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lundi 3 novembre 2014

JeRRY Lee LeWiS, iT's RoCK'n'RoLL tiMe !



Qu’il est bon de vivre dans un monde auquel Jerry Lee Lewis appartient toujours, ça nous réserve de bonnes surprises au moins de temps en temps.
A commencer par ce nouvel album, Rock’n’Roll Time. Je ne vais pas vous la beurrer cent ans, c’est sans doute le meilleur album du Killer depuis des lustres. Ce n'est pas une coïncidence ou un coup de nostalgie vaguement commerciale si il pose devant le studio Sun, c’est juste que c’est là que l’album puise sa source. Oui monsieur, Country, Blues et Honky tonk boogie, voila le menu. Et attention, pas façon gros son et invités tape à l’œil comme sur les malgré tout excellents précédents efforts du maître, Last man standing et Mean old man, non, cette fois ci la production est sèche et ultra minimaliste, Jim Keltner, homme de bon goût s’il en reste, à fait un boulot fantastique derrière la console. Il s'est contenté de laisser tourner la bande.



Jerry Lee a posé sa mise sur les cases feeling et savoir-faire et je ne le remercierai jamais assez pour ce cadeau. Le disque démarre en douceur matinée de slide avec le Rock’n’Roll time de Kris Kristofferson, une sorte d’étoile des neiges toute en beauté et délicatesse avec chœurs gospel et chaleur du coin du feu. Little queenie arrive en suivant et si on peut se demander pourquoi une énième version de ce classique, on est vite rassuré, c’est juste pour ramener la chanson à ses racines. Superbe. Keith Richards et Ronnie Wood s’écharpent en rythmique avec une discrétion mêlée d’élégance. C’est d’ailleurs l’un des points forts de l’album, la sobriété des guests. Tous se sont mis au service des chansons, aucun ne tire la couverture. Robbie Robertson et Nils Lofgren sur une intemporelle version de Folsom prison blues ou Derek Trucks et Doyle Bramhall II sur le Mississippi kid de Lynyrd Skynyrd ne font que le sublime nécessaire dont ils sont capables et merci pour ça. Et sinon, et surtout, Kenny Lovelace est bien là et Jerry Lee en personne tient la six cordes le temps de deux titres.




Plus que tout Jerry Lee tient le micro de bout en bout, un seul duo au programme, et bordel que c’est bon de l’entendre chanter encore et toujours. Et si il ne ravage plus l’ivoire comme lui seul su le faire, il nous gratifie de quelques splendides coups de griffes placés en embuscade. Ce sont les blues qui me saisissent en premier, le Stepchild de Bob Dylan, le Bright light big city de Jimmy Reed et ce Blues like midnight de Jimmie Rodgers qui ne me lâchera plus, je le sais. Magnifique et finalement si rare quand le Killer donne dans le genre que forcément ça m’émeut. Bordel que cet album est fantastique ! Faut entendre la façon dont il fait sonner tout ça, c’est juste intemporel, ça vous colle des frissons le long de l’épiderme, ça vous fait tutoyer les étoiles. On est en 2014 et c’est encore possible. 



Here comes that rainbow again, une valse country de Kris Kristofferson est un autre grand moment comme le Keep me in mind de Mack Vickery, dont il avait déjà honoré le Rockin’ my life away. Quant à la version de Promised land qui conclut l’affaire elle est grattée jusqu’à l’os, Jerry Lee Lewis transforme tout en du Jerry Lee Lewis c’est pas nouveau mais qu’il se paie le luxe d’être capable de le faire sur une scie pareille, c’est juste la classe ultime. Tout l’album pue la classe, l’arrogance de celui qui sait, le nectar et rien d’autre. Onze titres, seulement 5 qui dépassent, de tout juste, les 3mns, un Sick and tired de derrière les fagots torché en 1m54 et le reste à la volée, je ne sais pas, les mots qu’il faudrait je ne les ai pas.

Rock’n’Roll Time est le nouvel album de Jerry Lee Lewis et aussi un de ses dix meilleurs, croyez le ou allez vous faire foutre.



Pour compléter notre bonheur, comme si ça suffisait pas, gourmands que nous sommes, Rick Bragg, journaliste américain honoré du Pulitzer est allé recueillir les souvenirs du Killer, le livre, His own story, est sorti le même jour que l’album et j’espère qu’il sera traduit rapidement en français. J’ai envoyé un mail en forme de supplique aux éditions Allia, faites pareil ça peut marcher.

