jeudi 26 mars 2026

d'iNSPiRaTioNs PiXéLiséeS diVeRSes eT vaRiéeS

J'ai regardé le récent documentaire Man On The Run vendu comme étant consacré aux années Wings de Paul McCartney, une thématique qu'il n'assume hélas pas complètement. Ce que raconte Man On The Run, c'est l'histoire d'un come back depuis la boue écossaise jusqu'à la triomphale tournée américaine de 1976. La réalisation en fait des caisses sur le misérabilisme de la vie à la ferme pour mieux nous refourguer Paulo en Superman du glitter rock.
Concrètement, il occulte de scandaleuse façon l'après Silly love song. A commencer par l'album London Town, un incontournable en ce qui me concerne et pas seulement parce que c'est le premier Wings que j'ai acheté à sa sortie. Un geste qui ne manquait pas d'un certain panache en cette année 1978. 
London Town reste un disque maladroit, une sorte de synthèse des sons émergeants qui préfigure en cela les expérimentations à venir. Certes, il est bizarrement agencé, quoique pas si éloigné de Band On The Run avec lequel il partage une production molle. J'avais appris à l'apprécier comme j'avais appris à avaler les carottes râpées poisseuses de la cantine. Avec difficulté. Ce qui ne l'avait pas empêché de s'imposer au fil des semaines.


L'année suivante Chris Thomas sera recruté pour corriger le tir, Back to The Egg fera ainsi preuve d'une efficacité redoutable et deviendra instantanément mon Wings préféré. Chose dont le documentaire ne dit pas le moindre mot, préférant se concentrer sur l'emprisonnement au Japon avec force de documents inédits et brièvement sur Goodnight tonight qui avait pourtant fait du remue-ménage dans le hit-parade RTL. Tout ceci oriente la postérité vers un McCartney plus badass que nature, laissant deviner que les remarques acerbes reçues à l'époque sur sa niaiserie supposée n'ont toujours pas été digérées. Une relecture vaine, alors que le réel génie visionnaire du bassiste fut de filmer l'intégralité de l'album sous forme de vidéo clips. Ils seront diffusés deux ans plus tard, un mercredi après-midi sur TF1, quelques semaines avant la retransmission du concert pour Kampuchea dont McCartney était à l'origine. On était gâté en ce temps-là.
Pour ajouter à l'incohérence du résultat final, Man On The Run néglige Wings mais évoque largement McCartney II, ce qui n'est toutefois pas pour me déplaire. Pour être clair avec les intégristes du Beatle à perruque, je considère London Town, Back To The Egg et McCartney II comme le pic créatif de sa carrière post Fab Four. Ajoutez Flaming Pie et Driving Rain et mon top 5 de ses albums est dévoilé. On peut en discuter toute la nuit, j'ai des arguments irréfutables.

J'ai enchainé avec le documentaire Netflix sur Hillel Slovak, guitariste fondateur des Red Hot Chili Peppers, mort d'overdose avant l'étape du succès international. Les images d'archives de Hillel Slovak n'encombrent pas YouTube, son souvenir n'encombre même pas l'esprit des fanatiques du groupe, c'est pourtant Freaky Styley qui fit parler d'eux auprès des amateurs de nouvelles tendances. Le fait que George Clinton le produise n'y était pas pour rien. C'est en 1987 sur Uplift Mofo Party Plan, leur ultime album avant mutation, que Hillel Slovak laisse une trace indélébile de son talent en créant un son et un style qui parviennent à marier les riffs squelettiques de la cold wave avec le groove du funk et l'énergie du metal. La démonstration fera recette et le groupe décroche son bon de sortie de l'underground en instaurant ce qui allait devenir une signature, la ballade acide, avec Behind the sun.

Alors que l'horizon s'illumine enfin, les Red Hot Chili Peppers trébuchent durement. Le traumatisme causé par la mort brutale d'Hillel Slovak décapite le groupe, Kiedis sombre plus profondément encore dans l'addiction, Flea dans la dépression chronique, tandis que Jack Irons abandonne ses baguettes pour la camisole. Le documentaire est admirablement construit entre images rarissimes et témoignages de première main, parmi lesquels ceux de Flea et Anthony Kiedis que le souvenir plonge avec une émotion sincère dans une époque amère où l'autodestruction était devenue la règle. La complexité des personnalités, les difficultés rencontrées pour maintenir à flots une formation que les uns voyaient comme secondaire, tandis qu'elle était la raison de vivre des autres, leurs rapports internes teintés d'amour sublimé et d'abandon adolescent rendent le documentaire poignant. Une qualité rare dans un domaine qui vire régulièrement à l'exercice promotionnel.


