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mardi 15 mars 2016

émoTioNS suR La PLaiNe


On est quand même pas si mal, peinard devant nos blogs. On se refile les bonnes adresses, les bonnes combines, les trucs à écouter, ceux à éviter. Ça fait le tri joyeusement. Le dernier bon tuyau en date, c'est Atomic Ben qui me la refilé au détour d'un mail, via une vicieuse pièce-jointe aussi addictive que le café du matin. 

 
Le groupe en question porte un blaze bateau que tu le crois pas : The Far West, et leur album arbore celui d'une chanson d'Elvis Presley, Any Day Now. Après tout, c'est peut être la solution, arrêter de chercher à se distinguer dans le flot incessant d'intitulés saugrenus visant à exister sur la toile, et en revenir aux codes de notre bon vieux monde à nous. Celui qui n'a de sens que pour ceux qui ont étiré leurs os avec l'histoire de Buffalo Bill, Géronimo ou Sitting Bull, posée sur la table de nuit. 



The Far West, pour vous situer, gravite quelque part du côté des Flying Burrito Brothers ou, pour citer un petit jeune, le Dylan de Time Out of Mind et Love and Theft. Quand il œuvre dans la country hillbilly à forte tendance mélodique. Et par ricochet, je suis bien obligé d'évoquer Gram Parsons, d'autant plus qu'ils ont placé un titre sur un disque en hommage au grievous angel. 


A l'origine du groupe, il y a une petite annonce passée par le chanteur, Lee Briante, sur un site de recherche d'emploi, avec ce simple message "envie de faire quelque chose comme ça" accompagné d'une vidéo de Waylon Jennings. Un bassiste texan, Robert Black, répond quelques minutes après la publication. L'histoire commence là. On se croirait dans un roman de gare, dans un film avec Sam Shepard, leur musique aurait parfaitement résonné dans Don't Come Knocking, quand ce grand échalas se vautre dans le canapé défoncé, en plein milieu d'une rue poussiéreuse.

 
Je ne sais pas grand chose de plus sur eux. Si ce n'est que leurs chansons sont belles, toutes, sidérantes d'élégance, ensorcelantes comme le déhanché d'une beauté fantôme. Sitôt se sont-elles faufilées dans votre esprit, qu'elles s'évaporent dans un souffle.  




Any Day Now est un disque d'une simplicité que l'on ne peut atteindre qu'avec un talent si fort qu'il se dispense d'artifice. The Far West l'a enregistré dans un garage automobile, un vrai, un de ceux qui retapent de vieilles américaines. Pour être dans un environnement qu'ils aiment, plus que pour obtenir un son qui sent le cambouis, leur album brille comme du chrome au soleil. C'est de la musique pour accompagner la vie, elle en est gorgée.



Any Day Now n'a pas bousculé le business mondial, faut pas compter sur lui pour redresser le P.I.B de la Californie. The Far West continu d'ouvrir pour les frangins réconciliés des Blasters, Phil & Dave Alvin, pour l'épatant Nick 13 ou l'adorable Eilen Jewell qui s'est manifestée l'an passé avec Sundown Over Ghost Town, un album qui, après un splendide double live en 2014, confirme sa position de grande dame du mouvement Country/Americana, aux côtés de l'incontournable Rachel Brooke.



Ils ont néanmoins raflé l'honneur d'être désignés parmi les meilleurs groupes du moment par de nombreux blogs américains pour leur deux impeccables albums. Le premier, que je vous recommande tout autant que Any Day Now, remonte à 2011, et n'a pas fait plus de vague. 
Alors, oui, on est bien, peinard devant nos blogs, à se refiler les bonnes adresses en ne comptant que sur nous-mêmes, petit réseau d'esprits libres aux désirs confidentiels. Et cette certitude en moi, qu'il faut continuer à regarder dans la même direction que Christophe Colomb en son temps. C'est toujours de l'Ouest lointain que parviennent les émotions.


Hugo Spanky


Eilen Jewell Live at The Narrows sur Spotify

Ce papier s'accompagne d'une pensée pour l'un des plus beaux rockers anglais. Et assurément le plus sauvage d'entre eux, Keith Emerson.



lundi 30 septembre 2013

GRaM PaRsoNS


On accorde souvent à John Fogerty d'avoir à lui seul maintenu le Rock'n'Roll dans les clous, tandis que les années 60 chamboulaient l'esprit et les sons à grand coups de psychédélisme. C'est oublier un peu rapidement ce grand échalas de Gram Parsons. Le gamin, plus que tout autre, à ressuscité les fondamentaux du genre, s'octroyant au passage le luxe de les sublimer. Gram Parsons, peu en ont eu cure de son vivant, tous lui sont redevables depuis. Sorti de nulle part, si ce n'est d'une richissime famille sudiste au destin bien sordide, Gram Parsons, orphelin dès l'adolescence, va trimbaler son obsession pour la Country Music à travers les États-Unis, une grosse poignée d'années seulement, mais en épousant le genre au point de faire ressembler le scénario de sa vie à celui d'une de ces chansons qui font chialer les durs.
 


