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lundi 13 juillet 2015

LoS aNGeLes DReaM



Il y a clairement un malentendu avec Fleetwood Mac qui est considéré à tort comme un groupe de rock FM mou du genou à même d'endormir un bataillon de gamins hyperactifs en un rien de temps. Et je sais de quoi je parle puisque moi aussi je pensais ça d'eux il y a pas si longtemps que cela.
Sans la persistance du tenace Hugo Spanky, un beau jour je ne me serais jamais décidé à me pencher sur le cas de ce groupe qui depuis toujours me plongeait dans l'indifférence totale.


Tout a débuté par la découverte de la carrière solo de Stevie Nicks au travers de ses albums Bella Donna, The wild heart, Trouble in Shangri-La et le récent 24 karat gold songs from the vault qui sont un manifeste on ne peut plus évident de son indéniable talent à trousser des compositions vaporeuses d'une aisance mélodique à en faire rager plus d'un. Gorgés de joyaux ouvragés de main de maître ses albums sont une invitation à un voyage hors du temps où tout semble suspendu; seule sa voix envoûtante à l'extrême nous sert de guide bienveillant dans ce monde ouaté et irréel avec lequel on se sent immédiatement en osmose. Car entrer dans l'univers de Stevie, c'est l'assurance de trouver une parfaite harmonie à même de nous apporter un bien être instantané.


Emballé par le cas de la Nicks, je me suis alors engagé dans l'écoute de son album en commun avec Lindsey Buckingham et là aussi quel ne fut pas le choc de prendre de plein fouet dans les esgourdes tout un univers foisonnant d'une richesse insoupçonnable. Ensemble ces deux là font feu de tout bois et délivrent des chansons d'une délicatesse à vous faire frémir l’échine où chaque note jouée échafaude un édifice d'airain inébranlable tandis que l'interprétation vocale atteint des sommets de sophistication qui apporte une sensibilité à fleur de peau.


Ne pouvant décidément pas m'arrêter en si bonne voie après tant d'émotions positives et avide d'autres sensations de cet acabit, je me suis attelé au cas du sieur Buckingham en solo. Autant prévenir d'emblée qu'avec cet homme pour le moins habité on est ici à l'opposé du rock FM standardisé. Tout comme Stevie, Lindsey propose de nous ouvrir à un monde sortant des sentiers battus. Aussi mélodique qu'alambiquée dans sa construction, sa musique ne dévoile sa pleine saveur qu'au terme de plusieurs écoutes et ses arabesques rythmiques si déconcertantes au premier abord deviennent une évidence une fois que nous y sommes acclimatés. Éminemment personnelle, traversée d'influence andalouse grâce à son jeu de guitare prodige d'une beauté sans pareille, ses compositions sont de véritables trésors à chérir sans ménagement qui amènent une grâce certaine dans notre quotidien par trop cartésien.


Étant désormais fin prêt à aborder la carrière de Fleetwood Mac, c'est avec impatience que je me suis lancé dans leur œuvre discographique. L'album éponyme, le multiplatiné Rumours, le méconnu Tusk, le décrié et pourtant excellent Mirage, ainsi que Tango in the night et Say you will se mirent rapidement à squatter sans relâche ma platine. En plus du talent de Stevie et Lindsey qui transpire dans tous les titres de ce groupe voilà t'y pas que viennent s'ajouter les deux musiciens d'exception que sont John McVie à la basse et Mick Fleetwood à la batterie tandis qu'une chanteuse et une compositrice virtuose nommée Christine McVie vient fournir une touche de soul à cet ensemble que ne manquait déjà pas d'attrait (je ne saurais d’ailleurs trop vous conseiller l'écoute assidue de son premier album solo au nom on peut mieux adéquat de Perfect qui regorge de chansons soul de haut vol).




A peu près tout un chacun connaît les tubes intemporels que sont Don't stop, Rihannon, Big Love et bien d'autres trop nombreux pour les nommer tous, mais beaucoup trop de monde se plaît encore à croire que Fleetwood Mac n'est qu'un groupe de parvenus que ne pensent qu'à s'en mettre plein les fouilles en produisant une musique insipide. Et pourtant il y a bien plus d'idées d'arrangements novateurs, de trouvailles guitaristiques géniales, de complexité rythmique et de finesse vocale dans la majeure partie de leur production qu'on ne saurait en trouver chez d'autres groupes qui ont les faveurs de la critique et des gens soit disant de bons goûts.




