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mercredi 31 janvier 2024

En sTuDiO aVec BaSHuNG



On ne peut pas se tromper à tous les coups, l'oeuvre posthume d'Alain Bashung jusqu'ici malmenée par une série de publications navrantes vient de se dôter d'un album de haut vol, En Studio avec Bashung. Un document cohérent dont la parution est totalement justifiée par sa sidérante qualité musicale. Et historique, aussi, mais on s'en fout. De l'historique, on en avait déjà eu avec le composite De Baschung à Bashung en majorité constitué d'enregistrements des années soixante, portraits d'un artiste qui se cherche, n'ayant rien à apporter au mouvement dominant de son époque et dépourvu des aptitudes nécessaires pour évoluer dans sa marge. La principale qualité de cette compilation, par ailleurs généreuse, reste de proposer une sélection de titres parmi ceux gravés la décennie suivante avec Dick Rivers sous l'estampille du Rock Band Revival. Une série de reprises de classiques du rock'n'roll par un groupe fictif destiné à alimenter anonymement le marché du disque discount, vendu 15 francs dans les rayons des mousquetaires de la distribution aux côtés des Testament du Rock et autres merveilles hautement éducatives. C'était sympa, ça swinguait dur.





J'en arrive au plat du jour. En Studio avec BashungSi ce disque est aussi satisfaisant, c'est qu'il apporte un éclairage différent, faute de nouveau, sur la période la plus fascinante et créative de Bashung, celle d'où émergent les albums Play Blessures et Figure Imposée. Le contexte, Bashung le plante lui-même en quelques mots au début du disque. Fernando Arrabal lui offre un rôle dans son téléfilm Le Cimetière des Voitures et le sollicite pour en composer la bande originale. En échange d'un sourire. A ce moment de sa vie, Bashung est dans un état d'esprit typique des claudicantes années 80. Créateurs et créatures fantasment un trip apocalypstico-post-punk peuplé de craintes illusoires. Les enfants de la nuit ont soudain peur de leurs ombres. Le fumeux romantisme de la lose bat son plein, abandon à tous les étages de toute notion de bonheur. Il faut, pour être dans le coup, afficher Khôl épais, dents cariées, teint jaunâtre et, sublime du sublime, anorexie et depression chronique. Avoir de l'énergie à revendre et un optimisme à tout rompre était au mieux suspect, au pire condamnable. 

Cette mentalité de zombies consentants à principalement donné matière à rire. Elle a aussi engendré quelques instants superbes. Au milieu du carnaval, une maigre poignée d'artistes avait autre chose à soumettre qu'une attitude affectée. Un talent. Bashung en fit partie. Soudainement devenu star des variétés, le compte en banque alimenté par Gaby Oh! Gaby et Vertiges de l'amour, il a tout loisir de se lamenter sur son sort. Notre homme se voit artiste maudit, limite incompris. Lui le rocker, l'amateur de cold wave et de rockabilly, adepte de Manset et Christophe, se voit étiqueté article pour ménagères entre JJ Goldman et Francis Cabrel. Il le vit mal. Se triture l'objet. Trouve prétexte à révolte. 



Le soucis c'est qu'un téléfilm de Fernando Arrabal produit par Antenne 2 dans la France de Mitterand est à peu près aussi révolutionnaire que Toucher la chatte à la voisine. Ce qui n'a ici aucune importance. En Studio avec Bashung est une tuerie et c'est marre. On y trouve l'influence conjuguée de Bruce Springsteen et Mink DeVille sur 'Cause I want you, celle d'Alan Vega sur Rock be me, tandis que le tempo ultra lent de The Hébrides évoque les Cramps de Psychedelic Jungle. Autant dire l'underground vu de l'Hexagone, dans les faits le rock contemporain du moment. Une intense minute de blues en fin de parcours, I don't know, et partout ailleurs des classiques en devenir du répertoire de l'alsacien. Strip now, Bistouri scalpel et Imbécile, pour les nommer, ici dans des versions différentes. Assurément pas moins bonnes, différentes. Elles dégagent une langueur en pente douce, se développent sur toute la durée necessaire à l'émergence d'un climat. Le travail de retape effectué par Michel Olivier, déjà ingénieur du son lors des sessions d'enregistrements, respecte à la lettre cet esprit si particulier oscillant entre analogique et électronique émergeante. On nage en plein rétro-futurisme, tempi mécanos, guitares surf, groupe soudé et chambre d'écho. Bistouri scalpel vampirise le crâne plus qu'elle ne l'incise et la découverte de la version avec voix de Procession est une autre bonne surprise, 'Cause I want you me colle à la peau. Strip now en sort grandie à deux reprises. Sophie refourgue la formule gagnante de  Vertiges de l'amour pour un follow up avorté qui aurait eu de la gueule. En ne forçant pas le trait comme il aura tendance à le faire ensuite, Bashung se révèle chanteur instinctivement crédible dans un anglais imaginaire, assemblage de mots clés finalement similaire à ce qu'il faisait du français, avec lequel il illumine des mélodies dont on retrouve l'écho jusque sur l'album Osez Joséphine que The Hébrides et I don't know évoquent par ce feeling indéfinissable de blues crypto moderne qui fait regretter le virage pris avec Chatterton. Il y avait chez Bashung une tendresse mélancholique que sa pudeur a sacrifié aux pirouettes de l'esthète branché. Si Johnny Hallyday dans ce qu'il a eu de meilleur avait un héritier, c'était sans hésitation Bashung. Capable de planter pile entre les deux yeux ce que le coeur n'exprime d'ordinaire qu'en silence.

