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vendredi 29 décembre 2023

SuBWaY To HeaVeN : THe RoLLiNG sToNeS

 


Ladies et Gentlemen, les fantastiques Rolling Stones ! Mouais, ils ont connu des jours meilleurs, mais ils sont toujours là, aussi incroyable que cela puisse sembler. Steve Jordan remplace Charlie Watts, ça n'a rien de nouveau, il officie depuis des lustres lors des interminables séances de mise en place des morceaux et sans doute sur les albums quoiqu'en disent les crédits. Je n'ai aucun avis sur Hackney Diamonds, pas plus que sur ses plus proches prédecesseurs. Selon Harry Max, Devant Hantoss et Keith Michards, il est très bien, ça me suffit de le savoir. Même si j'ai des doutes quant à l'objectivité de Keith Michards... Anyway, ce n'est pas le propos du jour. Si je rapplique par ici, c'est pour m'imposer un petit jeu bien tordu, choisir un album parmi la discographie des Rolling Stones à emporter le jour où tutoyer l'éternité sera d'actualité. Pas plus, pas moins.


Une précision avant le bain de sang, il existe deux périodes chez les Rolling Stones, pas trois, pas quatre, deux. Avec et après Brian Jones. Let It Bleed fait la transition avec Keith Richards symboliquement seul aux guitares. Un disque que j'exclus d'emblée. Il a ses fans, je sais, nul n'est parfait. Les seules raisons qui me le font poser sur la platine sont Gimme shelter, Love in vain et Live with me, c'est maigre et de fait ça n'arrive pas souvent. D'autant que Get Yer Ya-Ya's Out offre de meilleures versions de deux des titres, que Gimme shelter lasse vite une fois passée la sidération des premières écoutes et que je n'ai jamais pu piffrer You can't always get what you want

A partir de Sticky Fingers il est clair que la simplicité radicalisée qui sert de menu depuis Beggar's Banquet est devenue la norme, on mise tout sur les guitares, terminé les fioritures, mellotron, marimba, trompette, accordéon ont disparu avec Brian Jones. L'efficacité prime et la production est en adéquation. Mais c'est déjà de la redite. A-t-on vraiment besoin de Wild horses quand on a No expectations ? Pour la première fois le single figure sur l'album. Là où Jumpin' Jack flash servait de satellite et Sympathy for the devil de pièce forte du 30cm, ici Brown sugar se dispute les casquettes. Le groupe sauve la mise grace à des compositions d'exceptions et Ry Cooder qui, sur Sister morphine, occupe le rôle du grain de sable qui humanise la machine. Exile On Main Street exploite une formule qui commence à dater, ce qui était une forme d'épure devient ici un simple jeu de nuances sur des teintes de moins en moins tranchées et l'idée de prendre perpétiuté avec Tumbling dice m'est insupportable. Goat's Head Soup, sans doute mon favori de la décennie, bénéficie de l'apport de Billy Preston qui le dôte d'un groove implacable, rampant dès Dancing with Mr D, explosif sur le feu d'artifice final de Starfucker. Entre les deux les Rolling Stones revisitent le fond de commerce avec bonheur. Un brin psychédéliques sur Can you hear the music, irrépressibles sur Silver train, romantiques à souhait sur Angie. La délocalisation en Jamaïque et la variété des genres abordés donnent des couleurs aux menaces de routine. Ils ont presque fait aussi bien dès l'album suivant, mais les temps forts de It's Only Rock'n'Roll sont tous un cran en dessous. Il faut sauter à Emotional Rescue, au tout début de la décennie suivante, pour trouver un album équivalent, bien que la palette des styles soit moindre. La splendide face B de Tattoo You, issue des sessions jamaïcaines de 1972 et de celles de 1975 à Rotterdam, le complète à merveille. Après quoi, les disques m'ont plus ou moins laissé indifférent sur le long terme. Undercover à ses moments d'excellence, mais manque sérieusement de cohérence. On sent que ça commence à se friter sévère au niveau des têtes pensantes. Quand Mick Jagger prend le dessus et modernise l'ambiance ça tourne à plein régime, puis Keith Richards aligne rocks pantouflards et slow débilisants et ça devient prévisible comme une bordure d'autoroute. Vous l'avez pigé, c'est pas ici que je vais piocher de quoi m'exiler pour l'éternité. 