Après tout ça, c'est sans le moindre étonnement que j'ai accueilli une insomnie carabinée. Trois heures du matin avec les billes en quête de pixels, les sens en hyper sensibilité maximale et l'esprit propice à la féérie. The Greatest Night in Pop ne pouvait pas mieux tomber. Je ne sais plus où je l'ai vu, sans doute Netflix, c'est une conséquence du Fire Stick, je divague d'une plateforme à l'autre.
Lionel Richie mène la danse avec malice pour ce documentaire qui nous invite aux premières loges de l'enregistrement de We are the world. En commençant par l'organistaion de la session unique qui devait réunir autant de stars que possible au même instant, au même endroit. Pas si aisé que ça. Le ton est juste, les petites manipulations pour attirer Prince ne sont pas mises sous le tapis, l'humeur bas du front de Waylon Jennings non plus. On suit jusqu'à sa concrétisation l'idée d'Harry Belafonte, vexé et inspiré par celle de Bob Geldof qui venait de réunir les grands noms, blancs, de la Pop anglaise pour son single caritatif Do they know it's christmas? destiné à réunir des fonds contre la famine en Afrique.
La grande qualité du documentaire est d'inclure la session elle-même puisqu'elle fut entièrement filmée pour la réalisation du clip. Difficulté supplémentaire, en plus d'enregistrer en une seule nuit une trentaine d'artistes sans répétition préalable, une équipe de tournage devait évoluer au milieu d'eux. Par bonheur, ça nous permet d'assister à la mise en place du chœur, à l'assortiment des voix selon le timbre de chacun, au travail collectif autant qu'individuel pour trouver le ton juste, puis à l'enregistrement final des solistes. C'est magnifique. J'ai fini ému aux larmes sitôt que Diana Ross ouvre la bouche. Vous n'imaginez pas toute la magie que ce simple instant propage à travers l'univers. Je l'ai revu avec Milady quelques soirs plus tard pour vérifier que tout ceci survive à plus de lucidité. Le résultat fut tout aussi embué. 



Les participants, pour certains souvent décriés et moqués, parfois ici-même, apparaissent dans leur simple humanité, galérant sur leurs mesures de chant ou instantanément touché par la grâce de leur talent inné. L'évènement médiatique n'en est pas un, nous sommes témoins privilégiés de la passion qui anime une bande de surdoués, parfois besogneux, ivre, renfrognés ou hilares, timides ou extravertis, tous portés et unis par une cause commune qui sublime l'instant. Rien d'autre n'a d'importance.

Hugo Spanky


jeudi 5 mars 2026

SouS iNFLueNCe aRTFiCielle



J'ai investi dans un Echo Studio, depuis je multiplie les accents en espérant qu'Alexa me comprenne. J'ai eu le malheur de lui demander The Pros and Cons of Hitch Hiking par Roger Waters. Lassitude. Aussi dématérialisée soit-elle, m'adresser à Alexa me rend plus nerveux qu'un puceau en survêtement confronté à une érection. Je l'ai mise en couple avec Apple Music et mes défauts de prononciation sont devenus sources de découvertes impromptues. Mon smartphone ridiculise la discothèque de Radio France.

Au milieu de tout ça, l'impensable, j'ai vendu une bonne centaine de mes vinyl sans en regretter aucun. J'ai même pris goût au truc. Annonce, colis, étagère vide, déchèterie. Je respire mieux. Après tout, si quelqu'un a envie de posséder la bande-son de mes seize ans, grand bien lui fasse. Je porte un intérêt plus grand à la bande-son de mon quotidien. Et, bordel, si je devais acheter tout ce que j'écoute, j'y laisserais ma fortune. Vous n'imaginez pas. J'expérimente à tout va. Le metal extrême étant dans une phase de respiration, je focalise sur le seul genre qui ne dort jamais. Le Hip Hop est en permanente mutation, il ne recule devant aucune innovation, il intègre, il digère, si besoin il évacue. C'est un organisme vivant. Les révolutions en la matière ont depuis longtemps dépassées les 33⅓ par minute. 


Le premier album que j'ai envie d'évoquer est pour vous plus que pour moi. J'entends d'ici le refrain du manque de musicalité, j'anticipe et tacle. L'album 08 Jetta : Road 2 Glory Cut de Kai Banks est pour les réfractaires. Enregistré live dans un local de répétition, une tendance qui prend racine avec la prolifération des web sessions style Live on KEXP, le disque ne se contente pas de sampler du Jazz, il s'appuie sur des musiciens et des compositions originales qui montent par moments très haut dans la stratosphère. Et prenez ça avec objectivité, je suis loin d'être adepte de l'association de ces deux genres, trop souvent le résultat a sombré dans la soupe et le cliché. Ici, c'est une démonstration des possibles. La fusion est totale entre le flow de Kai Banks et la libre expressivité de ses musiciens. Pas facile d'en dire plus, c'est le grand inconvénient de la dématérialisation, pour piquer des infos dans les crédits des pochettes, on repassera. Le mieux étant de vous faire votre propre avis en regardant la session :



Voilà pour la mise en bouche, place au festin.
Deux crews me trépanent le cerveau en heavy rotation, le premier est le duo Run The Jewels et ses quatre albums aux titres numérotés. C'est puissant, très puissant, créatif et expérimental, magnifiquement ciselé et interprété. RTJ2 est sans doute leur album le plus abordable pour des oreilles formatées au binaire à guitare, tandis que RTJ4 est le plus globalement indispensable. Dans les deux cas, on est traversé par une pulsation proche du dérèglement des sens, le son est gigantesque, sans superflu, les infra-basses cognent en uppercut. Une pure expérience d'immersion dans la musique d'aujourd'hui sans les aléas bassement commerciaux des productions putassières.