Quand à ceux qui soutiennent mordicus qu'ils sont aussi dynamiques que des trépanés, il me font bien rire, tiens ! Ne serait-ce qu'en visionnant le live titré Mirage Tour 1982 qui a eu lieu à Los Angeles, ils pourront se rendre compte à quel point sur scène ce groupe se révèle être une toute autre entité. 

Le show débute sur les chapeaux de roue avec une version furibarde – oui furibarde, vous avez bien lu ! - de The Chain durant laquelle Lindsey Buckingham montre à quel point il sait manier une guitare et en tirer des sonorités énergiques tout en ne perdant jamais le fil mélodique. C'est bien simple tout le long de ce live fabuleux, une tension habite tous les membres du groupe qui délivrent une prestation fougueuse. John McVie fait vrombir sa basse à en faire trembler les murs, Mick Fleetwood fait carrément flipper tant il ressemble à un white trash avide de viande fraîche humaine avec ses yeux ronds comme deux billes dotés d'une lueur démoniaque tandis qu'il malmène ses fûts tel un possédé, Stevie Nicks fait montre de son talent vocal en se lançant dans des interprétations tantôt exaltées tantôt plus apaisées, Christine McVie n'est pas en reste elle non plus question chant et elle assure aussi de fort convaincante manière les parties de claviers. 



Les deux meneurs du show sont à n'en pas douter Mick Fleetwood qui est déchaîné et semble toujours en demander plus niveau fureur et Lindsey Buckingham qui se donne à fond - il faut le voir tourner comme un derviche pour se rendre compte combien il est habité comme jamais par sa musique !- tant il chante avec ferveur et qu'il impulse à son jeu de guitare une nervosité qui porte ce live dans une puissance sonore phénoménale qui en étonnera plus d'un. On a rarement attendu tel boucan fournit par un groupe considéré comme amorphe ! Jamais dichotomie entre ce que présente un groupe sur disque et ce qu'il propose sur scène n'a été aussi prégnante. De rares moments d'accalmie viennent calmer le jeu, comme notamment la magnifique chanson Songbird, avec seulement sur scène Christine au chant et au clavier et Lindsey à la guitare acoustique, qui clôture ce live de la plus belle des façons qu'il soit.



Bref, vous l'aurez compris n'attendez pas, comme le pitre que je suis, d'avoir dépassé la quarantaine pour enfin vous délecter des merveilles que Fleetwood Mac a distribué avec largesse et tant que vous y êtes ne négliger pas les activités solo de chacun de ses membres et accointances (Walter Egan, un ami proche de Stevie et Lindsey, a confectionné des albums digne d'intérêt; essayer donc Not Shy, Hi-Fi et The last stroll, je gage que vous ne serez pas déçu).  

Harry Max.  

samedi 15 novembre 2014

STeVie NiCKs, SoNGs FRoM The VauLT


Stevie Nicks c’est Suspiria et Chromosome 3 à elle seule. Magie, sortilège et tisane de thym. Si Joni Mitchell est la glace, Linda Ronstadt le feu, Stevie est la terre. La seule nourricière des trois mères. Celle dont l’influence rayonne à ce jour encore avec le plus d’éclat.
Son nouvel album est un véritable festin. Les compositions sont remarquables et plus surprenant irrésistiblement rock, Stevie déploie une énergie débordante à des années lumières de son image stéréotypée de vaporeuse princesse hippie.


Depuis 2001 et la sortie de son chef d’œuvre solo, Trouble in Shangri-La, Stevie Nicks a reprit les rênes d’une carrière longtemps assombrie par des problèmes d’addiction médicamenteuse. C’est pas tant qu’elle s’est mise à aligner les disques comme on aligne les capsules un soir de beuverie, plutôt qu’elle s’est allégée l’esprit et contentée de ne faire que selon son plaisir. Que j’aurais volontiers partagé si la tournée qu’elle effectua en 2007 avec Chris Isaak avait traversé l’Atlantique et trouvé asile dans notre contrée. Ce ne fut pas le cas et je suis fatigué de m’en étonner.



Tout juste si son précédent disque sorti en 2011 fut distribué par ici, pourtant il ne manque pas de qualité ce In Your Dreams réalisé avec la complicité de Dave Stewart, décidément omniprésent dans les bons coups. Je voyais tout ça d’un peu loin, donc, comme on prend des nouvelles d’une amie que le temps a éloigné. Vous savez ce que c’est, on télécharge la chose comme on échange des mails, on se dit pendant quelques jours qu’on est vraiment con de ne pas se donner plus de mal et puis on passe à autre chose. Et de toute façon je ne m’attache qu’aux disques que je peux posséder en vinyl. Incorrigible matérialiste que je suis.




