L'été s'est fait attendre cette année. Et ce 21 Juin, c'est une bonne trentaine de degrés qui s'est abattu sur la ville. Une chaleur typiquement toulousaine que l'on finit par détester en Septembre.
Avec mon fils, on se fraye un chemin à contresens : Tout le monde va au centre ville voir Renaud et quelques autres chanteurs de variété. Nous on en sort, direction le Zenith via le tram qui va à deux à l'heure. Tout le monde est en short ou claquettes, pas nous.
Comme mon fils est canadien, je lui ai vendu Neil Young comme le meilleur de ses compatriotes, l'antithèse parfaite de Garou qui se produisait ce soir là aussi au Capitole.
Après une fouille au corps à l'entrée, on retrouve Eric, un pote au bar qui sirote une bière. Il a déjà vu Neil Young deux ou trois fois avec le Crazy Horse.
Le Zenith est plein en configuration moyenne, 4500 personnes à peu près. Un public de tout age, plusieurs générations. Des fans de Sonic Youth, d'autres de rock and roll comme moi.
C'est tout là son génie d'avoir touché tous les ages.
On est dans la fosse, debout mais c'est mieux pour voir un concert. Le décor est planté : Deux écrans géants, un sur chaque côté de la scène décorée comme des vieilles télés à lampes
avec une mire à l'ancienne, projetée en attendant le début des hostilités.
Sur scène, que du vieux matériel, à commencer par son fameux orgue à eau qu'il utilisera seulement pour un seul morceau. Une statue d'indien, quelques bougies, le tout est assez sobre.
En réponse aux semeuses du début du concert arrivent une bande de types avec des masques de protections chimiques et des pulvérisateurs qui arrosent la scène de fumée blanche,
une mise en scène censée représenter Mosento. Un épisode qui ouvre la deuxième partie du show... l'électricité...
Le groupe apparaît sur scène. Promise of the Real est celui qui accompagne désormais Neil Young. Deux guitaristes, un bassiste, un batteur et un percussionniste aux congas qui apportera au concert
une touche originale. La moyenne d'âge est faible, ils ont tous maximum la trentaine. Du sang neuf pour le vieux dinosaure. Le groupe est exceptionnel et la complicité avec Neil plus qu'évidente.
Mené par Lucas Wilson, le fils de Willie Nelson me souffle-t-on, un jeune gars qui nous fera seul au piano une version country de La vie en rose, et en français s'il vous plaît.
L'excellence et l'énergie de ces jeunes recrues au service du maître rendent le show particulièrement envoûtant. Capable de jouer l'intégralité de ses chansons d'après un interview qu'il a récemment accordé
à Michka Assayas sur France Inter. Mais contrairement à son répertoire acoustique, c'est le jeu des guitares et le son qui prennent le pas sur les compos pour combler l'auditeur.
Neil sort sa gibson noire de 1953, branchée sur un ampli Magnatone vintage. Un matériel qu'il semble avoir traîné avec lui toute sa vie. Le son est phénoménal !
Les cordes graves fournissent des basses monstrueuses. On croirait les albums de Link Wray des années 70's. Les morceaux tournent avec de très longues improvisations qui m'auraient horripilé chez n'importe quel autre artiste mais qui prennent ici une autre dimension. Une ambiance et une esthétique finissent par émerger avec élégance. Neil semble chercher le son parfait. il y arrive sur une fin à rallonge imitant pratiquement le chant des baleines en caressant les cordes de sa monstrueuse guitare. Un petit mot, le temps d'une pause, notamment pour nous dire que notre région est belle et qu'il fallait la garder comme elle est. Ou alors une dégustation de cerise partagée avec le public de la fosse. Le bonhomme semble charmant et aimable, tout le contraire de Dylan avec lequel les comparaisons s'imposeront toujours.
Un dernier rappel, une fin en apothéose, et pour finir, une mêlée avec son groupe avec lequel il semble le plus heureux des hommes. Un bonheur communiqué à tous les spectateurs,
ce soir là, dont ma pomme, persuadé d'avoir assisté à un grand moment.
Je glisse connement le billet du concert dans mon album photo à côté de ceux de James Brown et de Link Wray, histoire d'avoir l'illusion de perpétuer un peu ce moment magique.
Le lendemain, je finirai par acheter Everybody's Rockin' son album de reprises rockab (qui est excellent), car, faut pas déconner, c'est quand même ça ma came.
