 
Hugo Spanky

Ranx'n'Roll Time ! 

vendredi 5 septembre 2014

L'aveNiR Du FuTuR



Même si ça aurait pu être mieux que si c’était pire, je l’ai bien aimé cet été 2014 en pente douce. Pas l’ombre d’une révolution, pas d’agitation, pas de grand chamboulement, comme dirait Ménélik, tout baigne. Hollande nous a confirmé qu’on avait bien réélu Sarkozy et les stars meurent toujours au mois d’Août. Lauren Bacall s’en est souvenu et à tiré sa révérence comme elle avait vécu, avec discrétion. Le Agatha Christie de l’après midi aura désormais un arrière-goût amer. Je garde en mémoire son apparition dans Les Soprano pour une scène irrespectueuse et provocante, d’une violence naturelle et gratuite qui aurait effrayé plus d’une actrice. Pas Lauren Bacall, on n’allume pas les clopes à Bogart en tremblant comme une feuille. Cette fois là encore, elle fut parfaite.
Lauren Bacall était arrivée la première et elle aura été la dernière à partir, comme le font les bons amis. 




Rayon musique, waouh, c’est le désert de Gobi. Heureusement que Lana Del Rey nous a gâté en début de parcours parce que sinon... ? Les gonzes n’ont même pas joué la course au tube de l’été. Pas de Macklemore, pas de B.O du nouveau Tarantino, mais une pépite pas facile à dénicher toutefois, le Get her back tout en élégance Doo Wop de Robin Thicke que je vous conseille d’aller découvrir de ce pas.



Ceci dit le calme ne va pas durer car, cramponnez vous, l’Homme est de retour, le 28 Octobre 2014 sera un grand jour, je vous l’annonce crânement, Jerry Lee Lewis sort un nouvel album ! Rock’n’Roll Time qu’il s’appelle, le Killer s’attaque à Folsom prison blues, Mississipi kid (Lynyrd Skynyrd !!), Promised land, Little queenie, Bright lights big city, Sick and tired, j’en passe, vous verrez tout ça fin Octobre. Kenny Lovelace est là, Waddy Wachtel, Ron Wood, Keith Richards et Jim Keltner aussi ainsi que Neil Young, Nils Lofgren, Robbie Robertson ou Doyle Bramhall II, encore une grosse gourmandise à mettre à l’actif de Jerry Lee Lewis. J’en frétille. L'album pourra s'écouter en dévorant la biographie qui sortira le même jour aux states (et peut être dans dix ans en France) His Own Story signée Rick Bragg et adoubée par le maître. Ça promet.


Puisqu’on est dans les jeunes premiers, Prince et Bruce Springsteen vont aussi faire l’actualité dans les prochains mois. Prince en sortant deux nouveaux albums simultanément, dont un très prometteur avec sa formule 3rdEyeGirl et le Boss en se lançant enfin dans une carrière d’acteur. Et pas n’importe où, dans la série la plus à la pointe du nec plus ultra, celle qui regroupe déjà les deux ex-Soprano, Steven Van Zandt et Tony Sirico, je vous la donne en mille, Lilyhammer !!! La saison 3, en partie filmée à New York, va faire très mal.


Je me suis aussi vu quelques bons films, Sunshine Cleaning notamment que j’ai immédiatement conseillé à Harry Max comme je le fais auprès de vous.

Surtout, bien qu’ayant œuvré tout l’été au redressement de l’économie coréenne, j’ai trouvé des moments pour lire. Et attention, pas des magazines de plage. Je me suis attelé au dernier Barney Hoskyns, l’auteur du magistral pavé Waiting for the sun consacré à l’histoire de la musique californienne durant la seconde partie du vingtième siècle, a cette fois ci choisi de nous livrer 600 pages sur Led Zeppelin ! Le tout sans la moindre digression ni chronique d’album et ne comptez pas y apercevoir la moindre photo non plus. Un défi le machin.