Le monde malgré sa sale gueule est bien fait et comme tout ce qui meurt revit un jour -évangile selon St Bruce- voila t-il pas que les vinyls remplissent à nouveau le rayon nouveauté et que ce 24 Karat Gold Songs from the Vault fut annoncé en beau pressage double disques. Ok, le machin a un titre à coucher dehors mais ça s’explique. En langage de béotien face à l’artiste, ça donne ça : Stevie Nicks souhaitant étoffer sa carrière solo à un moment où elle obtient une nouvelle reconnaissance, entre autre en participant à la saison 3 de American Horror Story, a décidé de ne pas attendre deux ou trois ans que sa muse lui souffle une ribambelle de nouvelles mélodies et a opté pour l’enregistrement illico presto de toute une farandole de chansons écrite entre 1969 et 1987 qu’elle avait jusque là laissé à l’état de maquettes, voire de gribouillage sur du papier.
Pas folle la guêpe. D’autant qu’elle va avoir du pain sur la planche dans les mois qui viennent avec la reformation de Fleetwood Mac et la tournée mondiale qui s’annonce (sortez pas vos canettes vides les punks, ils ne tourneront sans doute pas en France).





Stevie Nicks pour ceux qui débarquent à l’instant de Saturne c’est la blonde californienne par excellence. Une beauté camouflée sous des dizaines de foulards, de châles, aux jambes gainées de platform-boots affriolantes. Et plus que tout, une voix reconnaissable entre mille. Stevie Nicks aucune autre ne lui ressemble.
Imposée par son chéri d’alors, Lindsey Buckingham, au sein du renaissant Fleetwood Mac, elle va offrir au groupe, réticent à sa venue, ses plus gros hits ainsi que quelques-unes de leurs plus marquantes compositions. Rihannon, Sarah, Gold dust woman, Silver spring, Gypsy, Dreams, Landslide....autant de chansons devenues des classiques ombrageux du répertoire ensoleillé.




Lassée de devoir batailler pour s’imposer au milieu des égos survitaminés des membres de la succursale multi-platinée, Stevie Nicks optera pour l’indépendance au début des années 80 et brillera en solo dès son triomphal coup d’essai, Bella Donna, l’album de Edge of the seventeen et Stop draggin’ my heart around son duo avec Tom Petty. Ensuite viendra The Wild Heart, l'album de Beauty and the beast, une chanson comme il en existe peu. Beaucoup des titres qui composent son nouvel opus datent de cette période de créativité confinant au délice.


Première constatation et pas la moindre, 24 Karat Gold songs form the vault est aussi concis que tranchant. Le disque vous saute à la gorge d’emblée avec Starshine et ne vous laisse plus la moindre seconde de répit. Aucun temps mort dans ce recueil de ce que le Rock californien peut offrir de meilleur. Pas un seul titre putassier, pas l’ombre d’un morceau de remplissage, pas une seule baisse de tension dans la combustion, seize chansons soignées, seize mélodies dotées de ce charme indéfinissable qui fait que l'album à pris demeure sur ma platine. Dave Stewart et l’inoxydable Waddy Watchel sont aux manettes et partagent les instruments avec Roy Bittan du E.Street Band ou encore Benmont Tench des Heartbreakers. Quelque chose comme un casting de rêve, le véhicule idéal pour un voyage entre gifles et caresses.


All the beautiful worlds that I have seen so far have all fallen down chante Stevie sur un des plus saisissants titres du disque, du moins jusqu’aux premières notes de piano de la chanson suivante, Lady, une de ces ballades qu’elle interprète en y mettant son cœur, ses tripes et toute la magie qu’elle sait créer en dévoilant la nudité de son âme. Car c’est de cela dont il s’agit, toutes ses chansons si personnelles qu’elle préféra longtemps les taire, sont emplies de rébellion, nourries d’une virulente féminité, brulantes de combativité, celles d’une femme qui voulut tracer sa voie à sa seule façon dans le man’s man’s world de la rock music et qui aujourd’hui refuse de cacher les cicatrices qu’elle porte dans sa chair. Stevie Nicks parle de nous, les mecs, avec peu de ménagement mais beaucoup d'amour et sans jamais nous claquer la porte au bec.


