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vendredi 2 novembre 2018

STaReTZ, FRoM LeaD To GoLD




Ils l'ont fait. Staretz a gravé ses ambitions, dépassé les postures et attitudes sclérosées systématiquement de mises sitôt que l'on acoquine rock et français. From Lead To Gold est un album qui se contrefout du cahier des charges.   Staretz laisse les esprits sectaires s'enferrer dans les clichés et prend la tangente sans suivre d'itinéraire. Ce troisième album est celui de l'aventure. Le groupe sait être efficace, Go Down South l'a démontré avec brio, il y a deux ans, mais l'exercice est vain lorsqu'il se limite à ça. Le temps est venu d'abattre les cartes et de rafler la mise. Je me fous d'un disque de garage de plus, que quiconque puisse vouloir défier les sixties sur leur terrain ne m'inspire que lassitude. Voyez comme ça tombe bien, Staretz s'en fout aussi.




From Lead To Gold est l'album d'un groupe décidé à bouffer tout le gâteau avant qu'il ne soit trop tard. Les quatre musiciens ont pris leurs quartiers au Studio Condorcet, ont convié au festin quiconque est animé par l'envie commune d'ouvrir les vannes en grand. Christian Seminor, complice des années Dau Al Set, rapplique avec ses congas, un guitariste de hard rock se retrouve aux chœurs, Félix Jordan de Sabotage, tandis que le producteur et maitre des lieux, Olivier Cussac, traque la sonorité qui fait mouche et l'interprète avec une implacable justesse. Hammond, Wurlitzer, Violons, Cuivres, Farfisa, Percussions font tournebouler l'esprit, valser les émotions et lorsque l'affaire s'évapore sur un solo de trompette hanté, on reste estomaqué par tant d'audaces.  
Staretz ne nous refuse rien. 



Pas question pour autant de sombrer dans la complaisance, de faire dans l'exercice de styles, d'échapper à une niche pour s'emmerder dans une autre. L'élégance guindée du Funk Philadelphie se mêle aux frivolités d'Asbury Park. Au cœur de la chose, le rock bat toujours. Les ingrédients vont et viennent comme des saveurs sur le palais, pour nuancer la donne, faire respirer la musique, dérégler le quotidien, à aucun moment ils n'éclipsent la sidérante tenue des compositions. On savait Serge Fabre doué en la matière, on le découvre talentueux. Bitter streets en est un parfait exemple, une ritournelle qui joue à la marelle, une guitare espiègle, un tempo léger, le Wurlitzer en fil conducteur et ils font tourner ça comme si les singles existaient encore. 
 


From Lead To Gold est un disque malin comme une fille des rues. Chaque chanson disparait dans le silence avant qu'on y prenne ses aises. St. John's Eve, qui ouvre l'album, commence comme on s'étire, avec une paresse lunaire, puis la mélodie n'en fait qu'à sa tête, nous éveille soudain. C'est à ce moment là que la rythmique nous décroche son  jab du droit, on esquive par une feinte, on se redresse pour répliquer, trop tard, le Hammond nous cueille, l'adversité n'est plus de mise, ne reste que le charme.
Smell of fire est déjà là, en coup de grâce, illuminée par le saxophone de Loïc Laporte, et le disque file comme une balle au dessus du bitume, les paysages d'ombres et de lumières, sans cesse animés, se dessinent dans les phares. That's fine for me s'agrippe à nos cuirs comme une baby de Coney Island, From lead to  gold est une aguicheuse de dancefloor, Memories box, Lonesome king, Tchi tchi kokomo sont autant de franches réussites, des frangines malignes aux courbes mouvantes soulignées par l'inventivité des arrangements et les interventions en embuscade de Pablo Acedo. Ce jeune guitariste est l'indéniable révélation du disque, la singulière personnalité de son jeu amène un décalage salutaire sitôt qu'un titre aurait l’inconscience de trop flirter avec la norme. Entièrement auto-financé, enregistré en une petite semaine, From Lead To Gold ne souffre d'aucune comparaison et se permet le luxe, avec Almost blind, de se conclure en laissant entrevoir une possibilité d'évolution plus radicale encore. Ce groupe n'a pas abattu tous ses atouts. Reste à espérer que quelqu'un, quelque part, dans les médias, les maisons de disques fasse son travail autrement qu'en fabriquant des têtes de gondoles, et donne des moyens supplémentaires à l'expression de ceux qui considèrent, et démontrent, que la musique n'est pas seulement l’œuvre des taxidermistes.

