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jeudi 26 mars 2026

d'iNSPiRaTioNs PiXéLiséeS diVeRSes eT vaRiéeS

J'ai regardé le récent documentaire Man On The Run vendu comme étant consacré aux années Wings de Paul McCartney, une thématique qu'il n'assume hélas pas complètement. Ce que raconte Man On The Run, c'est l'histoire d'un come back depuis la boue écossaise jusqu'à la triomphale tournée américaine de 1976. La réalisation en fait des caisses sur le misérabilisme de la vie à la ferme pour mieux nous refourguer Paulo en Superman du glitter rock.
Concrètement, il occulte de scandaleuse façon l'après Silly love song. A commencer par l'album London Town, un incontournable en ce qui me concerne et pas seulement parce que c'est le premier Wings que j'ai acheté à sa sortie. Un geste qui ne manquait pas d'un certain panache en cette année 1978. 
London Town reste un disque maladroit, une sorte de synthèse des sons émergeants qui préfigure en cela les expérimentations à venir. Certes, il est bizarrement agencé, quoique pas si éloigné de Band On The Run avec lequel il partage une production molle. J'avais appris à l'apprécier comme j'avais appris à avaler les carottes râpées poisseuses de la cantine. Avec difficulté. Ce qui ne l'avait pas empêché de s'imposer au fil des semaines.

Linda et Paul McCartney

L'année suivante Chris Thomas sera recruté pour corriger le tir, Back to The Egg fera ainsi preuve d'une efficacité redoutable et deviendra instantanément mon Wings préféré. Chose dont le documentaire ne dit pas le moindre mot, préférant se concentrer sur l'emprisonnement au Japon avec force de documents inédits et brièvement sur Goodnight tonight qui avait pourtant fait du remue-ménage dans le hit-parade RTL. Tout ceci oriente la postérité vers un McCartney plus badass que nature, laissant deviner que les remarques acerbes reçues à l'époque sur sa niaiserie supposée n'ont toujours pas été digérées. Une relecture vaine, alors que le réel génie visionnaire du bassiste fut de filmer l'intégralité de l'album sous forme de vidéo clips. Ils seront diffusés deux ans plus tard, un mercredi après-midi sur TF1, quelques semaines avant la retransmission du concert pour Kampuchea dont McCartney était à l'origine. On était gâté en ce temps-là.
Pour ajouter à l'incohérence du résultat final, Man On The Run néglige Wings mais évoque largement McCartney II, ce qui n'est toutefois pas pour me déplaire. Pour être clair avec les intégristes du Beatle à perruque, je considère London Town, Back To The Egg et McCartney II comme le pic créatif de sa carrière post Fab Four. Ajoutez Flaming Pie et Driving Rain et mon top 5 de ses albums est dévoilé. On peut en discuter toute la nuit, j'ai des arguments irréfutables.

J'ai enchainé avec le documentaire Netflix sur Hillel Slovak, guitariste fondateur des Red Hot Chili Peppers, mort d'overdose avant l'étape du succès international. Les images d'archives de Hillel Slovak n'encombrent pas YouTube, son souvenir n'encombre même pas l'esprit des fanatiques du groupe, c'est pourtant Freaky Styley qui fit parler d'eux auprès des amateurs de nouvelles tendances. Le fait que George Clinton le produise n'y était pas pour rien. C'est en 1987 sur Uplift Mofo Party Plan, leur ultime album avant mutation, que Hillel Slovak laisse une trace indélébile de son talent en créant un son et un style qui parviennent à marier les riffs squelettiques de la cold wave avec le groove du funk et l'énergie du metal. La démonstration fera recette et le groupe décroche son bon de sortie de l'underground en instaurant ce qui allait devenir une signature, la ballade acide, avec Behind the sun.

Hillel Slovak

Alors que l'horizon s'illumine enfin, les Red Hot Chili Peppers trébuchent durement. Le traumatisme causé par la mort brutale d'Hillel Slovak décapite le groupe, Kiedis sombre plus profondément encore dans l'addiction, Flea dans la dépression chronique, tandis que Jack Irons abandonne ses baguettes pour la camisole. Le documentaire est admirablement construit entre images rarissimes et témoignages de première main, parmi lesquels ceux de Flea et Anthony Kiedis que le souvenir plonge avec une émotion sincère dans une époque amère où l'autodestruction était devenue la règle. La complexité des personnalités, les difficultés rencontrées pour maintenir à flots une formation que les uns voyaient comme secondaire, tandis qu'elle était la raison de vivre des autres, leurs rapports internes teintés d'amour sublimé et d'abandon adolescent rendent le documentaire poignant. Une qualité rare dans un domaine qui vire régulièrement à l'exercice promotionnel.


Après tout ça, c'est sans le moindre étonnement que j'ai accueilli une insomnie carabinée. Trois heures du matin avec les billes en quête de pixels, les sens en hyper sensibilité maximale et l'esprit propice à la féérie. The Greatest Night in Pop ne pouvait pas mieux tomber. Je ne sais plus où je l'ai vu, sans doute Netflix, c'est une conséquence du Fire Stick, je divague d'une plateforme à l'autre.
Lionel Richie mène la danse avec malice pour ce documentaire qui nous invite aux premières loges de l'enregistrement de We are the world. En commençant par l'organistaion de la session unique qui devait réunir autant de stars que possible au même instant, au même endroit. Pas si aisé que ça. Le ton est juste, les petites manipulations pour attirer Prince ne sont pas mises sous le tapis, l'humeur bas du front de Waylon Jennings non plus. On suit jusqu'à sa concrétisation l'idée d'Harry Belafonte, vexé et inspiré par celle de Bob Geldof qui venait de réunir les grands noms, blancs, de la Pop anglaise pour son single caritatif Do they know it's christmas? destiné à réunir des fonds contre la famine en Afrique.
La grande qualité du documentaire est d'inclure la session elle-même puisqu'elle fut entièrement filmée pour la réalisation du clip. Difficulté supplémentaire, en plus d'enregistrer en une seule nuit une trentaine d'artistes sans répétition préalable, une équipe de tournage devait évoluer au milieu d'eux. Par bonheur, ça nous permet d'assister à la mise en place du chœur, à l'assortiment des voix selon le timbre de chacun, au travail collectif autant qu'individuel pour trouver le ton juste, puis à l'enregistrement final des solistes. C'est magnifique. J'ai fini ému aux larmes sitôt que Diana Ross ouvre la bouche. Vous n'imaginez pas toute la magie que ce simple instant propage à travers l'univers. Je l'ai revu avec Milady quelques soirs plus tard pour vérifier que tout ceci survive à plus de lucidité. Le résultat fut tout aussi embué. 



