mercredi 15 avril 2026

ON n'a paS ToujouRs Ce Qu'oN VeuT, QuaND oN TRouVe Ce Qu'oN CHeRcHe



Et me voici à nouveau en mode archéologue, non plus en arpentant les rues des villes en quête de boutiques ignorées des foules, mais éveillé sur mon lit à des heures indues, lorsque l'esprit vagabonde au fil des saveurs indicibles. Et de croiser sur Apple Music une vieille connaissance depuis longtemps négligée ; Public Image Limited qui me propose de découvrir End Of World, un album de 2023 tout ce qu'il y a de correct.

Enthousiasmé par cette écoute, il ne m'a pas fallu longtemps pour localiser une version généreusement extended de Flowers Of Romance, disque qui en son temps m'avait séduit plus encore que son morbide prédécesseur dans son linceul de métal. Peut-être que la singulière beauté de Jeanette Lee placardée sur la pochette n'y était pas pour rien. Etrange musique que celle de Flowers of Romance, John Lydon en prédicateur d'Orient sur des rythmes d'Occident décadent, de quoi rendre le növo dub de Metal Box presque ordinaire. Mais était-ce vraiment encore une musique ? 
Moi qui n'aie jamais été client des Sex Pistols, j'aimais le pragmatisme de PiL. On a un bassiste ? Mettons-le à fond. Il nous quitte ? Faisons un disque sans basse. Mise en pratique de théories fumeuses.

Le discernement altéré par les sons industriels de Keith Levene et Martin Atkins, les imprécations de John Lydon, le volume et la fatigue, je me suis soudain souvenu de l'existence de Commercial Zone. Le disque maudit, la désintégration terminale. PiL fut 4, fut 3, fut 2, puis devint multitude. Désincarnée, mais non dépourvue de caractère. Ce sera un autre chapitre, mille autres facéties animées par des rencontres avec Afrika Bambaataa (paix à son âme troublée), Bill Laswell, Ginger Baker, Steve Vai, un ex Damned encore plus damné que les autres, Lu, et d'autres qui viendront, prendront salaire et s'en iront, laissant John Lydon au gouvernail. Le parcours est tumultueux. Je l'ai suivi de loin, mais sans total désintérêt, parce que même si Lydon me casse les bonbons plus souvent qu'à son tour, je respecte sa philosophie. Le type est égocentrique comme peu se permettent de l'être publiquement, il est aussi à l'occasion d'une désarmante sincérité. Lisez son autobiographie, il ment une page sur deux en s'attribuant des mérites qu'il devrait partager, il rectifie néanmoins le portrait d'un mouvement punk qui a depuis longtemps perdu la boussole. Lydon est parmi les rares à soutenir l'idée primale qui veut que la seule règle soit qu'il n'y a pas de règle. Il foudroie les ruminations de Joe Strummer et ses histoires de trahison du message originel, mieux, il s'en moque. Merci à lui. Qu'est-ce qu'un beatnik reconverti en pub-rocker sait du message originel du punk ? Lydon conchie les idiots du riff bourrin, les inconditionnels de la vitesse pour la vitesse, tous les Not Dead de la terre, les uniformisés, les machos à deux balles. Lydon tient un discours sain dans une société malade. 
Trêve de disgression.


Commercial Zone est la version inachevée de ce qui devait être un atterrissage approximatif à proximité de la planète MTV. Après avoir frôlé la banqueroute à force de provocation, abandonné par son label et une partie de ses membres, Public Image Ltd, réduit au duo Lydon/Levene, avait choisi d'alimenter la soif de reconnaissance de l'un et l'addiction de l'autre en se frayant un chemin entre mainstream et post-punk industriel. Après tout, ils étaient précurseurs en la matière. L'histoire tourna rapidement vinaigre et Keith Levene claqua la porte du studio, non sans emporter avec lui les bandes des sessions en cours. Dépourvu mais point abattu, Lydon réenregistra le disque avec des musiciens de location, remplaçant au passage le vernis experimental par un saxophone typiquement 80's, des synthés qui font tsoin-tsoin et les audaces trop suicidaires par un enthousiasme au trait forcé. Au final, ce sera This Is What You Want, This Is What You Get et son tube aussi mondial qu'improbable ; This is not a love song.
De son côté, Keith Levene proposa à Virgin de sortir sa propre vision du disque, autrement plus corrosive, hélas le label refusa de jouer sur les deux tableaux. Pour une fois qu'on aurait pu rigoler. Sur Commercial Zone point de saxophone, mais un Bad night qui aurait fait un audacieux single des Rolling Stones, un Blue water qui ralenti à outrance le riff du Waiting for the sun des Doors, une version de Love song bien moins crispante que son remake. Devant tant d'excentricités le mieux est encore l'écoute, je place sous ma signature le lien vers un vinyl bootleg, armé d'un son énergique et groovy. 

Vu de 2026, ces péripéties en leur temps anecdotiques apparaissent soudain vitales, une authentique dose de rock avec attitude ne se trouve plus guère qu'en contrebande. Je ne peux quand même pas m'empêcher d'imaginer ce à quoi Clash aurait ressemblé si Keith Levene y avait tenu son rôle de co-fondateur. Si le groupe avait conservé l'association du talent de compositeur polymorphe de Mick Jones et celui d'apprenti sorcier de Keith Levene, si skunk et chimie 2000 s'étaient alliés au-delà de la furibarde année 76. Assurément, la face du rock en eut été changé et peut-être alors que le punk, plutôt que de s'enferrer dans les diktats stylistiques et doctrinaires aurait été le véritable espace de liberté et d'originalité qu'il prétendait vouloir incarner. Au lieu de quoi, le constat reste amer devant l'idolatrie béate des fanatiques du genre pour les idoles désuètes, le concept ni Dieu, ni maître ne les a jamais effleurés. Entre les Sex Pistols partiellement reformés et un PiL en bonne santé, je sais vers qui me tourner.

Hugo Spanky

Public Image Ldt - End of World
Public Image Ldt - Commercial Zone