Staretz vient de réussir un splendide album, un disque comme plus personne n'en fait, avec une vivacité qui n'a rien à voir avec la rage, l'énergie feinte des gros bras. From Lead To Gold est fin, racé et digne. Gardez vos comparaisons, j'ai jeté les miennes, ce disque mérite de n'être aimé que pour lui-même.
 

Hugo Spanky 

Dans les bacs le 1er Décembre.
En pré-commande, ici 
Teaser et téléchargement, là

mardi 4 octobre 2016

sTaReTZ † Go DoWN sOuTH




Deuxième album de Staretz, après Panettone Boogie en 2013, Go Down South est également leur premier sur bien des points. D'abord par la force des choses, le décès de Philippe Lombardi, guitariste et complice depuis plus de vingt années de Serge Fabre, a laissé un tel abysse au sein de la formation, et bien au delà, qu'il en devenait inimaginable de continuer en prétendant ne rien changer. On ne cherche pas un remplaçant à celui avec qui on a partagé tant de passion. Je ne cause pas là de musiciens se retrouvant au moment de monter sur scène, ou d'enregistrer quelques chansons. Serge Fabre et Philippe Lombardi étaient partenaires de vie, dans leurs nombreux groupes, dans leur label commun, Bang Records, dans l'amour de la musique et des disques qui se partagent dans le silence. Ces deux là n'ont été éloigné l'un de l'autre que par un étui de guitare glissé entre les deux sièges d'une voiture en route vers le prochain gig. Quand l'un pensait, c'est l'autre qui parlait.


Si son expérience et ses années passées à écumer la France, le Canada et le New-Jersey, font de lui le leader naturel de la formation, dont il est de plus l'unique compositeur (à quand un disque Composed, Arranged & Produced by) Serge Fabre n'en garde pas moins l'âme d'un homme de gang. Et s'il semble être encore le seul à douter de ses capacités à s'affirmer en solo, c'est avec bonheur qu'on le retrouve entouré du fidèle Eric Baldini à la basse (ancien membre des fabuleux Sad Knights), et du tout jeune guitariste Pablo Acedo, salutaire coup de pied au cul des deux croulants. Je taquine, mais il n'en demeure pas moins que le gars est foutrement doué pour ne jouer que l'essentiel et le faire de manière essentielle. Autant dire, la qualité la plus rare chez un guitariste. Je ne vais pas lui en tresser de trop voyantes, mais ce môme est la révélation du disque. Un instinctif.
A ces trois là, s'ajoute Christian Pagani à la batterie, venu en dernière minute pallier avec brio au départ de la chahuteuse Misty White


Surtout, Go Down South semble avoir donné une plus large place au producteur Olivier Cussac, grand manitou du légendaire studio Condorcet de Toulouse. Et pour un mec comme moi, qui lit des bouquins d'ingénieur du son plus volontiers que ceux des chanteurs, c'est un minimum de dire que ça compte. Plus encore quand le producteur est doublé d'un joueur de claviers hors pair, virevoltant au gré des chansons de l'orgue Hammond au Farfisa, du Wurlitzer au piano. Olivier Cussac apporte un courant d'air chargé de mille parfums à Go Down South, il ventile les esprits et l'ensemble swing avec une légèreté déterminée.