Le second est JPEGMAFIA et son album de I Lay Down My Life For You de 2024. Pour le coup, je me suis fait un trip psychédélique total. Point commun avec les albums de RTJI Lay Down My Life For You embarque dans un voyage cosmique qui sent le bitume, le danger, le vécu, le spleen. Et l'amour, la tolérance. En termes d'urgence, de dynamique et d'inventivité, on navigue entre le Fleurety de Department of apocalyptic affairs et le post-punk 77.
JPEGMAFIA est l'oeuvre d'un seul homme, polytraumatisé par son passage dans l'armée US lors de la guerre en Irak. Peggy, c'est son pseudo, conceptualise ses albums de A à Z. Composition, écriture, enregistrement, production, conception pochette, promotion, distribution. Bien que New-Yorkais comme le duo de RTJ, il incarne la scène de Baltimore, ville devenue son quartier général à l'aube de sa carrière. 
A l'image des films de John Waters, la scène Hip Hop de Baltimore cultive un underground où se mêlent musique, sexualité, mode, transgression et happening. Dans l'univers de JPEGMAFIA, Rock et Hip Hop s'entrechoquent de la même façon que le Tearz du Wu-Tang (modèle absolument de toute cette clique) flirte avec un sample de Prince sur son fantastique morceau Exmilitary, tout est ainsi disloqué dans un univers kaléidoscopique. Le Hip Hop n'est plus l'apanage du Superdopefly entouré de biatch, l'attitude gangsta rap a été renvoyée à la préhistoire, le ton est dorénavant à la dénonciation du machisme, au détournement des codes militaires, les revendications d'hétérosexualité servent à mieux souligner l'universalité du soutien à la cause LGBT. Démonstration est faite que rien de tout ceci n'est contradictoire. Ce n'est que différentes facettes d'une même humanité.




Les albums de RTJ et JPEGMAFIA sont disponibles en vinyl, CD, même sur cassette, principalement pour servir de décoration. Non pas par snobisme, simplement parce que les formats physiques ne correspondent plus aux normes de publication de la musique telle qu'ils la conçoivent. Les innombrables créateurs qui peuplent l'underground Hip Hop publient à tout va sur internet sans se soucier de systématiquement construire un album. Le remplissage n'a aucune raison d'être. Les plateformes permettent la publication titre par titre ou sous forme d'EP, de grappes de remixes, qu'importe. C'est une conception à laquelle j'ai dû m'adapter, perdre l'habitude de posséder, prendre celle de traquer les featuring, de suivre les pistes. Construire des playlists pour regrouper des morceaux éparpillés de par le vaste web. Etre impliqué, et non plus simple client. Un titre, deux, trois, dix, le rythme n'est imposé que par l'inspiration. Un artiste n'est plus mis sous pression pour permettre à une major d'être côté en bourse. Il est propriétaire de ses masters, souvent de son label, touche des royalties sur chaque étape, réduit les intermédiaires au minimum et surtout il est sponsorisé. Le concept du mécénat, de la Marque qui finance l'artiste en échange de son image, de son carnet d'adresses, de son savoir-faire. Système D poussé au maximum de son excellence, les mecs savent tout faire, scores pour films et séries, jingles, défilés de mode, caméos, collaborations avec des stars médiatiques en manque de renouvellement, imagination illimitée. D'où la nécessité absolue de la dématérialisation pour suivre la cadence des parutions. Parce qu'évidemment RTJ et JPEGMAFIA ne sont qu'une infime partie de la galaxie, pour être un tant soit peu crédible je devrais citer Armand Hammer, Clipping., Denzel Curry, Atari Blitzkrieg (dont l'album Super est entièrement construit sur des samples de jeux vidéos), Cakes Da Killa, Mykki Blanco...je devrais faire du name dropping. Vous parlez d'une ambition.



Pour s'y retrouver dans cet imbroglio, rien de plus simple que d'utiliser l'I.A. Gemini est une source valable, il suffit de lui demander de lister 50 albums de Hip Hop Expérimental paru ces quinze derniers jours pour qu'il vous donne de quoi occuper les trois mois à venir. Source valable à condition de garder à l'esprit qu'environ 20% de ses réponses seront des énormités, des confusions d'artistes, des titres d'albums farfelus, rien qu'une recherche sur google ne saura rectifier. Surtout, 80% seront des pistes pavées d'or à suivre sur Apple Music, Spotify, Mixcloud, Bandcamp, YouTube ou à télécharger sur Soulseek, sur le propre site de l'artiste ou sur une des dizaines de blogs consacrés à la diffusion des talents en devenir, confirmés ou déjà dépassés. Dans la plupart des cas, ça ne vous coutera pas un rond, on n'est pas chez Bruce Springsteen et sa tournée de soutien au peuple en souffrance à 3000$ le ticket. Au nom de la lutte anti Trump, le gars met à l'abri sa 25eme génération de descendants. Quel con. La remarque est valable pour tout ce qu'il reste de rockers encore capables de tenir debout, zéro pertinence, essorage maximal de la fanbase. Pour un Mick Jones qui a eu l'intelligence de prendre sa retraite, combien de ringards poussifs agonisent encore derrière leurs micros ?