En un mot comme en un roman, ce disque est une saloperie. Il me donne un plaisir dont j'apprenais à me sevrer, celui de découvrir, non pas un tire-larmes nostalgique, mais un authentique disque de rock à écouter en boucle.

Hugo Spanky


vendredi 20 novembre 2020

SuBWaY To HeaVeN...ALaiN BasHuNG

 


Même concept, même tourment. Piocher un disque et un seul parmi la discographie d'un mec qui en a fait des tonnes de bons. Aucune objectivité dans ma démarche, hors de question de désigner un quelconque meilleur album, simplement celui qui m'est indispensable selon des critères qui me sont propres. C'est mon défi, réduire virtuellement mes étagères à un seul disque par artiste. Malheur. Je sais déjà qu'il y a des cas inenvisageables, autant commencer par eux.

De Bashung, j'imagine, chacun aura son préféré, pour des raisons pas forcément plus connes que les miennes. C'est une de ses caractéristiques que d'avoir toujours fait des disques attachants. Bons ou mauvais, on s'en fout un peu tant que Bashung nous parle, même sans qu'on comprenne tout ce qu'il raconte. Finalement, ça réduit les désaccords. Mots à sens multiples saisis au vol au milieu d'un charabia fait d'absurde, d'abstrait, de calembours, de syllabes tempo, de visions qui parfois font froid le long de l'échine : J'envisage des concerts carnivores, des tueries, des carnages... J'envisage le pire.

Chacun son Bashung, le mien est Play Blessures. Du Bashung impliqué. Pas du Bashung Louise Attaque, ni du Bashung d'entre les morts bricolé par ouïe dire. Le vrai truc, par le mec en pleine possession de sa névrose. Un disque sans filet. Roulette Russe, Pizza, plus encore Roman Photos, qui l'ont précédé, sont de purs disques des 70's, fait de sonorités rondes, de graffitis américains lovés au cœur du milk shake. De ceux là, Play Blessures se distingue. Souvent je l'ai lu décrit comme sombre et froid, je ne comprends pas, Play Blessures est éblouissant (white light) et ardent (white heat). Moderne et composite. Enregistré en 1981, paru aux premières heures de 1982, il prend de vitesse les plus aguerris par son aplomb novateur. Si il se vend peu, Play Blessures va avoir une influence immédiate et croissante sur la production française et sera la cause de plantages monumentaux. La pochette annonce la couleur, Bashung joue avec le feu.

Panorama de guitares 50's, basse Peter gunn sur syncopes électroniques, superpositions de nappes synthétiques, boucles de percussions, voix de gorge infectée au débit monocorde. En 1982 ce genre de décalage savant est encore le territoire réservé des alchimistes underground des métropoles influentes, certainement pas celui d'un chanteur de variétés qui fait le Collaro Show pour promotionner son nouveau hit. Et pourtant. Play Blessures ne doit rien à aucun illustre producteur de Londres, New York ou Berlin. Macéré sur le tournage du Cimetière des Voitures, enregistré avec deux balles de budget à Longueville et Boulogne, Play Blessures est capté et mixé par Bashung et l'ingénieur du son Michel Olivier, tous deux farouchement déterminés à faire les choses autrement. Perdu la boussole, le compas, erreurs volontaires. Le disque s'appuie aussi sur KGDD, le groupe marseillais qui depuis deux ans accompagne Bashung sur les tournées. Les mecs sont en symbiose, soudés par les concerts, ils comprennent et retranscrivent illico.