Pour faire simple, en terme de compositions, d'arrangements, d'inventivité et de quantité rien n'égale la période Brian Jones. Sauf qu'aucun 30cm ne sort du lot. Pas un ne s'impose comme définitif. Out Of Our Heads tape sur le bon clou, mais c'est un mic-mac pas possible entre les éditions anglaises et américaines. The spider and the fly figure sur l'américaine, mais Heart of stone est sur l'anglaise ! Qui se distingue en affichant I'm free, sauf que Play with fire passe à la trappe en traversant l'Atlantique. Un coup du triangle des Bermudes, sans doute. Aftermath édition anglaise est franchement bon, comment pourrait-il en être autrement d'un album qui regroupe Mother's little helpers, Under my thumb, Lady Jane et Out of time (Out of time!!!). Mais les singles sont si bons qu'il devient absurde d'avoir exclu Paint it black et Have you seen your mother baby standing in the shadow au profit des 11 minutes bien inutiles de Goin' home, sinon pour établir un record. Ce sera pire l'année suivante, rien que pour 1967 We love you, Child of the moon, Dandelion et Ruby tuesday passent à la trappe. 

Malgré un manque de consistance dû à l'influence de Bob Dylan, que le groupe peine à digérer, Between The Buttons tient le haut du pavé pour si peu qu'on le localise en Mono, comme Their Satanic Majesties Request qui souffre également d'effets stéréo farfelus. En voila un de bien injustement catégorisé, trop souvent réduit à sa pochette 3D il est loin d'être aussi mauvais que beaucoup le prétendent et si les Rolling Stones avaient eu la lumineuse idée de remplacer quelques fadaises par Dandelion et We love you mes élucubrations auraient pu s'arrêter là. 

Au milieu d'un pataquès pareil, vous l'aurez pigé, la solution viendra d'une compilation. Je sais, c'est pas du jeu, faut choisir un album original, et patati et patata, c'est de la triche. C'est vrai, je biaise. Je fais ce que je veux, remarquez, c'est Noël, bientôt Nouvel An, c'est mon blog aussi, merde. Et puis, n'allez pas croire que choisir une compilation est une solution de facilité. Decca en a publié un nombre incalculable, six rien qu'entre 1971 et 1972, et toutes ont la déroutante particularité d'être INDISPENSABLES! Les configurations sont infinies, celle ci propose Time is on my side et Route 66, telle autre aligne My girl, Paint it black et The spider and the fly. Pas facile de trancher.


Milestone est tout bonnement incroyable, pas un titre faible, mieux, que des putains de tueries ! Pour le plaisir je vous dresse la liste (Antoine, prend note). Face A : (I can't get no) Satisfaction, She's a rainbow, Under my thumb, I just want to make love to you, Yesterday's papers et I wanna be your man. C'est pas de la gnognotte. Et c'est pas fini. Face B : Time is on my side, Get off my cloud, Not fade away, Out of time (Out of time!!!!), She said yeah et Stray cat blues ! Pffff, quand on arrive au bout, on signe des deux mains pour leur accorder tous les honneurs. Pourtant, je ne partirais pas avec Milestone dans ma besace, aussi génial soit-il, l'album ne contient que des chansons que je connais archi par coeur. Il me suffit de lire le titre pour entendre le morceau en entier dans mon juke box mémoriel. A ce petit jeu autant prendre Through The Past Darkly avec sa pochette hexagonale. Ou carrément le bien nommé Rock'n'Rolling Stones

