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lundi 22 avril 2013

IaM, aRTs De MaRs


Malgré un Freeman tombé dans la bouteille, IAM relève le gant et radine sa fraise pour un 6ème round sur lequel j'aurais pas misé un kopeck. L'abandon pour complications juridiques et financières du projet de collaboration avec Ennio Morricone aurait pu sonner le glas d'IAM mais les Marseillais sont tenaces, on n'est pas une race qui lâche l'affaire au premier souffle de mistral. Le groupe a classé ce dossier pourtant bien avancé, s'est remit en ordre de marche, a signé chez Def Jam et claqué les instrus comme on descend un demi à l'abri de la tonnelle. 


Et l'album est là, Arts martiens que ça s'appelle, perso j'aurai viré le t et collé un s mais ils m'ont pas demandé mon avis. Ils ont eu tort parce qu'en plus, pour pas un rond, je leur aurais conseillé de jeter ce Spartiate spirit qui sert de premier single au LP. Vaut pas une clopinette ce morceau, j'ai carrément failli ne même pas écouter le triple album tellement il m'a gonflé avec son refrain chanté façon R&B de bas étages. Tiens, tant qu'à y être je vous l'annonce, faut aussi zapper direct L'amour qu'on me donne, pareil, un son funky mais ça se casse la gueule au refrain, on se croirait chez Def Bond.




Pour le reste, c'est une vraie bonne surprise, IAM a retrouvé la formule sur laquelle il battirent l'âge d'or du Rap français, toute la période qui suivit L'école du micro d'argent. Atteint d'une créativité débordante, les membres du groupe avaient alors enchainé les albums solos, les collaborations sans plus jamais toucher terre, du moins jusqu'au spectaculaire gadin que j'ai bien cru fatal. Trop, ce fut trop et les xièmes albums d'AKH, les volume 2, 3, 25 de Khéops avaient eu raison de la belle histoire et la Saison 5 fut celle qui noya le pastaga.



Clairement, les accus sont rechargés, les instrumentaux renouvellent la délicieuse mélancolie qui habillait les plus beaux morceaux de L'école du micro d'argent, Sad Hill, Métèque et mat, Palais de justice, Chroniques de Mars et les B.O de Taxi et Comme un aimant. Celle qu'on devinait signé Akhénaton sur le premier album de la Fonky Family, encore un beau gâchis ceux là, à vouloir trop vite voler de leur propres ailes, tel Icare, ils se sont cramé fissa. 

 
Arts martiens, donc, fini de s'éparpiller, les égos sont rangés au placard, Imhotep a reprit les commandes, Khéops ses platines, les MC's leurs crayons et voila déjà de nouveaux classiques à choyer, Sombre manœuvres, Notre dame veille, Dernier coup d'éclat, tout trois enquillés en fin de parcours en un cinglant final qu'on n'espère plus définitif, Mon encre si amère (on peut pas récolter d'or en semant de la merde, du Shurik 'N pur texte) Marvel (qui fait rimer Sly & Robbie avec David Bowie avant de gifler Velvet et Lou Reed!) surement le prochain single, gavé qu'il est de référence à L'empire du côté obscur, La part du démon, le très New-yorkais Les raisons de la colère avec une dirty batterie sacrément bien sentie, Tous les saints de la terre et ses cuivres à la Independenza, Habitude ainsi que le très impérial asiatique man Benkei & Minamoto qu'on devine facilement sous influence Shurik 'N.

Pour ne rien gâcher, les textes, bourrés de clins d’œil à l’œuvre passée, sont un brin moins dépressifs qu'à l'accoutumée (j'ai bien dit un brin moins,) et sacrément soignés. 
Avec autant d'atouts, Arts martiens pourrait bien devenir l'album préféré de beaucoup d'amateurs du groupe sans que quiconque y trouve à redire. Aussi surprenant que ça puisse être. 

IAM, Marseille 2013, la culture capitale est là.