Mais vous pouvez coller Tom Dowd à des besogneux, ça n'en fera pas des orfèvres, vous pouvez habiller des plus beaux saphirs la brailleuse du quartier, ça n'en fera jamais la Callas. La qualité la plus évidente de l'album est celle des compositions de Serge Fabre. Pour le coup, il m'a scotché. Terminé de baisser la tête sur le guidon et de foncer droit devant en alignant les morceaux teigneux, place à l'émotion, notre homme a sorti sa palette de couleurs, et le tableau a une profondeur, une richesse de teintes, que j'aimerai entendre plus souvent dans un disque de Rock'n'Roll. Et si That's my home ouvre le bal avec des accents de Sneakin' suspicion dopé au Sunny Delight, c'est avec une fraicheur que le groupe de Wilko Johnson et Lee Brilleaux n'avait déjà plus au moment de graver leur troisième album. Autant faire tir groupé, les morceaux les plus enlevés sont maitrisés, enthousiastes, puissants, rouleurs des mécaniques, Staretz connait son Bo Diddley beat sur le bout des doigts, n'en parlons plus. Vous avez là de quoi faire virevolter vos soirées sans choper une gueule de bois. Il n'empêche que ce qui me branche le plus, c'est tout le reste. Et, coup de bol, tout le reste il y a.

A commencer par mon hit du moment, ma cajoleuse ensorcelante, Should I let her know. Purée, ce que je l'aime celle ci. C'est mieux qu'une chanson, c'est une promesse. Celle d'entendre Serge Fabre sans fard, ni carapace, l'âme à nue, comme Gram Parsons en d'autres temps. Est-ce par clin d’œil au Grievous Angel et à Emmylou Harris que la jeune Heloïse Bourret vient mêler sa voix à la mélodie ? Sortez moi ça en single et que les radios fassent leur boulot. Venez pas me chatouiller avec vos émissions d'indépendants de la FM, vos prétentions de D.J insoumis, si ce titre là ne s'immisce pas illico dans votre playlist. 


Go Down South porte bien son nom, l'album trace sa route en direction de Memphis plus souvent qu'à son tour, pour preuve l'impeccable Rolling down my way et son piano roublard, avant de bifurquer sur les terres du Rhythm & Blues avec un (Let's try) My way of loving au jumpin' groove plus tendu qu'un corset sur la poitrine d'Aretha Franklin. Ce machin là est emballé, c'est pesé comme un single du Spencer Davis Group. Et croyez moi sur parole, quand Jesus vient avec son Dobro conclure la première face, il n'existe plus de frontière, ni d'océan, entre la Garonne et le Delta du Mississippi.


Je vous ai causé du son façon juke joint ? A croire que les gonzes ont transformé le studio Condorcet en sous sol de villa de Villefranche-sur-mer. Écoutez les guitares sur Radio man, qui viennent se chercher des crosses tandis que l'orgue tapisse l'arrière salle. Exile on Concorde Street. Un peu plus loin sur cette seconde face, Canadian tears réalise ce petit miracle de faire s'épouser délicatesses Country et accents Jazzy à la Leon Redbone tout en réussissant le tour de force de sonner comme du Lou Reed ! Avec la ballade sous tension, Can't stand the truth, ce Canadian tears me fait regretter qu'il ne se soit pas glissé dans la tracklist un ou deux titres supplémentaires dans cet esprit là. Staretz démontre une telle capacité à élargir le spectre qu'il en devient presque réducteur pour eux d'aligner deux rocks d’affilée, fussent-ils de haute volée. Ce n'est que mon avis, mais je le partage.


Reste que Go Down South s'impose sans hésitation comme le disque indispensable pour aborder la dernière ligne droite de 2016. De quoi se tenir droit face aux bourrasques de mistral et aux coups bas de l'existence. Et si tous ceux d'entre vous qui se réclament des Dogs, du J.Geils Band, du E.Street Band, de Bob Seger, du Memphis sound, de Muscle Shoals, de la Soul, du Roll, du Pub et du Rock ne passent pas commande illico presto sur le site de Bang Records, c'est à n'y plus rien comprendre. Ou plutôt, si. Et c'est surement pire. Staretz, Go Down South, maintenant chez vous et dans les vitrines de tous les disquaires compétents. Faites passer le message.

Hugo Spanky 
 Bang records




lundi 4 juillet 2016

NEiL YouNG, CoNCeRT à TouLouSe


L'été s'est fait attendre cette année. Et ce 21 Juin, c'est une bonne trentaine de degrés qui s'est abattu sur la ville. Une chaleur typiquement toulousaine que l'on finit par détester en Septembre.
Avec mon fils, on se fraye un chemin à contresens : Tout le monde va au centre ville voir Renaud et quelques autres chanteurs de variété. Nous on en sort, direction le Zenith via le tram qui va à deux à l'heure. Tout le monde est en short ou claquettes, pas nous. Comme mon fils est canadien, je lui ai vendu Neil Young comme le meilleur de ses compatriotes, l'antithèse parfaite de Garou qui se produisait ce soir là aussi au Capitole. 