Les participants, pour certains souvent décriés et moqués, parfois ici-même, apparaissent dans leur simple humanité, galérant sur leurs mesures de chant ou instantanément touché par la grâce de leur talent inné. L'évènement médiatique n'en est pas un, nous sommes témoins privilégiés de la passion qui anime une bande de surdoués, parfois besogneux, ivre, renfrognés ou hilares, timides ou extravertis, tous portés et unis par une cause commune qui sublime l'instant. Rien d'autre n'a d'importance.

Hugo Spanky


dimanche 23 octobre 2022

eNTRée, DesSeRT et CochoN d'iNDe


Je ne vais pas être précurseur, la série date de 2016, mais faut absolument que je vous signale l'existence de Fleabag. C'est un bijou. Le pitch est tout con, une nana célibataire, la trentaine, qui parle à la caméra en toutes occasions. Franchement, ça démarre comme un truc que j'allais pas aimer du tout. En plus c'est une série anglaise. Je sais même pas pourquoi j'ai téléchargé le premier épisode, par contre je sais pourquoi j'ai téléchargé les suivants. Fleabag déjoue tout les pronostiques. Le casting, impeccable, condition sine qua non, la soeur de Fleabag (c'est le surnom de l'héroïne), le mari de la soeur, la copine morte qui torpille la façade, embarque l'histoire ailleurs, à un autre niveau, fait ressembler les sourires à des grimaces, le père, la belle mère, le curé, les amants à moitié nazes, c'est dément, ils sont tous incroyablement définis, ciselés et interprétés avec talent et des physiques je vous dis que ça.

Il y a deux saisons de 6 épisodes de 25 minutes et pas un de plus, c'est frustrant tellement on s'attache. Il se passe un nombre incalculable de situations en si peu de temps, y a matière à réflêchir aussi. Le sens de la vie, sans prise de tête, on est sur le ton du stand up, ça se construit sur des détails et ça dérape sur des actes désinvoltes aux conséquences qu'on voit pas venir. La perception que l'on a des choses tord leur vérité. Comme dans un film de Robert Altman, quand les images racontent une histoire, tandis que les dialogues en content une autre. Dans la joie et la bonne humeur, ça se déchire tout doucement jusqu'à l'os. 


L'actrice qui interprète la soeur est impayable, son mari, sosie d'Allen Ginsberg, m'a fait hésiter entre le gros con à baffer et le pauvre type pas totalement irrécupérable. Vous déciderez par vous même. La nana qui joue Fleabag (Phoebe Waller-Bridge) m'a scotché, elle fait tout passer d'un haussement de sourcils, d'abord simple conne qui pense avec son cul, ensuite un peu pareil sauf que notre regard change. C'est la force de la série, elle nous implique. Je ne peux pas en dire plus sans en dire trop, faites vous votre idée. 




Deux doubles albums en six mois après 16 années de silence, on est habitué à tout, pas tellement à ça. Si les Red Hot Chili Peppers avec leur 40 ans au compteur peuvent apparaître comme des dinosaures, ils n'en sont pas moins les plus frais d'entre tous et assurément les seuls dont la créativité réserve encore quelques beaux soubresauts. Du moins tant que John Frusciante traine dans les parrages. Return of the dream canteen en est un de balèze, de soubresaut. La collection automne/hiver propose une luxuriance de nouveaux tons, on ne sait où donner de la feuille. D'abord un traitement du son époustouflant, le groupe ose l'électronique, sans doute sous l'influence de son guitariste dont les récents travaux en solo étaient orientés en ce sens. Que dire d'une merveille comme my cigarette sur laquelle un clavier sert de tapis rouge à un solo de saxophone si délicat que j'aurais juré qu'il s'agissait d'une clarinette, si je n'avais pas les crédits sous le pif. Les interprétations ne révolutionnent pas ce qu'on sait d'eux, pourtant il y a une fraicheur dans les sonorités, une envie de ne pas se répéter, de mettre des touches de couleurs nouvelles sur le tableau. Il y a ce morceau qui me hante, handful, le genre qu'ils font en dormant depuis Stadium Arcadium, pourtant l'habillage change, un cuivre discret amène un parfum mariachi. Ceux qui ont été frustrés par la discrétion de John Frusciante sur Unlimited love vont en avoir la bave aux lèvres, il illumine l'album de déchirures souveraines. Pas tant de longues escapades solitaires que de courbes et de délices aromatisés de mille épices. Handful en est un cas typique. Eddie, leur hommage au fil duquel Anthony Kiedis se met dans la peau d'Eddie Van Halen en est un autre dont le final à chaque écoute me file ma dose de frissons. 

Une composition comme in the snow sidère par tout ce qu'elle véhicule, dire que les Red Hot ont pris des risques serait gratuit (qu'est-ce qu'ils pourraient bien risquer, ils sont seuls à cette altitude) n'empêche qu'ils osent la nudité clavier/voix (lalalalala), maitrisent le single bontempi addictif (the drummer), sauvent du syndrome remplissage shoot me a smile d'un break astucieux et cisèlent des mécaniques que les arrangements s'amusent à dérégler. Je vais redire ce que vous savez déjà, John Frusciante est un orfèvre, sans aucun doute l'ultime personnage d'un roman peuplé de héros disparus, peace and love, carry me home, sans en faire des caisses, il maintient son groupe dans la course, lui confère sa légitimité, éloigne le spectre de la sclérose musicale qui plombe, d'ici à l'horizon, les vastes plaines de la pop music. Quoi d'autre ? Rick Rubin fait sonner les overdubs aussi live que la rythmique, les entrelacs de guitares, les bruitages, cuivres et claviers sont intégrés avec minutie. Le savoir-faire donne une impression d'extrème dépouillement là où une écoute attentive décèle d'insoupçonnées fioritures. Ainsi va ce groupe en vol plané. Agitateurs punkyfunky mal dégrossis devenus héritiers des enfants fleurs par la magie d'une Californie au spleen assumé, aux malédictions conjurées. Ils sont là, encore, et nous aussi. Fidèles à une rencontre sans rendez-vous, avec une histoire qui pourrait bien s'achever avec eux.

