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samedi 13 septembre 2014

RoBeRT PLaNT, LuLLaBy & THe CeaSeLesS RoaR


Qui aurait misé un kopeck sur Robert Plant ? Même pour ceux de ma génération qui ont connu Led Zeppelin au temps de son vivant, rien ne laissait espérer quoique ce soit de potable dans une éventuelle carrière solo du hurleur, piquer quelques lignes de Blues et vriller les oreilles des auditeurs, pire qu’une grand-mère espagnole qui apprendrait que sa petite-fille de douze ans est enceinte de John Bonham, mais sinon ? Le crédit du dirigeable immanquablement allait à Jimmy Page.

Et puis il fallut exister par soi-même pour les trois survivants de l’odyssée, et il faut se rendre à l’évidence, aucun des trois n’a réussi à le faire, sinon ce brave illuminé de Robert. Infatigable travailleur revenant mille fois sur ses obsessions, ne dérivant jamais très loin de ce qui semble être sa quête depuis 1975, unir les musiques du monde sans pour autant nous casser les bèlbes avec de la World music pour touristes. Surtout Plant a su mettre de la chaleur dans son cocktail, ne pas bêtement se contenter de confronter sonorités millénaires et indigences synthétiques en s’imaginant alchimiste génial. Loin de là même, Robert Plant est plutôt du genre artisan jardinier, Silence ça pousse version stéréo minimaliste, c’est un peu ça le nouvel album du Robert, ce Lullaby And The Ceaseless Roar qui me délivre l’esprit depuis une grosse semaine, sans même que j’ai eu besoin pour cela de faire passer l’herbe du potager dans une paire de Riz la Croix scotchés à l’ancienne.


Je vais dire une de ces énormités dont j’ai l’habitude, Robert Plant n’a jamais aussi bien chanté que sur ce nouvel album. Et rarement d’aussi fantastiques mélodies. Son nouveau groupe, les Sensational Space Shifters, a pigé que rien ne servait de pousser notre homme dans les aiguës, en lui tissant un magma de puissance sonore en guise d’accompagnement. La magie est ailleurs. Je ne vais guère m’expliquer sur cette impression, c’est une telle évidence à l’écoute que cela s’avère totalement inutile. Robert Plant susurre, fait se perdre la mélodie dans une diction proche du talk-over, juste avant de la sublimer en la délivrant dans un écrin soyeux d’un naturel qui fait maudire un peu plus encore, les voix déshumanisées des hits que l’on nous déverse sur la gueule, via des ondes que plus aucune fréquence ne module. J’espère que les radios oseront jouer Rainbow comme elles jouent le West coast de Lana Del Rey, à eux deux ces titres nous emmènent dans une époque qui n’a jamais existé, comme si les seventies avaient duré 20 ans, et qu’au lieu de la remise à zéro du punk, la musique avait continué d’avancer, de se mouvoir en un mélange créatif, qui aurait laissé l’idée même de revival à ce que les Sha-Na-Na en avaient fait, un truc marrant pour se saouler au bistrot, certainement pas à ramener à la maison.


Prenez Little Maggie, le traditionnel qui ouvre la cérémonie, rythmique concassée, banjo, ambiance Folk-Blues du Sud, et strates d’instruments venu d’Afrique, si délicatement déposés qu’ils n’éloignent pas le morceau de son delta originel, pas plus que les sonorités électroniques qui, malicieusement, les remplacent sans que l’on sache par quel miracle elles sont arrivées là, si ce n’est que le break terminal les impose délicieusement. Ce morceau ne fait pas voyager façon carte postale, il est lui même un voyage. Au fil des minutes, les paysages changent, sans se chasser les uns les autres, comme lorsque que l’on regarde par la fenêtre d’un train. On est partie prenante, soudain embarqués loin de notre fauteuil.
Sans commettre aucun faux pas, c’est tout l’album qui défile ensuite.




Vous allez me dire que ça fait un bail qu’il nous fait le coup, que de No Quarter à Mighty ReArranger, à chaque fois Plant se tente en grand mystique du désert, et c’est pas faux. Sauf que jusque là, le résultat se retrouvait invariablement le cul entre deux chaises. Depuis le fabuleux Shaken'n’stirred, son chef d’œuvre des 80's, Plant n’avait plus que très rarement osé se priver de l’armada de guitares qui m’avait fait me détourner de son parcours, dès le platement nostalgique Now and Zen. Bien que pétris de qualités tout cela sonnait comme un piège à bobos, un gadget pour frissonner une paire de jours et passer à autre chose, comme ne manquent jamais de le faire les branchés de l’éphémère. Certes Dreamland et Band of Joy avaient sacrément relevé le niveau, mais Lullaby And The Ceaseless Roar est là pour durer, et la différence est énorme. Que l’on puisse encore moderniser le Blues sans le dénaturer, je n’y croyais pas, pas plus que Robert Plant puisse encore me donner le grand frisson. J’avais tort, il reste encore du jus dans le citron.