Hugo Spanky

samedi 3 novembre 2012

CoMMe uN aiMaNT


Mettez ça sur le compte de l'automne, sur celui du temps qui passe, mais tandis que les feuilles mortes offrent un tendre baiser au bitume, des sons reviennent irrémédiablement hanter mon cerveau, des sons comme des caresses de larmes, les sons de Cherche pas à comprendre de la Fonky Family, de Jamais trahi du Puzzle, Je lève mon verre de Shurik'N, Belsunce breakdown de Bouga, Fait comme un rat dans l'coin de Fabe. Les sons d'un an 2000 qui ne ressembla jamais à celui des promesses de l'enfance.

Et les images viennent en suivant, celles d'un petit matin toulousain à partager les yeux humides avec 7red, après une nuit blanche, alcoolisée, enfumée et nourrissante en émotions à chérir. Une nuit à écouter les productions marseillaises, une nuit sans bavardage inutile. Pas besoin. Une nuit de trentenaires écorchés, usés, submergés par un énième fait divers en forme de môme mort dans une voiture volée, flingué par un stagiaire de la bac. Ô pas de discours anti-flic, juste marre de voir ça, une fois encore. Larmes de fatigue. Un môme en uniforme de flic tue un môme en uniforme de B.boy, deux vies mises sur le carreau d'un doigt trop nerveux sur une gâchette qui n'aurait jamais dû se trouver là.
Contexte.

Les images de Comme un aimant suivent dans l'esprit. Foutu film que voilà. Un blues de l'an 2000 pour causer à notre génération, à ceux qui à ce moment là tenaient encore debout sans avoir besoin de se charger pour ça. Ceux qui ont garder la tête haute tenue. Et pour les autres aussi. Ceux qui manquent, sans espoir de les revoir un jour, ceux calés au chaud dans neuf mètres carré, ceux que la famille à laissé en chien, ceux qu'en n'ont jamais eu.


Soyons honnête le film d'Akhénaton et Kamel Saleh n'est pas un chef d’œuvre, ni même un succès, les salles le vireront de l'affiche la veille de la fête du cinéma...sûrement inquiet à l'idée que des minots viennent s'instruire. Comme un aimant n'est pas franchement original non plus, la preuve il finit mal. Arrivé là je pourrais faire une phrase tonitruante en affirmant qu'il est bien plus que ça mais je suis trop blasé pour ça.


Comme un aimant se trouve un peu partout pour une pincée d'euro et ce serait con de votre part de vous en priver plus longtemps. Parce que Titoff y crève l'écran, ouais le rigolo de la petite lucarne, en paumé animé par le fric et la flambe. Surtout la flambe parce que niveau fric à tout dire c'est pas ça. Forcément les dettes, l'impasse, le déshonneur au final. Parce que Freeman est beau dans la nuit marseillaise, parce qu'Akhenaton joue comme une patate mais qu'on s'en fout, parce que Kamel Saleh, alors que s’élèvent les voix d'A filetta, déverse l'essence sur cette colline devenue ville de tous les sentiments qu'un homme ne peut supporter sans broncher, sans être atteint, marqué au fer. Parce que rarement gâchis n'aura été aussi cinématographique. Une mère qui meurt, les chevaux de bois de La canebière qui tournent inlassablement en rond. Comme les protagonistes du film. Comme la musique faite de boucles, indissociable des images. Jamais une B.O n'aura autant collé au spleen dégagé par l'histoire, du moins pas depuis Il était une fois dans l'ouest

Akhénaton et Bruno Coulais, atteint par la grâce, ont réuni quelques unes des plus belles voix de la Soul, des musiques somptueuses, des rappeurs et tous ont envoyé l'émotion à l'unisson. Millie Jackson, Shurik'N, Coloquinte, Marlena Shaw, Isaac Hayes et ce Cunnie Williams dont j'aimerai avoir des nouvelles tellement son Life goes on coule dans mon sang, chacun d'eux nous fait partager un frisson si unique que le disque reste comme l'un des plus beaux jamais issus de l'hexagone. Pas moins.