Un débat fait rage au sein du public rock, section puriste, le Rock'n'roll hall of fame a nominé des crews de Hip Hop et ça les courrouce. Ils ne le veulent que pour eux, délimitent précisément ce qui est rock et ce qui ne l'est pas. Se comportent comme les bons pères de famille qui foutaient leurs fils à la porte pour une longueur de cheveux. 
Je leur donne raison, qu'ils le gardent leur musée, le Hip Hop n'a rien à y foutre. Il est bien trop vivant pour ça.

Hugo Spanky


jeudi 5 février 2026

PaR NéGLiGeNCe

Insidieusement la dématérialisation s'impose à moi. J'accepte la fatalité et, puisque l'avenir sera abstrait, que les problèmes de place et de finance ne seront qu'une vision de l'esprit, j'occupe mes nuits sans sommeil en traquant les mp3, 320kbps. Et de constater que mes recherches me ramènent sans cesse aux années 90, moment négligé de l'histoire où les parutions de qualité étaient pourtant aussi nombreuses qu'elles sont faméliques aujourd'hui. Moment, aussi, où la musique devient couteuse. Les pressages vinyl se raréfient, le CD flambe, le marché de l'occasion ne concerne que les décennies précédentes et il sort dix disques géniaux par semaine ! Le rock mainstream est déjà lessivé, mais le hip hop se réinvente, le trip hop, la dance, la techno fusionnent et rivalisent de créativité. Les DJ, les producteurs, les remixeurs, souvent ce sont les mêmes, ne dorment jamais. Le flot vers les bacs des disquaires est continu, sous forme de mixtapes, de maxi singles, de mini CD, de white label, de vinyl en édition limitée. Sous les voutes des caves, dans les rues blafardes, aux stations de métro, les magasins apparaissent en une nuit, ils disparaîtront de la même façon. On vivait enfin le truc en prise directe, les nouveautés rivalisaient avec les classiques qui jusque-là nous alimentaient par procuration. De là à trébucher sur Bjork, il n'y avait qu'un pas, que j'avais franchi au-delà du raisonnable. J'avais été contaminé par le clip de violently happy, comme par celui de spin spin sugar, sauf que Sneaker Pimps a foiré instantanément, là où Bjork avait tout prévu pour durer. Son album était conçu pour être débité en tranche, human behaviour, big time sensuality, venus as a boy, violently happy, des singles comme s'il en pleuvait, tous plus captivants les uns que les autres, des clips charmeurs, de l'entourloupe en veux-tu, en voilà. Le plus beau c'est que son deuxième album m'a fait le même coup et que pour patienter jusqu'au troisième, je raflais tous les bootlegs que je trouvais. J'étais fini, foutu, échec et mat, elle m'a traité comme un blanc bec, mais, quoi moi, l'aimer encore ? Des clous. Après Homogenic, j'ai mis les bouts.


Je pensais son cas réglé une bonne fois pour toute, c'était une erreur. Elle est revenue me titiller les méninges sournoisement, après trente ans de mépris réciproque. Je me suis laissé tenter, manière de faire le bilan de ce qui a collé entre nous et de ce qui nous a éloigné indiciblement. Une sorte de thérapie de couple par fichiers interposés. Debut est toujours mon favori, rien de nouveau, les remixes qui l'accompagnent sont eux-mêmes fabuleux et sans doute plus indispensables encore que l'album pour comprendre l'émulsion musicale de l'environnement qui l'a vu éclore. Là où j'ai débordé de mon cadre habituel, c'est lorsque j'ai donné sa chance à Vespertine, jusqu'ici impeccablement snobé. L'album est sorti en 2001, une époque où Bjork était devenu un gadget pour les paumés encore abonnés à canal+ dix ans après la fête. Elle était alors devenue experte pour faire les poches de son public en multipliant les parutions collectors comme une vulgaire Mylène Farmer. Je ne pouvais plus la blairer. 

Les sentiments d'amoureux trahi étant de l'histoire ancienne, j'ai enfin pigé que Vespertine est un foutu bon disque. Et comme je suis de nature gloutonne en matière de discographie, j'ai téléchargé la totale, 9 giga de Bjork. Mieux, j'ai tout écouté. Les albums, les remixes, les live, les face B. C'est pas de la tarte. Globalement, j'en suis ressorti avec ce que je savais déjà, on a toujours trop attendu d'elle. D'autant que l'identité de ses collaborateurs fut d'une indéniable importance et qu'elle a rarement fait les bons choix. Une affaire d'egos ? Possibly maybe. Je me demanderai toujours ce qu'une collaboration avec Mick Jones aurait donné et pourquoi elle n'a poursuivi avec RZA ce qui avait été timidement entamé sur un EP, plutôt que de s'acoquiner avec Arca. Au lieu de quoi, Medulla me rend claustrophobe, Volta est en large partie foiré, bien que earth intruders et declare independance soient des tueries. La plupart du reste de sa production est aussi intéressant que le cours de la bourse pour un smicard. Biophilia se distingue nettement du lot et c'est à peu près tout.