Après une fouille au corps à l'entrée, on retrouve Eric, un pote au bar qui sirote une bière. Il a déjà vu Neil Young deux ou trois fois avec le Crazy Horse. Le Zenith est plein en configuration moyenne, 4500 personnes à peu près. Un public de tout age, plusieurs générations. Des fans de Sonic Youth, d'autres de rock and roll comme moi. C'est tout là son génie d'avoir touché tous les ages. On est dans la fosse, debout mais c'est mieux pour voir un concert. Le décor est planté : Deux écrans géants, un sur chaque côté de la scène décorée comme des vieilles télés à lampes avec une mire à l'ancienne, projetée en attendant le début des hostilités. Sur scène, que du vieux matériel, à commencer par son fameux orgue à eau qu'il utilisera seulement pour un seul morceau. Une statue d'indien, quelques bougies, le tout est assez sobre. 
Soudain des filles arrivent habillées en paysanne, elles sèment des graines sur la scène. On pressent qu'il y a un message à décrypter. Premières démonstrations du militantisme de Neil Young contre Mosento qui ne fera que se confirmer tout au long du concert. Puis Neil apparaît tout seul avec sa guitare, celle de Hank Williams, qu'il a racheté voici des années. Il est vêtu à la canadienne, c'est à dire comme un sac : pantalon informe, groles de plouc de l'Ontario, un Tee Shirt avec marqué EARTH dessus et un chapeau assez grand pour cacher son visage. On comprend pourquoi on le tient pour le parrain du grunge : un vrai clodo de Seattle. Quand il entame seul les classiques de Harvest un grand frisson parcourt la salle. Je ne suis pas épargné. Il les joue exactement comme il les a enregistrés, mais seul. C'est intemporel. J'ai l'impression d'avoir Hank Williams ou Jimmy Rodgers devant moi. Il oscille entre son piano, sa guitare et son orgue à eau. Sa voix que j'ai mis longtemps à apprécier, me transperce désormais l'âme. Son jeu d'harmonica est fluide et parfait, on voit à peine son visage sauf si on regarde les écrans où il apparaît en gros plan. 



En réponse aux semeuses du début du concert arrivent une bande de types avec des masques de protections chimiques et des pulvérisateurs qui arrosent la scène de fumée blanche, une mise en scène censée représenter Mosento. Un épisode qui ouvre la deuxième partie du show... l'électricité... Le groupe apparaît sur scène. Promise of the Real est celui qui accompagne désormais Neil Young. Deux guitaristes, un bassiste, un batteur et un percussionniste aux congas qui apportera au concert une touche originale. La moyenne d'âge est faible, ils ont tous maximum la trentaine. Du sang neuf pour le vieux dinosaure. Le groupe est exceptionnel et la complicité avec Neil plus qu'évidente. Mené par Lucas Wilson, le fils de Willie Nelson me souffle-t-on, un jeune gars qui nous fera seul au piano une version country de La vie en rose, et en français s'il vous plaît. L'excellence et l'énergie de ces jeunes recrues au service du maître rendent le show particulièrement envoûtant. Capable de jouer l'intégralité de ses chansons d'après un interview qu'il a récemment accordé à Michka Assayas sur France Inter. Mais contrairement à son répertoire acoustique, c'est le jeu des guitares et le son qui prennent le pas sur les compos pour combler l'auditeur. Neil sort sa gibson noire de 1953, branchée sur un ampli Magnatone vintage. Un matériel qu'il semble avoir traîné avec lui toute sa vie. Le son est phénoménal ! Les cordes graves fournissent des basses monstrueuses. On croirait les albums de Link Wray des années 70's. 