Comme un aimant ne raconte rien, il montre, pudiquement.
A vous de voir.

Hugo Spanky

jeudi 2 février 2012

LA découverTe ou l’ignorancE



Un ti papier en écho à çui d’cousin Hugh, Hip Hop Style, que c’est-il donc t’il passé ? Pa’c’que la même chose me travaille, les mêmes questions me pose, les mêmes peurs me font chier !!

Pas mal de points communs du Hip Hop à notre si cher Punk Rock, une explosion venue de la rue, des jeunes, une explosion de plein d’bonnes choses, ouverte, généreuse mais l’une comme l’aut’ qui finisse par un ti bam de pétard mouillé, pire, une déflagration de résidus bêtes et méchants.

Pour moua, c’est très perso mais c’est comme ça, le Combat Rock s’est arrêté en 83, vers le mois d’septembre yu know !
J’dis pas qu’après c’est l’néant mais sincèrement, un groupe Rock, Hum … 

Mais même pas triste, oh non surtout pas, limite libéré, tranquille, le Punk s’était aussi un peu ça, ouv’ les yeux et vis ta vie, zip it up sitôt dit, vlan, j’en ai de suite profité pour approfondir mon amour des Jamaïcanneries des années 60, plus un peu celles du moment mais faut êt’ honnête, c’était encore un peu trop frais pour moua ! Plusieurs longueurs de bassin dans mon Rythm & Blues Chéri mais y me manquait quand même un truc, l’agressivité, chose assez primordiale dans mon univers et pour ça, pas question de se pencher sur du Punk pas mort, du coup quoi ki nia ?

Le Hip Hop, bien sûr découvert grâce, et oui encore, au Clash, est devenu mon grand plaisir, ma source d’excitation musicale au milieu des années 80, là où la chose « Rock » et « Punk Rock » me les brisait menu, mais faut pas s’la péter, j’suis pas une gâchette du truc, juste un type qui y a toujours fait gaffe, écouter, s’intéresser. Tout ce fourmillage de plein d’trucs, rythmes, scratchs, fringues, dances, une réelle excitation !


Pour moi, qui suis tout sauf un type Funky, qui n’apprécie pas grand chose de la Black Music passé 1970, qui ait plus subit que vraiment écouté les Kool & the Ganguerie et aut’ Earth Wind & Fire, bien que je les connaisse toutes par cœur, ce rythme fait de boucle piquée ici et là, ce rythme où s’que tu peux taper dans les mains, cette façon de se poser, direct, qui parle à l’auditeur au lieu de s’écouter, comme un prêche, mieux même, qui n’a pas été touché ?

Bien sûr que j’ai conservé une oreille sur les crétus de la perfide albion, mais faut êt’ honnête, je me suis jamais vraiment senti concerné. Tout ce défilé de cuir, de clous, de morceaux qui te feraient passer White Riot pour un Slow et puis cette attitude, ce truc de con qui voudrait qu’on reste éternellement en place, on remplace un groupe qui joue ça par un aut’ qui fait pareil, une bière tiède par une aut’, surtout pas risquer de s’élever, oh non ça surtout pas !


Y’avait ce type à Bezons, Christian Antivakis, l’éternel premier d’la classe, pas sa faute il était bon en tout, bonne famille, ti pavillon, bonne éducation, joly lunette et débardeur à jacquard, jamais il a dû avoir moins de 19,5 à un devoir, toujours présent aux cours, un vrai zombie quoi !