Hugo Spanky


jeudi 14 avril 2022

CoQuillaGeS eT cRUsTaCés



Il n'aura échappé à personne que les Red Hot Chili Peppers ont sorti un nouvel album, Unlimited love. Il est plutôt pas mal. Il fait plaisir pour tout un tas de raisons. D'abord Rick Rubin a renoncé à la compression à outrance qui flinguait des disques qui auraient mérité un bien meilleur traitement (La futura de ZZ Top pour n'en citer qu'un), ce Unlimited love pulse, en douceur mais il pulse. Il respire et nous avec. Ça peut sembler anecdotique, mais une fois la chose calée dans les oreilles ça fait toute la différence avec le matraquage industriel. Unlimited love est un disque printanier, à écouter au réveil pour se mettre en accord avec une éventuelle envie de ne rien foutre. Un disque laidback et funky pour une époque qui n'est ni l'un ni l'autre, je m'en contente volontiers. Les Red Hot ont abandonné toute velléité de jeunisme, pas de Danger Mouse ici pour retaper la façade, pas d'acrobatie sonique pour épater la galerie, on est sur le versant pente douce d'un terrain connu. Si aucune chanson ne surnage avec une éclatante évidence, mes préférences du moment vont à aquatic dance mouth pour ses cuivres intelligemment agencés, it's only natural pour son feeling et let 'em cry entre disco stonien et effluves jamaïcaines. the heavy wing (chantée par John Frusciante) et tangelo ferment le disque de belle manière et les singles black summer et poster child remplissent leur rôle de marqueurs, pour le reste c'est en infusion lente que ce disque se déguste.

En parallèle à tout ça, n'étant point homme à me contenter d'une unique saveur, je continue mon travail d'archéologue en farfouillant avec gourmandise dans le Marillion 2.0, après m'être délecté de l'oeuvre solo de leur ancien leader, Fish. Si dans le cas du chanteur les flagrantes réussites que sont Raingods with zippos et Sunsets on empire s'imposent dès la première écoute, il en va différemment de ses comparses délaissés. Harry Max me faisait sournoisement remarquer que les albums du Marillion new look (de 30 ans d'âge toutefois) évoquaient parfois u2, je lui rétorquais, sans mordre à sa perfidie, que ce n'est pas faux (on a des conversations incroyablement passionnantes). A ceci près qu'ils seraient des u2 à la hauteur de leurs ambitions. Du moins dans certains cas. La production de plusieurs de leurs albums souffrent d'un mal aussi répandu que contagieux, l'air du temps. Ils sont quatre à y survivre avec panache, Marbles, Anoraknophobia, FEAR et le récent An hour before it's dark, dans cet ordre là, du bon à l'excellentissime. Il y a là de quoi s'épanouir l'esprit en stéréo dans un état de somnolence qui n'exclut pas l'éveil des sens.



Si Marbles et Anoraknophobia ont une approche encore très pop (tout est relatif avec un groupe multipliant les morceaux dépassant le 1/4 d'heure), FEAR et An hour before it's dark sont eux dotés d'une production d'un classicisme exemplaire. Difficile de faire des comparaisons, les mélodies sont sublimes, m'évoquent parfois Scott Walker, les envolées sont naturelles, rien ici ne semble forcé, le groupe mise sur l'unité sans chercher à faire briller inutilement ses solistes. Si je devais conseiller un seul album parmi ceux là, ce serait An hour before it's dark et si Antoine insistait pour que j'en arrive à mettre des titres en exergue, je dirais les deux suites be hard on yourself et sierra leone, ainsi que dans un registre plus pop reprogram the gene et murder machines. Je ne sais pas quoi vous dire de mieux, je suis sous le charme.



Quoi d'autres ? J'ai écouté tout ça en bouquinant l'impressionnant recueil sur Métal Hurlant 1975/1987. Un magazine que je n'ai quasiment jamais lu, bien que fana de la plupart des dessinateurs qui y ont œuvré, mais dont le parcours mérite largement que l'on s'y intéresse. Le livre, mis en ordre par le duo Gilles Poussin, Christian Marmonnier, donne la parole aux protagonistes (Dionnet, Druillet, Moebius, Jano, Tramber, Manoeuvre, Margerin...) confronte points de vues et souvenirs, de l'utopie des années 70 à la perte d'identité généralisée des années 80. Les tempéraments, les compromis, qu'importe les déceptions, à Métal Hurlant, comme en musique, l'essentiel est l'aventure. 


Hugo Spanky


lundi 13 juillet 2020

BRiNG THe NoiSe !



Entre le milieu des années 80 et le début des années 90, un mouvement spontané va sortir des disques comme s'il en pleuvait, tous plus mal branlés les uns que les autres, enregistrés à l'arrache pour des labels éphémères. Aucun groupe ne prendra le temps de mûrir avant de commencer à enregistrer, l'urgence est de mise, les démos s'échangent sur cassettes, font cracher aux ghetto-blasters des stridences à percer les tympans.
Au Heavy Metal ils vont prendre l'art du coup de boule, au Punk le tempo speedé, au Funk le groove assassin, tandis qu'au micro la hargne du Rap alterne avec les mélodies.
Anthrax, Metallica, Suicidal Tendencies, Infectious Grooves, Murphy's Law, Red Hot Chili Peppers, Jane's Addiction, Sepultura, Fishbone, Slayer, Urban Dance Squad, Limbomaniacs, Body Count...vont filer un frisson de révolte hors dogme à toute une génération indifférente aux modes. Avant l'ère de l’interconnexion des néants, un mouvement pouvait rester à l’abri du buzz, du snap, du tchat, du tweet consensuel, se foutre de l'avis des autres et plus encore de celui d'une hype qui ne se souciait que de fourguer la dernière superproduction à ses gogos de suiveurs. Hardcore, Thrash, Fusion, autant de qualificatifs pour définir une série de disques autrement plus bandants en leur temps, et pour la plupart aujourd'hui, que le classic rock homologué par les érudits.
Surfers sous crack, skaters lysergiques, dealers en bleu, gangsters en rouge, lycéens zombies revigorés autour des mêmes skateparks, défoncés dans les mêmes clubs, tous vont se reconnaître dans une flopée de groupes dont on se contrefout de savoir s'ils ont gravé des chef-d’œuvres impérissables. Ils ont été là quand il n'y avait personne, pas du genre à geindre sur son crincrin, on ne pouvait compter que sur eux pour alimenter les nuits blanches.