Avec tout ça, vous êtes prévenus, libre à chacun de rester sur ses préjugés, libre aux autres de s’offrir ce mélange de sucre et d’acide, ce sunny delight pour l’esprit à la pochette qui se charge de ravir le corps. Avec ce nouvel album Lady Stevie Nicks réaffirme avec arrogance que la place de la Femme dans le monde de la musique se situe tout en haut. Et qu'on ferait bien de faire gaffe à nos miches s'il nous venait l'idée de l'oublier un peu vite. Dévoué et consentant, je signe.

Hugo Spanky


mercredi 21 août 2013

CaLifoRNia LoVe


J'aime les harmonies vocales, les contre-chants haut perchés, les basses chaleureuses et le souffle d'une guitare acoustique enterrée dans le mix. Surtout, j'aime les mélodies d'airains, celles qui viennent tout droit de l'école Buddy Holly, du lycée Brian Wilson, de l'université Roy Orbison. Le chant des anges. A le dire sans ambages, j'aime le son Californien. Cette sensuelle chaleur rendue respirable par une douce brise, ce frisson sur l'épiderme, l'élégance du son des disques de Gene Vincent, première pierre de l'édifice.

D'où ma surprise, et la gourmandise qu'elle éveilla en moi, lorsque j’aperçus au tabac du quartier un numéro hors série de Rolling Stone consacré au California dreamin' (c'est eux qui le disent) Faisant fi du prix disproportionné de la presse musicale, je tendais mon billet et me faisais un régal à l'idée de dévorer la chose étendu sur les galets, bercé par les flots doucereux de ma si chère méditerranée. 


Hum, j'en ai encore mal au cul. Si le magazine n'a pas fini illico presto en bouillie, c'est uniquement parce qu'à contrario des pisse-copie de rock et folk, les gonzes de Rolling Stone se sont donnés la peine d'écrire un machin lisible sans avoir l'immédiate sensation d'être pris pour un trépané boutonneux. Pour le reste, merde, c'est encore une fois à côté de la plaque. Le magazine n'assume pas et survole simplement les piliers du genre, Fleetwood Mac, Eagles, oublie carrément Gene Vincent, le tout au profit des plus branchés du lot, Beach boys, Byrds, Grateful dead. Le comble étant de mêler à la rêveuse promesse, les affreux pseudo punk du début des 80's Dead Kennedy's, Black flag et toute la clique. Pire encore, la sélection des albums prétendument de référence est à pleurer de désespoir et partiellement hors sujet. Pour résumer, ils sautent des 60's aux 80's et paraissent s'offusquer des triomphantes 70's. Pas de bol pour ma pomme, c'est musicalement et sociologiquement la décennie qui me passionne le plus.


Une fois encore la presse française aura traitée un sujet en se plaçant du point de vue de la street crédébilité, montrant du doigt les si méprisables gros vendeurs du Rock US. Franchement, les gars, la plaisanterie a assez duré. Faudrait penser à arrêter de branler le berger allemand des punks à chiens. Rappelez moi le nom du groupe qui sort un coffret à prix pas discount le mois prochain ? Mais si, un truc en forme de ghetto blaster, vous savez l'emblème du New York Hip-Hop détourné par de dangereux rebelles anglais, ceux là même qui nous promettaient de ne jamais se soumettre au business.
Cause toujours, tu m’intéresses.


Reste que la lecture de ce hors série ne vous avancera pas d'un pouce sur le sujet. Pire, suivre leurs conseils pourrait en rebuter plus d'un. S'enfiler un album complet de Jefferson Airplane en 2013 doit être aussi traumatisant que de se tenter Sgt Pepper's. Malgré toute l'estime que j'ai pour Grace Slick, ses enregistrements des 60's n'offrent plus grand chose de comestible à l'exception des deux hits, White rabbit et Somebody to love. Le parcours de Grace Slick n'en demeure pas moins des plus intéressants, grande gueule à la scène comme en dehors, elle n'a jamais cessé de mener la vie rude à un business du disque bien peu habitué à subir de telles ruades en ces temps reculés. Et pas question de faire alliance, de s'entourer de copines pour mener le combat, la demoiselle Slick s'est coltiné un milieu d'hommes dans un groupe d'hommes. Aussi féminine soit-elle, la maîtresse d'école de mes rêves les plus fous, s'est avérée la plus farouche de toutes et a sacrément défriché le terrain pour les deux petites chéries de la west coast a être apparues à sa suite. 