En ce début des années 80, peut’êt 81, Monsieur était parti, avec papa maman, passer les vacances d’été aux States, m’en dirais tant ! J’vous laisse imaginer c’que ce genre de connerie pouvais nous inspirer, au pied de not’ immeuble, tout l’été, encore sous l’coup de c’que les socialo avait fait du programme commun et des 27 % de voix du Parti Communiste qui les avaient amené au pouvoir. Les mêmes qui nous avaient incité à coller les affiches pour la campagne d’élection nous filaient alors, sur ce coup, du cash ou des salles dans les quartiers pour arracher la tronche du pharaon et vite retapisser la banlieue de faucilles et de marteaux ! 

A la rentrée de septembre, mon moment préféré, une de mes rares apparitions aux collèges aussi, quelle ne fut pas ma surprise de retrouver mon Christian, relooké d’un Sweat-shirt rouge à capuche immatriculé New York, du plus bel effet, rehaussé d’un ti blouson noir et portant une, et rien qu’une seule, mitaine d’un vert fluo à t’arracher un œil.

Ce type, à qui je prédisais un avenir des plus glorieux, au moins préfet du département ou ambassadeur avec chocolat assorti, venait de nous coller à la page, ponctuant ces phrases de « Fresh », intervenant à nos soirées, pas vraiment mondaines, avec ses platines et table de mixage, la première fois de ma vie que j’en ai vu, moi qui croyais que la musique ne pouvait se jouer que sur l’électrophone Emperor de mémé, et, la gifle, une besace d’au moins 30 maxis de Rap, un truc de fou !


C’est plutôt honteux qu’il a fallu admet’ que ce gars n’avait pas qu’en orthographe ou mathématique plein de choses à nous apprendre !
Ce nouveau Christian, du coup très vite accepté comme un égal à nous, meute de cons, nous remerciait de not’ accueil en nous filant de superbes cassettes, BASF, parc’que le Son est meilleur qu’Agfa Orange par 10 à euromarché, des dernièreries produites dans la grosse pomme.
C’est donc de cette façon, dont je ne peux tirer aucune gloire, que mes oreilles se sont faites au Beat du Hip Hop.

J’ai toujours gardé ça sous l’coude et alors que d’un coté sortaient des compils « Paink & Désordre », « Oï », « Secret life of… » et j’en passe. Des groupes qui jouaient plus vite que la vitesse de dame lumière, critiquant au passage ce que les groupes de 77 étaient devenus, des chansons à base de discours plein d’bière, déjà un peu trop beaucoup communautaire à mon goût, mixture de chants d’supporters. C’est sûr qui faut êt’ sacrément plus futé pour écrire « If the Kids are United, alors y s’ront moins seuls » que « Something about England », et c’est un peu là que j’voulais env’nir, crétin et fier !!


C’est p’t’êt’ de l’avoir déjà vécu avec ces ersatz de painks que ça fait salement chier de voir ce que le Hip Hop est deviendu, on en revient systématiquement au degrés zéro. Le Boom du Punk a offert plein d’individus portés sur la musique, le cinoch, l’écriture et tout, quand j’y repense Public Image était quand même plus intéressant que les Pistols et là on peut chacun se faire une liste au moins longue comme le bras.
S’ouvrir, essayer, j’ose à peine imaginer la paire de couilles qu’y fallait s’porter pour sortir le « Walk This Way », Run DMC qu’avait déjà une plus que solide répute, s’acoquiner avec des chevelus tout laid pour pondre un des morceaux les plus puissant mi 80. Le posse de chaque groupe a du en rester un moment la bouche ouverte.  

Aujourd’hui Public Enemy possède son propre groupe, guitare / basse / batterie et n’hésite pas un instant à t’envoyer du AC / DC, scratcher et Rapper, du Hip Hop avec quelque chose à dire, fait par des types qu’ont plus d’un disque dans leur boite à music y’en a toujours mais tellement enfouis sous des tonnes de merde, de sales cons, idiots et obtus, qui ont adoptés ce langage pour satisfaire leur connerie, un putain d’prétexte pour sortir sa haine et sa connerie.