Catégorie Furieux 


Metallica, Anthrax, Slayer auxquels il est aisé d'ajouter Megadeth. Ces quatre là, comme des milliers d'autres, ont été traumatisés par les raids assassins menés sur l'Amérique par Iron Maiden. Rien que pour la seule année 1983, c'est plus d'une centaine de dates que les anglais ont effectué sur le seul continent étoilé. Autant dire qu'ils ont ratissé large, Utah, Nebraska, Minnesota, Missouri, Pennsylvanie, Texas, Ohio, Californie, Indiana, partout où une université, une salle des fêtes pouvait les recevoir, ils ont conquis par la base, se sont forgés un public de fanatiques à coups de concerts débridés. Nuit après nuit, Iron Maiden leva une cohorte de furieux à vocation contaminante, rassemblant les parias, les chimistes, les princes de la carburation, leur injectant la motivation que plus aucun groupe ne se donne la peine de venir leur offrir, trop occupés qu'ils étaient à se pavaner à New-York et L.A devant dealers et groupies. Ceux-là n'ont pas vu leur chute venir. Iron Maiden avait passé le message; les temps they are a changé.

En plein été 83, Metallica porte la première estocade avec Kill 'em All, et chacun le sait the first cut is the deepest. Aucun album ne frappera jamais plus fort que celui-ci. D'autres seront plus puissants, plus lourds, plus speeds, aucun ne parviendra à gifler de la sorte. Il y avait eu Judas Priest, Motörhead et Maiden, mais ce premier album de Metallica est bien plus que l'addition de ces trois-là. Kill 'em All n'a pas de producteur de renom, il ne souffre d'aucun savoir-faire déjà entendu ailleurs, il n'a été capté dans aucun studio rutilant, n'a bénéficié d'aucun ingénieur surdoué, d'aucun mixage savant. Kill 'em All est la première production de Megaforce records, un label créé par Jon Zazula, un disquaire du New Jersey converti à la cause par la démo du groupe. Kill 'em All est un pavé puant dans la mare stérilisée du rock MTV, un tsunami dans la tronche des fonctionnaires du binaire. Le disque fait mal, les concerts font pire encore. D'un coup, d'un seul, les shows à effets spéciaux, lasers et feux de Bengale se voient signifier un arrêt de mort. 



Slayer s'impose en 86 en signant sur Def Jam pour leur troisième album, Reign In Blood produit par Rick Rubin. L'objectif est de faire plus rapide, plus taré, plus outrancier. Il sera atteint. On peut quand même préférer Seasons In The Abyss paru en 1990, toujours avec Rick Rubin à la barre, mais armé d'une plus grande variété dans le registre. Megadeth, c'est une autre histoire, là où Slayer fait preuve d'une rigueur quasi militaire, le groupe du très destroy Dave Mustaine, viré de Metallica au moment d'enregistrer Kill 'em All, mais co-compositeur de plusieurs titres qui figurent à son générique, se vautre dans l'anarchie la plus totale. Budget d'enregistrement cramé en dope et alcools, bagarres en interne, concerts annulés faute de pouvoir tenir debout, insultes à profusion envers les ex-faux frères, Megadeth fait le bonheur de la presse à scandales et flingue sa crédibilité dans une même folie.




Anthrax ne se facilite pas tellement plus la vie de groupe, mais parvient à aligner trois bons albums malgré la sale manie qu'ils ont de virer leur chanteur chaque fois que le succès s'amorce. Fistful Of Metal, Spreading The Disease et Among The Living sont ceux là. Une malchance chronique les retrouve embarqués comme première partie sur toutes les tournées galères du moment. Dates annulées par Black Sabbath pour cause de dérapages poudreux de Glenn Hughes (alors remplaçant de Ian Gillan, lui-même remplaçant de Ronnie James Dio qui remplaçait Ozzy Osbourne. On n'avait peur de rien en ce temps-là) puis annulation de la tournée européenne avec Metallica après que le bus qui abritait les deux groupes se soit renversé sur le bas-côté d'une route de Suède le 27 septembre 1986 en tuant Cliff Burton sur le coup.


Anthrax a persévéré et il faut lire l'autobiographie de Scott Ian (I'm The Man traduit en français chez Camion Blanc sans faute de syntaxe, ce qui donne de l'espoir en l'avenir) pour comprendre tout ce qu'un groupe, souvent maladroit dans ses décisions, peut bouffer comme tartines de merde pour survivre dans le business. Rayon musique, après ces impeccables trois premiers albums, il convient de signaler qu'ils ont cassé la baraque avec leur reprise du Bring the noise de Public Enemy et celle du Got the time de Joe Jackson, mais aussi avec une version d'Antisocial de Trust.

