Lorsque la canicule devient harassante pour l'esprit, qu'elle plonge mes pensées dans un coma d'où ne subsiste plus que l'instinct de survie. Lorsque chacune de mes actions se réduit à l'essentiel, que chacun de mes choix exige d'être le bon, alors me vient immanquablement une envie de riffs acérés, de grooves venus des profondeurs des limbes. Envie de plonger dans un bain de chrome liquéfié par l'astre suprême. Envie de métal.
Et c'est là que le drame menace, que l'inconscience prend le dessus sur la réflexion. Au mépris de ma longue expérience me voila tenté par une séance de replay Arte : Deep Purple au Hellfest en 2017 ! Ça pourrait avoir de la gueule, les légendes cramoisies du heavy rock en live au nouveau rendez-vous incontournable de la branchitude hexagonale. Des types pour qui le moment le plus excitant d'un concert est celui où ils décrochent le ticket à prix d'or en cliquant comme des demeurés sur des sites saturés dès la mise en vente. Si les concerts des 70's se définissaient par la puissance des sonos, ceux du nouveau siècle font leur renommée par la rapidité à laquelle ils affichent complets.
Après quoi, on a ce qu'on mérite. Deep Purple en concert en 2017 équivaut à une visite à son papy sénile en résidence aux Sénioriales. J'ai tenu dix minutes, le pouce bloqué sur la touche avance rapide. Jon Lord, décédé il y a cinq ans, est assurément plus vivant que ces mecs là. Le pompon revient à Ian Gillan qui marmonne de façon inintelligible tout en tachant tant bien que mal de conserver un équilibre précaire. Il ne s'est pas risqué à Highway star, encore moins à Child in time. Merci pour ça.
Après quoi, on a ce qu'on mérite. Deep Purple en concert en 2017 équivaut à une visite à son papy sénile en résidence aux Sénioriales. J'ai tenu dix minutes, le pouce bloqué sur la touche avance rapide. Jon Lord, décédé il y a cinq ans, est assurément plus vivant que ces mecs là. Le pompon revient à Ian Gillan qui marmonne de façon inintelligible tout en tachant tant bien que mal de conserver un équilibre précaire. Il ne s'est pas risqué à Highway star, encore moins à Child in time. Merci pour ça.
Certaines choses ne changeront jamais, les choix éditoriaux d'Arte resteront un mystère insondable pour moi.
N'empêche que toutes ces conneries auront attisé un peu plus encore mon appétit destructeur. Direction YouTube, calibrage de la quête entre 1972 et 1985, et voyons ce que le machin a de disponible comme tripailles.
Je pioche le Speedy's coming des Scorpions en playback télé en 1974 et constate avec bonhommie que ça n'a pas pris une ride. You like Alice Cooper, you like Ringo Starr, you like David Bowie...speedy's coming you live in his heart. Doués pour habiller de mélodies purement pop leur rock baroudeur, là où les métalleux de l'époque en étaient encore à beugler le belouze, les Scorpions, sans avoir inventé le fil à couper le beurre, ont décroché la timbale en misant sur la séduction tout azimut. Si Led Zeppelin ne songeait qu'à labourer l'intimité de votre petite sœur, les Scorpions se sont chargés de faire du gringue à toutes les générations de la famille.
Pourtant c'était pas gagné d'avance comme le démontre un surprenant clip de 1972 exhibant un Klaus Meine barbu et lourdement chargé en hallucinogènes, sautillant primesautièrement sur la crête d'une colline au rythme d'un extrait de leur premier album : Lonesome Crow. Le seul de leur généreuse discographie à avoir été produit par feu Conny Plank, l'homme qui fit du Krautrock ce qu'il est (je ne me mouille pas) et qui aura eu le mérite dans un même élan de révéler Kraftwerk et de sortir Bowie de l'ornière du Glam-Rock. Ce qui en matière de grand écart ne doit pas mener loin de la déchirure.
Par association d'idées (hallucinogènes, Michael Schenker, pochettes sexy), je me retrouve face à UFO défouraillant Prince Kajuku à la télé allemande en 1973. Cherchez pas plus loin où Bon Scott a trouvé sa dégaine de marlou torse poil, Phil Mogg vous le démontre par l'image, tandis qu'à sa droite Pete Way intronise le slim à rayures qui fera le bonheur de Steve Harris. Un Rock bottom devant un public au comportement pour le moins psychotique dans ses réactions et un Lights out plus loin et je ne décolère plus : UFO est le groupe le plus sous-estimé de la création. Au même titre que Thin Lizzy. Putain, Thin Lizzy. Johnny the fox meets Jimmy the weed, du heavy funk sucré comme une orange de Californie, assaisonné à la sauce worcestershire. Le nectar des genres. Les riffs peuvent être plus saignants qu'une fémorale sectionnée, Phil Lynott n'en perd jamais son cool. UFO, Thin Lizzy, c'est de ceux là qu'il faut biberonner les gamins si on veut espérer, un jour, vivre une relève de la garde.
