Les vidéo clubs sont les
seuls endroits dont j'ai un jour pris la carte. L'odyssée à portée de mirettes que c'était ces lieux là, on y voyageait devant le verso
des jaquettes, scrutant les photos du recto avec de grands airs de
connaisseur, cherchant à se faire une idée sur le film en faisant
appel à notre feeling perso, les chroniques cinéma sur des films
aussi obscurs que ceux qu'on dénichait sur les étalages fallait se
lever le matin pour en trouver. Et tant mieux, rien n'était
pré-chié, fallait se risquer, c'était le tarif pour se forger une
culture selon sa propre personnalité. C'est qu'à ce moment là,
c'était important la personnalité, il n'était pas question de
retrouver la bande de collègues sans que chacun y rapporte sa touche
à lui, c'était comme ça qu'on gagnait le respect. En étant bon,
pas docile.
Comment dire ? Mon
cousin, d'une poignée d'années plus âgé que moi, avait sa propre turne, son magnétoscope à lui et l'avait même
branché sur sa chaîne hifi pour pouvoir faire chier ses voisins en
mettant le son à fond pendant qu'il regardait un film de cul. Chez
lui, enchaîner les films toute la nuit durant ne posait aucun
problème, on se vautrait sur son canapé devant des bouteilles de
gin, de bières, une bonne tête de beuh et plus rien n'existait
d'autre que la lucarne au milieu du salon. La seule certitude que je
n'avais pas c'était de voir le film que j'avais loué. Niveau sélection, voyez-vous, mon cousin donnait dans l'étrange.

Pour situer le
personnage, on le surnommait le mein, rapport à son
attirance prononcée pour les films de SS. C'est simple, je pense les
avoir tous vu, la série des Ilsa La louve SS, Salon Kitty, SS Camp 5 L'enfer des
femmes, Elsa Fraulein, Hotel du plaisir SS, KZ9 Camp d'extermination,
Holocauste Nazi et les variantes Prisons de femmes et je ne sais quoi
d'autre encore. Plus la jaquette était choquante, plus il se régalait de la louer aux heures de pointes. Parce que quoiqu'on en dise, les films de torture-érotico-sadique c'était sacrément fendard, quand on passait pas son temps à se tortiller sur le canapé pour dissimuler une érection intempestive. Ces films avaient compris qu'un bain de sang n'est jubilatoire que si la victime à les seins nus et le visage d'un ange. Parfait exutoire des frustrations adolescentes, il faut les avoir vu à 14 ans pour en comprendre toute l'utilité.On avait même par mégarde dérapé dans l'intello avec Salo et Portier de nuit mais là on s'était bien fait chier.
D'ailleurs, il était
parfois sacrément plus con que nous, les preuves ne manquent pas.
Figurez-vous que quand on ne s’extasiait pas devant les sévices
subit par l'Adorable Lola, on donnait dans le registre des
pellicules musicales, là aussi il y a de sacrées pépites que les
éditeurs de dvd oublient de ressusciter. Kiss contre les fantômes
ça parle à quelqu'un ? Le « film » reprenait, dix
ans après la bagarre, les choses là où la série Batman les avait
laissé. Fallait de l'argument et beaucoup de mauvaise foi pour faire
avaler à quiconque que le quatuor maquillé qui lançait des lasers
tout pourris contre un ramassis de Gasper encore moins crédibles que
Hollande président, était le même qui vous avait filé des
cauchemars avec la pochette de son double live. Un groupe de heavy
rock, ça ?Pourtant c'était pas pire que Rock'n'Roll highschool et peut être meilleur que Can't stop the music, le long métrage des Village People. Celui là attention, c'est du gratiné. Aujourd'hui on y verrait un pamphlet sur la tolérance, on lui collerait un César, nous on y voyait un navet doté d'une qualité rarissime, le machin plaisait aux filles.
Des comme ça, des pires et des meilleurs, les
vidéos-clubs en avaient des murs entiers, et je m'en repayerai bien
une tranche manière de quitter le quotidien. Sauf que non, on les a
perdu en route, et sans doute pour de bon. Les films pas calibrés,
les misfits, ça ne passe plus entre les mailles du filet. Le changement de format de la VHS au DVD avait réduit l'offre à une bien maigre portion et bon nombre des boutiques de location avaient pris du plomb dans l'aile avec cette affaire. La multiplication des chaines de télé et internet ont fini par porter l’estocade. On en est là, conditionné au blockbuster, recevant la becquée, nous qui étions habitués au festin.
Il y a
bien eu quelques blogs par ci par là, genre La caverne des
introuvables, qui se démerdaient pour repiquer les vieilles VHS jamais éditées en dvd et
nous les mettre sur un plateau, mais le rideau est descendu. Les gars,
avec leur centaine de couillons comme moi qui téléchargeaient
leurs perles, mettaient le business en danger, menaçaient de foutre en
l'air le monde de la Culture et ses sbires. J'en peux plus d'entendre
des conneries pareilles. Surtout qu'à côté de ça, que le maçon se
retrouve au chômage parce qu'une poignée de malheureux venue de
l'autre bout de l'Europe travaille pour moitié moins cher que lui,
ça les gène pas nos politiques. C'est la mondialisation qu'ils
disent. Mais nos artistes, pas touche, là c'est important, faut les
protéger. Quitte à priver le quidam d'une source de bonheur qui ne
leur doit rien. Virtuellement, on nous confisque tout, et concrètement, on n'a plus rien. C'est pas beau le
progrès.
Hugo Spanky
Dédié à Harold Ramis, grand fournisseur de soirées réussies.
Dédié à Harold Ramis, grand fournisseur de soirées réussies.









