Les morceaux tournent avec de très longues improvisations qui m'auraient horripilé chez n'importe quel autre artiste mais qui prennent ici une autre dimension. Une ambiance et une esthétique finissent par émerger avec élégance. Neil semble chercher le son parfait. il y arrive sur une fin à rallonge imitant pratiquement le chant des baleines en caressant les cordes de sa monstrueuse guitare. Un petit mot, le temps d'une pause, notamment pour nous dire que notre région est belle et qu'il fallait la garder comme elle est. Ou alors une dégustation de cerise partagée avec le public de la fosse. Le bonhomme semble charmant et aimable, tout le contraire de Dylan avec lequel les comparaisons s'imposeront toujours. 



Un dernier rappel, une fin en apothéose, et pour finir, une mêlée avec son groupe avec lequel il semble le plus heureux des hommes. Un bonheur communiqué à tous les spectateurs, ce soir là, dont ma pomme, persuadé d'avoir assisté à un grand moment. Je glisse connement le billet du concert dans mon album photo à côté de ceux de James Brown et de Link Wray, histoire d'avoir l'illusion de perpétuer un peu ce moment magique. Le lendemain, je finirai par acheter Everybody's Rockin' son album de reprises rockab (qui est excellent), car, faut pas déconner, c'est quand même ça ma came.

Serge Fabre
Bang records

Ce papier est dédié à l'immense Scotty Moore 

samedi 5 mars 2016

C'eST aRRiVé PRèS De cHeZ VoUS


Les matinées se suivent mais ne se ressemblent pas. Lundi, les ennuis commencent dès l'ouverture de ma boite à lettres, par une missive du trésor public me sommant de régler une amende, coupable, que je suis, d'avoir osé dépasser la vitesse autorisée. 
Le lendemain, bien mieux gâté par le sort, Les Ennuis Commencent prennent la forme de deux galettes de ma matière favorite, la wax, glissées dans un colis venu se caler dans la chaleur toute relative de mon hall d'entrée, royaume des courants d'air.

J'avais déjà en son temps eu l'occasion d'écouter le 1er des deux disques, Superfriends, un E.P 25cm de 2010, et je n'y étais pas revenu plus que ça. Non pas qu'il soit mauvais, loin de là, ce EP au look Big Beat se classe même plutôt dans le haut du panier. Par sa production d'abord, incisive comme un taquet dans les gencives, et aussi par la haute tenue de ses compositions. Une constante chez Les Ennuis Commencent, cette capacité à écrire de vraies chansons avec de gros morceaux de mélodies dedans. Pas de fausse note non plus du côté des (4) reprises, avec en tête de gondole, agréablement assaisonné à la sauce T.Rex, plus que Rolling Stones, le Come on de Chuck Berry, ainsi qu'une touchante version de La belle saison des Dogs. Tout juste si le Suspicion d'Elvis, malgré toute la prudence d'approche, s'avère trop intouchable pour être dompté. Mais le geste est beau et la tournerie addictive.
Non, vraiment, si cet accrocheur et concis opus ne m'avait pas plus bouleversé que ça, c'est uniquement parce que parfois, on se croise plus qu'on ne se rencontre. 


L'histoire aurait pu en rester là, sauf que Les Ennuis Commencent, en plus d'avoir de la ressource, ont de la culture, et qu'avec leur nouvel album, Love-O-Rama, ils ont décidé de nous la faire partager pleinement. Je les en remercie en votre nom, vu qu'il va vous falloir encore attendre le délai de La Poste avant de pouvoir goûter à cette petite merveille.

Plus sensuel que son prédécesseur, Love-O-Rama s'épuise d'autant moins qu'il nous dévoile un éventail de charmes d'une richesse que je n'aurai pas soupçonné. Le disque des Ennuis Commencent fait montre d'une inventivité que je n'ai eu de cesse d'espérer, avec une invariable déception, de la part de bien plus illustres qu'eux. Croyez pas qu'Atomic Ben, frontman du groupe, m'a glissé un bakchich, je ne le connais que de l'avoir vu en concert. Aussi, je le dis sans entrave : Les Ennuis Commencent excellent là où s’effondrent Brian Setzer, Imelda May et toute la clique des revivalistes. 
En prenant le contre pieds des puristes, en s'autorisant toutes les audaces, le groupe efface les frontières des genres et, luxe suprême, nous propose d'écouter un disque qui ne rentre dans aucune niche.  Love-O-Rama est malin, parce que moderne, actuel, dynamique et racé. En plus d'être impérialement enregistré. Grâce à d'essentielles touches d'orgues, quelques délicats motifs d'accordéon, en s'appuyant sur des chœurs féminins, en utilisant les possibilités du studio avec un instinct mêlé d'intelligence, le groupe permet à sa musique de nous faire voyager autrement que dans la soute à bagages. 