Moins vachardes dans le regard, ce serait toutefois commettre une grave erreur que de considérer de fait Stevie Nicks et Linda Ronstadt comme plus dociles. La première, petite chose blonde au nez retroussé et à la moue boudeuse, se lancera, contre l'avis de tous, dans une carrière solo, alors même que son groupe, Fleetwood Mac, pas moins, cartonnait en tant que tel. Frustrée par le peu de titres issus de sa plume à être utilisé par le groupe, Stevie Nicks décida de rompre avec son image de timide sorcière bien aimée, et sortit triomphante de sa prise de risque en vendant, sous son seul nom, tout autant de disque que ceux estampillés par la marque déposée des créateurs de Rumours. Et sans rien égarer en qualité. 
 

Paru il y a deux ans, In your dreams, produit par Dave Stewart, confirme tout le bien que j'avais pensé de son prédécesseur, Trouble in Shangri-La. Ces deux disques sont de véritables réussites dotées de compositions splendides comme Stevie Nicks n'en avait plus délivré depuis Beauty and the beast. Il n'y a pas à hésiter, c'est par ces deux là qu'il faut aborder l’œuvre de la dame. 

Linda Ronstadt, c'est encore autre chose, et là on frôle le hors concours. Présente dès la fin des 60's, elle est l'une des pièces fondatrices du renouveau de la country californienne, non seulement de par ses propres enregistrements, mais aussi en révélant un nombres incroyables de songwriters de talent (JD Souther, Jackson Browne, Glen Frey, Don Henley, Warren Zevon..). Mieux encore, pour l'accompagner sur scène, elle assembla rien de moins que ceux qui deviendront ensuite, les multi-milliardaires du genre, les Eagles ! Sans oublier qu'elle révéla aussi l'incontournable  Waddy Wachtel


Aucun d'entre eux ne saura dompter la dame ni l'enfermer dans une niche quelconque. Toujours attachée à prendre des chemins différents de ses comparses, Linda Ronstadt renouvela son répertoire dès la fin des 70's en enregistrant du Elvis Costello. Avant de dépoussiérer le répertoire de Frank Sinatra avec la complicité du producteur original, Nelson Riddle, le temps de trois albums somptueux, puis celui de son enfance avec deux disques de chansons mexicaines qu'elle interprète avec une puissance vocale d'une virulence seulement concurrencée par la douceur qu'elle sait apposer, lorsque le feeling d'une chanson l'exige. Grande, grande dame, fan de Buddy Holly et Hank Williams, comme il se doit. ce qui finalement défini assez bien son style.

Mais résumer à de belles donzelles à l'épiderme dorée la Country californienne serait pour le moins réducteur. Bien que décrié par les uns et pas franchement assumé par les autres, Eagles reste le maître étalon du genre. En additionnant aux rudiments du style, les chœurs et le feeling des harmonies vocales des Miracles de Smokey Robinson ou des Temptations de My girl, le groupe créa une osmose musicale d'une beauté sublimée par une interprétation angélique, mais non dépourvue de nerfs, et dotée de compositions parmi les plus enchanteresses à avoir vu le jour. Écoutez Take it to the limit, ça définit mon propos mieux qu'une esbroufe de mots flatteurs. Avec Eagles tout est dans le savoir-faire des musiciens, une basse sautillante taillée pour la danse, sensuelle au possible, mariée à un batteur alliant frappe sèche et shuffle groovy, des guitares dépouillées à l'essentiel flirtant les unes avec les autres, rarement prédominantes, et une touche d'originalité tantôt donnée par un banjo entêtant, une mandoline tire-larmes ou une partie de piano d'un classicisme impérial. Desperado.
Si leur Greatest hits de 1976, dont je n'ai jamais réussi à me lasser depuis, est aussi indispensable à toute bonne discothèque qu'une platine vinyle à un homme de bon goût, l'ensemble de leurs albums mérite également que l'on s'y attarde. La difficulté étant d'en préférer un plutôt qu'un autre.


Fleetwood Mac, l'autre gros débiteurs de galettes, c'est plus simple. Le premier album de la formation avec Stevie Nicks et Lindsey Buckingham paru en 1975 et surtout l'audacieux Tusk de 1979 peuvent suffire, à condition d'accepter de vivre sans Songbird, le chef d’œuvre de Christine McVie sur Rumours

