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vendredi 2 novembre 2018

STaReTZ, FRoM LeaD To GoLD




Ils l'ont fait. Staretz a gravé ses ambitions, dépassé les postures et attitudes sclérosées systématiquement de mises sitôt que l'on acoquine rock et français. From Lead To Gold est un album qui se contrefout du cahier des charges.   Staretz laisse les esprits sectaires s'enferrer dans les clichés et prend la tangente sans suivre d'itinéraire. Ce troisième album est celui de l'aventure. Le groupe sait être efficace, Go Down South l'a démontré avec brio, il y a deux ans, mais l'exercice est vain lorsqu'il se limite à ça. Le temps est venu d'abattre les cartes et de rafler la mise. Je me fous d'un disque de garage de plus, que quiconque puisse vouloir défier les sixties sur leur terrain ne m'inspire que lassitude. Voyez comme ça tombe bien, Staretz s'en fout aussi.




From Lead To Gold est l'album d'un groupe décidé à bouffer tout le gâteau avant qu'il ne soit trop tard. Les quatre musiciens ont pris leurs quartiers au Studio Condorcet, ont convié au festin quiconque est animé par l'envie commune d'ouvrir les vannes en grand. Christian Seminor, complice des années Dau Al Set, rapplique avec ses congas, un guitariste de hard rock se retrouve aux chœurs, Félix Jordan de Sabotage, tandis que le producteur et maitre des lieux, Olivier Cussac, traque la sonorité qui fait mouche et l'interprète avec une implacable justesse. Hammond, Wurlitzer, Violons, Cuivres, Farfisa, Percussions font tournebouler l'esprit, valser les émotions et lorsque l'affaire s'évapore sur un solo de trompette hanté, on reste estomaqué par tant d'audaces.  
Staretz ne nous refuse rien. 



Pas question pour autant de sombrer dans la complaisance, de faire dans l'exercice de styles, d'échapper à une niche pour s'emmerder dans une autre. L'élégance guindée du Funk Philadelphie se mêle aux frivolités d'Asbury Park. Au cœur de la chose, le rock bat toujours. Les ingrédients vont et viennent comme des saveurs sur le palais, pour nuancer la donne, faire respirer la musique, dérégler le quotidien, à aucun moment ils n'éclipsent la sidérante tenue des compositions. On savait Serge Fabre doué en la matière, on le découvre talentueux. Bitter streets en est un parfait exemple, une ritournelle qui joue à la marelle, une guitare espiègle, un tempo léger, le Wurlitzer en fil conducteur et ils font tourner ça comme si les singles existaient encore. 
 


From Lead To Gold est un disque malin comme une fille des rues. Chaque chanson disparait dans le silence avant qu'on y prenne ses aises. St. John's Eve, qui ouvre l'album, commence comme on s'étire, avec une paresse lunaire, puis la mélodie n'en fait qu'à sa tête, nous éveille soudain. C'est à ce moment là que la rythmique nous décroche son  jab du droit, on esquive par une feinte, on se redresse pour répliquer, trop tard, le Hammond nous cueille, l'adversité n'est plus de mise, ne reste que le charme.
Smell of fire est déjà là, en coup de grâce, illuminée par le saxophone de Loïc Laporte, et le disque file comme une balle au dessus du bitume, les paysages d'ombres et de lumières, sans cesse animés, se dessinent dans les phares. That's fine for me s'agrippe à nos cuirs comme une baby de Coney Island, From lead to  gold est une aguicheuse de dancefloor, Memories box, Lonesome king, Tchi tchi kokomo sont autant de franches réussites, des frangines malignes aux courbes mouvantes soulignées par l'inventivité des arrangements et les interventions en embuscade de Pablo Acedo. Ce jeune guitariste est l'indéniable révélation du disque, la singulière personnalité de son jeu amène un décalage salutaire sitôt qu'un titre aurait l’inconscience de trop flirter avec la norme. Entièrement auto-financé, enregistré en une petite semaine, From Lead To Gold ne souffre d'aucune comparaison et se permet le luxe, avec Almost blind, de se conclure en laissant entrevoir une possibilité d'évolution plus radicale encore. Ce groupe n'a pas abattu tous ses atouts. Reste à espérer que quelqu'un, quelque part, dans les médias, les maisons de disques fasse son travail autrement qu'en fabriquant des têtes de gondoles, et donne des moyens supplémentaires à l'expression de ceux qui considèrent, et démontrent, que la musique n'est pas seulement l’œuvre des taxidermistes.

Staretz vient de réussir un splendide album, un disque comme plus personne n'en fait, avec une vivacité qui n'a rien à voir avec la rage, l'énergie feinte des gros bras. From Lead To Gold est fin, racé et digne. Gardez vos comparaisons, j'ai jeté les miennes, ce disque mérite de n'être aimé que pour lui-même.
 

