)) que la musique avait cessé d'évoluer depuis que l'accent était mis sur les moyens de la diffuser plus que sur les moyens de la créer. Depuis l'auto-tune aucune nouvelle sonorité n'est apparue, ce qui est unique si on prend en compte l'histoire du rock depuis sa création. D'abord il y eut le passage des instruments acoustiques à l'électrique, puis l'évolution des systèmes d'amplifications accompagnée par l'invention des diverses pédales d'effets, ensuite l'évolution des studios d'enregistrement et l'apparition des synthétiseurs puis de l'électronique de façon générale (sampler, boite à rythme, batterie...) pour en arriver à Believe de Cher que tout le monde décline. Mais depuis ? Rien, nibe, que dalle. Du revival. Je me suis drôlement engueulé avec moi-même tellement ce sinistre constat m'a énervé.
      Paradoxalement, ça m'a fait prendre conscience que je devais accepter le fait que la bd soit devenue ce qu'elle est. Je m'en félicite tant le plaisir de la trouver renouvelée a réveillé mon intérêt.

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  3. Je note le logiciel, merci. Y'a plus qu'à... me bouger et trouver le temps (je vais pas radoter sur le temps, pas aujourd'hui)
    En tout cas ça donne envie.
    Le son, entendu une fois un musicien partager ton avis, nouvel techno musicale, avancé spectaculaire, du déchet, du tassement, de l'aventureux, de la récupération... etc... patience avec les ordinateurs quantique ;-)

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  4. Voilà de bien belles pistes de lectures qui nous sont offertes.
    Hélas, j'ai essayé de lire La dernière rose de l'été avec ton fameux logiciel... au bout de 4 planches, j'ai tout abandonné ; non pas que cette bd soit mauvaise – bien au contraire – mais la lecture sur écran ce n'est décidément pas pour mézigue.
    Harry Max

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    1. Tu as de la chance, on le trouve à 29€ dans toutes les bonnes librairies ))) Blague à part, les bd sont devenues de beaux objets aux formats multiples et parfois ambitieux que l'on trouve rapidement d'occasion à des prix corrects. La lecture sur écran avec ce type de logiciels permet de découvrir, de trier, de se faire une idée, un peu comme le mp3 qui ne remplacera jamais l'objet dont il est tiré.
      Ceci dit, si tu calibres bien la bd à la taille de ton écran, la lecture est loin d'être désagréable, même si elle est différente. Perso, j'aime la façon dont on est immergé dans l'image, la possibilité de détailler chaque case avec le zoom. Pour d'autres que nous, j'imagine aussi que c'est une façon de pouvoir lire n'importe où sans se trimballer un sac à dos.

      Au delà de ces considérations, La dernière rose de l'été est effectivement un superbe album que je n'aurais sans doute jamais connu autrement. Il y a vraiment eu une évolution au niveau des ambitions, là où le cinéma les a toutes abandonnées. Cette bd en particulier est très complète tant au niveau du dessin que de l'histoire, mais aussi dans la façon dont elle est mise en scène à travers des cases qui utilisent des angles, des perspectives et des cadrages très cinématographiques. Rien n'y est plat.

      La production est très diversifiée même si le pourcentage de réussites est infime par rapport à la logorrhée des parutions. Et voila un domaine où les artistes français sont nombreux à briller. En ce moment, je me penche sur Bastien Vives, son album Polina (de 2011) est une merveille dans un registre très différent de La dernière rose. Il a d'ailleurs été adapté en film en 2016, je vais regarder ça de plus près.

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  5. Houla ! Voilà bien du noir et du sanglant dans cette intéressante sélection. Je n'en connais aucun, mais bien difficile actuellement d'être au jus de toutes les sorties. Même si la production a diminué par rapport aux années 90 (d'après ce que m'a rapporté un professionnel).

    On note l'excellence du graphisme et du cadrage de Karmen ; relativement dépouillé mais superbement expressif, vivant. De même que ce Lady Killer qui semble dégager de la personnalité. En plus d'impressionnants jets d'hémoglobine. 😁😲

    "Faithless" m'interpelle aussi, notamment par la présence de Brian Azzarello, cependant le dessin paraît aller à l'économie.

