C'est l'automne, la rentrée, vos gosses font chier, votre gonzesse vous saoule déjà avec Noël, vous n'en pouvez plus d'entendre Hollande déblatérer des conneries plus grosses que lui. Il n'y a plus guère que dans votre voiture, seul, ou calé chaudement, le casque de l'ipod sur les oreilles, dans un transport en commun, que vous vous offrez un semblant d'évasion en écoutant le dernier album à la mode, le classique de vos 16 ans ou, pire encore, les interminables mixes de Radio Nova. Bref, votre libido n'est plus qu'un lointain souvenir, vous êtes au bord du nervous breakdown, de la rupture avec vous même, à deux doigts de raser vos tempes et de virer au Black Metal norvégien.

Do not panic, remain calm, the situation is under control, j'ai la came qu'il vous faut. Kool and The Gang est là pour vous. On vous a bourré le mou depuis vingt piges avec les Meters à tel point que vous avez décidé de ne pas aimer le Funk tellement vous n'en pouviez plus que tous vos amis aient le même disque que vous. La Nouvelle-Orléans est le berceau, c'est bien et c'est vrai, ils ont le groove, le talent et même qu'ils ont des brutes et des truands mais je vous cause, moi, du Funk de l'ouvrier, de celui d'en bas des escaliers, celui des cités de notre enfance comme du foyer municipal du village, de la MJC du quartier et même des pistes de danse des discothèques. Le Funk des élégants du week-end, celui des costards trois pièces, des cuivres et mocassins lustrés.
Le Funk du New Jersey, le groove d'Asbury broadwalk : Kool et son Gang.
Mine de rien, c'est depuis 1964 que le Gang chauffe les salles, d'abord en se faisant les crocs derrière les vedettes de la Motown ensuite en mode autonome. Deux des trois premiers albums du groupe sont des Live, c'est dire si ils craignent degun quand il faut regarder droit dans les yeux le pécore qui vient de raquer son dollar pour entendre ta basse.
Je sais que pour la majorité de la planète Rock, Kool and the Gang c'est rien d'autre que des hit singles à la pelle dont on nous a rabattu les esgourdes durant toute notre jeunesse. Il existe un double album, Never Cool with Kool and the Gang qui les regroupe tous et putain ça fout un sacré barouff quand je le pose sur la platine. Pas moyen de mettre le son autrement que fort, c'est pas un disque c'est de l'autopropulsion. Un indispensable des soirées entre amis. A moins que vous teniez vraiment à jouer au Scrabble. Sitôt la pointe creuse-t-elle le sillon que la moitié des invités a déjà quitté le canapé, arrivé à la fin de la face A, c'est l'hystérie collective, les soutifs jonchent le sol et votre moitié est suspendue au lustre du salon, la tête du voisin de palier entre les jambes ! Je ne connais pas vos mœurs mais Kool and the Gang va les détendre. C'est la seule certitude.
La fois où je les ai vu en concert, j'ai été surpris qu'ils attaquent par Fresh. Waouh, sont gonflés de démarrer par leur plus gros tube que je me suis dis. Quand derrière ça ils ont enchainés sur Funky stuff, Get down on it, Ooh lalala et Celebration, j'ai pigé. Ces mecs n'ont que des tubes à leur répertoire, c'est la pléiade de la boule à facette. Et ils n'avaient pas encore joué Jungle Boogie, Ladies night, Take it to the top, Big fun, Too hot... Je suis sorti de là en état d'apesanteur sensorielle.
Mais quelque soit les immenses qualités de leurs singles multi-platinés, il serait plus qu'injuste de réduire Kool and The Gang à ça. Avant d'aligner de quoi achever bien des chevaux, le groupe des frères Bell (Kool à la basse et Khalis au saxo) a enregistré toute une palanquée d'albums parmi les plus funky de la création. Même James Brown était d'accord sur ce point.

Sur Music is The Message comme sur Kool & the gang, Spirit Of The Boogie, Good Times, Light of Worlds ou encore l'ultra classique Wild And Peaceful de 1973 avec lequel Tarantino a décoré ses meilleurs films, le disque de Jungle Boogie, Funky Stuff, Hollywood Swinging, celui des premiers succès après presque une décennie à ramer dans l'ombre, Kool and The Gang pratique la Funky Music sous toutes ses formes, dans toutes les variantes possibles. La seule constante étant la qualité du truc et son irrésistible pouvoir à gonfler d'aplomb jusqu'au plus complexé des grands timides.
C'est après un passage en roue libre -entre 1976 et 1978 ils enregistrent 5 albums de plus (!) et forcément le niveau morfle un peu- que le groupe va se renouveler et connaître l'apogée commerciale de sa carrière, réussissant le tour de passe-passe qui les fera atteindre les sommets en terme de vente tout en ciselant quelques-uns de leurs meilleurs titres. Le Gang va dans un premier temps s'attacher les prestigieux services du producteur Eumir Deodato et dans la foulée engager un chanteur aux yeux de biche et à l'organe enjôleur, J.T Taylor. Le premier job de Deodato va être de calibrer un brin le foutoir et de faire d'un groupe de musiciens, un groupe avec chanteur. Ça parait rien mais ça change tout, c'est la différence entre les Meters et les Neville Brothers, entre Joe Satriani et Van Halen, entre Talk is Cheap et Voodoo Lounge, que sais-je encore. C'est la différence entre une voiture avant et après peinture, chromes et accessoires. C'est surtout le jackpot pour des mecs qui commençaient à la trouver amère. Le gang des chemisettes est devenu machine de guerre.
En quatre albums alignés comme à la parade, Ladies Night (1979), Celebrate!, Something Special (le must de cette ère dorée) et As One (1982) le groupe va atteindre le nirvana jusqu'à devenir la référence ultime en matière de Funk. Le Hip Hop va muer sur leurs fondations et le Rock va s'aligner sur la pulsation chromée de Deodato, désormais devenu le nouveau standard pour passer en radio. Plus rien ne se fera sans Kool and The Gang, ni Saturday Night Fever, dans lequel ils casent Open Sesame, ni l'anniversaire de votre cousine du Gers.
Hugo Spanky
Ce papier s'accompagne d'une pensée pour Leny Escudero