Hugo Spanky 

Dans les bacs le 1er Décembre.
En pré-commande, ici 
Teaser et téléchargement, là

mardi 4 octobre 2016

sTaReTZ † Go DoWN sOuTH




Deuxième album de Staretz, après Panettone Boogie en 2013, Go Down South est également leur premier sur bien des points. D'abord par la force des choses, le décès de Philippe Lombardi, guitariste et complice depuis plus de vingt années de Serge Fabre, a laissé un tel abysse au sein de la formation, et bien au delà, qu'il en devenait inimaginable de continuer en prétendant ne rien changer. On ne cherche pas un remplaçant à celui avec qui on a partagé tant de passion. Je ne cause pas là de musiciens se retrouvant au moment de monter sur scène, ou d'enregistrer quelques chansons. Serge Fabre et Philippe Lombardi étaient partenaires de vie, dans leurs nombreux groupes, dans leur label commun, Bang Records, dans l'amour de la musique et des disques qui se partagent dans le silence. Ces deux là n'ont été éloigné l'un de l'autre que par un étui de guitare glissé entre les deux sièges d'une voiture en route vers le prochain gig. Quand l'un pensait, c'est l'autre qui parlait.


Si son expérience et ses années passées à écumer la France, le Canada et le New-Jersey, font de lui le leader naturel de la formation, dont il est de plus l'unique compositeur (à quand un disque Composed, Arranged & Produced by) Serge Fabre n'en garde pas moins l'âme d'un homme de gang. Et s'il semble être encore le seul à douter de ses capacités à s'affirmer en solo, c'est avec bonheur qu'on le retrouve entouré du fidèle Eric Baldini à la basse (ancien membre des fabuleux Sad Knights), et du tout jeune guitariste Pablo Acedo, salutaire coup de pied au cul des deux croulants. Je taquine, mais il n'en demeure pas moins que le gars est foutrement doué pour ne jouer que l'essentiel et le faire de manière essentielle. Autant dire, la qualité la plus rare chez un guitariste. Je ne vais pas lui en tresser de trop voyantes, mais ce môme est la révélation du disque. Un instinctif.
A ces trois là, s'ajoute Christian Pagani à la batterie, venu en dernière minute pallier avec brio au départ de la chahuteuse Misty White. 


Surtout, Go Down South semble avoir donné une plus large place au producteur Olivier Cussac, grand manitou du légendaire studio Condorcet de Toulouse. Et pour un mec comme moi, qui lit des bouquins d'ingénieur du son plus volontiers que ceux des chanteurs, c'est un minimum de dire que ça compte. Plus encore quand le producteur est doublé d'un joueur de claviers hors pair, virevoltant au gré des chansons de l'orgue Hammond au Farfisa, du Wurlitzer au piano. Olivier Cussac apporte un courant d'air chargé de mille parfums à Go Down South, il ventile les esprits et l'ensemble swing avec une légèreté déterminée.

Mais vous pouvez coller Tom Dowd à des besogneux, ça n'en fera pas des orfèvres, vous pouvez habiller des plus beaux saphirs la brailleuse du quartier, ça n'en fera jamais la Callas. La qualité la plus évidente de l'album est celle des compositions de Serge Fabre. Pour le coup, il m'a scotché. Terminé de baisser la tête sur le guidon et de foncer droit devant en alignant les morceaux teigneux, place à l'émotion, notre homme a sorti sa palette de couleurs, et le tableau a une profondeur, une richesse de teintes, que j'aimerai entendre plus souvent dans un disque de Rock'n'Roll. Et si That's my home ouvre le bal avec des accents de Sneakin' suspicion dopé au Sunny Delight, c'est avec une fraicheur que le groupe de Wilko Johnson et Lee Brilleaux n'avait déjà plus au moment de graver leur troisième album. Autant faire tir groupé, les morceaux les plus enlevés sont maitrisés, enthousiastes, puissants, rouleurs des mécaniques, Staretz connait son Bo Diddley beat sur le bout des doigts, n'en parlons plus. Vous avez là de quoi faire virevolter vos soirées sans choper une gueule de bois. Il n'empêche que ce qui me branche le plus, c'est tout le reste. Et, coup de bol, tout le reste il y a.

A commencer par mon hit du moment, ma cajoleuse ensorcelante, Should I let her know. Purée, ce que je l'aime celle ci. C'est mieux qu'une chanson, c'est une promesse. Celle d'entendre Serge Fabre sans fard, ni carapace, l'âme à nue, comme Gram Parsons en d'autres temps. Est-ce par clin d’œil au Grievous Angel et à Emmylou Harris que la jeune Heloïse Bourret vient mêler sa voix à la mélodie ? Sortez moi ça en single et que les radios fassent leur boulot. Venez pas me chatouiller avec vos émissions d'indépendants de la FM, vos prétentions de D.J insoumis, si ce titre là ne s'immisce pas illico dans votre playlist. 