Pour saisir pleinement ce disque riche en fragrances, il faut prendre garde à ne pas se laisser berner par son minimalisme de façade. C'est une cathédrale. Il faut céder à l'ivresse chaloupée de J'croise aux Hébrides, s'immerger encore et encore dans Martine boude, Lavabo, Volontaire, J'envisage jusqu'à percer à jour leurs métamorphoses. Trompé d'érection offre un lifting futuriste à tous les plans rockab' dont les revivals n'ont jamais su quoi faire de neuf. Play Blessures, c'est Psychedelic Jungle revu et corrigé par Jean-Christophe Averty.

Il faut prendre garde aussi à ne pas se laisser évincer par l'énigme des textes. Paroles et musiques sont ici deux expériences scindées jusque dans leurs créations. La musique d'abord, entièrement finalisée et enregistrée sans le moindre mot distinct, Bashung posant la voix témoin en lavabo, dialecte où seul le rythme importe. Ensuite seulement, une fois satisfait des instrumentaux, il en viendra à élaborer avec Serge Gainsbourg de quoi glacer le mille feuille.

Le Gainsbourg d'alors est un homme un brin dépassé par les bouleversements. Plaqué par Jane Birkin au moment même où La Marseillaise lui offre un raz-de-marée populaire, il accumule les scandales éthyliques sur des plateaux de télé friands de ce ton libéré dont se glorifie une France nouvellement socialiste. Sous nom de couverture Gainsbarre, qu'il vient d'enfanter sur Ecce homo, il se dédouane de toute responsabilité et ouvre les vannes qui finiront par le noyer sous les lampions de Michel Drucker. On n'en est pas encore là.

Depuis son face à face houleux avec d'anciens parachutistes venus lui expliquer ce qu'ils pensent de sa version reggae de l'hymne national, Gainsbourg cherche une camaraderie virile à laquelle se frotter. Hallyday, Dutronc, Coluche, pourquoi pas Bashung ? D'autant que la collaboration avec Bijou, quelques années plus tôt, lui a fait découvrir une connexion avec un public qu'il ne soupçonnait pas être celui de Melody Nelson et L'homme à tête de chou, deux disques écoulés au compte-goutte mais revendiqués par le microcosme rock des adhérents fnac. Et puis qu'a t-il à perdre ? Mauvaises nouvelles des étoiles vient de se ramasser laissant augurer une nouvelle traversée du désert s'il ne trouve pas fissa de quoi rebondir, maintenant que le filon rasta est épongé. Des nuits durant, Bashung et Gainsbourg font bon ménage, ils s'évaluent, se saoulent, se paluchent, lancent des idées entre deux volutes de fumée bleue. Errances et fulgurances. Au petit jour ils se quittent, en fin d'après midi ils se retrouvent dans l'arrière cours d'un bistrot à Boulogne, pile en face du studio. Là, parmi la poésie minutieusement agencée d'un Gainsbourg insomniaque, Bashung pioche et assemble ce qu'il sait pouvoir incarner une fois ajusté à son vocabulaire.

Émotions censurées, j'en ai plein le container, j'm'accroche aux cendriers, m'arrange pas les maxillaires... R'garde moi dans les yeux, A quoi on joue, tu me prends au sérieux, moi pas du tout...Et ça défile comme ça, dressant le portrait louche d'un personnage déglingué. Soldat sans joie, déjà. Vol de nuit sur l’Antarctique, j'attends la prochaine guerre, jamais d'escale, jamais de contact avec l'ordinaire...Écho de baises foireuses, de routines pernicieuses, d'ambiances piquées à l'environnement qui leur sert de base. J'voulais m'introduire entre tes jambes, histoire de me sentir membre du club, dis moi c'est combien, l'acte gratuit, si je te comprends bien, c'est hors de prix... La môme du bistrot affiche dix sept au compteur, émoustillée par la frime des deux affreux elle se fait culbuter aux lavabos, fond du couloir, troisième porte à droite. Tout finit sur le disque. La fille du patron, faut lui donner, pour la tirer d'là, tu sais où c'est...lavabo... Mensonges noctambules qui se fissurent à la lumière du jour, punkette qui se la raconte, Rambo trépané qui vante ses exploits de quartier aux abonnés du PMU. Play Blessures est le journal de bord d'un sabordage exalté. Les abris bus qu'on dégomme, rien que pour se prouver qu'on est des hommes... Martine fraye avec des petites garçonnes de son âge, comment la toucher quand elle me revient tout en nage... Chaque titre est un classique, C'est comment qu'on freine, Martine boude, Volontaire, Junge männer pour les concerts et les compilations, sans que Lavabo, Scène de manager, J'envisage, J'croise aux Hébrides, Trompé d'érection n'aient quoi que ce soit à leur envier. Play Blessures est l'album que Bashung ambitionnait d'enregistrer. Une célébration de la mue du serpent.  