Le soucis des compilations reste constant, elles alignent des hits, des hits, des hits. Dans le cas des Rolling Stones, on parle de chansons qu'on a usé jusqu'à la corde. Vous ne me ferez pas avaler une bouchée supplémentaire de Honky tonk women, Street fighting man ou Jumping Jack flash. Prenez le double Hot Rocks paru en 1971, le premier disque est splendide. Il se paye le luxe d'un démarrage en douceur comme j'en raffole, Time is on my side, Heart of stone, Play with fire. Qui dit mieux ? D'autant que la face A se poursuit avec (I can't get no) Satisfaction et se conclut par As tears go by et Get off my cloud. On confine au génie. La face B est nerveuse et quasiment aussi bonne. Le second disque fout tout en l'air. Du rabaché, archi rabaché. Ils y sont tous. Oui, celui là aussi. Aussi dingue que ça puisse paraître, c'est pourtant de ce disque que vient mon salut. Il contient tellement de classiques que lorsque Decca a voulu lui donner une suite, ils étaient débarassés des cartouches les plus encombrantes. La voie était libre pour les mal aimées, les mal notées, les mal fringuées, celles à qui le top ten n'a pas jugé bon de faire la révérence. Child of the moon, Tell me, I'm free, Sittin' on a fence, Money, Fortune teller, Poison Ivy, il y en a 25 du même calibre et Long long while ferme la marche. Long long while, face B anglaise du single Paint it black, inédite en Amérique ! On parle là d'un des plus fantastiques morceaux des sixties. Un bijou de slow qui vous prend les tripes et les malaxe avec les ongles, le genre de romance dont sont faites les histoires qui finissent avec du plomb dans la cervelle. Probablement enregistrée à Hollywood, tenue à l'écart des albums de façon incompréhensible.


More Hot Rocks (Big Hits & Fazed Cookies) le voilà mon choix. Aucune autre compilation ne lui arrive à la cheville. Elle éclipse le Meaty Beaty Big & Bouncy des Who ! More Hot Rocks (Big Hits & Fazed Cookies) est un double album de 1972 assemblé par Andrew Oldham, pressé uniquement pour le marché américain, ce qui signifie que la gravure est monstrueuse, la pochette en carton épais. Il est indestructible. Avec ça, je suis paré pour mille ans de purgatoire. L'agencement des morceaux est tel que l'on baigne dans la période la plus impitoyable du groupe, leur son est alors plus acéré que jamais, acide, rampant, lourd. Noir. Souvent psychédélique, voire satanique. Mick Jagger est méprisant à souhait, misogyne, dédaigneux. Il irradie d'arrogance. Les guitares sont inventives, mordantes, vicieuses. A des kilomètres des riffs téléphonés dont nous assaisonne Keith Richards depuis, depuis...Depuis qu'il n'a plus Brian Jones pour hausser le niveau d'exigences. Tell me ouvre le festival, tout est là, le tambourin, les choeurs débraillés, la propulsion mécanique de Charlie Watts dans toute sa splendeur. C'est la version courte, la plus rare, celle sans le piano de Ian Stewart. Pas le temps de chialer qu'elle est déjà finie et c'est Not fade away qui déboule pied au plancher, l'affaire est torchée en moins de deux minutes, voici The last time ! Riff hypnotique, section rythmique monolitique, pas de prisoniers, un carnage gravé à Hollywood en février 1965. La basse même le drive, c'est It's all over now enregistré à Chicago dans les studios Chess lors de la première tournée américaine en 1964. Une tranche d'histoire. Dommage que ce soit la version stéréo, on y perd un peu en barbarie. Good times, bad times est un blues en mono flanqué à l'origine en face b du single It's all over now, probablement enregistré à Chicago lors de la même session, bien que le son et le manque de soin me donne à penser le contraire. I'm free termine la face avec toute la morgue necessaire. Les Soup Dragons en feront un tube dans les années 90, les Rolling Stones l'avaient collé en face B du single Get off my cloud. Voila qui en dit plus long qu'une thèse.

Out of time ouvre la seconde face du double album, version plus courte, différente et bien meilleure que celle d'Aftermath. La basse atomise le voisinage, Brian Jones est au marimba (comme sur Under my thumb qui date des mêmes sessions hollywoodiennes de 1966), Mick Jagger est impérial. Out of time est tout bonnement monumentale, le son est énorme, Jack Nitzsche est à la console, Phil Spector surement pas loin. On parle là d'une chanson intemporelle, un chef d'oeuvre, que sais-je ? Faut vous en convaincre ? Vraiment ?