Les originaux sont cette fois encore particulièrement chiadés, The french playboys motorcycle boys (auxquels je revendique l’appartenance))), Marwine Tagada (un instant-hit que les programmateurs radio seraient bien avisés de passer en boucle), When Elvis was the king, I ate my burger, Off the bunch, tous vous travaillent les méninges avec le même swing vicieux, plus que nerveux. C'est la grande intelligence du truc, laisser les coqs de basse-cour monter les watts, et au lieu de ça, attaquer directement au pelvis. Ma préférée du lot, Johnny's dead (remember me...putain faut absolument que je cause de Joe Meek, un de ces jours) fait preuve d'une telle inventivité avec son drive à l'orgue, qu'elle ne supporte, comme toutes les jolies filles bien balancées, aucune comparaison.  
L'aplomb qui les caractérise leur permet de réussir une impressionnante relecture hantée de 2000 light years from home qui, loin d'avoir le doigt sur la couture, apporte au morceau des Stones bien plus encore qu'il n'en contenait à l'origine. Ne vous privez pas de ça. Ne soyons pas de ceux, trop nombreux, presse en tête, qui à trop scruter au delà de la Manche, jusque sur l'autre rive de l'Atlantique, se privent par ignorance, ou pire par snobisme, d'un disque qui n'a rien à envier à la concurrence anglo-saxonne.

Je pourrais chercher des exemples et des contre-exemples, en faire des caisses. Sauf que Les Ennuis Commencent n'ont besoin d'aucun subterfuge pour briller. Ils s'inscrivent dans le prolongement d'une ancienne tradition, celle des groupes de maniaques compulsifs, pas des gars tombés du nid pour venir se faire une branlette sous les projos. Non. Ceux dont je parle sont, furent, ont été -bises à tous ceux qui ne sont plus là- de véritables passeurs de cultures. Pas le genre à enfoncer le sempiternel même clou. Des passionnés capables de cuisiner un gumbo avec des ingrédients aussi variés que la Pop new yorkaise ultra nerveuse de Sylvain Sylvain, les mélodies de Buddy Holly, la démence des accès de furie de Johnny Burnette, et les symptômes hallucinés des producteurs siphonnés. En France, cette honorable tradition puise sa source du côté des Dogs bien sur, mais aussi dans des formations restées dans l'ombre comme Jezebel-Rock, dont Les Ennuis Commencent, sur Love-O-Rama, reprennent le Teenage queen, et qu'il ne serait peut être pas idiot de redécouvrir. Leur héritage est maigre, mais doté d'un charme que le temps n'altère pas. Une poignée de singles et deux 25 cm - dont un avec Marc Police- parus sur Big Beat records au début des années 80 sont là pour en témoigner.



Et si, dorénavant, les villes manquent de salles pour accueillir les groupes, si elle est bien révolue l'époque où l'on déambulait, dans une même nuit toulousaine, des Trois petits Cochons au Roxy, du Speakeasy au Concombre Masqué, avant de s'achever au Pied, au Barafût ou au Bikini, il n'empêche qu'il fait bon de savoir que quelques acharnés tiennent le maquis jusque dans les provinces les plus reculées (non, j'ai pas dit que Decazeville est un bled paumé))). Que ce soit Methanol production d'Atomic Ben ou Bang records, le label de Serge Fabre et du regretté Philippe Lombardi (on t'a envoyé du monde pour te tenir compagnie, t'as vu ?) qui défend Staretz, distribue Bruce Joyner, Tav Falco et une multitude d'autres, chacun d'eux avec peu d'armes, mais beaucoup de volonté, s'inscrit tête haute et en première ligne pour contribuer à faire avancer le schmilblick. 
Mais assez joué les régionalistes, je vais finir par en faire oublier que, loin d'être une assemblée de gloires locales, Les Ennuis Commencent ont bel et bien les compétences requises pour faire swinguer la casbah, valdinguer la morosité et afficher complet dans le cœur des bad boys, comme dans celui des Suzie Q. Ils ont la classe universelle, à vous de les mettre sur orbite.  