 
Bashung a visité le palais de la gloire et en est ressorti effrayé. Les galas devant un public de hit parade, les télés Guy Lux, l'univers cartoon de Boris Bergman devenu son quotidien. Le rock franchouillard façon bande à Lucien. Il y aura d'autres Gaby, d'autres Vertiges de l'amour, il y aura SOS amor et d'autres encore, parce que rester populaire est la seule façon d'exister. Bashung l'a appris sèchement, lui qui longtemps fit carrière dans l'anonymat. Mais il ne peut pas y avoir que ça. Avec Play Blessures commence une nouvelle façon de respirer.

Après l'échec commercial du disque, Bashung va d'abord s'entêter avec Figure Imposée, puis se réconcilier avec son passé à travers les régénérescences pharamineuses de Live Tour 85. Passé le Rio Grande et Novice viendront conclure les années 80 et refermer la partie la plus productive de sa carrière. Celle à laquelle je reste le plus attaché. Bashung va entamer la décennie suivante en établissant une formule dont il ne dérogera guère. Une sorte d'union entre americana et Empire napoléonien. J'ai même l'impression que c'est ce qui va rester de lui, l'axe Osez Joséphine, Fantaisie Militaire. Pourquoi pas, après tout. Reste ce coin terre dévasté où je me réfugie, un no man's land dont aucune conquête n'a défini les frontières, Play Blessures.

 

Hugo Spanky

jeudi 3 janvier 2019

En aVaL !✯BaSHuNG✄The GoOD The BaD & The QUeeN


Comme si ça ne suffisait pas avec le bordel sur les rond-points, voici que l'insurrection prend ses aises sur ce blog. Après Harry Max courroucé par mes propos sur le radotage sénile de Paul McCartney, c'est maintenant à 7red de trouver à redire sur l'accueil modéré que j'ai réservé à l'arnaque Bashung et à la bérézina The Good The Bad & The Queen. L'année commence bien, je ne peux même plus dézinguer peinard. Il n'y a plus moyen de détester en paix. 
Tout ça ne m'empêchera pas de souhaiter que 2019 soit douce et heureuse, porteuse de bons sons bruts pour les truands et de friandises à se délecter. Et surtout, restons libres.
★ ✩ ✮ ✯ ✰ ☆ 

En aval de ta chronique sur le Bashung et le Good, Bad etc… et surtout après une réelle écoute, tranquille, en prenant du temps, quelques mots me viennent. Ça chie comme tournure hein ??

Tout d’abord ce En Amont, d’un Bashung qui n’est plus là pour dire si oui ou non ce disque avait une utilité. Perso, sa voix et ses mots me manquent et c’est vrai que j’aurais aussi bien pu me régaler d’un livre mais je suis content du disque, content de l’entendre, le Alain, et c’est tant pis si malheureus’ment ça justifie de sortir ce type de galette, post mortem, non finalisée et tout et tout. C’est quand même pas un type qui s’est élevé l’ouïe aux démos des Cadavres et aut’ 13ème Section, sans parler des trop fameuses Vanilla Tapes de moraliser sur le côté démo de ce En Amont.
Morceaux jetés ou mis de côté, idées placées là en attendant d’en faire, ou pas, quelque chose, c’est bizar’ment avec un putain de plaisir que de jouer l’album, peut’êt’ pas voulu, d’un Bashung déjà loin mais qui même en mode démo reste pour moi plus affriolant que tous les « Vianiais » et aut’ « Mettre Gims » de l’univers.
Triste pensée que ces chers disparus qui nous délivraient quelques bribes de leur univers au-devant de ces peignes zizi qui cherchent par tous les moyens à remplir, et pourrir, le nôtre !!