Interlude


Comme Chuck D de Public Enemy dont il est l'ainé de deux ans, Ice T, né en 1958, a grandi dans le Rock et pige très vite que le Hip Hop, dont il est un incontestable leader, n'est pas le véhicule idéal pour qui aime la défonce physique des concerts. Faire l'agitateur devant un DJ, même avec son talent et le bagout dont il est capable, ça reste très loin de l'impact du chanteur de heavy rock qu'il sent grandir en lui. Dès ses premiers albums de Hip Hop il sample Back Sabbath, bastonne sec sur This girl tried to kill me puis se lâche carrément et forme le groupe de Thrash Metal Body Count avec Ernie-C, le guitar-hero du ghetto.
Le premier disque du groupe sort en 1992 et ne fait pas dans la délicatesse. Le ton est donné dès la pochette montrant un Crips torse nu affichant Cop Killer tatoué sur les pectoraux, tandis que l'intro du disque (Smoked pork) lève le dernier doute. Si message il y a, il a le mérite d'être limpide. Body Count fait dans la provocation frontale (Cop killer, KKK bitch) et le fait bien, There goes the neighborhood rappelle que le rock est aussi affaire de noirs, même si beaucoup s'en étonnent. Les Bad Brains ne sont plus seuls. Rapidement sujet d'une polémique qui va enfler jusqu'à la prise de position de George Bush (contre le groupe, si l'un de vous se pose la question), le disque est retiré du commerce, puis amputé de son titre phare, Cop killer, sans surprise accusé d'être une incitation au meurtre de flics. Ice T le remplace par un speech sur la liberté d'expression déclamé par Jello Biafra et devient l’icône du mouvement de protestation et des violentes émeutes qui suivent le passage à tabac de Rodney King par des officiers du LAPD, survenu en pleine controverse sur l'album. Tout ceci alimenté par une série de concerts durant lesquels Ice T se révèle parfaitement à l'aise dans son nouveau rôle et qu'il conclut invariablement par une version de Cop killer qui ne manque jamais d'attiser les braises. Un second disque suivra, Born Dead, avant que la plupart des membres du groupe ne décèdent dans des circonstances diverses, d'abord le batteur Beatmaster-V atteint d'une leucémie, puis le bassiste Mooseman victime d'une balle perdue lors d'un drive-by-shooting en plein South Central et enfin D-Roc, le guitariste au masque de hockey, d'un cancer en 2004. Envers et contre la destinée, Ice T et Ernie-C maintiennent le groupe à flots et continuent de sortir des albums qui ne déçoivent jamais dans leur rôle de prétextes à tournées, même s'ils ne surprennent plus depuis bien longtemps. Mais on en a aimé d'autres pour moins que ça.


Catégorie Mutants
Murphy's Law, Red Hot Chili Peppers, Urban Dance Squad, Fishbone.

Ceux là vont pratiquer l'alliage des énergies, tenter de restituer sur vinyl le son de leur environnement. Originaire de Hollande Urban Dance Squad sera le seul groupe européen à se hisser au niveau des américains. Signe de reconnaissance et de respect Henry Rollins, Mike Muir, Flea et Ice T apparaissent dans Fast lane, le premier clip du groupe. Avec deux premiers albums d'une créativité qui influencera le mouvement tout entier, Mental Floss for the Globe et Life 'n Perspective of a Genuine Crossover, la recette mêlant reprise de Ray Baretto (Deeper shade of soul), guitare psychédélique, DJ omniprésent et rap sauvage s'avère d'une redoutable efficacité. Enregistrés avec peu de moyen les deux albums n'en demeurent pas moins indispensables. Hélas, après trois ans de concerts incendiaires (j'y étais, je peux témoigner) DJ DNA quitte le Squad qui en perd une bonne part de son originalité.


A New York, c'est Murphy's Law qui se charge de faire bouillir la marmite dès 1982. Arrivés trop tôt, ingérables dans leur intégrité, le groupe verra les insipides Ugly Kid Joe et Offspring lui rafler la mise sous le nez. Leur album de 1991 The Best Of Times, produit par les frères Philip et John Norwood Fisher, respectivement batteur et bassiste de Fishbone, résume au mieux leur tonique mixture de Hardcore, Ska, Punk et gros délire (avec leur reprise de Ebony and ivory du duo McCartney/Stevie Wonder en guise d'exemple). Cantonné sur des labels indépendants dépourvus de moyens, Murphy's Law ne connaitra jamais la reconnaissance internationale, ce qui ne les a pas empêché de torcher de sacrés bons morceaux, ni de porter la bonne parole jusqu'à Toulouse, le temps d'un concert dans une modeste salle transformée pour l'occasion en ballroom éruptive. Quelle époque !



Fishbone justement, on y arrive. Encore un groupe de scène auquel les albums peineront à rendre justice. Dans un premier temps trop polishés, In your Face et Truth and Soul ne déméritent pas, loin de là, mais lassent sur la durée faute d'atteindre le degré de folie nécessaire à la combustion. Au contraire de Murphy's Law et ses labels à deux balles, Fishbone est victime des contraintes imposées par un contrat maousse avec Columbia. En 1991, le double album The Reality of my Surroundings offre enfin le vrai visage de Fishbone dans toute son acidité. Le refrain est bien connu, tout ceci arrive trop tard, le groupe est alors à moitié ravagé par le crack et la tournée de la consécration se transforme en nuit des living baseheads. Un concert au Pied à L'Isle Jourdain me fera témoin de ce qu'un groupe aux mâchoires serrés peut faire comme dégâts à son répertoire. 