Les années 80 seront fatales au groupe, l'addition d'une décennie d’excès sera méchamment salée et il faudra attendre le dvd live The dance en 1997 pour retrouver la formation dans la forme étincelante que nécessite sa musique pour délivrer le meilleure d'elle même. Ce dvd peut servir de parfaite introduction à l'univers du groupe, les interprétations sont toutes supérieures aux versions studio, et l'implication de Lindsey Buckingham fait froid dans le dos tant le guitariste s'investit dans ses chansons. Superbe démonstration de musiciens au travail, on est à des années lumières des poseurs épileptiques ou des méga shows saturés d'effet spéciaux, c'est en toute simplicité que Fleetwood Mac déroule son répertoire de rêve, et si le temps n'a eu aucune emprise sur la qualité des voix, c'est avec délice que l'on redécouvre certains morceaux des années 80 que les synthés et la production d'alors avaient salopé dans les versions originales. Notamment Little lies, Everywhere et ce Go insane de folie qui ravage tout sur son passage tellement l'intensité qui s'en dégage vous colle une grosse claque en travers de la tronche.


Après quoi, vous pouvez toujours continuer à croire les conneries débitées au kilomètre sur le rock californien et son seul but mercantile, ou alors choisir de ne vous fier qu'à vos oreilles et découvrir des merveilles. La production du genre étant innombrable, la route sera chargée en tours et détours, et mieux vaut savoir lire une pochette de disque pour s'y retrouver un chouïa grâce à la valse des musiciens du cru et à leur goût pour la participation aux albums des amis. 





Pour aborder la chose en sortant des sentiers battus, le Greatest hits en deux volumes de Linda Ronstadt s'avère incontournable ainsi qu'un bon résumé de ces années Capitol records. Et démerdez vous pour écouter son duo avec Aaron Neville sur le When something wrong with my baby de Sam & Dave, c'est de l'or en barre. Les allergiques aux compilations peuvent se procurer sans grand risque Silk Purse, de 1970, sans doute ce qu'elle a enregistré de plus abrupte, c'est aussi un de mes favoris. Comment pourrait-il en être autrement d'un disque qui fait se côtoyer les Shirelles et Hank Williams ? Pour sa période plus dorée sur Asylum records, Don't Cry Now et Living in the USA illustrent fidèlement le bon goût de la chanteuse en affichant respectivement au programme le Desperado de Eagles et le Oooh baby baby de Smokey Robinson, dans des versions qui défient les affres du temps, ce qui n'est hélas pas le cas pour la santé de la chanteuse, atteinte de la maladie de parkinson, on vient tristement d'apprendre qu'elle mettait un terme à sa carrière.




You're Only Lonely de John David Souther, ainsi que l'album éponyme de 1972, sont à acquérir en priorité de même qu'un bon Best of des Mamas and Papas, Excitable boy de Warren Zevon ou, mieux encore, son album de 1976, celui de Carmelita. Le premier disque solo de Stephen Stills également, tout gorgé de gospel et de groove qu'il est. Il n'est pas stupide non plus de passer un bon moment avec l'ultra rafraîchissant Bop 'Till You Drop de Ry Cooder. J'en profite pour rappeler à ceux qui l'ignoreraient avec trop de facilités que Chris Isaak, lorsqu'il ne partage pas la scène avec Stevie Nicks, le temps d'une tournée qui devait sacrément valoir le coup d’œil, enregistre encore et toujours d'excellents disques.
Enfin, parce qu'on est mine de rien au 21eme siècle, et qu'il est le plus brillant héritier du style, chopez vous sans tarder le Move By Yourself de Donavon Frankenreiter, et son tout récent Start Livin' bien qu'un léger cran en dessous, peut aussi faire l'affaire.



Hotel California, le livre, et le plus complet Waiting for the sun (chez Allia une fois de plus) ainsi que son complément San Francisco (Le castor astral) tout trois signés Barney Hoskyns, peuvent servir de bible à quiconque souhaitera se pencher plus en profondeur sur le son entendu à la bordure du désert. Parmi les innombrables disques enregistrés entre 1965 et 1980, ces passionnants bouquins guideront chacun à en extraire et en distinguer, selon ses préférences, les plus calibrés « mégaproductions hollywoodiennes » ou les ovnis bluegrass de l'association Doug Dillard & Gene Clark, tout autant que les perles intemporelles de l'International submarine band, des Flying burritos brothers, Emmylou Harris, Gram Parsons, Chris Hillman ou encore ce bijou à la lisière des genre : No other de Gene Clark en solo. Sans oublier le If You Could Only See Me Today de Gene Vincent, mais là, c'est l'intégrale du bonhomme qui s'impose, sinon je ne peux rien pour vous.
Le tout à consommer avec de la glace pillée dans sa tequila sunrise.

Hugo Spanky