Par rebond, tel Mario, j'ai atterri, si je puis dire, sur Tori Amos. Je voudrais dire ici à quel point cette nana là à un parcours qui mérite attention. Boys For Pele reste son indéboulonnable chef-d'œuvre, un disque primordial à tous les niveaux, qui ne m'a jamais lâché d'une semelle. Sauf qu'il écrase tellement tout qu'il tient à l'écart pas mal d'autres albums qui, selon les affinités de chacun tant ils sont diversement inspirés, dévarient sacrément la routine. À commencer par Night Of Hunters de 2011, un drôle de projet qui adapte au format pop des compositions de Satie, Schubert, Moussorgy, Bach, Chopin et autres joyeux drilles de la même espèce. Le résultat est si incroyable que je l'ai écouté en boucle de minuit à trois plombes du matin, jusqu'à être abasourdi par le volume assourdissant qui sortait de mon casque. Tori Amos est puissante. Ses expérimentations sur From A Choirgirl ou Silent All This Years étaient pertinentes, elles ont vieilli sans dépérir. Dans la foulée, j'ai dépoussiéré Scarlet's Walk, malgré la longueur du format CD, qui a flingué un nombre inqualifiable de disques par son remplissage imposé, il tient merveilleusement la route. Je ne sais pas ce qui pourrait pousser quiconque à écouter Tori Amos en 2026, mais si l'idée vous traverse, cédez à la tentation.



Lancé sans aucun contrôle sur la destination, je me suis enfilé du costaud en revisitant la discographie solo de John Frusciante avant de faire coup double avec les trois albums de Black Knights, son projet de producteur hip hop. Dire que la soudure fusionne est en dessous de la vérité, Frusciante a réussi à marier ses sons, ses chœurs, sa guitare, toutes ses caractéristiques avec le flow nerveux du duo de rappeurs que RZA lui avait confié. Leurs albums Medieval Chamber de 2014, The Almighty, l'année suivante, puis Excalibur en 2017 déboulonnent la casbah avec inventivité. La seule question qui me reste sur les bras est pourquoi les Red Hot Chili Peppers laissent Rick Rubin aux manettes ? Les prods de John Frusciante leur feraient cracher un album bord de falaise. 



En épilogue, parce que mes insomnies ont une fin, j'ai fait turbiner les giga sur des productions RZA, fallait bien que j'en arrive à lui. Les 90's ont tourné sur le bout de son doigt comme un ballon sur celui de Magic Johnson. Les sept albums du Wu Tang Clan, la B.O de Ghost Dog (Ghost Dog!!!), ses productions pour GZA, ODB, Method Man et tout le toutim, l'oeuvre est trop fournie que je l'évoque en catimini. Je vais me contenter d'indiquer deux musiques de films, chacune en deux parties, péché de gourmandise.

D'abord Afro Samurai et Afro Samurai Resurrection qui habillent respectivement la série et le film inspiré par le manga du même nom. Les deux B.O sont des offrandes aux amateurs de RZA, il y retrouve toute la verve et la passion qui animent le meilleur de son travail. Celle du film est à se taper le cul par terre. Pour situer la chose à d'éventuels novices, le son RZA c'est l'union de Raw Power et de The Wall. Sale, mais ambitieux, luxueux, mais fracassant. Fascinant comme toute la culture qui perce à travers. Quand j'écoute RZA, je mesure à quel point New York me manque. Pas la ville en tant que telle, je n'y ai jamais foutu les pieds, je parle de l'esprit de New York, ce qu'aucun effondrement de tour, aucune saloperie de politicien ne pourra jamais abattre, parce que c'est déjà mort et enterré. Le cinéma de Tom DiCillo, les premiers films de Jim Jarmusch, ceux d'Amos Poe, les fellations de Lydia Lunch dans les pornos de Richard Kern et le son du Wu Tang Clan. 