Après quoi, la tension ne peut que retomber, ça en est même carrément salutaire. Et elle retombe de la pire des façons pour notre santé mentale avec Lady Jane. Brian Jones tient les rènes sur cette ballade typiquement anglaise, bien que gravée là encore à Hollywood, qu'il domine au clavecin et arrange avec une sublime élégance. C'est encore en face B d'un single que sera d'abord commercialisé ce titre qui au fil du temps s'est imposé comme un indéboulonnable classique.

Autre ballade, Sittin' on a fence donne à ce milieu de seconde face une teinte unplugged avant l'heure. C'est l'époque des chemises à jabot, des guitares acoustiques et du clavecin. Les Rolling Stones s'éloignent du blues, manquent encore de confiance en leur talent de compositeurs et refilent ce titre à qui en voudra. Leur version sortira sur le fantastique Flowers qui aurait pu être mon choix si More Hot Rocks (Big Hits & Fazed Cookies) n'avait pas été aussi généreux.

Have you seen your mother, baby, standing in the shadow relance la machine. Version mono qui déchire, choeurs anarchiques, riff de cuivres, basse caverneuse, de l'écho à s'y noyer. C'est sale à faire passer les Troggs pour des enfants de choeur. Du garage sound à l'anglaise au mixage si bordélique qu'on peut se demander à quoi ils carburaient. La différence entre les résultats obtenus d'un titre à l'autre lors des sessions de 1966 à Hollywood est hallucinante. 

La face se conclut avec Dandelion et We love you, deux titres enregistrés en plein marasme et réunit sur un même single à l'été 1967, après les arrestations pour possession de drogue qui ont failli envoyer les trois leaders du groupe en prison pour de longs mois sans le soutien d'une partie de l'intelligentsia britannique. John Lennon et Paul McCartney s'affichent en studio à leurs côtés pour l'enregistrement des deux faces du single et participent à rendre We love you poisseux, lourd et addictif, tandis que Dandelion semble échappé de Sgt Pepper's Lonely Heart Club Band avec son ambiance  Beach Boys en descente de LSD. Leur présence sur More Hot Rocks (Big Hits & Fazed Cookies) est une des raisons de mon choix tant j'adore ces chansons aux constructions aussi folles que le jeu complètement barré de Charlie Watts. Le mariage incestueux des Rolling Stones et des Beatles donne à penser que si Their Satanic Majesties Request avait ressembler à ça, c'eût été l'apogée de l'ère du verseau.



Et de Their Satanic Majesties Request il est encore question sur la face 3 puisqu'elle s'ouvre sur trois titres issus des sessions mouvementées de 1967. She's a rainbow, 2000 years from home et Child of the moon qui ne sortira que plus tard en face B de Jumpin' Jack flash tandis que les deux autres titres constitueront les temps forts de l'album mal aimé. On nage dans des eaux lysergiques à souhait, je m'y sens heureux comme un cochon dans sa merde. Les Rolling Stones de cette période là tiennent en équilibre précaire, mais parfait, énergie brute, groove puissant, folie assumée et délicatesse des arrangements, aidés pour cela par John Paul Jones qui bientôt contribuera à former Led Zeppelin. Une alchimie aussi difficilement définissable que diablement efficace dont ils perdront la recette durant les sessions de Beggar's Banquet, représenté ici par l'impeccable No expectations avant que Let it bleed ne conclut cette troisième face representative d'une transition qui sacrifia le génie déglingué pour un professionnalisme strict qui sera fatal à Brian Jones. Les premières consonances country et l'évolution du groupe au fil des années soixante-dix donnent à penser qu'arrivé à ce stade les Rolling Stones devinrent un groupe typiquement américain.