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    1. Ces trois là sont ceux qui tiennent le plus du comics, avec une bonne touche de manga pour Faithless. Pur bonheur. Je dirais que Karmen est même cruellement vivant, c'est un trip cette bd, émotionnellement tu passes au shaker. Faithless est terrible aussi, le dessin colle impeccablement au scénario d'Azzarello. L'approche est différente des plans vertigineux que l'on trouve dans Karmen, mais l'expressivité des personnages t'embarque complétement dans cette histoire où le vide joue aussi un rôle existentiel. Peut être que les planches que j'ai mis sur le blog te donnent une impression d'économie, ce n'est pas le cas.
      Lady Killer c'est un vrai truc de gourmand, ils se sont fait plaisir ))) Ça dézingue à tout va ! Mais là aussi ce n'est pas au détriment des personnages qui se révèlent tous avoir une vraie place dans l'intrigue et plus de fond que l'on est habitué à en trouver dans ce type de comics. Y a aussi des plans sacrément trash qui n'ont pas peur de flirter avec le politiquement très incorrect ))
      Un trait commun à tous les albums de ma sélection, c'est le soin apporté aux personnalités de chaque protagoniste. Il y a une dimension à ce niveau là qui n'était pas présente dans la bd dont j'étais familier et c'est un des points qui m'a accroché à cette nouvelle génération. Il y a une vraie volonté de communiquer des émotions quel que soit le thème de l'intrigue.

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    2. Je dirais méfiance tout de même à ce que ce meilleur monde qu'est la bédé, ne prenne pas le même chemin que toutes les séries netflix fabriquées à la chaine dans le seul but de te légumiser. Je dis peut-être ça sachant que Lady Killer va être adaptée, et que je pressens inévitablement tomber dans les travers de Dexter. En plus de ceux de Netlix. Les années 50, une femme au foyer exemplaire, doublée pour notre grand plaisir, d'une tueuse déterminée et enragée sans la moindre pitié. Lady Killer c'est La formule gagnante.
      Faithless également dans un autre style. La minutie des dessins n'est pas importante dans la mesure où tout y est autrement, et la vue d'ensemble et telle, que tu y vois tout ce qu'il faut y voir, et même au delà.
      Ma prochaine c'est La dernière rose de l'été ;D
      Par contre Harry Max, t'aimes pas lire sur l'ordi ? T'as peut-être pas bien configuré, parce qu'en vrai ça prend tout l'écran, c'est assez génial je trouve. Bises en passant ;)

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    3. Faut pas bouder son plaisir, Lady Killer n'est jamais qu'un pulp bien branlé qui y va plein pot dans le gore tout en soignant ses personnages et ses intrigues. Ce qui fait déjà une sacrée différence avec cette merde infame de dexter ))) Après, c'est sûr que tu vas pas te réveiller la nuit en lui trouvant un sens profond.
      Ce que netflix en fera, faut voir. Je ne suis pas si catégorique envers netflix, j'y ai vu quelques trucs plutôt pas mal. Le soucis avec ces plateformes c'est que le temps qu'elles arrivent en France, elles sont déjà tellement formatées que leur intérêt en tant que nouveautés est périmé. Elles ont quand même le mérite de secouer un temps le cocotier. Faut les picorer, pas s'en nourrir.

      C'est la même chose pour les bd. Le nombre de parutions est insensé et c'est majoritairement d'une nullité sans nom, d'où l'utilité des ebooks gratos pour faire le tri à moindre frais, au pire on perd son temps. Pourtant au milieu de ce marasme, miracle, on tombe sur des merveilles. Paradoxalement, elles sont souvent très cinématographiques au sens exigeant du terme, les 47 cordes a un côté Kubrick par exemple, alors qu'en se contentant d'adapter des comics à la chaine le cinéma devient complétement décérébré, se privant de scénariste au profit des seuls effets spéciaux. C'est une cocasse inversion des rôles.

      Là encore, je ne vais pas faire de généralité, l'adaptation cinéma de la splendide bd Polina de Bastien Vivès est impeccablement réussie. Une réussite qui vient en grande partie du fait que le duo de réalisateurs du film (Valérie Müller en collaboration avec le chorégraphe Angelin Preljocaj) en a aussi écrit le scénario avec la volonté de s'éloigner de ce qui faisait la force du récit dans sa version papier, mais qui n'aurait surement pas eu le même rendu sur écran. Autrement dit en faisant un vrai travail de transposition de l'histoire.

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    4. Je suis bien d'accord au sujet des adaptations cinématographiques foireuses des BD. En quelques années, c'est parti en cacahuètes. On va de déception en déception. En dépit de la dépense de sommes honteusement colossales.
      A ce titre, les séries semblent plus intéressantes car s'attardant plus sur les traits de caractères des protagonistes. Le problème, c'est qu'elles ont tendance à rallonger la sauce avec des épisodes et des séquences guères utiles. Clairement rajoutés pour capitaliser sur le "filon". Et puis, quand ça commence à dépasser les 5-6 saisons, perso, généralement ça m'gave.