Ensuite, The Man With The Iron Fists I & II, deux excellents films de série B réalisés par RZA en personne. C'est le concept autour du premier film qui est le sujet du jour, même si les scores du second valent largement le temps qu'on passe à les écouter. Comme rien n'est jamais simple avec le maitre du Wu Tang, je vais tâcher d'être clair. Comme ça avait été le cas pour la B.O de Ghost Dog (Ghost Dog!!!!) celle de The Man With The Iron Fists, premier du nom, existe en deux éditions distinctes, une avec les scores et l'autre avec le Wu Tang qui pose ses flows. Le projet est maous et l'ensemble, ainsi qu'une sélection de classiques soul, a été réuni sur une édition Ultra Pak limitée à quelque chose comme 1000 exemplaires, ce qui n'est pas si mal vu que le Wu Tang a commercialisé son ultime album à un seul exemplaire ! Heureusement tout ceci se dégotte sur soulseek, sinon c'était la panade. D'autant plus que l'album est maléfique, ça cogne de partout, le son écrase les synapses et la richesse des arrangements, l'intelligence de la production, le feeling, tout ce que vous voulez, est du RZA au firmament de sa grandeur. Il a même rameuté Kanye West pour le sublime white dress


Et je vais conclure là, parce qu'arrive un moment de la nuit où le corps ne suit plus l'esprit, où les conversations de tarés sur Reddit, les engueulades avec Gemini, le martèlement de caisse claire de RZA dans les tympans, l'agressivité des flows, les synthés empoisonnés de Frusciante, le piano de Tori Amos qui rythme des violoncelles débauchés, les hurlements de Bjork, tout converge vers la zone dangereuse de la sanité d'esprit. Je vais juste ajouter que Kanye West est sans aucun doute complètement à la masse, mais il faudrait que je le sois plus encore pour ne pas revenir un de ces quatre sur sa collaboration avec Kid Cudi pour l'album Kid See Ghosts.

Hugo Spanky

The Black Knights - The Almighty produced by John Frusciante

RZA - The Man with the Iron Fists Ultra Pak

samedi 10 janvier 2026

BuLLsHiT DeTeCToR

 


Je ne sais pas comment vous l'avez ressenti, mais j'ai trouvé l'année écoulée particulièrement fade. Je parle en terme de créativité, de nouveautés qui déroutent, d'accidents industriels. Le documentaire de Peaches est le seul truc qui me vient à l'esprit et je ne suis même pas sûr qu'il soit de 2025. Sans dénigrer systématiquement tout ce qui est parvenu jusqu'à moi, 2024 était juste tellement plus intense.

Planté devant les chaînes musicales pour fuir la sinistrose des infos, j'en suis arrivé à trouver du charme à Taylor Swift. En étant impartial, le clip de The fate of Ophelia est un palliatif acceptable à l'absence de Lana Del Rey, c'est un produit fini bien plus présentable que Bruno Mars, mais largement moins rigolo que le clip du Gabriela des Katseye.

 

Face à l'afflux de clips français, pires les uns que les autres, le marasme a fini par devenir si intolérable que j'ai enfilé mon masque à xanax pour plonger dans les tréfonds d'internet à la recherche d'un îlot de salubrité. De cette expédition dans le dématérialisé, j'ai ramené l'album Girls de Princess Nokia. Je la suis distraitement depuis son featuring auprès des Pussy Riot et je n'en démords pas, cette Princess là aurait dû (devrait) surclasser toutes les autres. Elle fait du rap intelligent, percutant et pertinent. Féministe aussi, ce qui semble moins télégénique que la vie d'une show girl. Poser avec sa culotte tachée par le sang menstruel ne fait pas recette. C'est comme cette irrationnelle peur du téton. On va où lorsque l'origine de la vie nous devient effrayante ?  Pourquoi les médias négligent autant la main mise des femmes sur la musique de qualité ? Elles supplantent les mecs de la tête et des épaules, et surtout de l'intellect. Tierra Whack est dans la même situation, son Body of water m'a cloué sur place. 

Ce qui m'a mis sur plusieurs de ces pistes est Wilderness, une série de 2023 que j'ai regardé avec shazam à portée de main. C'est simple, chaque fois que l'héroïne porte ses écouteurs à ses oreilles, elle balance un morceau de folie. Pas un truc éculé refourgué par un fond d'investissement acquéreur du catalogue d'un ancêtre, non, de la musique d'aujourd'hui. Vous avez bien lu, une série qui utilise de la musique qui a moins de cinq ans! C'est plus rare qu'une bonne nouvelle dans la bouche d'un ministre. Sans déconner, les Who qui servent de générique à une série avec Muriel Robin, ça ne vous donne pas envie de tourner définitivement la page de l'ère Woodstock ? On a clairement besoin de renouveler nos sources d'ocytocine. Je préfère encore chercher du positif dans le K-Pop que laisser ce carnage devenir mon environnement quotidien. Merde, j'ai tenté de regarder le biopic sur Springsteen, ça m'a pris dix minutes et usé inutilement les piles de ma télécommande. Ce mec à la vie d'une huitre de Bouzigues.

