Le black metal, peut être plus que n'importe quel autre style, ne tolère pas d'alternative à l'excellence. Sitôt qu'il ne se transcende pas, il devient insupportable. Tout au moins négligeable comme c'est tristement le cas pour le récent By the word de Trelldom pour lequel Gaahl s'est contenté de faire ce qu'il sait faire (et dont il abuse avec ses multiples formations indistinctes). Aucun risque de tomber dans l'ordinaire avec Ashenspire, on se situe ici dans le très haut du panier, là où règne Dodheimsgard et Oranssi Pazuzu, là où de Fleurety à Mayhem ne sont acceptés qu'une vingtaine d'albums définitifs.
Hostile Architecture s'y impose en 8 titres et 43 minutes en s'armant de cuivres, de violon, d'un chant clair, d'énergie, d'originalité et d'un propos. Le second disque du groupe écossais n'est rien de moins qu'un chef d'oeuvre d'un genre qu'il contribue à rendre substantiel. On déambule de la violence catégorique jusqu'au flirt froid avec le free jazz. Dès l'intro du premier morceau (the law of Asbestos) le ton est donné et son développement labyrinthique inaugure un disque sans baisse d'intensité qui évite la facilité des clichés et se conclut de façon magistralement fracassante
Ashenspire aura du mal à faire mieux, mais je suis foutrement curieux de découvrir comment ils vont aborder l'avenir.
Je ne vais pas me fouler à en faire des tonnes, il fait canicule et l'écho du black metal, comme du hip hop, ne franchit pas le sas d'étanchéïté que s'impose l'auditeur de pop. Chacun son périmètre de compétence.
Ceux qui iront jusque là auront malgré tout à se farcir une liste (Antoine, c'est pour toi) des disques ravageurs et de tous bords que j'ai privilégié ces derniers temps. Se détachent de par leurs audaces : Quaranta de Danny Brown, Utopia de Travis Scott et Bottomless Pitt des tarés de Death Grips que je pourrais tenter de définir comme un mélange dopé au hip hop hardcore de Suicide et des Bad Brains. On est là dans la même échelle d'expérimentations que Ashenspire pour le black metal. La notion de recettes est abolie. On tente de franchir l'obstacle, on remonte sur la bête et on recommence jusqu'à atteindre l'acmé. Ces disques sont l'équivalent de ce que le post punk était aux années 80.
Je me suis aussi plongé dans la production de Tyler The Creator, depuis l'album Goblin, ultra lent, doom, hanté, il a évolué en usant de toute la gamme de nuances, ses albums sont parfois soft, influencés par le reggae, la salsa, le jazz cool et Stevie Wonder à travers eux, Flower Boy en est un parfait exemple, d'autres fois ils sont destinés aux clubs comme le plus récent et très Dance Don't Tap On The Glass, Cherry Bomb est virulent et clivant, tandis qu'Igor est celui qui a réussi le consensuel crossover. Attention à ne pas passer à côté d'un immense talent.
Tyler The Creator incarne la révolution des mœurs qui a cours dans le milieu du rap et dont on peut faire un parallèle supplémentaire avec ce qui se passe dans le black metal ; le coming out de ses protagonistes.
Hugo Spanky







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