Et c'est là que More Hot Rocks (Big Hits & Fazed Cookies) est grand. Plutôt que de poursuivre avec les sempiternels même classiques qui constitueront encore en 2024 les rappels de chaque concert du groupe, la face 4 chamboule tout et nous ramène en 1963 en assenant coup sur coup Money, Come on, Fortune teller, Poison Ivy et Bye bye Johnnie, après What to do, pioché sur Aftermath, en ouverture des hostilités ! Et revoilà les Rolling Stones nerveux des origines. Sans conteste le groupe le plus doué en terme d'adptations sulfureuses. Come on, Bye bye Johnnie et Money sont ici dans leurs rageuses versions singles, Fortune teller et Poison Ivy sont restées longtemps autrement plus rares puisque jusque là uniquement présentes sur une compilation de divers groupes du catalogue Decca édité en 1964. Après une version dopaminée du I can't be satisfied de Muddy Waters issue des sessions Chess de 1964 avec Brian Jones à la slide, le mirifique panorama se referme avec Long long while, la plus brillante perle parmi les perles dont je vous ai déjà dit toute l'affection que je lui porte.

Alors, c'est vrai, il en manque. Des indispensables pas tant que ça. Il manque Yesterday's papers et You better move on, c'est pas rien. Il manque surtout The spider and the fly. Mais si on va par là, le cassoulet aussi va me manquer.


Hugo Spanky

Their Satanic Majesties Request Revisited

dimanche 12 novembre 2023

Oh YeaH!


...et revoila les Rolling Stones, et revoila les Beatles, et revoila Noël. Tant de choses qui vont si bien ensembles. 

Par respect pour Mick Jagger, je ne dirais rien sur l'album des Rolling Stones. De plus, il s'est fait éclipser par le retour des Beatles descendus des cieux pour se joindre au sprint final. Mazette qu'il était mal emmanché ce retour. Avec Paul McCartney qui s'emmêle les pinceaux dans des histoires d'Intelligence Artificielle qui effraient plus qu'elles ne rajeunissent la clientèle. C'est tout McCartney, de croire qu'il peut encore se positionner en interlocuteur des adolescents en crise de personnalité. Mais ça fait aussi son charme, cette naïveté aux dents de requins. Giles Martin s'est donc chargé du rétropédalage. Le remixeur en chef du catalogue des quatre de Liverpool a pris la parole et filé des coups de serpes dans les élucubrations de papy Paulo en affirmant, goguenard, qu'il n'avait utilisé qu'un simple logiciel pour nettoyer et recaler la voix de John Lennon (pour mémoire mort depuis 43 ans) et absolument pas de l'I.A. Et d'enfoncer le clou en précisant que McCartney le sait très bien (sous entendu; du moins il le savait il y a quelques mois encore, mais avec les vieux n'est ce pas...). A mon avis, il doit y avoir du mécontentement sur les royalties.

Bref, leur tambouille, on s'en fout. J'ai écouté le morceau. Now and Then. Le nouveau 45t des Beatles. En 2023. Franchement. Comment voulez-vous que ce monde progresse quand on en est là ?
On s'en fout. Le morceau est fabuleux. J'ai eu les larmes aux yeux, la gorge nouée, le drapeau en berne en entendant Lennon attaquer le premier couplet. I know it's true, it's all because of you... Merde, alors. C'était encore possible. Il restait une mélodie de Lennon à mettre en illumination. Je suis scié. Le refrain arrive abruptement, McCartney y est allé à la truelle, façon cantique pour les stades, tous en choeurs avec le iphone tendu vers l'icône pour faire comme dans les documentaires d'Arte. On s'y fait dès la troisième écoute, mais c'est un peu raide. Du coup, j'ai jeté une oreille sur la démo originelle de Lennon. Le refrain de la chanson est tout autre. C'est une de ces mélodies sublimes dont Lennon était généreux, délicate et échevelée avec audace. Mais pas assez percutante pour les 40 secondes d'attention du public connecté. McCartney a donc choisi de concocter un refrain avec ce qui est à l'origine le pont du morceau, autrement dit un passage de transition moins intense que les deux parties qu'il lie (faut bien prendre de l'élan à un endroit). En prenant soin de muscler le rendu là où il faut, on se retrouve en territoire Wings. Ma foi, ça fonctionne, et il fallait bien qu'il tripatouille un peu pour prétendre à du Beatles. 