 


Wilderness commence comme une énième connerie sur un couple qui s'installe à New York, découvre que l'amour est une prise de tête constante et décide malgré tout de se convaincre d'y croire. Je ne sais même pas ce qui a capté mon attention, l'actrice à un air mutin qui me laisse généralement insensible et l'acteur tient des expressions stupides en accord avec ses actes. Puis ça prend un angle qui diffère du tout venant et le casting se révèle plus subtil qu'espéré. Wilderness est une série anglaise en six épisodes, durée idéale pour éviter les temps morts, et lorsque les séries anglaises misent sur la contemporanéité plutôt que sur la nostalgie, elles m'embarquent fréquemment. Fleabag reste un excellent souvenir. Wilderness, tout étant totalement différente, en deviendra un autre. Entre autres mérites, elle m'a rebranché sur le cas St Vincent, ce qui est plutôt cool vu la qualité de son récent All Born Screaming. Branchez-vous sur Violent times et c'est l'addiction instantanée. En parlant d'addiction, je suis complètement accro au morceau Bullshit de l'association de KLP, une DJ australienne, et de son homologue croate Matroda. Je vous mets le lien tellement c'est bon : Bullshit. Vous vous souvenez du Me, so horny de 2 Live Crew ? Ça tourne à peu près sur la même base et c'est tout aussi redoutable.


Sur cette lancée d'optimisme retrouvé, je me suis enfin décidé à visionner les trois saisons de The White Lotus. La première est excellente, malgré une mise en place un brin laborieuse que la présence de Sydney Sweeney rend anecdotique, la seconde est peut être encore meilleure et les castings sont impeccables dans les deux cas. Quant à la troisième, c'est juste une merde insignifiante. Ajouter un épisode supplémentaire à chaque saison est une idée nocive.

Quoi d'autre ? J'ai becté une boite de cassoulet pour le réveillon de l'an et c'était très bien ainsi.

Hugo Spanky

ce post est amoureusement dédié à Brigitte Bardot 

 

dimanche 14 décembre 2025

ONe, TWo, III, IV & THe sTRaNGe BaND



Mes récentes élucubrations autour des albums extrêmes de Hank III m’ont amené à ausculter, pour la première fois, les fameux trois albums que le label Curb avait fait paraître sans son accord, après leur rupture mouvementée. Le fondateur du label, Mike Curb, est le genre de gentleman sudiste passé un peu partout, même chez Motown pour faire ses classes, avant de bâtir une solide success story à la californienne. Mike Curb est un républicain bon teint, élu californien dans les baskets du gouverneur démocrate Jerry Brown, le fameux fasciste zen de Jello Biafra. Tout ça est un peu cryptique, faudrait un débat pour y voir clair tellement les notions américaines de démocrates et républicains diffèrent de notre conception droite/gauche de la politique. Ce que l'on considère vu d'ici comme démocrates cool sont ceux qui ont voulu censurer le rock et le rap pour aboutir au fameux sticker sur les pochettes de disque. Mike Curb est du bord inverse, tout en leur ressemblant comme deux gouttes. Le mec est un prestidigitateur, il soutient Reagan tout en défendant les droits des homosexuels, il signe la descendance d'Hank Williams sur son label tout en étant farouchement anti-drogues. Voyez le topo ? Il finira président du monde, Mike Curb. Avec sa raie sur le côté, sa bonne mine et ses accointances avec les mormons. Mike Curb c'est le mec qui déboule dans les partouzes avec sa poupée gonflable.

En 1996, il flaire la bonne aubaine en sortant Three Hanks, un album dans la tendance du moment avec des duos virtuels venus d'outre-tombe. Son concept est balèze, faire chanter le légendaire Hank Williams, à ce moment-là mort depuis 40 ans d’une overdose, avec son fils Hank Williams Jr, défiguré après une chute de 150m de hauteur qui le laissa au pied de la falaise avec un trou dans le crâne si gros qu’on lui voyait le cerveau, un oeil exorbité et le nez arraché, la mâchoire en miettes. Pour mettre un peu de glamour dans le sordide Mike Curb mise sur le fils de Jr, Hank III. Le môme venait de se découvrir un père qu'il avait jusque-là regardé à la télé et qui soudain lui mettait le pied à l'étrier dans le circuit de la musique. Selon la conception américaine d'une bonne histoire, celle-ci est une des meilleures. Sauf que ça ne dure pas. Hank III se révèle d'un talent protéiforme et d'une personnalité farouche aussi troublée et abruptement contrariée que celle de son grand père. Les discours évangélistes de Mike Curb se font déchausser les gencives par les paroles hardcore des albums que le gamin commence à sortir comme on dévore un paquet de smarties. Le clash arrive dès le troisième. Après avoir retardé pendant des mois la sortie de Straight To Hell à cause de textes qui obligeront finalement le label à livrer une version bippée du disque aux revendeurs les plus traditionnalistes, Curb refuse tout net de sortir l’album de metal extrême que sa vedette dissidente lui soumet en suivant. On est dans le genre de conflit que Neil Young avait eu avec Geffen. Liberté artistique contre pragmatisme bienveillant. Rupture de contrat, procès, tout le toutim et Hank  III se retrouve un peu plus paria encore. Hérédité, fatalité.

Le comble de l'histoire étant que depuis la rupture de contrat, Mike Curb publie régulièrement les bandes dont il dispose sous forme de disques plus subversifs encore que ceux qu'il reprochait à Hank III d'enregistrer ! En représailles de quoi à chaque parution d'un des trois disques en question, Hank appelle son public à le boycotter. Chose que je respectais. Non seulement je ne les achetais pas, mais je ne les avais même jamais écouté. Je viens de le faire et le fait est que les chutes de studio de Hank III, ou ses duos avec les Melvins, sont des tueries.