Chaud bouillant, le casque dégoulinant de cérumen, je hausse tempo, volume et démesure en sélectionnant sans trembler une tétanisante version de Kill the king par le Rainbow de Ritchie Blackmore capté sur scène à Munich en 1977 avec au micro l'illuminé Ronnie James Dio en complète osmose avec le cosmos. Quel foutu personnage que celui ci. En 1977, alors qu'il accède au rang de superstar mondiale du métal, Dio a déjà vingt ans de carrière derrière lui, depuis son premier single en 1958, le caverneux Conquest, un rockabilly à la Link Wray signé Ronnie and the Red Caps, avant la mutation Doo Wop de Ronnie and The Prophets, puis l’avènement hard blues de ELF. C'est au sein de cette besogneuse formation qu'il est repéré par Roger Glover, bassiste de Deep Purple, qui lui fait enregistrer Love is all pour l'album conceptuel The Butterfly Ball and the Grasshopper's feast. Personne n'y a échappé, la voix de la grenouille de l'interlude télé de notre enfance, c'est lui !
Et comme Ritchie Blackmore n'est pas homme à mégoter sur l'addition des talents, c'est rien de moins que l'immense et regretté Cozy Powell qui tabasse les fûts derrière ces deux là. Un homme libre ce Cozy Powell, batteur novateur, précis et surpuissant, il préféra toujours mener des missions en mode commando furtif plutôt que d'établir un plan de carrière. On le retrouve sur des albums de Jeff Beck, de Whitesnake, du MSG ou de Black Sabbath, sur les plus importants de Rainbow bien sur et il œuvra aux côtés d'Emerson et Lake en remplacement de Palmer. Cozy Powell ne connaissait pas le point mort, il mena sa vie pied au plancher et en trouva la conclusion dans une sortie de route à pleine vitesse, tandis qu'il conduisait sa voiture de sport en téléphonant à sa chérie. N'empêche que son nom sur une pochette de disque reste un critère de sélection plus fiable que les litanies des spécialistes.
Rainbow et ses flirts avec le classique, UFO et son boogie tout de dentelles, résilles et sequin, c'est bien joli, polychromé, saupoudré d'obscures incantations, de concoctions moyenâgeuses à bases de plantes pas très catholiques, ça vous balade sur toute la gamme, du poing tendu à la larme à l’œil, ça n'en reste pas moins du Hard Rock puisé à la source bleu sombre des deltas boueux. Et c'est de toute autre chose dont j'avais dorénavant besoin.

J'avais envie d'éclater une banque, de crucifier le caissier, voir l'obscurité des villes de grandes solitudes déchirée par l'éclair vif d'une lame de rasoir. Je voulais de la beigne, du coup de boule qui brise l'arête nasale, de la SG qui scie les nerfs, de la Flying V qui taillade l'épiderme, de l'octave en ascension, des menottes et du fouet. Je voulais Judas Priest ! Le plus grand combo de heavy rock depuis l'invention du couteau électrique. Celui qui a régné sans faillir de 1976 avec Sad Wings of Destiny (Victim of changes, The Ripper, Tyrant, Genocide !!!!) à 1982 avec Screaming For Vengeance. Le groupe qui, à lui seul, justifia l'invention du walkman, parce que cela permettait enfin de l'écouter au volume qu'il mérite sans se faire pourrir la vie par : a) ses parents b) ses voisins c) sa copine d) le prof de math en train de donner son cours.
Judas Priest, compagnon idéal pour avaler les kilomètres, pour arpenter les rues, pour saccager l'anniversaire d'un pote new wave, pour ridiculiser les prétentieux, pour trancher dans le vif. Ils avaient la culture nécessaire pour porter à incandescence le Diamonds and rust de Joan Baez, le Green manalishi du Fleetwood Mac de Peter Green, et la virtuosité pour parsemer leurs albums d'une profusion de compositions devenues des classiques du Heavy Metal. Et si chaque aficionado du groupe aura sa préférence (Sin After Sin, Stained Class, British Steel...), la mienne va sans hésitation à leur disque de 1981, Point Of Entry, remarquable d'intelligence, il transcende le genre sans rien perdre de son impact. Quant à Unleashed In The East, leur légendaire album live in Japan de 1979, il peut servir de parfait résumé des premières années du groupe en proposant une version bonifiée d'un répertoire sans temps mort.
