lundi 17 février 2020

CaVaN "CRaZY" GRoGaN



Dix piges à écumer le Royaume-Uni et se faire décrocher la timbale sous le pif par trois minets new yorkais tout juste en âge de finir de téter maman, il a dû la trouver saumâtre, Cavan. Il s'en est jamais plaint, ou alors pas que je sache. Il avait mieux à faire. Genre rendre les teddy boys moins cons en leur chantant Ol' black Joe sans oublier de faire monter un noir sur scène, pour danser, pas pour le lyncher. Mine de rien chez les rosbeef à rouflaquettes, c'était ouvrir les hostilités. Pourtant personne ne bronchait. On ne déconnait pas en présence de Cavan Grogan.


Cavan, c'était la vieille école, même génération que Lemmy, avec qui il avait plus en commun qu'avec Brian Setzer. On s'en serait douté rien qu'à les voir. Ce n'est qu'en 1973, alors que les boys rament depuis 64, que Teddy boy boogie fait office de premier single, devenu classique des cantiques depuis, et il faut attendre 1975 pour le premier album. Je dis attendre, mais ils ne devaient pas être nombreux au Pays de Galles, et encore moins ailleurs, à attendre quoi que ce soit d'un combo de rockabilly, aussi percutant soit-il, dans ces années d'ambitieuses innovations. Pas innovants la bande à Grogan, c'est certain, mais efficace au possible. Crazy Rhythm et Our Own Way of Rockin' qui sort en 77, en pleine scission des cultures, sont les deux piliers de bar d'une carrière qui ne fera guère de conquêtes territoriales, ce qui ne l'empêchera pas d'être durablement gravée dans l'esprit de ceux à qui les vibrations suffisent pour dénicher les bonnes tavernes. A eux seuls, ces deux disques enfilent les chansons graisseuses qui vous filent entre les doigts comme un volant de Renault 8 les soirs où l'abus de Pento devrait rendre obligatoire le port des mitaines. Ol' black Joe, je l'ai déjà dit, Teddy boy boogie, là aussi, My little sister's gotta motorbike, une pichenette qui renvoie Robert Gordon à ses poses de couillon de la lune, She's the one to blame, Rita, Sadie, Caroline, Marilyn, il en avait des copines, Cavan, il nous les faisait croquer.


Mr Cool en 1979 clôture les années d'espoir, celles qui vont en ascension. Bizarrement celles d'avant Stray cat strut. Ils n'en auront pas eu leur part de la vague rockabilly, le gars Cavan et sa bande. De trop sales gueules de baroudeurs pour serrer la minette sans effrayer le minet. Comme Dr Feelgood, il leur aura manqué un JJ Burnel pour faire passer la pilule, un beau gosse ténébreux derrière lequel planquer les balafrés. Ça n'a pas dû le traumatiser plus que ça, Cavan était de ceux dont l'existence est plus importante que l’œuvre, je ne pense pas qu'il ait beaucoup rêvé de gloire, si il avait croisé le génie de la lampe, je mise lourd qu'il aurait demandé à ressusciter Gene, Buddy & Eddie plutôt qu'une médaille de la reine. 

Crazy Cavan Grogan est mort. Hier encore il nous restait un ami. Il lui manquait pas mal de chicots, c'était pas nouveau, le peigne lui grattait le crane plus qu'il n'évacuait de gomina depuis un bail, mais la voix était là, si le mouvement du bassin était rouillé. Assez parlé, Cavan est cané. 