Le gars Hoskyns est fortiche, il a passé je ne sais combien de temps à enregistrer et assembler les témoignages les plus variés et parfois les plus surprenant (Rat Scabies) pour que chacun raconte son histoire avec Led Zeppelin et nous livre le tout tel quel, façon Please kill me. Vu de l’intérieur souvent, les membres du groupe y occupent une large place de même que leur entourage le plus direct, manager, roadies, groupies, journalistes, avocats, les propos aigres-doux des uns sont rendus plus venimeux par d’autres, les angles se multiplient et se complètent en jeu de miroir. La réalité apparait sous sa couleur la plus crue sans que les intervenants ne s’attardent sur le pathétique. On est au cœur du maelstrom engendré par quatre jeunes anglais de 20 balais qui durant toutes les années 70 vont alterner outrances a gaga et mathématiques occultes pour enregistrer des disques écoulés par millions, prétextes à d’incessantes tournées américaines au cours desquelles une armada de sweet little thirteen en ébullition se chargent de déniaiser les quatre anglais vaguement couillons sur le début. Tout est allé très vite pour Led Zeppelin, de Birmingham au Madison Square Garden en quelques mois, de la reconnaissance à la gloire.
Jusqu’au crash terminal.


Et au-delà même, puisque le livre a la bonne idée de poursuivre l’histoire jusqu’à nos jours, enrichissant du coup sacrément la donne. Car si on connait tous les grands airs de la symphonie du Zeppelin, on connait moins la redescente, la lente reconstruction des uns, Robert Plant, John Paul Jones, et la déconstruction sans fin de Jimmy Page. Les parcours hasardeux, l’addiction, la renaissance du Phénix, la paix dans le sarouel et l’oasis apaisant après l’acidité des drames. Led Zeppelin c’est color by Deluxe.


En tout cas, je ne l’ai pas mis en vente sur priceminister sitôt refermé, c’est le genre de livre sur lequel on revient, il peut se le relire dans le désordre, il englobe tellement d’aspect humains, sur une période d’une incroyable liberté de ton, qu’il en dépasse son sujet central. Et puis, c'est bien avec la guitare de Jimmy Page et par le Rock'n'Roll de Led Zeppelin que s'ouvre l'album Last Man Standing de Jerry Lee Lewis.



Inévitablement, j'ai revisité leur discographie et ça ira vite, je suis assez d’accord avec moi-même. Je me trimballe Physical Graffiti depuis la 5eme et je considère que Presence est le meilleur, Led Zeppelin qui sonne comme le Melting Pot de Booker T and the MG’s auquel on aurait collé des guitares vicieuses. Je me montrerai dorénavant plus tolérant envers Houses Of The Holy, que le temps a joliment patiné, et je me suis ramassé une grosse gifle avec In Through The Out Door. Massif celui là. Un petit miracle d’album qui trouve finalement sa place, bonifié par le temps, dans une époque qui n’est pas la sienne.
C’est d’ailleurs le gros pépin avec les quatre premiers disques du groupe, ils ont terriblement mal vieilli, ça fonctionne, mais par à-coups irréguliers, certainement pas la durée d’un album.

Je me suis aussi penché sur les bootlegs. Et là, c’est à hurler de rire. Pas de suite, parce que d’emblée on se prend un putain de son dans la tronche, on comprend pas tout. J’avais oublié comment ça sonnait un concert. Cette magistrale baffe sonore, depuis assassinée lâchement pas les principes de précautions. Je ne vais plus dans les concerts, je n’y retrouve plus cette violence, cette puissance déversée des enceintes sur nos farouches personnes. On s’entend parler, on n’a plus les oreilles qui sifflent, c’est plus du Rock’n’Roll !



Au concert de Led Zeppelin à Earl’s court en 1975 j’aime mieux vous dire qu’ils ont ramassé la dose, les fans. Même si ça s’arrête un peu là. Musicalement, c’est on se fait plaisir, on se fout du reste. L’archet, le ménestrel, la batterie durant une plombe, et pour finir un reggae au beau milieu de Heartbreaker. Enfin, un reggae, ça tient quand même plus du racisme colonial le plus jovial que de l’hommage respectueux. Faut avoir entendu ça dans sa vie, Robert Plant avec l’accent jamaïcain qui nous débite les pires poncifs du genre, ça vaut Robert Taylor avec l’accent provençal dans la version française de Vaquero !



J’en profite pour signaler la sortie de Lullaby And The Ceaseless Roar, le nouvel album de Robert Plant. Plaisant, sacrément perché, faut pas faire d’allergie au patchouli, mais c’est le genre de disque qui revient sur la platine, le savoir-faire est là et le voyage est agréable. Tom Petty aussi a pondu un nouvel album, Hypnotic eye, plutôt chouette, bien rustre et charpenté.