Pour ce Merrie Land de The Good The Bad & The Queen, je me souviens parfait’ment nous entendre encore dire que ce serait leur premier et dernier Bon disque, comme pour la Founky Familly et tant d’aut’, faut admett’ qu’on avait, en plus de la vista, la gâchette particulièr’ment sensib’ !!
Ou ils nous sortaient un album et une tournée tous les deux ans ou ce premier album devait êt’ aussi le dernier. L’effet de surprise s’en est allé il y a comme un bon moment de ça, alors pourquoi ce disque ?


On est loin d’un quelconque univers du Rock, c’est vraiment une espèce de pièce de cabaret, tout comme le Liberty of Norton Folgate de Madness et vu sous cet angle, ce disque devient, comme le premier, quelque chose de plutôt pas mal intéressant. Pour la tite histoire, je peux passer des heures à regarder et écouter en boucle le Liberty of Norton Folgate et dois admet’ que toutes les séquences partagées sur face de bouc du show de la bande au sieur Albarn me plaisent. Petites salles, scènes transformées en décor théâtreux 1900, proximité avec le public, de loin la chose la plus importante, reste malheureus’ment la barrière de la langue et que, peut’êt’, toute cette pièce reste très anglo-anglaise, leur histoire, leur brexit, leur bizness. T’êt’ même un problème de climat, mais ça c’est l’point météo !!

7red

mercredi 5 décembre 2018

BasHuNG-The GOoD, THe BaD & THe QUeeN



Il y a un bail de ça, The Good, The Bad and The Queen sortait un premier album qui offrait une crédibilité à Damon Albarn. Pour une fois, le gonze pondait autre chose qu'un gadget pour garnir le sommaire de la presse anglaise. Même s'il avait tendance à plonger ses auditeurs (nous fumes peu nombreux) dans une somnolence dominicale parfaite pour accompagner la digestion, le disque dégageait un feeling particulier puisé quelque part dans les ruelles sombres du Londres du 19eme siècle, celui des calèches sur les pavés, de Jack l'éventreur, de la misère populaire. Les chansons étaient ciselées, l'interprétation sobre et on était content d'avoir des nouvelles de Paul Simonon.
Enregistrer un second album semblait être une mauvaise idée, le disque originel fonctionnait parce qu'il était rare d'entendre ce genre de registre, le répéter ne pouvait donc que le déprécier, tandis que le faire évoluer serait un non-sens. Le mieux est l'ennemi du bien. Et ça n'a pas raté, Merrie Land dénature complétement le concept. Damon Albarn déroule ses gimmicks pop, largement périmés pour la plupart, sur des chansons d'où la magie est absente et discrédite le souvenir de sa seule offrande à la postérité en la barbouillant de tout ce qui faisait de Blur et Gorillaz du consommable jetable. A l'image de la marionnette à son effigie sur la pochette du disque, j'aurais préféré qu'il se taise.



La chanson française souffre du mal opposé, dépourvue de la moindre once d'imagination, elle s'enferre dans un carcan autrefois délimité par la mise en sons de La nuit je mens. Que l'on peut définir comme étant du Jean-Claude Vannier post-ColdWave. C'est donc logiquement à Edith Fambuena des Valentins que Chloé Mons a confié la mauvaise idée de cuisiner des démos de Bleu Pétrole à la sauce de ce qui fut son dernier succès commercial. Sauf que la logique et Bashung ça fait pas bon ménage. 

Edith Fambuena fait pour En Amont ce qu'elle fit pour tant d'autres et c'est bien le problème. Les albums de sa production sont interchangeables, Higelin, Thiéfaine ou Françoise Hardy, même combat, aucune personnalité n'y survie, seule la voix diffère.
En figeant ainsi Bashung dans une structure qu'il s'était empressé de fuir dès L'Imprudence, comme il le faisait quasi systématiquement à chaque nouvel enregistrement, elle donne la désagréable impression que l'artiste était en pleine régression. Bleu Pétrole n'est pas son œuvre la plus indispensable, c'est un minimum que de le dire, même si les circonstances me l'avait finalement fait accepter et partiellement apprécier. Bashung ne s'y montrait guère que par intermittence, mais il avait su procéder à des choix et si il n'avait pas voulu que son ultime tour de piste serve de caution à tout un pan des tristes sirs qui se pressaient à sa cour avant l'extinction du feu, ce n'est peut être pas pour rien. 