Hugo Spanky


vendredi 5 septembre 2014

L'aveNiR Du FuTuR



Même si ça aurait pu être mieux que si c’était pire, je l’ai bien aimé cet été 2014 en pente douce. Pas l’ombre d’une révolution, pas d’agitation, pas de grand chamboulement, comme dirait Ménélik, tout baigne. Hollande nous a confirmé qu’on avait bien réélu Sarkozy et les stars meurent toujours au mois d’Août. Lauren Bacall s’en est souvenu et à tiré sa révérence comme elle avait vécu, avec discrétion. Le Agatha Christie de l’après midi aura désormais un arrière-goût amer. Je garde en mémoire son apparition dans Les Soprano pour une scène irrespectueuse et provocante, d’une violence naturelle et gratuite qui aurait effrayé plus d’une actrice. Pas Lauren Bacall, on n’allume pas les clopes à Bogart en tremblant comme une feuille. Cette fois là encore, elle fut parfaite.
Lauren Bacall était arrivée la première et elle aura été la dernière à partir, comme le font les bons amis. 




Rayon musique, waouh, c’est le désert de Gobi. Heureusement que Lana Del Rey nous a gâté en début de parcours parce que sinon... ? Les gonzes n’ont même pas joué la course au tube de l’été. Pas de Macklemore, pas de B.O du nouveau Tarantino, mais une pépite pas facile à dénicher toutefois, le Get her back tout en élégance Doo Wop de Robin Thicke que je vous conseille d’aller découvrir de ce pas.



Ceci dit le calme ne va pas durer car, cramponnez vous, l’Homme est de retour, le 28 Octobre 2014 sera un grand jour, je vous l’annonce crânement, Jerry Lee Lewis sort un nouvel album ! Rock’n’Roll Time qu’il s’appelle, le Killer s’attaque à Folsom prison blues, Mississipi kid (Lynyrd Skynyrd !!), Promised land, Little queenie, Bright lights big city, Sick and tired, j’en passe, vous verrez tout ça fin Octobre. Kenny Lovelace est là, Waddy Wachtel, Ron Wood, Keith Richards et Jim Keltner aussi ainsi que Neil Young, Nils Lofgren, Robbie Robertson ou Doyle Bramhall II, encore une grosse gourmandise à mettre à l’actif de Jerry Lee Lewis. J’en frétille. L'album pourra s'écouter en dévorant la biographie qui sortira le même jour aux states (et peut être dans dix ans en France) His Own Story signée Rick Bragg et adoubée par le maître. Ça promet.


Puisqu’on est dans les jeunes premiers, Prince et Bruce Springsteen vont aussi faire l’actualité dans les prochains mois. Prince en sortant deux nouveaux albums simultanément, dont un très prometteur avec sa formule 3rdEyeGirl et le Boss en se lançant enfin dans une carrière d’acteur. Et pas n’importe où, dans la série la plus à la pointe du nec plus ultra, celle qui regroupe déjà les deux ex-Soprano, Steven Van Zandt et Tony Sirico, je vous la donne en mille, Lilyhammer !!! La saison 3, en partie filmée à New York, va faire très mal.


Je me suis aussi vu quelques bons films, Sunshine Cleaning notamment que j’ai immédiatement conseillé à Harry Max comme je le fais auprès de vous.

Surtout, bien qu’ayant œuvré tout l’été au redressement de l’économie coréenne, j’ai trouvé des moments pour lire. Et attention, pas des magazines de plage. Je me suis attelé au dernier Barney Hoskyns, l’auteur du magistral pavé Waiting for the sun consacré à l’histoire de la musique californienne durant la seconde partie du vingtième siècle, a cette fois ci choisi de nous livrer 600 pages sur Led Zeppelin ! Le tout sans la moindre digression ni chronique d’album et ne comptez pas y apercevoir la moindre photo non plus. Un défi le machin.