Bon, je l'admets, Judas Priest était aussi le groupe idéal pour passer pour un mec chelou sitôt que Rob Halford montrait le bout de sa casquette à clous. Pas super facile à assumer le mec Halford, même entouré d'un sosie de Jean Rochefort à la batterie et d'un autre de Klaus Kinski à la guitare, je ne peux pas dire qu'il passe inaperçu. Peu importe, il a peut être l'air de s'être échappé d'un backroom de Cruising, Rob Halford a du talent à ne plus savoir quoi en foutre. Le concert de 1985 à Dortmund ou celui à l'US Festival en 83 sont tout bonnement incroyables, rien que la façon dont il entre en scène sur Electric eye (son hymne à la paranoïa urbaine) ça vous cale un bonhomme dans la légende. Faut le voir mener la revue avec ses poses voguing, ses rictus tendances troubles obsessionnel très convulsifs et cette voix unique d'égorgeur maniaque mâtiné de Castafiore. Judas Priest était un groupe redoutable, d'une qualité musicale époustouflante, leurs interprétations live ne sont pas seulement impeccables, elles sont carrément supérieures aux versions peaufinées en studio. L'approximation n'a pas sa place chez Judas Priest, aussi ardues ou alambiquées que soient leurs compositions, le metalleux au pied de la scène n'est pas pris pour une buse.
Ce qui rend d'autant plus regrettable le manque de compétence d'Arte, au lieu de nous saloper nos nuits d'été en programmant la déchéance d'un ramassis de crétins à l'article de la mort, la chaine pourrait nous mitonner une sélection enfin basée sur la qualité (ceux qui se sont fadés le pitoyable concert des Red Hot Chili Peppers diffusé le mois dernier me comprendront). Et si besoin, j'ai la liste.
N'empêche que toutes ces conneries auront attisé un peu plus encore mon appétit destructeur. Direction YouTube, calibrage de la quête entre 1972 et 1985, et voyons ce que le machin a de disponible comme tripailles.
Je pioche le Speedy's coming des Scorpions en playback télé en 1974 et constate avec bonhommie que ça n'a pas pris une ride. You like Alice Cooper, you like Ringo Starr, you like David Bowie...speedy's coming you live in his heart. Doués pour habiller de mélodies purement pop leur rock baroudeur, là où les métalleux de l'époque en étaient encore à beugler le belouze, les Scorpions, sans avoir inventé le fil à couper le beurre, ont décroché la timbale en misant sur la séduction tout azimut. Si Led Zeppelin ne songeait qu'à labourer l'intimité de votre petite sœur, les Scorpions se sont chargés de faire du gringue à toutes les générations de la famille.
Pourtant c'était pas gagné d'avance comme le démontre un surprenant clip de 1972 exhibant un Klaus Meine barbu et lourdement chargé en hallucinogènes, sautillant primesautièrement sur la crête d'une colline au rythme d'un extrait de leur premier album : Lonesome Crow. Le seul de leur généreuse discographie à avoir été produit par feu Conny Plank, l'homme qui fit du Krautrock ce qu'il est (je ne me mouille pas) et qui aura eu le mérite dans un même élan de révéler Kraftwerk et de sortir Bowie de l'ornière du Glam-Rock. Ce qui en matière de grand écart ne doit pas mener loin de la déchirure.
Par association d'idées (hallucinogènes, Michael Schenker, pochettes sexy), je me retrouve face à UFO défouraillant Prince Kajuku à la télé allemande en 1973. Cherchez pas plus loin où Bon Scott a trouvé sa dégaine de marlou torse poil, Phil Mogg vous le démontre par l'image, tandis qu'à sa droite Pete Way intronise le slim à rayures qui fera le bonheur de Steve Harris. Un Rock bottom devant un public au comportement pour le moins psychotique dans ses réactions et un Lights out plus loin et je ne décolère plus : UFO est le groupe le plus sous-estimé de la création. Au même titre que Thin Lizzy. Putain, Thin Lizzy. Johnny the fox meets Jimmy the weed, du heavy funk sucré comme une orange de Californie, assaisonné à la sauce worcestershire. Le nectar des genres. Les riffs peuvent être plus saignants qu'une fémorale sectionnée, Phil Lynott n'en perd jamais son cool. UFO, Thin Lizzy, c'est de ceux là qu'il faut biberonner les gamins si on veut espérer, un jour, vivre une relève de la garde.