Chloé Mons semble en avoir décidé autrement, qu'importe la volonté du mort, on va quand même devoir se fader les restes, voir les signatures des rapaces dégueulasser le parcours en se conférant une crédibilité sur le dos du macchabée. Si peu pourvu de dignité qu'ils n'en refusent pas de se voir ainsi accoquinés post-mortem au nom de celui qui n'avait pas jugé bon de donner suite à leurs appels du pied. En Amont n'a de Bashung que la voix, et encore, une voix de démo, fatiguée par la maladie et le peu de motivation que lui inspirait le matériau proposé. Les arrangements musicaux greffés dessous par la valentine sont au mieux des pastiches, le plus souvent des souffrances. Faut-il que L'Imprudence soit si difficile à dompter pour que la veuve veuille en délivrer une version appauvrie afin de mieux capter des oreilles habituées à la médiocrité ? Ne vous laissez pas leurrer, l'ultime salut de Bashung fut cette oraison crépusculaire et farouche, l'indomptable imprudence d'un casse-cou sans filet. Que pour les bonnes pages de télérama, Chloé Mons et Edith Fambuena se soient chargées de faire du gringue à un public de croque-morts n'y changera rien. Elles peuvent continuer à faire des branlettes, les éjaculations ne viendront pas saloper ma platine.


Hugo Spanky


lundi 20 avril 2015

A PRéseNT Tu PeuX T'eN aLLer



Richard Anthony est mort et mine de rien, c’est pas anecdotique. Richard Anthony, juif du Caire, forcément français, fut le premier. Avant Godard, avant Johnny, avant 68, avant le Rock qui fait rire. Le premier ou presque à vrai dire. Eddie Barclay et Eddie Vartan lui avaient servi de phare.


Là où Boris Vian et Henri Salvador se bidonnaient du Rock en bon jazzeux snobinards qu’ils étaient, Richard Anthony donna un visage (puis un double menton) à une jeunesse cachée sous le tapis par une société ne prônant que l’age adulte et les responsabilités. Les tristes mines qui mènent à la guerre il les balaya au tempo du Three cool cats des Coasters, ringardisant pour le meilleur comme pour le pire un Paris désormais distancé par une Amérique libératoire. Gary Cooper, Elvis Presley aux affiches des cinémas. Terminé pour la jeunesse de bailler autour de la radio de grand-mère, Brassens, Piaf, Trenet, de la poussière plein le canotier, même Aznavour ramera pour accrocher finalement le wagon des yéyés grâce à La plus belle pour aller danser et Retiens la nuit tout comme Gainsbourg le fera in extremis avec France Gall et ses sucettes. Ce seront les seuls compositeurs d’avant à survivre au rythme des 60‘s.



Richard Anthony a amené l’adaptation en France, le concept au delà de la simple reprise qui fait que l’on accapare une chanson, qu’on la transforme pour que la liesse locale s’en réjouisse. Le talent pour saisir l’air du temps et lui donner une définition qui fait l'unanimité. En 1959 ce fut Nouvelle Vague et rien d’autre. Comme plus tard ce sera Gabrielle, hymne du macho en pleine souffrance masochiste. Richard Anthony a ouvert le bal pour Eddy Mitchell, Sylvie Vartan, Dick Rivers et bien sur Johnny Hallyday, un bal des copains qui tiendra la dragée haute une bonne dizaine d’années avant le renouveau des auteurs/compositeurs à la française, Véronique Sanson en tête vite suivie par William Sheller, Michel Berger, Souchon/Voulzy, Daniel Balavoine, Francis Cabrel jusqu’à la main mise sur le processus des Goldman et Obispo, figeant l’habillage des mélodies dans ce que Bashung leur a toujours fait fuir, l’uniformité.


Mais Bashung était à l’exact opposé de Richard Anthony. Dans son registre, Bashung fut le dernier. Et comme pour qu’il y ait une fin, il faut un début, montrons lui le respect qu’il mérite.

Hugo Spanky 

Ce papier est dédié à Percy Sledge.

dimanche 30 décembre 2012

BasHuNG, BLeU PéTRoLe



Dans ma ville y a un musée des arts modestes, à voir ce qu'ils exposent s'ils étaient vraiment modestes ils commenceraient par ne pas appeler ça de l'art. Dans ma ville, ils commémorent les 30 ans d'une salle de concerts fermée depuis 25 ans (!) C'est vous dire s'ils commémorent.
Des romans-fleuves asséchés où jadis on nageait



Dans la ville voisine c'est mieux, ils voient les choses en grand, font carrément passer des ersatz de led zep et de pink floyd. Comme si tant qu'à faire ils ne pouvaient pas choisir des bons groupes. 