Finalement ce seront les plus mal barrés qui s'en tireront le mieux. Les Red Hot Chili Peppers étaient calibrés pour devenir un de ces groupes mythiques comme Los Angeles aime à en enterrer dans son jardin, après les avoir réduit en charpie. Formés en parallèle à What Is This? par Hillel Slovak, Flea et Jack Irons, les Red Hot Chili Peppers sont un défouloir toxique pour les trois musiciens qui laissent leur pote Anthony Kiedis faire son truc au micro. Destiné à n'être qu'un groupe de scène, les quatre se lâchent en défonçant un Funk si bordélique qu'il se verra vite qualifié de Punk Funk par la presse locale. Sauf que Kiedis n'entend pas en rester là et se révèle un showman redoutable incarnant ses textes labyrinthes volontairement provocateurs avec tant d'énergie, de pirouettes et de gesticulations que le groupe se taille vitesse grand V une réputation d'incontournable. Signé par EMI, le trio fondateur se retrouve dans la délicate position de devoir choisir entre deux formations, What Is This? ayant également décroché un contrat discographique. Hillel Slovak et Jack Irons optent pour leur groupe d'origine, tandis que Flea mise sur son alliance avec Kiedis et recrute le batteur Cliff Martinez et le guitariste Jack Sherman pour enregistrer un premier album fait de bric et de broc
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Avec les Red Hot Chili Peppers, je suis passé au fil du temps par toutes les variantes de l'amour; séduction, passion et vacheries, mais au milieu des années quatre-vingt ils étaient parmi les rares trucs excitants de l'actualité. Je les ai connu comme beaucoup d'autres à travers des interviews de Big Audio Dynamite et Jim Jarmusch au moment où leur second album Freaky Styley, produit par George Clinton, avait fait d'eux l'emblèmatique figure de proue de la scène indépendante américaine. Entre le premier disque et celui-ci Hillel Slovak avait finalement repris son poste au sein d'un groupe lancé à toute berzingue vers le bord de la falaise. Junkie comme les trois autres, Slovak était surtout un guitariste d'une originalité peu commune, abandonnant le mur du son à son bassiste pour mieux déchirer le spectre à coups de cocottes funky acidulées et de solos aussi fulgurants qu'instinctifs. Tout ceci ne fait pas de Freaky Styley un album très différent de son prédécesseur. Les deux disques sont dans leurs genres aussi indispensables l'un que l'autre, mais souffrent également du même défaut, une production qui ne correspond pas à l'intention de base. J'ai une tendance toute personnelle à préférer le premier des deux, paru en 1984 et simplement titré The Red Hot Chili Peppers pour son aspect joyeusement foutraque. On y trouve des merveilles tel que Grand pappy du plenty, l'extraordinaire Mommy where's Daddy, Buckle down, Green heaven, Get up and jump, Out in L.A, Baby Appeal...et il faut impérativement les avoir entendu s'approprier le Why don't you love me like you used to do de Hank Williams. La production de Andy Gill (guitariste de Gang of Four) est un peu raide et plus électro qu'organique, ça lorgne du côté de la scène new yorkaise et ce n'est pas pour me déplaire. C'est un premier album chaotique et boiteux, et à tout dire, ça me manque, les premiers albums chaotiques et boiteux. Vous avez remarqué, il ne sort plus que des machins parfaitement récités. Les groupes ont tout juste six mois d’existence et ils sonnent déjà comme des vieux pros blasés. Voilà un reproche que l'on ne peut assurément pas faire aux Red Hot Chili Peppers.



Après ce premier album constitué de titres composés par Hillel Slovak mais interprété par son remplaçant, Freaky Styley est un deuxième album avec des titres composés par son remplaçant mais interprétés par Hillel Slovak... On est chez les dingues, on y est bien. D'autant qu'une cohérence plus forte se dégage de l'ensemble. Tout n'est pourtant pas encore au point, Anthony Kiedis a été mis au supplice pour ses problèmes de justesse et de placement avec pour résultat un léger manque de spontanéité. Quand George Clinton ne le noie pas tout bonnement dans le mixage. Qu'importe, les classiques prennent forme, American ghost dance, Nevermind, Freaky styley, Blackeyed blonde, The brothers cup, Catholic school girls rule et la reprise réussie du If you want me to stay de Sly Stone.
Sitôt le disque en bac, le grand chambardement continu avec le départ de Cliff Martinez et le retour de Jack Irons, c'est donc la formation originale qui se retrouve en studio pour graver en 1987 ce qui sera son unique témoignage, The Uplift Mofo Party Plan. L'arrivée à la console du producteur Michael Beinhorn, un metalleux dans l'âme, va considérablement assaisonner de limailles le son du groupe. Commercialement le disque ne se vendra pas tellement mieux, musicalement c'est le premier album massif du groupe. Les compositions sont toujours un peu bancales, faute de discipline et aussi d'avoir dans leur rang le mélodiste surdoué qui ne tardera plus à croiser leur chemin, mais l'ensemble frappe d'un même élan. Peu de temps faibles et pour la première fois une excursion vers un esprit plus soft qui fera vite leur bonheur (et le nôtre) avec Behind the sun. 

Incorrigibles têtes de pioches, le groupe repart aussi sec en tournée et les injections de speedbal prennent des proportions alarmantes. Hillel Slovak traine un mal-être que les pitreries à base de chaussettes sur la bite peinent à cacher plus longtemps. Il glisse le 25 juin 1988 sans attendre d'avoir 27 ans. Choqué par la mort de son ami et paniqué par son propre état Jack Irons part directement en désintox, avant d'être interné de longs mois en psychiatrie pour traiter une dépression depuis devenue chronique. Il réapparait brièvement l'année suivante au sein du groupe de Joe Strummer avec qui il enregistre l'album Earthquake Weather, puis rejoint Pearl Jam sans jamais parvenir à retrouver sa stabilité émotionnelle.


Beaucoup auraient baissé les bras, les Red Hot Chili Peppers décident eux de repartir sur de nouvelles bases. Kiedis décroche temporairement de la shooteuse (son autobiographie est une litanie de rechutes) et les deux inséparables auditionnent les candidats aux postes vacants. Très vite Chad Smith s'impose derrière les futs, fiable et robuste, il devient le troisième pilier sur lequel le groupe pourra dorénavant s'appuyer. Trouver un guitariste capable de maintenir l'originalité du groupe tout en lui permettant de poursuivre son évolution s'avère plus difficile. C'est là que se manifestent les astres, le génie dans la lampe, la fée clochette et sa poudre de perlimpinpin, j'en sais rien, mais par un foutu miracle le trio tombe sur le seul et unique mec qui puisse remplir la fonction. Mieux, qui puisse amener aux Red Hot Chili Peppers la touche de séduction qui leur manquait jusque-là. S'ils ne sont pas au bout de leur peine, le talent de compositeur de John Frusciante expédie le groupe dans une autre stratosphère. Enregistré dans l'urgence, Mother's Milk sort un an après la mort de Hillel Slovak et s'affirme d'emblée comme l'album phare du moment.