Go Down South porte bien son nom, l'album trace sa route en direction de Memphis plus souvent qu'à son tour, pour preuve l'impeccable Rolling down my way et son piano roublard, avant de bifurquer sur les terres du Rhythm & Blues avec un (Let's try) My way of loving au jumpin' groove plus tendu qu'un corset sur la poitrine d'Aretha Franklin. Ce machin là est emballé, c'est pesé comme un single du Spencer Davis Group. Et croyez moi sur parole, quand Jesus vient avec son Dobro conclure la première face, il n'existe plus de frontière, ni d'océan, entre la Garonne et le Delta du Mississippi.


Je vous ai causé du son façon juke joint ? A croire que les gonzes ont transformé le studio Condorcet en sous sol de villa de Villefranche-sur-mer. Écoutez les guitares sur Radio man, qui viennent se chercher des crosses tandis que l'orgue tapisse l'arrière salle. Exile on Concorde Street. Un peu plus loin sur cette seconde face, Canadian tears réalise ce petit miracle de faire s'épouser délicatesses Country et accents Jazzy à la Leon Redbone tout en réussissant le tour de force de sonner comme du Lou Reed ! Avec la ballade sous tension, Can't stand the truth, ce Canadian tears me fait regretter qu'il ne se soit pas glissé dans la tracklist un ou deux titres supplémentaires dans cet esprit là. Staretz démontre une telle capacité à élargir le spectre qu'il en devient presque réducteur pour eux d'aligner deux rocks d’affilée, fussent-ils de haute volée. Ce n'est que mon avis, mais je le partage.


Reste que Go Down South s'impose sans hésitation comme le disque indispensable pour aborder la dernière ligne droite de 2016. De quoi se tenir droit face aux bourrasques de mistral et aux coups bas de l'existence. Et si tous ceux d'entre vous qui se réclament des Dogs, du J.Geils Band, du E.Street Band, de Bob Seger, du Memphis sound, de Muscle Shoals, de la Soul, du Roll, du Pub et du Rock ne passent pas commande illico presto sur le site de Bang Records, c'est à n'y plus rien comprendre. Ou plutôt, si. Et c'est surement pire. Staretz, Go Down South, maintenant chez vous et dans les vitrines de tous les disquaires compétents. Faites passer le message.

Hugo Spanky 
 Bang records




vendredi 19 avril 2013

sTaReTZ, PaNeTToNe BOoGie



Génial, un vinyl dans ma boîte aux lettres. De quoi s'agit-il ? Ho ! Le dernier né de Bang Records. Panettone Boogie du groupe STARETZ. Pas de Hot-rods ni de chemises hawaïennes, mais quatre garçons magnifiques de sobriété au verso. Hum... avec un titre pareil, je parie que je vais y trouver au moins une reprise de Marino Marini ou de Renato Carosone.  Allez hop direct sur la platine. 
Aucune prouesse technique, ni prétention, au contraire, une très belle voix à la Dion, des chœurs enlevés, une guitare raffinée presque féminine qui saurait rappeler Poison Ivy, surtout sur ce très Crampsien Travelin' Man. Je me régale ! Il s'échappe de cet album l'essence même du garage. La fraîcheur et l'énergie qui m'avaient fait aimer les Beach Boys, les Remains, les Ramones etc... Bon, un ou deux morceaux sur la face B certainement trop entendu pour ma part, comme Baby Doll que j'aurais bien remplacé par une respiration Napolitaine aux accents de mandoline (idée fixe quand tu nous tiens) mais pas de quoi crier au scandale, j'ai même déjà mes chouchous Duties of Love, Line of Days, The Thrill is on. 
Avec son album Panettone Boogie, STARETZ m'a réconcilié avec le garage là où trop m'en avaient définitivement dégoûté de par leurs déguisements de momies, leurs fausses Bettie Page de groupies et leur petit monde hermétique remplis de clichés.


Rien de tout ça chez Bang! Records.  Avec cette nouvelle référence, le label Toulousain que je vous invite à découvrir ici étoffe un catalogue déjà joliment garni par l'album de Bruce Joyner (ex Unknows), celui de Tav Falco, de Jumbo Layer, des Zodiacs ou encore les singles de Obits. 

Avec Staretz prophète en son pays, Toulouse démontre qu'elle n'est pas seulement la ville de l'épatant Ringo Willy Cat.