Que sont devenu tous les trésors Hip Hop de 90, cousin Hugh, tous les Week-End, me jouait ses nouveaux maxis, le 13 dans la place, tous ces groupes Hautement inspirés, grand bien pour eux, de leurs ainés d’I.A.M., avec du Son, des lyrics qui tiennent debout, qui n’a pas été scotché du « Aux Absents » de la Fonky Family, monté sur un sample de Monsieur Papa Aznavour, des albums massifs de Khéops « Sad Hill » ou des compils « Chronique de Mars », et bien sûr « l’Ecole du Micro d’Argent », mais pas que...

Tous les mois, des nouveautés comme s’il en pleuvait, de qualités tant au niveau du Son, avec tout plein de référence dedans, et c’est pas rien, et des paroles qui veulent dire quelque chose, qu’ont du sens, et, à l’image d’autre, des textes qui tentent d’élever le niveau, d’éviter aux mômes de se tromper d’cible, ou juste de rester poser sur leur cul, Comme un Aimant, à se lamenter de leur vie pas encore commencée ! Encore une fois le parallèle avec le Punk et le Clash est là sous nos yeux, au fond des oreilles devrais je dire !!

Et là encore une fois, le parallèle s’emmêle pas très glorieusement les pinceaux sur le point d’fuite, parce que ce qu’il en est resté est à peu près la même merde que ce qui a pu vouloir ressembler au Punk après coup !
Des lourdingues, teubês !

Musicalement c’est un peu le néant, y’a p’us rien, une boucle, sans grande inspiration, plus le moindre scratch, peut-êt’ le prix des saphirs ? Une méconnaissance de la music je dirais, tout court !


Coté lyrics, j’ai même peur que ça soit pire, des chialeuses qui se plaignent, ma téci est crasseuse, « t’avais qu’à pas pisser dans ta cage d’escalier, j’y ai grandi et c’était propre !! », mon département est plus ruff que le tiens, mon calibre est plus gros… Ceux qui vantaient la taille de leur bite ou de leur bagnole passeraient presque pour des poêts, si !!
Et le pire, à mes yeux dans tout ça c’est ce racisme de merde, ce communautarisme de con et ce groupusculisme de « tantouzes » qui me sort le plus par les yeux.
Y’a plus que ça, et pas que dans le Hip Hop, ma musique jamaïcaine chérie fait depuis longtemps son beurre sur les « brûlez les pédés, les ti blancs, ceux qui portent pas d’turban, ceux qui pensent pas comme nous… » !

Si y z’existent, bénis sois les dieux qu’il n’y a plus de groupes Rock depuis 1983, vers le mois d’septembre, yu know !!


En cette triste année d’élection où la démocratie s’inquiète que narine n’est pas ses 500 signatures, je lui en donnerai volontiers 2000, pour peu qu’elle n’dépasse jamais 2 % !!

mercredi 13 janvier 2010

BLAcK RioT

Avec Chamber Music, le Wu Tang Clan vient de sortir non seulement son meilleur album depuis des lustres mais tout bonnement le disque que le Hip Hop n'attendait plus. Autour de RZA, une formation resserrée du Clan, sans GZA, redonne de l'espoir à la Black Music. Carrément. Un disque digne, pêchu, enregistré avec un groupe, gavé de feeling. Un disque important, genre de truc de dingue auquel on ne croyait plus. Il n'en fallait pas plus pour replonger dans les archives du Hip Hop et d'en tirer quelques parallèles avec le Punk.
                                           
             
Y a vraiment des jours où j'en ai marre. Ras le bol d'entendre pleurer, se lamenter, geindre. Plein les os de me farcir les larmoyants de la FM, les Oxmo Puccino, Grand corps mes couilles, Kery James et autres incurables dépressifs. Je ne supporte plus leurs jérémiades. Pire qu'un film de Guédiguian.