Giles Martin a sorti la porcelaine en habillant Now & Then de samples prélevés sur des hits des...Beatles. Ben, tiens. Il n'aurait plus manqué qu'il sample Oasis. Une chose est sûre, le résultat est autrement meilleur que pour Free as a bird et Real Love, parfaitement salopés en leur temps par la production de Jeff Lynne. D'ailleurs Now & Then est aussi sec inclus dans le nouveau calibrage de la compilation double bleu 1967-1970 qui devient triple bleu et se clôture désormais en 2023. Un beau bébé que voila, d'autant plus qu'il ne voyage pas sans son grand frère le triple rouge (Patron, une autre!). 

McCartney s'est chargé de remixer une nouvelle fois le tracklist des deux compilations, manière de justifier un prix qui fait mal aux côtes. J'ai pas encore écouté l'intégrale, j'espère quand même qu'il n'a pas mis la basse à fond comme il l'a fait sur le remix de Love me do qui figure en face B du single. L'intention est claire, la revendication sans subtilité : Les Beatles, c'était c'est moi (et bientôt les Rolling Stones aussi, vu qu'il fait l'actualité sur tous les fronts). Là aussi, j'ai choisi de m'en foutre, je ne suis pas allé vérifier si Now & Then est co-signé Lennon/McCartney ou l'inverse. Je suis bien. La chanson est merveilleuse. 

Hugo Spanky

mardi 16 février 2016

ViNYL


Ils l'ont fait. Mick Jagger, Martin Scorsese, Bobby Cannavale, Terence Winter (scénariste des Soprano) et quelques autres jobastres l'ont fait. Vinyl, je ne vais pas vous le cacher, je l'ai un peu redouté. Déjà, je suis loin d'être un inconditionnel de Scorsese. Ensuite, les films sur le Rock, les biopics, je les trouve invariablement nazes. C'est le Rock pour les nuls. Quiconque a trainé ses tiags sur le bitume à 6 heures du matin du côté des abattoirs, après une nuit à se déchirer la tête, le sait. Les biopics, c'est pour les enfants sages. 


Mais ils l'ont fait. Je viens de regarder Vinyl, non, non, non, je viens de me ramasser Vinyl en travers de la tronche, et je suis scotché. En à peine moins de deux heures de pilote, Vinyl vient de me refiler une dose de secousses sismiques comme je n'en avais plus reçu depuis...j'en sais rien. M'en souviens plus. Depuis Les Soprano sur HBO. Voila, c'est ça. Ce sont les radios qui ont inventé le Rock affirme un D.J sévèrement gavé de coke. C'est vrai, il a raison. Et en 2016, c'est une chaine de télé qui maintient la créature en vie. C'est sur HBO que le Rock'n'Roll renait de ses cendres. Martin Scorsese filme sa résurrection au milieu des décombres d'un monde en ruine.


Vinyl commence par un coup de pute, je ne sais pas lequel des brigands qui président à la destinée de la série, à eu cette idée, mais elle donne le ton d'emblée. Ils ont enterré les dialogues dans le mixage, on est obligé de monter le son de ce foutu téléviseur. Et vous savez quoi ? Ils ont mis la musique à fond les gamelles. Bordel, quand les New York Dolls attaquent Personality crisis, ça vous arrache la tête !


Pour le reste, on connait le niveau quand Scorsese est au meilleur de sa forme. Et c'est le cas. Si Vinyl était sorti en salle, ça aurait été son meilleur film depuis des lustres. Les biopics, c'est pour les enfants sages disais-je, oui, sauf quand c'est Mick Jagger qui produit. Vous avez vu le boulot qu'il a fait pour Get On Up, son film sur James Brown ? Vous avez une idée de ce qui vous attend. Vinyl, nous conte les instants de folie furieuse du monde déjanté du Rock business, en prenant pour prétexte de suivre Richie Finestra, patron au bout du rouleau d'un label new-yorkais sur point d'être racheté par Polygram après avoir été conduit au bord du gouffre par une équipe de bras cassés.