L'avenir du futur, c'est les vieux, et même Bob Seger va sortir de sa retraite, ce qui me fait penser que ça serait bien qu’il fasse un duo avec Jerry Lee Lewis sur son Rock’n’Roll Time qui débarque en Octobre.... Voila que ça me reprend.


Hugo Spanky

dimanche 23 septembre 2012

JeRRY Lee LeWiS, sOUtHeRN RoOTs


Une réunion du Ranx team c'est avant tout, une succession d'intensives (et épuisantes) séances de brainstorming visant à aiguiser notre remise en cause incessante des fondements même de notre société. Joutes verbales, arguments fallacieux, le tout alimenté par divers carburants aux relents parfois prohibés. Les sujets les plus variés s'y trouvent abordés sans aucun signe de cohérence et l'on passe de la médiocre qualité des disques des Kinks à une recherche sans tabou des raisons du déclin de notre ville. Sur ce point, 7red apportera une conclusion recevant l'approbation de tous ; transformons les étudiants locaux en engrais naturel avant de disperser le tout sur les berges de la Garonne !
Une idée de la sorte, aussi fertile (!) et soucieuse du bien être de l'humanité, nous mena directement à l'écoute d'un disque d'un autre grand rouage de la chose sociale: Jerry Lee Lewis. Et de là, l'envie de vous causer du bonhomme.

Sauf que sur Jerry Lee Lewis tout a été dit, écrit, révélé. D'abord via Hellfire, l'une des premières bio d'un genre devenu la norme depuis, à savoir d'un réalisme qui se voudrait empreint de vérité. Fini de bâtir mythes et légendes, dorénavant tout sera livré noir sur blanc (ce qui dans le cas de notre killer peut, déjà, être un problème..)

On cause d'un gars qui aligne plus de cinquante années d'une carrière tumultueuse, de chansons gorgées de folie, de rédemption, de perversions. 
Le parcours d'un Homme. 


Alors, qu'il ait baisé sa cousine de treize ans, que ses femmes aient une étonnante tendance à disparaître dans des circonstances troubles, que son bassiste se fasse tirer comme un lapin, on s'en branle ! Tout le monde sait ça, tellement rabâché, rebattu. Y a que les anglais pour être émoustillés par ça.
Retour aux bases, bordel. La musique est tout ce qui compte. 

Autant le dire de suite, je ne me sens pas de vous torcher une démonstration dont la finalité serait d'exposer à quel point Jerry Lee fut le pilier de Sun Records. A quel point il domina ses collègues de label. Je suis comme vous, l'intro de Whole lotta shakin' goin' on me donne de l'urticaire, Great balls of fire, I'm on fire, le live à Hambourg me font bailler, trop joué, trop bouffé à toutes les sauces. Même les albums Mercury, sur lesquels Jerry Lee Lewis s'affirme comme l'une des plus belles voix de la Country, me sont devenu trop familiers. 
 


Le Killer ne s'en retrouve pas pour autant éloigné de ma platine, sa riche discographie offrant un beau lot de surprises diverses et variées. A commencer par une approche toute personnelle de la musique black. Oui, contrairement aux insinuations de notre 7red qui a, pour le moins, du mal à voir autre chose que des bonnets pointus dans la culture du sud des États-Unis, le gars Jerry Lee œuvra avec générosité pour la fraternité entre les races (je sais, dit comme ça, ça surprend). 


Dès 1967, il va graver pour Smash Records le fantastique Soul My Way, une ouverture au Rhythm & Blues, même s'il ne peut se retenir d'y inclure une cover d'Hank Williams !

Southern Roots/Back to Memphis, enregistré en 1973, reprend la formule et cette fois carrément en compagnie des MG's. Sans Booker T, certes, pour cause de grosse fâcherie avec ses anciens complices mais avec, pour encore un peu de temps, l'incontournable Al Jackson, batteur des plus grandes heures de Stax, véritable pulsation du Funk made in Memphis. Le gars se fera canarder une paire d'années plus tard, sans que le Killer y soit pour quoi que ce soit. 
Oui monsieur, Steve Cropper, Duck Dunn, Al Jackson et même Carl Perkins et Tony Joe White, pour faire bonne mesure, tiennent la baraque pendant les sessions, rien que ça.