Difficile d'écarter ne serait-ce qu'un album des cinq et demi que le flamboyant cowboy a gravé dans la cire. Du bourlingueur Safe At Home avec l'International Submarine Band, du plus maîtrisé, et définitivement légendaire, Sweetheart Of The Rodeo des Byrds, vite suivi par The Gilded Palace Of Sin des Flying Burrito Brothers (et une partie du suivant, Burrito Deluxe) jusqu'aux fantasmabuleux GP et Grievous angel, enregistrés en fin de parcours mais invraisemblables de beauté, rien dans l’œuvre du bonhomme n'est dispensable. Même pas le live foutraque des Fallen angels ou le recueil d'inédits Sleepless Nights. 


Gram Parsons consuma ses groupes comme d'autres les paquets de cigarettes, la rente annuelle que lui attribuait son héritage famillial, lui permettait de se contrefoutre de tout soucis matériel, et il ne se priva pas d'en profiter. Maigre consolation, finalement, que cette liberté d'agir dont il ne saura que faire, sinon s'en servir pour se tuer à petit feu. Le feu, oui, encore un élément de la légende, trop souvent conté pour que je m'y attarde. 
 


Gram Parsons était un dépressif joyeux, un je-m’en-foutiste concerné, Gram Parsons voyait la vie comme une route accidentée sur laquelle se croise des gitans, comme Keith Richards. En cette fin des 60's le guitariste des Rolling Stones se trouvait fort dépourvu, Brian Jones avait lâché la rampe, son successeur, Mick Taylor, ne jouait le Blues que comme un blanc-bec de plus, et Mick Jagger s'idéalisait chanteur solo. Il devenait urgent de trouver une parade, faute de quoi son groupe mordrait la poussière comme tant d'autres au même moment.
Sa rencontre avec Gram Parsons sera providence, le sudiste va lui enseigner ce qu'il sait de la Country, à savoir absolument tout.



Sous son influence les Stones graveront quatre albums, Beggar's Banquet, Let It Bleed, Sticky Fingers et Exile on Main Street, pas les pires, avant que Jagger ne siffle la fin de l'amourette et donne aux Stones une tournure plus funky en incorporant Billy Preston à l'aventure. Le Fallen Angie, lui, n'aura alors plus qu'à s'éteindre, mais pas sans avoir délivré ses plus flamboyantes mélopées. Entouré des meilleurs musiciens du genre, rien de moins que ceux d'Elvis Presley, Gram Parsons porté à bout de bras par l'admiration que lui voue une Emmylou Harris, hélas, trop tardivement entrée en scène, enregistre GP et Grievous angel, chefs d’œuvres parmi les chefs d’œuvres. 


Malgré l'héroïne, malgré les flots d'alcool, il signe et interprète quelques une des plus belles chansons qu'il m'ait été donner d'entendre. Constructions divines, mélodies sublimes, progressions savantes, les chansons de Gram Parsons sont un condensé de ce que la musique du vingtième siècle à pu offrir de plus poignant. Délicat, rageur et torturé, l'art du chanteur permet la transition des Louvin Brothers à Hank III, tel un pont suspendu au dessus des modes, des nouvelles vagues, des toquades. Si, de cet homme, on ne devait garder qu'une seule qualité, alors que ce soit la fidélité indéfectible qu'il témoigna à la musique de son cœur, cette Country qu'il mâtina d'harmonies Gospel, un genre dont, en catholique convaincu, il maîtrise tous les classiques depuis l'enfance. La musique de Gram Parsons a les bottes ancrées dans le sacré, il y est question de célébration, de souffrance, de rédemption, de culpabilité, de poids à porter et de dignité.



Affublé de costumes de chez Nudie ou défoncé moustachu, Gram Parsons a toujours été habité par la classe ultime. Sa prestance dans le dvd édité par Rhino, Fallen Angel, aide à mieux comprendre ce que tous lui doivent, de Johnny Thunders à dieu seul sait qui d'autre. Fallen angel est sacrément bien fichu, le documentaire fait défiler les témoins, Chris Hillman, Bernie Leadon, James Burton, Emmylou Harris, Keith Richards (qui finit à demi mots par reconnaître tout ce qu'il doit à l'ange déchu) ou encore la famille, sœurs, demi-sœurs et épouse. Chacun raconte sa part de vie commune avec l'insaisissable Gram Parsons, laissant apparaître un parcours chaotique au possible, mais si riche qu'il semble un peu plus irréel encore de l'avoir réalisé en si peu de temps. Gram Parsons faisait tellement tout plus vite que les autres qu'il est mort à 26 ans, seulement.