Ça fait déjà quelques années que Those Poor Bastards et moi, on se tourne autour sans parvenir à se mordre la queue. Leur excentricité m'attire autant qu'elle me réfrène, et si leurs albums contiennent tous, immanquablement, leur lot de chansons charismatiques, il n'en reste pas moins que leur grinçante beauté est trop souvent dissimulée sous un barbouillage sonore qui ne manque jamais de me rebuter.
Une situation d'autant plus rageante que Those Poor Bastards sont l'entité désaxée du mystérieux The Minister -dont nul ne semble savoir quoi que ce soit- et du stakhanoviste Lonesome Wyatt, un être torturé que l'on retrouve habité par la même démence sur ses albums en duo avec Rachel Brooke, que sur d'autres à la tête des Holy Spooks. Derrière ses airs d'aristocrate dégénéré par des siècles de consanguinité, Lonesome Wyatt se délecte de torcher des mélodies qui vous martyrisent les intestins, ébouillantent votre cerveau et vous glacent le sang en un même fatidique instant. Pourtant, qu'il est ardu de s'en imprégner, tant il fait tout pour vous en dissuader. Est-ce preuve d'un flagrant manque de caractère de ma part, que de réclamer de la clémence pour mes esgourdes vieillissantes ? Dois-je vraiment accepter de m'infliger les saturations distordues de Ten ton hammer pour jouir du plaisir d'être extirper du ronronnant confort dans lequel me berce la haute fidélité ?
Those Poor Bastards répondent par l'affirmative, systématiquement et sans baisser leur garde d'un pouce. Sing It Ugly, leur nouveau méfait, le proclame une fois encore, c'est dans la pourriture qui nous est tous destinée qu'ils se complaisent à échafauder leur ouvrage. Et moi de capituler. Lonesome Wyatt, aussi peu miséricordieux soit-il, m'est devenu trop indispensable depuis Bad Omen, le chef d’œuvre commun qu'il signa l'an passé avec Rachel Brooke. Et tant pis, si je dois creuser de mes mains jusqu'à m'en arracher les ongles pour me repaître de ses arrogantes mélopées. Elles sont bien trop uniques pour que je tolère de m'en détourner. Sur le précédent album de Those Poor Bastards, Vicious Losers, c'était Give me drugs, lugubre et lucide berceuse funéraire sur la prolifération normalisée des anti-dépresseurs, qui m'avait transporté jusque dans des territoires dépourvus de la moindre trace de félicité. Cette fois ci, c'est Unwanted qui fait office de philtre initiatique, un indescriptible boogie aux dissonances électroniques délicieusement usantes pour les nerfs.
Those Poor Bastards réussissent ce petit miracle de ne ressembler à personne, un fait qui serait méritoire en lui-même mais qui ne nous ferait guère plus qu'une belle jambe, si il ne s'accompagnait pas de ce talent de compositeur mis en exergue par les arrangements nourris d'audace de ce duo d'équilibristes fous. Que Sing It Ugly soit un meilleur album que ses prédécesseurs, c'est probable, qu'il soit celui qui aura fini par m'avoir à l'usure est sans doute plus exact. Convulsif dans ma tenue de cuir, les mains crispées déchirant ma propre chair, il est trop tard désormais, mon crane se fissure sous la pression sanguine. De ma bouche déformée s'extirpe la jouissance froide du hurlement des bâtards, tandis je twiste sur No, no, no. Parce que c'est bien l'unique chose à faire, quand plus aucune évidence n'a de sens.
Hugo Spanky























































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