      Dans les réussites, à brûle-pourpoint, il y a "The Strain" (Guillermo Del Toro), "Happy !" et même "Daredevil" (bien que là aussi, la 3ème saison paraît avoir été sortie dans la précipitation, sans un synopsis solide)

      Quoi qu'il en soit, j'vais essayer de trouver ces BD. (j'ai retapé une vieille armoire... ça fait d'la place 😁)

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    5. Oui, j'avoue avoir un peu boudé mon plaisir concernant Lady Killer, car j'en ai clairement ma soupe de ce visuel dit "vintage". J'étais effectivement mitigée, bien que, mais comme au poker, je demandais à voir. Et là plus aucun doute, ce volume 2 est un pur régal. Les images sont fortes, comme dans le premier, mais je trouve qu'il a plus de corps, il est moins cliché. Pour l'adaptation tout dépend effectivement qui est au commande, -comme pour Polina, dont je n'ai encore lu la bédé, mais dont le film m'a embarqué dès son ouverture, à savoir s'il y a une vraie collaboration avec les scénaristes (ou une vrai tueuse à gage 😀)-, ou quel sera le cahier des charges comme dit Bruno.
      Au passage, je tiens à remercier tous ces blogs et sites, qui en partageant leurs passions et découvertes à portée de clic, nous permettent de se constituer physiquement ces volumes de bédés films ou autre bouquins afin qu'à notre tour, nous partagions à notre entourage nos petits trésors

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    6. Fut un temps où on s'affalait dans les allées de la fnac pour bouquiner peinard les bd qu'on pouvait pas s'acheter et personne ne trouvait à redire. On est maintenant dans une époque de chouineuses et de zorro mou du chibre qui viennent défendre leur pauvre idole spoliée par les téléchargements. Pfff, ce débat me gonfle tellement que j'ai viré le com du gonze qui est venu jouer ce rôle. D'autant que la génération d'auteurs qui signe les bd d'aujourd'hui a, à n'en pas douter, usé du téléchargement pour faire son éducation, musicale, cinématographique et/ou littéraire.
      Donc, oui, une bonne fois pour toutes, tu as raison, merci à tous les blogs et autres sites qui nous permettent de suivre le rythme des parutions, de découvrir, de partager et, finalement, d'acheter ce qui nous plait et seulement ce qui nous plait.

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    7. Bah, il pense bien faire. Il s'inquiète pour autrui.
      Toutefois, que dire des médiathèques qui, aujourd'hui, proposent le prêt de DVD, bouquins et CD pour une cotisations généralement très symbolique. J'en ai même visité une où l'on pouvait s'assoir, s'installer pour lire, écouter des CD au casque et même jouer à la PS. 😮 Que demande le peuple ?

      Il y a aussi ce "réseau" - si cela se nomme ainsi - où on laisse à disposition des bouquins.
      Cela a été critiqué - non sans raisons -, mais cela permet à ceux qui n'ont guère de moyens de garder un accès à la culture.
      Finalement, l'essentiel, c'est le partage.

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    8. T'as raison, ça doit partir d'un bon sentiment ))) Si il pouvait aussi en avoir envers nous, ça serait nickel. Il pourrait commencer par mettre des commentaires à ses rockstars préférées pour leur demander d'arrêter de nous tondre. Il a bon dos le téléchargement, ils battent tous des records de revenus avec leurs tickets de concerts hors de prix, leur catalogue d'édition, leurs Live en streaming, leurs éditions vinyl deluxe, pas deluxe, disque bleu, vert, rose, double, simple, sans les bulles... Et les bd c'est pas tellement mieux rayon tarifs...
      Alors je veux bien entendre l'argument qui dit que c'est pas évident d'être un artiste (ça l'était déjà pas du temps de Van Gogh ceci dit), mais faudrait pas que ça leur fasse oublier que c'est pas évident non plus d'être smicard ou rmiste.
      Le coup des livres dans la rue, ça se fait surtout avec ceux qui valent rien du tout, parce que depuis vinted les trucs qui se donnent deviennent très rares. Si faut c'était ça, le mec chouinait parce qu'il arrive pas à refourguer ses bd d'occaz sur son site favori )))

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  6. Super méga merci pour tous les bons tuyaux !!!

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