samedi 28 novembre 2015

KiTTY, DaiSY & LeWiS, Le BiKiNi, TouLOuSe


On a remis ça, pile une semaine après les avoir croqué des yeux au Rockstore de Montpellier, Milady et moi sommes allés rejoindre Kitty, Daisy & Lewis sur leur date toulousaine, manière de mieux encore les dévorer. Bonne pioche. Les filles étaient encore plus belles, Daisy irrésistible d'insouciance dans son micro short de tennis, Kitty dans une combinaison d'Arlequin qui ne doit rien à la bibliothèque rose, et, immuablement insatiable, ce foutu public de Toulouse, génération après génération, qui n'a toujours pas son pareil pour pousser les groupes à donner mieux que le meilleur d'eux même.
Un concert plus détendu aussi, à l'image de maman Ingrid, protectrice bassiste, qui s'autorisa à ne pas seulement fixer la porte d'entrée, prête à défendre ses progénitures. On a même eu droit à son rayonnant sourire. Et  Kitty de traverser toute la salle, harmonica en bouche, le fil du micro porté haut les bras par le public, une communion autrement plus classe que le ridicule stage driving devenu triste norme d'un monde dépourvu d'imagination.
Vous en faites ce que vous voulez, je vous le dis comme c'est, Kitty, Daisy & Lewis sont un moment de bonheur.



Profiter de Toulouse était aussi au savoureux programme. C'est que, mine de rien, ça faisait un petit bout de temps qu'on avait pas eu l'occasion d'y venir autrement qu'en coup de vent. Alors on a été gourmand en bons moments. Passer la moitié d'une nuit parfumée d'Italie, à discuter à bâton rompu avec les adorables Serge et Stella, au son d'une élégante soul qui leur ressemble beaucoup. Le lendemain matin, se régaler au soleil d'une terrasse anisée, se délecter d'une assiette de cuisine libanaise, d'un sage shooter de Jameson (comme conseillé par Kitty, la veille))) avec Dja, frère de sang et d'esprit. Tandis que Milady devenait Vogue Lady dans les boutiques de la place de la bourse.

Et inévitablement, rendre visite à Armadillo, disquaire historique s'il  en est, le temps de s'offrir, sur fond de Lou Reed NewYork, un échange tout azimut entre passionnés avec l’infatigable Antoine Tatane Madrigal et d'en ramener une bonne nouvelle que je vous livre sans plus attendre : En mars 2016 Les Fondeurs de Briques éditeront un recueil des articles signés par notre homme pour le légendaire fanzine Nineteen, dont il fut bien plus que l'un des fondateurs.


Antoine Madrigal, comme son éternel complice Benoît Binet, fait partie de ceux là, qui ont compris que ce qui sort d'une guitare n'est jamais que la conséquence de ce que l'ont est capable d'y faire entrer, sa vie, sa culture, ses essentielles nécessités. Sans tout cela, le plus doué des virtuoses se révèlera, on ne le sait que trop bien, aussi fade qu'une assiette de nouilles sans un soupçon de méditerranée qui plane au dessus. Réjouissons-nous avec impatience de ce mois de mars à venir, les lignes qui vont tomber sous nos mirettes avides seront immanquablement chargées d'adrénaline et de cultures, nourries au savoir et à une compréhension du contexte des choses qui distinguera toujours un bon auteur, d'un triste pisseur de copie sans âme. J'en profite pour vous laisser en bas de page, le lien vers le site des Éditions des Fondeurs de Briques, leur catalogue vaut largement plus qu'un simple coup d’œil.

 


Merci à tous d'avoir fait un tel plaisir de ces deux jours trop vite consumés, confirmation si besoin était que suivre la route du Rock'n'Roll mène toujours, et encore, aux bonnes adresses, aux meilleures personnes. Pour si peu qu'on sache naviguer sans suivre les indications des panneaux. Peace.

Hugo Spanky