Et ça s'entend, la face A s'articule autour de trois morceaux au feeling méchamment groovy. Meat man d'abord, le titre le plus ouvertement rock de l'album, que James Brown en personne vient pimenter de giclées d'orgue. S'en suit une version autoritaire et ultra personnalisée, y compris au niveau du texte, du Hold on I'm coming de Sam & Dave puis un Just a little bit à faire rougir les filles. Les jobastres sont lâchés, ils n'ont pas fait le déplacement pour rien, le savoir-faire qu'on appelle ça.

Au milieu de cette débauche, un When a man loves a woman gorgé de soul, ce qui n'empêche pas Jerry Lee d'y aller de toute son arrogance white trash pour transformer cette complainte de cœur brisé en monument de cynisme, l'interprétation d'un vieux briscard à qui on ne la fait plus. On ne larmoie pas beaucoup dans le coin. 

Pour conclure la face dans l'allégresse, Born to be a loser rappelle à qui en a encore besoin qu'un album de Jerry Lee Lewis contiendra toujours une tuerie aux racines country. Même avec les MG's qui cravachent derrière.




La face B, c'est une autre affaire. Louisiana style. Je situe, le producteur Huey Maux est originaire de la Big Easy et entend bien le revendiquer. Les cuivres en avant toute, souplesse dans le mouvement et c'est reparti avec un Haunted house faussement branleur et vraiment haut en couleurs puis un Blueberry hill dispensable. Revolutionary man recadre le débat en optant pour une vigoureuse jam funky avant le sublime Big Blue diamond, classique s'il en est du répertoire de la Nouvelle Orleans, tout comme That old bourbon street church et sa fanfare de cuivres. Le disque se conclu là dessus, le gumbo est à point, vous pouvez remettre le diamant au début, on enchaine rien d'autre après un Jerry Lee Lewis.

Pour accompagner vos nuits chaudes, déguster la chose sans modération, vous serez jamais aussi bourré que le Killer lorsqu'il grava l'album. Hurlements de coyote en rut, auto-glorification de la bête en permanence, arrogance, vice plein le regard, mains à surveiller de près, en 1973 comme en 2012, Jerry Lee Lewis est un foutu Rocker. 
Sur ma lancée, je vous glisse en douce, son premier album pour Elektra, en 1979, enregistré avec James Burton à la guitare. Mêlant Rock nerveux et Country au goulot, ce disque est un sommet que notre Eddy Schmoll recyclera en partie en faisant de Don't let go, Trop c'est trop (dans ta tête on voit passer les trains..fallait oser.) et d'Everyday I have to cry un Tu peux préparer le café noir nettement moins bastringue que ce que nous propose le Killer mais pas déshonorant pour autant.



Pour finir, et parce que j'ai déjà dis mille fois tout le bien que je pense de Last Man Standing et Mean Old Man je citerai l'album Youngblood de 1995, un disque qui, yodel à l'appui, fait fermer la gueule à tous ceux qui prétendent qu'il est impossible de nos jours d'enregistrer du bon Rock'n'Roll ! 
Jerry Lee le fait, chaque fois qu'il pose son cul derrière son piano. 


                                                                                                               Hugo Spanky 

mardi 11 septembre 2012

La BouCHe Du PiSToLeT ou LeS PieDS De La cRoiX

"Je suis l'homme qui a vu l'affliction sous la verge de sa fureur.
Il m'a conduit et m'a fait marcher dans les ténèbres et non dans la lumière;
Contre moi seul il tourne et retourne sa main tout le jour.
"

Les Lamentations


Un papier sur le Christianisme et le rock and roll: ça fait longtemps que je voulais en parler, tant les réactions en France sur le sujet me hérissent le poil. Trop de clichés, trop d’anti-cléricalisme historique, trop d’anti-américanisme primaire et surtout trop d’ignorance sur la Bible et sur l’essence même de cette religion.