Vinyl, c'est 1973, année de transition, de bouleversements dans le mode opératoire. Le moment où Mick Jagger commence à mettre son nez ailleurs que dans la poudre. Où lui et une poignée d'anglais, qui n'ont pas grandi entre le parmesan et la coppa, s’intéressent de près aux pourcentages, remettent en cause le système à l'ancienne. Les trusts se forment, le cynisme est la norme, les loups montrent les crocs. En parallèle à tout ça, les flashbacks nous baladent dans l'espace temps pour croiser d'autres loups, ceux de l'origine du truc. Les ritals de la mafia en combine avec les juifs du show business. Et là, ça rigole carrément pas du tout, on est chez Scorsese et on est sur HBO. Capice ? Le réalisateur des Affranchis bosse pour la chaine des Soprano. Fallait pas s'attendre à ce qu'ils tressent du macramé, ces fous furieux cassent littéralement la baraque.


Une fois la poussière retombée, le générique achevé, le quotidien a repris sa place. Triste réalité sur mon écran télé, je me suis retrouvé nez à nez avec un dangereux rebelle des années 90. Un rapeur à gros biscotos qui menaçait de bombarder le pays. Parait même qu'il y a eu des couillons pour s'en inspirer. Le gars fait dorénavant la nounou pour des folkeux en herbe, sur la petite chaine qui descendra pas plus bas.
Mais vous savez quoi ? Je m'en bats les couilles, je suis armé pour supporter ça. Je viens de faire le plein de vibrations lourdes. Je viens de voir Vinyl.


Hugo Spanky

jeudi 24 septembre 2015

KeiTH RiCHaRDs, cRosSeYED HeaRT



La première chose qui m'a saisi, c'est le son. Une beauté. Un bail que j'avais pas entendu un vinyl aussi aéré - depuis le Rock'n'Roll Time de Jerry Lee Lewis en fait - et c'est incroyable ce que ça peut faire comme bien. 
Remballez votre compression, vos infra basses et même votre Low-Fi pour branchés, semble être le message qui nous est adressé. Analogique style avec un mastering réalisé spécialement pour le pressage vinyl. Du travail d'orfèvrerie en déférence envers les auditeurs. Une salutaire intention à une époque où l'on nous reproche de télécharger du mp3 dégueulasse, mais où aucun effort n'est fait pour que les disques sonnent autrement que  débités à la chaine.


Crosseyed Heart amène un éclairage nouveau au travail de Keith Richards, aussi surprenant que cela puisse paraître venant d'un mec de 71 balais, mais c'est bien le cas. La voix est en avant comme jamais auparavant, c'est une bonne chose, Keith Richards se présente dorénavant en tant que véritable chanteur. Là où, longtemps, il plaça sa voix comme lorsqu'il harmonise derrière Mick Jagger, haute et braillarde, articulée autour des riffs de guitare, il ose dorénavant la poser, jouer avec les modulations. La voix de Keith Richards, on l'entend depuis 50 ans sur une bonne moitié, peut être plus, des chansons des Stones mais c'est sur cet album ci qu'elle se dévoile avec le plus d'audace. Le délicieux Robbed blind en est une parfaite illustration.


Le reste m'emmerde un brin, je suis coincé aux entournures. Je me questionne sur l'approche à avoir. Si je m'enflamme comme pas mal de titres de ce disque méritent que je le fasse, vous allez me cataloguer fan indéboulonnable et classer cette chronique au rayon des obligations morales. C'est faux, je ne suis pas un fan. Ni de lui, ni des Stones. C'est juste un groupe de musiciens dont je trouve le travail remarquable. Et le premier qui sourit se prend mon pied au cul. D'un autre côté, si je m'aventure à vous expliquer que le disque contient son lot de remplissage, Trouble, le single qui m'avait fait redouter le pire, Something for nothing, tout est dans le titre, et dans une moindre mesure Blues in the morning, sorte d'inédit des sessions Hail Hail Rock'n'Roll sur lequel Keith nous déballe son catalogue de plans à la Chuck Berry et dont la seule utilité est de nous faire entendre une dernière fois le regretté Bobby Keyes, vous allez en profiter pour vous dire que le disque ne vaut même pas la peine d'être écouté. Je le sais, vous n'attendez qu'un prétexte pour faire les durs à cuire en dénigrant le vieux.