Le business ne se fait même plus chier à proposer quelques millions de dollars de plus aux membres originaux pour qu'ils se reforment, ils prennent des clones et basta. Le plus beau c'est que les salles sont pleines !  
Les gens sont cons.

Délaissant les grands axes, 
j'ai pris la contre allée


Au milieu de tout ça, Bashung me manque. Et pas un hommage télévisé à me mettre entre les ratiches. Rien. Pas une galette d'inédits, un live, j'en sais rien quoi mais depuis le splendide L'homme à tête de chou, que dalle. A croire que la mort s'est vu retirer son triple A.
Alors j'écoute encore et encore La nuit je mens et je la trouve plus belle à chaque fois. Bijou, bijou.



Pourtant, je l'ai boudé Bashung, un temps. M'en suis détourné, le choix de ses plus récents collaborateurs en est la cause. Il a eu le don de me faire flipper, à toujours choisir des gonzes qui me me pressent les pastèques, celui des louise attaque ou ce manset de cauchemar. 


Du coup je m'étais éloigné vite fait de Bleu pétrole et un peu plus encore lorsque la maladie pointa son vilain nez. Hors de question que je devienne soudain mielleux, sans autre raison, envers un disque que j'avais pris en grippe.
Y a pas que les gens qui sont cons, parfois.
Je me dérobe, je me détache, sans laisser d'auréole


Il aura fallu un mistral glacial qui ne lâche pas l'affaire dix jours durant, puis un cinglant marin pluvieux la semaine suivante pour que me prenne l'envie de me faire consoler.  
Par Venus, tant qu'à y être. Saloperie de chanson, m'a plus quitté d'une semelle. Voir une portée de chatons blottie dans le froid des quais suffisait à faire vaciller ma carapace. Niqué. Me suis enfilé tout l'album à peine sorti du boulot. C'était y a une semaine, il s'est pas éloigné de la feutrine depuis. Malgré les évidents signes de lassitude de ma chérie. Que j'aime.
Elle est née des caprices, pommes d'or, pêches de diamant
 

 
L'album est superbe. Angora, Sur un trapèze, Je t'ai manqué, Je tuerai la pianiste, Hier à Sousse font oublier le pénible Comme un légo et une face 4 un chouïa en dessous. 



Surtout, c'est du pur Bashung, qui que soit l'auteur. Comme toujours en fait. L'homme à tête de chou paru l'an dernier le démontre avec une classe d'outre tombe, du Gainsbourg paroles et musiques et c'est du Bashung qui sort des enceintes. Trop fort l'alsacien basané.

Il m'aura fallu faucher les blés, Apprendre à manier la fourche
Pour retrouver le vrai, faire table rase du passé,
La discorde qu'on a semé, à la surface des regrets
N'a pas pris

Pffff...
Peut souffler tant qu'il veut, le mistral, je suis armé. 

Là dessus cette narcisse se plonge avec délice,
dans la nuit bleue pétrole de sa paire de Levi's

Hugo Spanky

samedi 31 mars 2012

Bombez le torse, bombez !


Hier soir j'ai bien roupillé, dès la moitié de Good morning England (le bateau qui rock en v.o...) un film inspiré de l'histoire de radio caroline qui ne démontre que la médiocrité de la culture pop anglaise et l'ennui profond dans lequel devait baigner le gouvernement de leur majesté pour s’attarder, en 1966, à vouloir censurer un mouvement aussi niais.

Comment se sentir concerné par les peccadilles contées par cette affligeante pellicule si ce n'est en se sentant fier de notre France ? Tandis que les coincés de la perfide albion se demandaient comment interdire la diffusion de la culture jeune, notre pays se targuait déjà et depuis 1959 d'une émission de radio brandie en étendard par les moins de 16 ans, ainsi que son complément papier, Salut les copains, au Hit parade desquels figuraient dès 1965 et de manière parfaitement banalisée, les Beatles, Kinks Who et autres craintes des autorités du royaume. De quoi tordre le cou à bien des complexes d'infériorités.