Le gars Hoskyns est fortiche, il a passé je ne sais combien de temps à enregistrer et assembler les témoignages les plus variés et parfois les plus surprenant (Rat Scabies) pour que chacun raconte son histoire avec Led Zeppelin et nous livre le tout tel quel, façon Please kill me. Vu de l’intérieur souvent, les membres du groupe y occupent une large place de même que leur entourage le plus direct, manager, roadies, groupies, journalistes, avocats, les propos aigres-doux des uns sont rendus plus venimeux par d’autres, les angles se multiplient et se complètent en jeu de miroir. La réalité apparait sous sa couleur la plus crue sans que les intervenants ne s’attardent sur le pathétique. On est au cœur du maelstrom engendré par quatre jeunes anglais de 20 balais qui durant toutes les années 70 vont alterner outrances a gaga et mathématiques occultes pour enregistrer des disques écoulés par millions, prétextes à d’incessantes tournées américaines au cours desquelles une armada de sweet little thirteen en ébullition se chargent de déniaiser les quatre anglais vaguement couillons sur le début. Tout est allé très vite pour Led Zeppelin, de Birmingham au Madison Square Garden en quelques mois, de la reconnaissance à la gloire.
Jusqu’au crash terminal.


Et au-delà même, puisque le livre a la bonne idée de poursuivre l’histoire jusqu’à nos jours, enrichissant du coup sacrément la donne. Car si on connait tous les grands airs de la symphonie du Zeppelin, on connait moins la redescente, la lente reconstruction des uns, Robert Plant, John Paul Jones, et la déconstruction sans fin de Jimmy Page. Les parcours hasardeux, l’addiction, la renaissance du Phénix, la paix dans le sarouel et l’oasis apaisant après l’acidité des drames. Led Zeppelin c’est color by Deluxe.


En tout cas, je ne l’ai pas mis en vente sur priceminister sitôt refermé, c’est le genre de livre sur lequel on revient, il peut se le relire dans le désordre, il englobe tellement d’aspect humains, sur une période d’une incroyable liberté de ton, qu’il en dépasse son sujet central. Et puis, c'est bien avec la guitare de Jimmy Page et par le Rock'n'Roll de Led Zeppelin que s'ouvre l'album Last Man Standing de Jerry Lee Lewis.



Inévitablement, j'ai revisité leur discographie et ça ira vite, je suis assez d’accord avec moi-même. Je me trimballe Physical Graffiti depuis la 5eme et je considère que Presence est le meilleur, Led Zeppelin qui sonne comme le Melting Pot de Booker T and the MG’s auquel on aurait collé des guitares vicieuses. Je me montrerai dorénavant plus tolérant envers Houses Of The Holy, que le temps a joliment patiné, et je me suis ramassé une grosse gifle avec In Through The Out Door. Massif celui là. Un petit miracle d’album qui trouve finalement sa place, bonifié par le temps, dans une époque qui n’est pas la sienne.
C’est d’ailleurs le gros pépin avec les quatre premiers disques du groupe, ils ont terriblement mal vieilli, ça fonctionne, mais par à-coups irréguliers, certainement pas la durée d’un album.

Je me suis aussi penché sur les bootlegs. Et là, c’est à hurler de rire. Pas de suite, parce que d’emblée on se prend un putain de son dans la tronche, on comprend pas tout. J’avais oublié comment ça sonnait un concert. Cette magistrale baffe sonore, depuis assassinée lâchement pas les principes de précautions. Je ne vais plus dans les concerts, je n’y retrouve plus cette violence, cette puissance déversée des enceintes sur nos farouches personnes. On s’entend parler, on n’a plus les oreilles qui sifflent, c’est plus du Rock’n’Roll !



Au concert de Led Zeppelin à Earl’s court en 1975 j’aime mieux vous dire qu’ils ont ramassé la dose, les fans. Même si ça s’arrête un peu là. Musicalement, c’est on se fait plaisir, on se fout du reste. L’archet, le ménestrel, la batterie durant une plombe, et pour finir un reggae au beau milieu de Heartbreaker. Enfin, un reggae, ça tient quand même plus du racisme colonial le plus jovial que de l’hommage respectueux. Faut avoir entendu ça dans sa vie, Robert Plant avec l’accent jamaïcain qui nous débite les pires poncifs du genre, ça vaut Robert Taylor avec l’accent provençal dans la version française de Vaquero !



J’en profite pour signaler la sortie de Lullaby And The Ceaseless Roar, le nouvel album de Robert Plant. Plaisant, sacrément perché, faut pas faire d’allergie au patchouli, mais c’est le genre de disque qui revient sur la platine, le savoir-faire est là et le voyage est agréable. Tom Petty aussi a pondu un nouvel album, Hypnotic eye, plutôt chouette, bien rustre et charpenté.



L'avenir du futur, c'est les vieux, et même Bob Seger va sortir de sa retraite, ce qui me fait penser que ça serait bien qu’il fasse un duo avec Jerry Lee Lewis sur son Rock’n’Roll Time qui débarque en Octobre.... Voila que ça me reprend.


Hugo Spanky