«Pas mal ton truc, me dit le boss de Ranx, mais faudrait une intro pour situer» alors je vais situer. Je vais même situer géographiquement. Ça pourrait expliquer bien des choses. Je suis né à Toulouse d’où je vous parle. Ville théologique par excellence. Épicentre d’une région mystique balayée par diverses hérésies au moyen âge. Et c’est ici, qu’a fini de se définir la notion de bien et de mal en Occident. Question qui s’est réglé d’ailleurs à coup de haches dans la tête, bûchers et autres interrogatoires musclés. Le mal est-il un principe en lui-même (pour les cathares) ou est ce le vide, l’absence de bien (pour les catholiques)? Voilà ce qui a déchiré la région et qui coule inconsciemment dans les veines des habitants de cette vieille cité...
Alors voyez.. entendre le célèbre dialogue entre Sam Phillips et Jerry Lee Lewis sur le diable, ça me parle.


Vous pouvez le tourner comme vous voulez, mais le Christianisme et le rock and roll sont liés comme les deux faces d'une même pièce. Quand je dis ça je m'adresse aussi bien au fan de rock français de base façonné par 200 ans de propagande républicaine athée qu’à certains chrétiens cloîtrés dans leurs certitudes moralistes.
Je veux dire, ceux qui ont oublié que même la dernière des prostituées asiatiques qui enchaînent les clients à Bangkok, peut leurs en apprendre sur l'amour.... Le vrai.

Évidemment, je ne vais pas vous parler du "rock chrétien", ce concept débile par définition, ni des prêchi-prêcha de Bono. Car c'est à peu près ça, l'image qu'on en a : une institution qui définit des normes morales qu'on devrait suivre si on veut aller au paradis...
Sauf, que si on plonge un peu dans le bouillon, on se rend compte que rien ne se pose en ces termes et que la foi devient la prise de risque ultime.
Le rock and roll n'est déjà pas si loin.

Mais évidemment, c'est la figure du Christ qui s'impose en premier. Le Christ seul devant la foule qui le livre à Pons Pilate. C’est LA religion de l'individu seul devant le monde. La religion de la liberté absolue, voulue comme cadeau du Père à ses créatures, du choix de vie de tous les instants.

Le rock and roll n’aurait JAMAIS pu naître sans ça.

La passion, oui ce chemin intense, jusqu'à la crucifixion. La souffrance sur la Croix dans la solitude immense… Entouré de la lie de l'humanité, deux voyous sur les deux autres croix devant une foule qui ne comprend pas qu'elle vient de faire une énorme connerie. C’est le trou sans fin, le vide dans lequel s'enfoncèrent des Vince Taylor, Johnny Thunders, Gene Vincent : La solitude inévitable, le sacrifice pour une cause impalpable et irrationnelle...


Ensuite, c'est cette culpabilité typiquement chrétienne qui rend le rock and roll si excitant et même érotique. Cette question du bien et du mal inconsciente, toujours présente, en tension, en ébullition chez  tous les meilleurs, qui sont évidemment américains. Entre un Jerry Lee Lewis qui comprend dès le début ce qu'il devra PAYER pour jouer cette musique, un Little Richard qui fait des allers-retours entre la foi et la débauche, un Elvis tiraillé jusqu'à la fin ou un Johnny Thunders qui se sait sombrer dans une incapacité à AIMER réellement. Et là, il ne s'agit pas de morale mais d'un face à face avec soi même, donc avec Dieu.
C'est ça qui est au cœur du rock and roll...
Quand au culte et à l'imagerie, est-il besoin d'en dire plus. La transsubstantiation pour celui qui croit fonctionne EXACTEMENT comme un bon concert de rock and roll...



Je pourrais en rajouter sur l'influence du Gospel ou sur les séances de Glossolalie des églises pentecôtistes chère à Jerry Lee. Du magma évangéliste du rockabilly, de l'influence du catholicisme sur le Doo Wop italien ou enfin de la Bible prise tout simplement comme source d'inspiration pour écrire des chansons par un Jeffrey lee Pierce parmi d'autres...Mais là, on tomberait dans les analyses musico-sociologiques à deux balles.


Personnellement, je n'ai rien à foutre de convaincre qui que ce soit sur le sujet mais je vous laisse la version française que vous retrouverez dans tous les hors-série de Télérama ou autres couillonnades nationales à papiers glacés qui voudraient que tout ça ne soit qu'une affaire sociale, de rébellion ou de libération sexuelle.

Et comme disait si justement Lou Reed qui en connaît un rayon: 
 


That's the story of my life
That's the difference between wrong and right
But Billy said, both those words are dead
That's the story of my life

 



Promis, la prochaine fois, je vous parlerai de l’influence du SM sur le look de Lux Interior.
Ciao