Je le dis haut et fort, la France est bel et bien le second pays du Rock'n'Roll talonnée de près par l'Italie, toutes deux à mille coudées au dessus des anglais. Londres n'a pas tué qu'Eddie Cochran, elle a aussi plongé Jerry Lee Lewis dans l'obscurité et qu'on ne vienne pas me dire que ce peuple adepte de la coupe au bol a recueilli Gene Vincent, ils n'ont fait que le ringardiser à grand coup de groupes mièvres et aseptisés. 
Pfff, lors de la dernière scène que mes yeux ont captés avant que mes paupières ne les obstruent, le dj de « radio rock » bravait tous les interdits en prononçant le mot fuck à l'antenne comme s'il tranchait le cou à sa reine. Hum, comment leur expliquer qu'en France dès 1952, un chanteur du sud mettait en rimes la sodomie d'un juge par un primate peu regardant ?

La pop anglaise c'est du Rock'n'Roll avec un napperon sur la banane et une théière dans le cul !


Ils ont eu les Who, certes, mais on a eu Aznavour, Dutronc, Gainsbourg, Polnareff, Bashung, Fred Chichin.
Bordel, il serait grand temps que l'on se penche sur notre histoire, que notre lègue soit encensé et que soit passé aux plumes et au goudron les sempiternels pitres rabâchant jusqu'à plus soif que le français ne sonne pas en rythme.
Je me contrefous de Claude François mais je salue la sortie d'un biopic enfin consacré à un gars de (presque) chez nous tout autant que je m'inquiète d'apprendre que Julie Delpy va se pencher sur le cas Joe Strummer. Qu'est ce qu'on peut en avoir à foutre de ce qu'elle pourrait bien nous raconter sur le Clash brailleur ? Confidences saisies sur l'oreiller du copain du cousin de la sœur au voisin de squat de cousin Joe ou révélations sur l'enregistrement de London calling, on s'en fout !
Pondez nous un film sur Dick Rivers ! Je viens de finir Mister D, longue interview en forme de biographie qu'il vient de faire paraître aux éditions Florent Massot, c'est fendard, ça cause de Nice, du Paname d'avant 68, de Toulouse, de ses rêves américains, du temps qui passe, pas besoin de prétexter un anglais pour saisir le parfum du Rock'n'Roll, tout est là.



 
Et qu'on vienne pas me saouler avec le punk, ce phénomène n'a eu aucune résonance chez nous dans la mesure où la moindre chanson de Michel Sardou le rend aussi inoffensif que ridicule. Là encore seul les anglais pouvaient être choqués par ce qui s'est avéré n'être qu'une tempête dans un verre d'eau. 


Le Clash ne me passionna que lorsqu'il traversa l'atlantique soit au moment même où son public anglais le condamna pour traîtrise. Bande de zguègues tellement prisonniers de leur île que rien dans leur musique ou leur cinéma (je ne sais pas s'ils ont des écrivains contemporains mais bon) ne sait exister sans un vernis de nostalgie de plus en plus épais. Jusqu'au début des années 2000 tandis que nous avions l'un des meilleurs Hip Hop du monde, ils en étaient encore à se chercher un palliatif aux Beatles. Elle a bonne mine l'avant garde londonienne.


Pour un David Bowie nourrit aux sonorités du monde, un Jerry Dammers, un Mick Jones aventureux dans l'âme, combien de popeux geignards ressassant encore et toujours les mêmes ritournelles ? Combien de cats stevens, de coldplay, de James Blunt ?

Mauvaise foi me direz-vous, pourtant il suffit de s'égarer sur canal plus pour tomber sur la dernière branchitude estampillée UK, tantôt de la soupe ânonnée par une black décolorée qui se voudrait le renouveau de la soul (?) tantôt un quintet de jeunes aux tronches d'idiots/bêtes usant nos nerfs sur une bande son qui si elle servait de prétexte à des gosses de chez nous leur vaudrait un retour express chez papa/maman, mais là, non, c'est supra cool, hyper tendance. Et merde !


Et d’où ça sort que se saper d'un t.shirt imprimé union jack serait le summum du look pop alors qu'un t.shirt bleu blanc rouge serait immédiatement symbole de nationalisme fascisant ? 


Non, vraiment s'il y a une différence de niveau entre eux et nous, elle n'est pas culturelle, elle est structurelle. Alors que depuis le ticket Mitterand/Lang en 1981, on traite par ici les musiciens comme des affiliés à la cotorep en leur refilant subventions et locaux municipaux, en les prenant par la main, les anglo-saxons  considèrent les leurs comme des professionnels, du coup c'est que le meilleur gagne (ou le plus corrompu) et que les autres se démerdent. Le tri se fait à la source et pas au robinet.
Ce qui ne veut pas dire que le lavabo est plus étincelant pour autant.


Hugo Spanky