Crosseyed Heart est un vrai plaisir. Parce que plus grand monde ne sait, ou ne se donne la peine, de produire une musique aussi limpide, dépouillée d'artifices. Des chansons et basta, bien écrites, interprétées de façon délicate, avec amour, respect et quelques bonnes idées pour ne pas sombrer dans la routine. Les trois derniers morceaux sont les premiers sur lesquels j'ai accroché, Goodnight Irene, tout en saveurs acoustiques et élégance distinguée, Substantial damage, un funk sale comme pas permis avec un Keith Richards qui se prend au jeu et pose sa voix comme Mick Jagger sur Hot stuff. En harangueur de bordel. Lover's plea clôture l'affaire  sur un lit de cuivres et un fond d'orgue Hammond, ça pourrait être produit par Willie Mitchell, Keith Richards pourrait être Al Green et moi Otis Redding, on ferait un duo du tonnerre là dessus. 
Et depuis quand une chanson ne pourrait-elle pas faire rêver un peu ? 
Ces trois titres là forment une sorte d'extension de l'album, ils semblent incarner une alternative potentielle vers laquelle le guitariste aurait pu s'engager, le prolongement de son travail sur The nearness of you. Keith Richards crooner des Caraïbes dans le Cuba de Lucky Luciano, peut être une incarnation en devenir.


La face 2, une fois débarrassée de Trouble, est peut être la plus réussie finalement. La version de Love overdue de Gregory Isaacs est impeccable, avec pile ce qu'il faut de dub et de savoir faire dans le placement des cuivres. Il m'en fallait pas plus pour ressortir More Gregory. Nothing on me arrive sans tarder avec ses faux airs de Beast of burden sur une mélodie qui emprunte aussi à Demon. Aucun soucis pour moi, je m'affole comme une pucelle sur ces morceaux en équilibre entre sensualité prude et audace. La face s'achève par Suspicious, une chouette ballade au ton grave et aux guitares amoureusement entrelacées. L'arrangement est encore une fois saisissant, c'est ce genre de chansons qui font qu'un disque vieillit bien, qu'on le fréquente comme un coup de nostalgie qui ne vire pas au coup de blues.


Faut quand même que je vous touche deux mots de Illusion, la chanson qui fait frissonner la hype, le duo avec Norah Jones, la Vanessa Paradis intersidérale, la madone des Audi. Placée en conclusion de la face la plus dispensable, elle m'a de prime abord donné l'impression de faire doublette avec Suspicious. Ça m'arrangeait bien que les morceaux dont j'ai rien à foutre soient tous bien regroupés. La coda, pliée en deux temps, trois mouvements, semblait me le confirmer, Keith avait torché ça pour avoir les critiques dans sa poche et que la maison de disque puisse placarder un sticker ronflant sur la pochette.
Sauf que je me suis fait baiser, comme on devrait tous se faire baiser si Illusion passe en radio. C'est du venin à assimilation lente.


Ah, les rocks tiennent bien la route, eux aussi. Pas très nombreux, ce qui évite les redites fatales à la seconde face de Main Offender. L'enchainement de Heartstopper, avec son gimmick de piano malin comme un singe, et Amnesia est impeccable, mais globalement le disque charme plus par son aspect rustique et son authenticité qu'il ne cherche à secouer par une quelconque urbanité qui ne pourrait que sonner affectée. Crosseyed Heart n'est pas un leurre, il chope Keith Richards à ce moment de sa vie, en promenade dans sa forêt du Connecticut, au milieu des bois humides et des odeurs du temps qui se fige. Une respiration suspendue dans un monde qui va trop vite. Je signe.

Hugo Spanky