Chaud bouillant, le casque dégoulinant de cérumen, je hausse tempo, volume et démesure en sélectionnant sans trembler une tétanisante version de Kill the king par le Rainbow de Ritchie Blackmore capté sur scène à Munich en 1977 avec au micro l'illuminé Ronnie James Dio en complète osmose avec le cosmos. Quel foutu personnage que celui ci. En 1977, alors qu'il accède au rang de superstar mondiale du métal, Dio a déjà vingt ans de carrière derrière lui, depuis son premier single en 1958, le caverneux Conquest, un rockabilly à la Link Wray signé Ronnie and the Red Caps, avant la mutation Doo Wop de Ronnie and The Prophets, puis l’avènement hard blues de ELF. C'est au sein de cette besogneuse formation qu'il est repéré par Roger Glover, bassiste de Deep Purple, qui lui fait enregistrer Love is all pour l'album conceptuel The Butterfly Ball and the Grasshopper's feast. Personne n'y a échappé, la voix de la grenouille de l'interlude télé de notre enfance, c'est lui !
J'avais envie d'éclater une banque, de crucifier le caissier, voir l'obscurité des villes de grandes solitudes déchirée par l'éclair vif d'une lame de rasoir. Je voulais de la beigne, du coup de boule qui brise l'arête nasale, de la SG qui scie les nerfs, de la Flying V qui taillade l'épiderme, de l'octave en ascension, des menottes et du fouet. Je voulais Judas Priest ! Le plus grand combo de heavy rock depuis l'invention du couteau électrique. Celui qui a régné sans faillir de 1976 avec Sad Wings of Destiny (Victim of changes, The Ripper, Tyrant, Genocide !!!!) à 1982 avec Screaming For Vengeance. Le groupe qui, à lui seul, justifia l'invention du walkman, parce que cela permettait enfin de l'écouter au volume qu'il mérite sans se faire pourrir la vie par : a) ses parents b) ses voisins c) sa copine d) le prof de math en train de donner son cours.Judas Priest, compagnon idéal pour avaler les kilomètres, pour arpenter les rues, pour saccager l'anniversaire d'un pote new wave, pour ridiculiser les prétentieux, pour trancher dans le vif. Ils avaient la culture nécessaire pour porter à incandescence le Diamonds and rust de Joan Baez, le Green manalishi du Fleetwood Mac de Peter Green, et la virtuosité pour parsemer leurs albums d'une profusion de compositions devenues des classiques du Heavy Metal. Et si chaque aficionado du groupe aura sa préférence (Sin After Sin, Stained Class, British Steel...), la mienne va sans hésitation à leur disque de 1981, Point Of Entry, remarquable d'intelligence, il transcende le genre sans rien perdre de son impact. Quant à Unleashed In The East, leur légendaire album live in Japan de 1979, il peut servir de parfait résumé des premières années du groupe en proposant une version bonifiée d'un répertoire sans temps mort.
Hugo Spanky
Les liens :
Judas Priest Dortmund 1985
Judas Priest Electric eye, US Festival 1983
Judas Priest Screaming for vengeance, US Festival 1983
Rainbow Kill the king, Munich 1977
UFO Prince Kajuku
UFO at Don Kirshner's Rock bottom 1975
Thin Lizzy Johnny the fox meets Jimmy the weed
Thin Lizzy Live 1975 part.1
Thin Lizzy Live 1975 part.2
Thin Lizzy 1976
Scorpions Speedy's coming 1974
Scorpions I'm going mad 1972
Bonus les clips qui tuent :
Judas Priest Hot rockin'
Judas Priest Heading out to the highway
Les liens :
Judas Priest Dortmund 1985
Judas Priest Electric eye, US Festival 1983
Judas Priest Screaming for vengeance, US Festival 1983
Rainbow Kill the king, Munich 1977
UFO Prince Kajuku
UFO at Don Kirshner's Rock bottom 1975
Thin Lizzy Johnny the fox meets Jimmy the weed
Thin Lizzy Live 1975 part.1
Thin Lizzy Live 1975 part.2
Thin Lizzy 1976
Scorpions Speedy's coming 1974
Scorpions I'm going mad 1972
Bonus les clips qui tuent :
Judas Priest Hot rockin'
Judas Priest Heading out to the highway