Pourtant, dieu sait que j'aime le Hip Hop et que ça date pas d'hier, de Public Enemy, dès Fear Of A Black Planet, à IAM, en passant par Kid Frost, Tone Loc, le premier album de la FF, celui de GZA, ce Words From The Genius avec ses basses qui cognent au plexus et ses scratchs placés en uppercut, le Détournement de son de Fabe, Les X Men de Jeunes, Coupables et Libres ou les singles du Puzzle, tous sont encore là, bien au chaud parmi le reste. Que la Fonky torche Aux absents sur un sample d'A ma fille d'Aznavour, genre de truc à faire craquer les durs, qu'IAM pulvérise tout avec Demain c'est Loin, j'adhère. Les textes sont bien branlés, le boulot est fignolé, je prends. Métèque et Mat de Chill Akhénaton, Où je vis de Shurik'N, Sad Hill de DJ Khéops, Blue Print d'Imhotep, je prends tout. Mais que ce qui a été fait ne soit pas refait éternellement.
Le système par ci, la France pourrie par là, putain de discours qui me niflent méchant, qui me font monter la transpiration, qui me troublent le pastaga. Allez tous crever ! La France est un pays en or (dirigé par des casses-couilles, certes) et le système, on en change dès qu'on trouve mieux mais, désolé, même en louchant chez les voisins, ça ne me saute pas aux yeux. Les chanteurs en mal de crédibilité peuvent continuer ad vitam éternam à balancer des boulets rouges sur la droite, rien n'y fera, tout simplement, et ils le sauraient s'ils étaient moins cons, parce que la gauche ne vaut pas mieux. L'image d'une candidate à la présidentielle cherchant à bouger son corps semi-paralytique au rythme d'un texte débilisant, débité par une Balasko portugaise, sans même se rendre compte que le public d'une pareille tache est à une dizaine d'année du droit aux urnes, a achevé de me convaincre. Vous savez quoi ? Tant que la politique en sera là, je serais fier de rester au bistrot les jours de vote.


La vérité c'est qu'on se fade coup sur coup deux générations de mongoliens tendances j'ai peur donc je bronche pas, du qui gonfle le torse devant sa glace et ses potes mais qui se révèle tellement dégourdi que c'est pas demain qu'il va savoir cuisiner un œuf à la coque.                                 
Entre les bérus qui voulaient que je sois pote avec tous les enculés du monde (ce qui est absolument hors de question) et les ntm qui se sont cru en position de donner des leçons alors qu'ils avaient juste gagné un nez de clown à la loterie, la relève était mal barrée d'emblée. De toute façon, c'est ça ou les Souchonisés, cette bande de niaiseux qui monopolise les modulations de fréquence. Les tristes cons de l'incompétence musicale, toute une palanquée de maxime leforestier new age, alors qu'on est toujours pas débarrassé du modèle original. Argh.


Le Hip Hop a été un échappatoire à tout ça. Pendant un temps, il m'a semblé que le vieux rêve de Joe Strummer allait se réaliser, que la musique allait s'émanciper de son carcan réducteur, du son des FM, du format calibré, des compromis bidons. Le Rock'n'Roll allait redevenir une affaire sérieuse, jamais depuis les origines un mouvement n'avait été aussi complet, danse, scratch, graffiti, langage, dégaines, tout était neuf et incontrôlable. 

Partout la basse était à l'honneur, après une décennie de solos de guitares, je jubilais. 


Les américains posaient les fondations et les Marseillais bâtissaient un édifice. Chaque semaine nourrissait les bacs des disquaires de nouvelles rondelles, les boucles construites avec des sons piqués sur les vinyls vintages, comme autant de voyages à travers le temps, faisaient le lien avec notre histoire. Les cris de James Brown, les riffs de Van Halen, une intro de Lou Reed, un vieil air napolitain, tout était réduit à l'essentiel, pour n'en garder que l'efficacité. Durant la fin des 80's et la totalité des 90's, je n'ai quasiment, en matière de nouveautés, écouté que ça. Les Nirvana, les Pearl Jam et tutti quanti ne devaient pas compter sur moi pour rentrer la maille, je ne jurais que par le Wu Tang, les Fat Boys, A Tribe Called Quest, Beatnuts, Beastie Boys, EPMD, NWA ou Third Bass et, plus encore, Public Enemy !
Ainsi vont les choses, en dehors des chemins balisés.