Hugo Spanky




mardi 28 janvier 2020

DaviD BYRNe, CaPiTaUX eT CoMPTe CouRaNT




La façon dont l'architecture des lieux d'interprétations a influé sur les sons, comment leur réverbération naturelle, ou son absence, a donné sa texture à la musique depuis la brousse jusqu'au Carnegie Hall, de la nuit des temps à nos jours. La façon dont l'évolution des formats d'enregistrement a dirigé les compositeurs qui s'y sont adaptés. L'invention du 45 tours est à l'origine du format Pop de manière bien plus certaine que l'inverse, si plus personne ne compose d’œuvre de 3 heures c'est parce que la durée d'un cd est de 70 minutes, si la loge du CBGB avait eu une porte, on n'aurait pas vu à travers. 
Dans son livre Qu'est ce que la musique ? paru aux Editions Philharmonie de Paris David Byrne passe en revue tous les aspects de son métier, influence des origines, perceptions miroirs, marketing, distribution, formatage de la créativité par l'obligation de rentabilité, rien n'est laissé sous le tapis. Il évoque aussi le Japon, Bali, l'Afrique, autant de cultures qui ont nourrit ses disques, le visuel de ses concerts en imprégnant son esprit et son corps. David Byrne parle beaucoup et de tout, de l'analogique et du numérique, du mp3 et de Bayreuth, de l'antiquité et iTunes, en termes parfois techniques, du moins analytiques. Et c'est là qu'il me laisse en bord de route. Son livre est un guide dépourvu de caractère, il énumère sans vilipender ni encenser, tout juste s'il émet un avis, se pose quelques questions dont la pertinence semble le satisfaire autant qu'elle m'indiffère. Ce n'est pas désagréable en soi, il n'est pas foncièrement rebutant d'être soumis à de simples faits, de se voir exposer les différents fonctionnements d'un groupe de musiciens selon le contexte dans lequel il se situe, sans jugement de valeur, sans ragot sur les occupations favorites des fesses de la bassiste. Certes. Je pourrais même me sentir soudainement considéré comme adulte, ce qui dans une biographie rock tient du miracle. Au lieu de quoi c'est la sensation de relire mes manuels scolaires qui pointe son nez. Avec pour même conséquence qu'en d'autres temps de disperser ma concentration aux quatre vents. Tiens et si j'ouvrais la boite de crème de marrons ?



Qu'est ce que la musique ? est rébarbatif, gavé de diagrammes démonstratifs, d'analyses financières, de pourcentages, de graphiques, de retours sur investissements. On ne peut pas reprocher à David Byrne une quelconque opacité, il énumère et chiffre ses diverses sources de revenus, ses frais, ses droits d'auteur, d'édition, droits annexes, licences, types de contrats, tout y passe. Le prix du ticket en fonction du loyer des salles de concerts, le budget annuel du Metropolitan de New York, les conséquences de Megaupload, Pirate Bay et Spotify, la mainmise graduelle de Live Nation. Il a tout compris, il nous explique. J'ai eu la sensation de réviser le plan comptable général, flashback sur mes années d'ennui profond. Peut être a t-il été traumatisé par un redressement fiscal ? Peut être qu'il a voulu s'assurer que jamais on ne le confondrait avec Ozzy Osbourne. Quoiqu'il en soit, si il n'était pas réputé pour son humour, ce n'est pas ce bouquin qui va changer la donne. Son seul bienfait fut de me faire sortir Stop Making Sense de son boitier dvd, manière de retrouver le plaisir doux amer que Talking Heads a su distiller en maintenant avec une énergie toute corporelle l'équilibre entre performance arty et transe de la danse. Contrairement à ce que David Byrne semble croire en ne leur octroyant aucun mérite, le charme du groupe provenait aussi du langage des signes que ses acolytes d'alors nous adressaient pour rendre compréhensibles les turbulences intellectuelles de leur leader. Indéniablement à ne vouloir ressembler à personne, on peut aussi finir par ne ressembler à rien.


Hugo Spanky

samedi 18 janvier 2020

AciDes LecTuReS eT NoiRs PoLaRS


Aussi vrai que je pense que pour déguster de bonnes Galettes il vaut mieux chercher du côté de Quimper, une bonne Bouillabaisse, plutôt au port des Goudes et une bonne Chorba chez Maman Belkatir, alors peut-êt’ que pour de bons Polars mieux vaut s’adresser à ceux qui baignent dans la criminalité, bandits comme flics.
La découverte de cette fin 2019 c’est un écrivain, Olivier Norek, ancien flic et plein d’aut’ choses, et ses polars.

« Séries sur les flics, films sur les flics, reportages sur les flics. Il n'avait jamais compris pourquoi les gens les détestaient autant en vrai qu'ils les adoraient en fiction. » O. Norek


Pour les trois premiers bouquins il nous entraine dans un commissariat de banlieue, dans le 93, avec une équipe de flics mené par son capitaine, Coste, qui sans êt’ complétement le Pappy Boyington de la Casa Babylon reste le genre de loulou avec qui, perso, il ne serait pas trop difficile de bosser, un truc un peu à l’ancienne.
Trois bouquins où on découvre le quotidien de cette équipe dans un univers si loin de toutes ces douceurs télévisés où les gentils combattent le mal, lui-même très bien définis, pour se conclure forcément sinon sur un Happy End en tout cas les milles et un bravo à ces enquêteurs qui, sous les spots des plateaux ont défendu la justice, la morale, la veuve et l’orphelin en même temps que la boulangère du quartier !!