Le plus beau, après cette longue introduction, c'est que je ne suis pas là pour vous causer de Hank III !


C'est pour son fils que je suis venu, IV And The Strange Band. J'avais expédié son cas en deux écoutes en le trouvant vaguement ennuyeux, je m'étais fourvoyé. Le truc c'est que j'ai du mal à concevoir que le talent puisse être héréditaire en cascade. Hank III lui-même, au début, je l'avais regardé de travers. On n'est pas franchement habitué à ça par ici, quand on se voit refiler les fils Souchon, non ?

Bref, je m'y colle. Coleman Williams est donc le fils de Hank III. Comme je l'ai expliqué dans le post précédent, il n'utilise pas son pseudo Hank IV sur les pochettes parce qu'un cousin du Texas l'utilise déjà. C'est un bordel, je vous dis pas. Même la sœur de Hank III fait des disques. C'est donc IV et rien de plus. Quand je dis rien de plus, je parle de l'intitulé, parce que rayon musique c'est une morsure à infusion lente que j'ai reçu dans mes mollets de coq. Avec son trémolo dans la voix et ses mélodies qui collent à la peau, IV vient de faire basculer ma fin d'année dans la mélancholie. Je ne vois plus le ciel de la même couleur et le bitume brille sous la pluie. Son dernier album, Hang Dog, qu'il a enregistré avec Shooter Jennings à la production (le disque sort sur son label BCR), m'accompagne partout où je vais. Dans la cuisine, au lit, dans la cuisine, au salon, dans la cuisine, au lit, dans la voiture, au lit, j'ai l'âme vagabonde, je m'assoie même dans l'escalier pour en écouter un bout entre deux mood. I'm sailin' on, sail on, sail on. Je marmonne, je grince des dents, je ressens ses coups de sang, je me traîne un blues je vous dis que ça. Sitôt sa reprise des Bad Brains éteinte, je réenclenche sur le premier morceau. Son coup de génie est là, le mec finit son disque sur le morceau qui relance la machine. Et comme le premier morceau est d'une évidence addictive, ça forme une boucle.


De prime abord, la production est standard, les compositions routinières, si ce n'était ce fichu trémolo dans la voix le disque serait passé de la découverte à l'étagère sans avoir eu le temps d'encombrer la platine. Mais il y a cette voix qui dérange, qui me fait revenir pour mieux tendre l'oreille jusque derrière la porte verte et il s'y passe des choses. Des fioritures dans les arrangements, des effervescences planquées dans le mixage qui posent une atmosphère de roman. A la troisième écoute, ce n'est plus deux titres qui se distinguent, mais quatre ou cinq. J'ai pigé l'affaire, transféré le dossier dans l'android et depuis on fait chemin dans la main. Hang Dog est un disque frontalier, ni country au kilomètre, ni hillbilly défroqué. Comparé à l'agitation épileptique de son géniteur, il y a une forme de sagesse tranquille qui se dégage de IV. Pas le genre solidité sans faille, mais on sent que le type prend le temps de la réflexion. IV est diplômé littéraire, il a été enseignant avant de se consacrer pleinement à son destin. Est-ce pour ça que ses chansons semblent enracinées au plus profond ? Chaque sonorité fait sens, les effets sont pertinents, jamais gadget tape à l'oeil, le sentiment prédomine. IV construit des disques comme on pose un exposé, il y a l'ambiance, il y a le déroulé, les larmes, les coups bas et pas tellement de franche rigolade. Le gars trouve le moyen d'utiliser le yodel de façon nouvelle et ses arrangements sont si bien agencés que le genre redevient créatif (Neskowin ranger). Si Hank III, versant country, est dans la droite lignée du hillbilly à l'âme déchirée du Hank originel, IV délimite plus strictement son territoire, son univers est infiniment plus unitaire, ses chansons font bloc, son disque a une couleur définie dont il ne s'éloigne jamais plus que necessaire à l'avancé de l'action. Pas de coup feu hystérique entre deux ballades boisées, pas de dérapage dans le fossé après une ligne droite à grande vitesse. Le tempo est le même, l'humeur est invariable, violon tzigane ou pedal steel sont les seuls ajustables. Des titres pour aller à la pêche ? SepticHang dog, The bleed, Sailin' on...je mets le lien vers sa chaîne youtube en dessous de ma signature.


Par acquis de conscience je me suis aussi penché sur son premier album, Southern Circus, moins produit, plus turbulent (Deep down), ébréché aux angles, un vrai premier album avec ce que ça apporte comme fraicheur, maladresses et spontanéité.

Donc on dit quoi ? On en reprend pour une année ? Une semaine ? Une écoute ? Perso, je vais garder un oeil sur les dates de concert, l'espoir est faible de voir l'hexagone concerné mais IV et sa bande annoncent leur première tournée européenne pour avril 2026.

Hugo Spanky

IV and The Strange Band YouTube

IV présente son premier album en interview