Michael Beinhorn retrouve son poste de producteur, Chad Smith pose une assise compacte, Frusciante torche les mélodies accrocheuses qui faisaient défaut et la vidéo du single Knock me down (chanté en grande partie par le guitariste) devient virale sur MTV. En dépit d'un son typique de son époque, Mother's Milk demeure pour beaucoup l'album le plus représentatif des Red Hot Chili Peppers. Il est enragé comme plus jamais ensuite, l'influence du punk étant à l'avenir gommée, et aligne une multitude de titres plus entêtants les uns que les autres. Stone cold bush, Nobody weird like me, Subway to Venus, Knock me down, Taste the pain, Good time boys, la sidérante reprise de Higher ground de Stevie Wonder et celle enregistrée avec Hillel Slovak du Fire de Jimi Hendrix en font l'aboutissement du chaos qui les a mené au sommet. Il ne leur restera plus qu'à transformer l'essai en enregistrant l'album de la consécration mondiale avec Rick Rubin à la production, mais ceci est une toute autre histoire.


Interlude 2

Après une si longue tirade, prenons un bref instant pour évoquer le groupe le plus mystérieux du lot; LimboManiacs. D'eux je ne sais pas grand chose, c'est dire si ça va aller vite. En faisant un effort, je peux vous dire que le batteur a ensuite formé Primus (dont je ne sais rien non plus) et le guitariste M.I.R.V, un projet auteur d'une paire d'album pas inintéressants. L'Histoire a retenu des LimboManiacs qu'ils ont présenté Buckethead au producteur de leur unique album Bill Laswell et que ce fut la révélation. L'Histoire c'est bien beau, mais c'est une connerie de ne retenir d'eux que ce rôle d'intermédiaires. Les LimboManiacs ont surtout enregistré en 1990 un fameux album de Funk énervé, Stinky Grooves. Peut être parce qu'il est arrivé un peu tard, peut être parce que la présence de Bill Laswell, Maceo Parker et Bootsy Collins sur le premier album d'un groupe inconnu a donné l'impression qu'il était l’œuvre de mercenaires opportunistes. Allez savoir. Quoiqu'il en soit l'album s'est offert un ticket express pour les bacs à soldes. Et pourtant. Avec huit titres parfaitement en place -le groupe formé en 1982 avait eu le temps de les roder- Stinky Grooves se paye des clin d’œils à Public Enemy, à Funkadelic, James Brown et toute l'école de la funky music couillue. Alors, certes, pas de génie torturé, pas de fait divers sanguinolents, pas de débordement, c'est surement le seul défaut de l'album, il est irréprochable.

Catégorie Hors catégorie
Suicidal Tendencies, Infectious Grooves, Jane's Addiction, Porno For Pyros, Sepultura

Là j'en arrive aux poètes, ceux qui ne suivent que les caprices de leur muse, ceux pour qui faire carrière est une insulte. 

Je vais y aller franco avec Jane's Addiction et Porno For Pyros, ce sont des génies, ce sont un génie pourrais-je même dire. Perry Farrell. Ce type est hors catégorie de la catégorie hors catégorie tellement il est hors catégorie. Perry Farrell est un excentrique, un dandy comme le rock en pond un tous les mille ans. A la différence de beaucoup d'autres, c'est un authentique créateur, un véritable original. Trois albums avec Jane's Addiction aux côtés de Dave Navarro, autre excentrique s'il en est (Un live autoproduit, Nothing's Shocking et Ritual De Lo Habitual) et deux avec Porno For Pyros (PFP et Good's God Urge) -et aussi plein de trucs casse-cou en solo- démontrent sa capacité à jongler avec les sons pour aboutir là où personne ne sait aller. Parmi tout ça, le premier album de Porno For Pyros est peut être celui que je placerais au dessus de la pile. 
Pour la petite anecdote incestueuse, c'est Dave Navarro qui remplacera John Frusciante au sein des Red Hot Chili Peppers le temps du surpuissant One Hot Minute, tandis que Flea prendra la place de bassiste lorsque Eric Averty déclinera l'invitation à reformer Jane's Addiction.


A l'autre bout du spectre, loin de tout glamour, déboule Sepultura directement des favelas du Brésil. Eux ont fait très fort. Vendre des caisses et des caisses d'un disque de Thrash Metal guttural à des endimanchés, fallait le faire. Un million de disques ! Rooots bloody roooots ! Cut throat ! cut throat ! Faut se rappeler qu'à l'époque, ils étaient devenus la coqueluche des abonnés à Canal Plus, la fille DeCaunes en avait chopé des crampes aux cervicales. Fallait voir la réaction du public de Nulle part ailleurs quand les gonzes ont déboulé en maillots de foot cradingues pour faire leur tube barbare Ratamahatta accompagné d'un percussionniste tout droit sorti d'une cérémonie sacrificielle. Ils ont adoré ! Il doit arriver des moments dans le système solaire où tout se détraque et provoque des court-jus dans le réseau des transmissions cérébrales de la population. Je ne vois que ça. Ou alors c'est quelque chose dans l'eau. Attention, me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, ils étaient bons, Sepultura. Leur premier album pro, Schizophrenia en 1987, annonçait clairement qu'on n'avait pas affaire à des branques. Ça cognait dur mais pas stupide. Et ils n'en sont pas restés là, Chaos AD faisait cohabiter folklore cannibale et metal industriel, un truc de dingues. Indéniablement, Sepultura était un groupe qui sortait du lot et Roots était un foutu bon disque. Juste après leur passage télé, j'ai eu la chance d'assister à l'un des derniers concerts de Sepultura dans sa formation originale en première partie d'AC/DC et je suis en mesure de vous dire que la différence entre les deux groupes n'était pas du genre à passer inaperçue. AC/DC c'était super, un peu chiant quand Angus Young se roule par terre pour la soixante-quinzième fois en deux heures, mais super quand même. On ne la leur fait pas, ils jouent back in black d'entrée de jeu en cassant un mur en polystyrène. C'est pro, c'est beau, c'est Lesieur tellement c'est bien huilé. L'ambiance n'était pas franchement la même du côté de Seplutura, le groupe avait quasiment splitté devant nous, les gars ne se sont pas jeté un seul regard de tout le concert. Par contre ils nous en ont mis plein la gueule. Sans huile, ni vaseline. Du brutal. Il n'y avait pas le percussionniste zombie, mais ça faisait flipper tout autant. Méchant, agressif, pas là pour séduire. Quand il en a eu marre, Max Cavalera a fracassé son micro, balancé sa guitare, fracassé son ampli par terre, a déchiqueté le drapeau brésilien et s'est tiré dans un boucan de tous les diables en laissant les trois autres finirent le boulot. Y a pas eu de rappel. Ils n'ont demandé à personne de chanter avec eux ou de taper dans les mains.