Difficile d'imaginer que le Hip Hop US fut autre chose que le précurseur de ce R&B répétitif, fade et insipide qui pollue depuis trop longtemps les charts du globe. Cette formule voix féminine sur le refrain et samples putassiers va faire atteindre au style des sommets en termes de ventes en même temps que des abysses en terme de créativité. Impossible, dès lors, sans replacer le tout dans son contexte, d'y voir le prolongement du Punk, la plus significative mise en pratique du Do It Yourself. 


Ce fut pourtant bien le cas. Ainsi que le plus triste des gâchis. Toute une culture hélas trop pointue pour un public confondant élévation et dégradation, graffitis et vandalisme, transformant au passage la moindre façade en véritable mur de chiotte. En cela aussi on peut rapprocher le Hip Hop du Punk et de ses affreux à clébards. Dignité quelqu'un ? N'est pas Lee Quinones qui veut.  

Un peu d'histoire.Tandis que les trépanés de tout bords en étaient encore à se demander si le morceau ne soutiendrait pas quelques messages à caractère raciste (bouh le vilain Joe), White Riot, emblématique claque dans la gueule du premier Clash, réveille au fin fond du Bronx la fibre polémique d'un jeune du ghetto. Paradoxe parmi les paradoxes, ce titre qui s'inspirait de la révolte Black en la transcrivant aux blancs-becs des late 70's que le gars Strummer espérait voir se soulever (autant dire qu'il est mort déçu), va à son tour inspirer la révolte du groupe le plus jusqu'au-boutiste que le monde de la musique ait jamais connu: PUBLIC ENEMY ! 



Las de voir la Soul et le Funk se noyer sous les cordes, le savon et la dope, le môme Chuck D va tenter, et réussir, l'impensable: mixer Le CLASH et RUN DMC ! En enjolivant le tout façon barbelés avec un discours à faire passer les Black Panthers pour des adeptes du Modem.

J'ai déjà causé dans les grandes largeurs de l'œuvre de P.E. C'est simple, pour moi, Public Enemy est le seul groupe encore en activité à faire bondir mes neurones dès l'annonce d'un mouvement de leur part. Que ce soit sur scène ou sur wax, ils sont les derniers des durs. Avec eux pas de limitation sonore, les excès sont la norme. Plus encore depuis qu'un pur groupe s'est ajouté au DJ.
Barouf général et prose en état de guerre, that's P.E !



Le pourquoi d'une telle remonté d'adrénaline dans mon organisme, qui n'en demande pas tant, est consécutive à la réécoute d'un album laissé au placard depuis un bail. Alors, je me demande, je me pose des questions sur moi-même, sur la véracité de ma passion, sur ma connerie à toute épreuve. Passer autant d'heure à subir de l'ordinaire, du frelaté, alors que sommeillait, peinard, ce Nigga Please de folie, franchement, quelle déraison que de me priver de l'écoute du second album solo du fada du Wu Tang Clan: Ol' Dirty Bastard.




Armé d'un son massif (c'est rien de le dire), le disque dégage une ambiance de jobastrerie totale, une hallucination de chaque instant. ODB, animé d'un feu furieux, une poignée de mois avant de s'overdoser au crack, enregistre ce machin indescriptible sans se soucier de quelque considération commerciale que ce soit. Pas besoin, il est entouré des meilleurs: RZA, of course, l'homme du Wu Tang, le magicien de la B.O du Ghost Dog de Jarmush, mais aussi les Neptunes, avant que ceux-çi ne deviennent une machine à tubes.
Le furieux en chef n'a, dès lors, plus qu'à poser son flow torturé sur des samples effrayants d'efficacité et d'originalité. Pensez donc, ce disque va jusqu'à proposer un slow blues que
Sinatra n'aurait pas renié ! 