Place maintenant au cassos des cassos, j'ai nommé Mike Muir. Avec Suicidal Tendencies, groupe de quartier qu'il accapare sitôt embauché comme chanteur, Mike Muir va bâtir une légende protéiforme à base de provocations, rumeurs et violence. Surtout, il va consommer les musiciens en façonnant et refaçonnant sans cesse son groupe selon le résultat visé. Dans un premier temps Suicidal Tendencies s'affirme comme la référence du Punk Hardcore californien (comprendre ici que contrairement à ce qui est communément désigné Punk, le groupe dispose d'un guitariste qui sait jouer autre chose que des riffs). Leur premier album en 1983 et son single Institutionalized attire un public de cramés et leurs prestations sont régulièrement prétextes à des règlements de comptes sanglants. Il n'en faut pas plus pour que les autorités les décrètent membres de gang, d'autant plus facilement que Mike Muir affiche cranement le bleu des Crips. Pour contourner l'interdiction de concert que Los Angeles fait peser sur Suicidal Tendencies, il fonde Los Cycos en 1984. Le son évolue (façon de parler) vers le Thrash, mais le groupe est un foutoir sans nom, les membres vont et viennent tandis que les bandes de leur premier album disparaissent dans un incendie. Mike Muir lâche l'affaire et reforme Suicidal Tendencies après quatre années de galères intenses. Avec l'apport du guitariste Rocky George, le furibard et excellent Join The Army signe leur retour et reste pour moi leur meilleur album à ce jour. Tout y est, le groove, la fraicheur, les mélodies, les constructions de titres comme A little each day (qui date de Los Cycos) sont de petites merveilles d'ingéniosité et rien n'a jamais entamé la spontanéité de Possessed to skate ou War inside my head. Le disque est tellement bon que le groupe jusque là cantonné à des labels locaux se voit démarché par les majors et signe sur Epic. Les albums suivants seront logiquement plus professionnels et l'arrivée du bassiste carnassier Robert Trujillo pour le légendaire Lights Camera Revolution finit d'apporter la puissance necessaire à un virage vers le Heavy Metal. Loin de se plier à une mode, Suicidal Tendencies régénère le genre en le débarrassant de ses clichés les plus encombrants, il devient soudain très cool pour un hardos de s'afficher en short, le visage encadré par des tresses, des chaussettes impeccablement blanches remontées jusque sous les genoux. Il devient également fréquent que les ricanements finissent en distribution de parpaings. N'empêche que le disque est une tuerie, le single You can't bring me down fait un carnage et tout ça fait un bien fou après dix piges à bouffer du Mötley Crüe à toutes les sauces.




Et comme Mike Muir s'ennuie vite quand tout va bien, il embarque Robert Trujillo, branche Stephen Perkins, batteur de Jane's Addiction et Porno For Pyros (et oui, pas fou, le gars sait où piocher) et s'adjoint deux guitaristes, le funky Dean Pleasants et le heavy Adam Siegel pour former le fléau qui fait bouger ton cul....The Infectious Grooves ! Et soudain ce monde est un endroit merveilleux. Un lieu où l'on peut se faire péter les tympans avec jubilation, où une Mercedes 200 délabrée peut se transformer en low rider du barrio par le seul pouvoir d'une cassette glissée dans un auto radio. J'espère n'avoir à convaincre personne et que vous l'avez vous aussi usé jusqu'à la corde ce putain d'album de heavy very funk metal. Quelle gifle, quand ce machin est sorti. Là où les Red Hot Chili Peppers ne voulaient pas aller, guitares heavy, rythmiques tribales, refrains guerriers, les Infectious Grooves s'y roulent comme un cochon dans sa merde. Bordel que c'est bon. Le single Therapy (celui avec Ozzy Osbourne qui braille le titre durant la moitié du morceau) prend le relai de You can't bring me down pour scier les nerfs de quelques centaines de milliers de fanatiques consentants à travers le globe. De Punk it up à Thanx but no thanx, je ne vais pas vous le détailler, c'est une tuerie prolongée par un second album Sarsippius' Ark tout aussi phénoménal. Aujourd'hui encore le quotidien se trouve grandement amélioré avec ces deux albums à proximité de la platine.



Durant quelques années Mike Muir et Robert Trujillo vont mener de front les deux groupes, alternant albums et tournées avec une transcendante venue au Bikini de Toulouse dans une ambiance de foule compacte si surchauffée qu'il pleuvait de la condensation dans la salle ! Comme on pouvait s'y attendre, les compositions des disques qui suivent peinent à se renouveler et Suicidal Tendencies choisit en 1993 de réenregistrer son premier album quasiment à la lettre en le dotant d'un gros méchant son, sous le titre Still Cyco After All These Years. Le procédé sera réutilisé en 2018 pour l'excellent Still Cyco Punk After All These Years, véritable régénérescence de l'album Lost My Brain enregistré avec Steve Jones en 1995 sous le pseudo Cyco Miko. Par la force d'une formation redoutable d'efficacité, Dave Lombardo de Slayer est aux baguettes, Dean Pleasants à la six cordes, Still Cyco Punk After All These Years comble des siècles de disette en matière de vinyl qui bombardent sans retenue. Avec classe et savoir-faire il réanime l'anarchique joie de vivre communiquée par tous ces disques qui avaient su offrir une salutaire alternative à la soupe stoner indie grunge citrouille qu'on voulait nous faire bouffer à la cantine.


Hugo Spanky