Nigga Please est ce genre de LP à avoir fait du Hip Hop une musique novatrice. Entre reprise bave aux lèvres du Cold blooded de Rick James le pervers et agressivité qui en remontre à tout les simili-Rockers, le disque est un reflet sans fard de l'insanité mentale de son auteur. Un sommet. Ça triture les intestins, ça invective, ça lâche pas l'affaire, pire qu'un pitbull avec vos couilles entre les crocs.

Tentez You don't want to fuck with me (à entendre ODB brailler le refrain, on la comprend), brûlez vous la couenne au groove infernal de All in together now, subissez l'outrance blasphématoire de (Jesus, I'm) Rollin wit' you (sur une musique entre film d'horreur et procession vaudou). 


Dès le second morceau, ce I can't wait indéfinissable, vous regretterez d'avoir laisser l'aiguille se lover entre les sillons noirs de la bête. Si, bien-sur, vous tenez jusque là vu que, d'entrée, le Recognize placé en ouverture fait passer Killing Joke pour de braves popeux un brin dérangés. Quant à une juste description du morceau titre (Nigga please, donc, pour ceux qui décrochent), elle donnerait un truc du genre: cuivres obsessionnels, enchevêtrement de voix, guitare obsédante, araignée collée au plafond.
Ol' Dirty Bastard restera un personnage pour le moins à part. Dans le monde devenu si formaté du Hip Hop, il n'aurait carrément plus sa place de nos jours. Mais que ce fut bon.


Je reviendrai sur tout ça, sur le premier album du Wu Tang Clan, ce 36 Chambers qui est au genre ce que Raw Power fut au Rock, un bloc de low-fi conçu pour faire souffrir l'auditeur, pour le stimuler, faire réagir ses fibres nerveuses. Pas un truc pour flatter les convaincus, assurément. Et aussi ce Chamber Music tout frais, il vous le faut celui là, grosse claque inespérée. RZA, Ghostface Killah et Inspectah Deck nous ont bichonné un fantastique album, en dehors du son conventionnel, un disque qui pourrait remettre la   machine en branle. Je croise les doigts.
                          
Faudra, aussi, que je cause des chicanos de Deliquent Habits (des gars qui collent des cuivres mariachi sur des beats démoniaques), du Original Gangster de Ice T, peut-être tout bêtement l'un des meilleurs albums de Hip Hop jamais gravé, de l'Electro, cette version anorexique du Disco qui submergea New York, bien plus que la No Wave pourtant mieux considérée par les archéologues. Y a du boulot à faire !


Seul le Clash, encore, aura su vivre cette révolution en temps réel, Radio Clash en témoigne. Objection crieront les uns et ils auront raison, Talking Heads, par eux même ou via le Tom Tom Club, Blondie avec Rapture, véritable histoire d'amour sonore avec Grandmaster Flash, ont su, à leur façon, capter cet air du temps, comme un dernier coup d'air frais avant la grande asphyxie. Aucun ne pourra toutefois s'en réclamer comme le peut l'équipe du Westway, Sandinista! Combat Rock (et plus encore sur sa version Rat Patrol From Fort Bragg), les B.Sides des derniers singles, tout le Clash tendra vers ça, ce melting pot de sub-cultures.
Pfff, j'imagine qu'arrivé là, notre gars 7red rebondira sur les productions Boogie Down de KRS One, sur Gangstarr ou ces Third Bass jamais très éloigné de sa platine.
Vaste débat en perspective et nuits sans sommeil pour le voisinage.


BASS FOR YA FACE !




 HUGO SPANKY