C’est brut, tant au  niveau de l’écriture, brève, sèche qu’au niveau des histoires. En quelques mots, quelques phrases, vous baignez direct dans l’bouillon, attention germes toutes pas belles !!

L’écriture est précise, incisive, digne du top des scénarios (naris, sorry me no speak Italiano !!) Les personnages, les lieux, pratiquement les dialogues vous paraissent fait maison, logiques, ceux que vous tiendrez, ça sonne salement juste et, même pour celui qui ignore tout des jungles bétonnées, je ne lui donne pas long avant de vivre dans l’décors, avec la douceur de le quitter en fermant le livre.


Les histoires, parce qu’il faut bien en parler, sont brutes, redoutables. Les salauds sont des salauds pas parce que voyous, flics ou politiques, non, rien qu’parc’que c’est des salauds. Pas de condescendances,  de pauv’ loulous victimes de la société, rien que des crevards, attirés par le fric, le pouvoir. Bienvenue dans un monde où le cynisme n’a d’égal que la réalité. Dès le premier livre « Code 93 », une ballade dans un département où les chiffres de la criminalité restent à cacher, ce qu’ils représentent risquant de carrément changer le goût du JT de 20 heure, mais jusqu’à où faut-il plonger ?


« Territoires », son second, ou comment les politicards et la Racaille peuvent parfait’ment travailler de concert, en espace vert ça s’appelle des maladies Saprophytes, qui souvent très vite deviennent Pathogènes…, Non non Merci, si j’le sais c’est que j’l’ai appris, pas d’quoi s’l’a péter donc, mais je vous laisse imaginer pourquoi c’est resté !!
Et pour finir cette trilogie avec l’équipe du pitaine Coste « Surtensions ». Séjour cauch’mardesque embastillé en rase banlieue, milieu/avocat/justice, tous pourris, non j’l’ai pas dit, ah, si !!
Mon top, ce quatrième livre « Entre deux Mondes » est celui par lequel j’ai découvert le Norek et, si les histoires de Bobby Bobylon ne vous sied qu’à moitié, ben commencez vous aussi par celui-là !

Si les histoires de banlieue pouvaient paraitre cyniques, là on baigne dans l’acide, le cruel, pire, la triste réalité, ouais, mais pas la nôtre, celle de milliers de Migrants, entassés là, derrière une dune, comme dans un Week-End à Zuydcoote, mais déjà, sans trop la possibilité d’repartir.

Je parle de cynisme mais rien de moche ou de triste non, du cynisme même un peu jubilatoire, on vit définitivement pas chez les bisounours et c’est bien que quelqu’un le dise !!


De la Concrète Jungle on passe à celle en plastiques, bouts de bois, taules ondulées et cartons humides, la Jungle toujours mais celle de Calais, où des milliers d’âmes sont venues s’échouer durant de trop longues années. Une histoire de Migrants, qui ne peuvent plus migrer, de garde-barrières qui ne trouvent plus les limites, d’humanitaires qui trouvent là de quoi justifier de leurs existences.

Vous avez vu ? Tout comme on nous l’a présenté durant des années, parler de tous ces gens sans jamais les citer, un peu comme une masse informe et grouillante, de la chair fraiche pour tous les passeurs et autres esclavagistes du 20ème et 21ème sièc’ !


Ce quatrième bouquin est terrible, prenant, percutant, une grande, mais alors très grande claque dans la gueule. Toujours cette écriture, brève, sèche  mais tellement parlante. Une histoire, une balèze, une touchante et même un chouïa déchirante, la vie d’un migrant planté là en bord de mer, vue de l’intérieur et, vue comme un individu, ce p’tit truc qu’on a jamais trop entendu, son prénom, ses souvenirs, sa famille ou son métier, un peu comme si on nous f’sait découvrir un être humain, avec toutes ses envies.

Ce livre est touchant parc’que comme les autres si il cause d’une réalité, celle-ci n’est plus une histoire de flics et de voyous mais celle de Monsieur et M’dame tout l’monde jeté dans une sauce dont ils n’ont pas réellement choisi tous les ingrédients. Jusqu’à où l’être humain peut êt’ moche ?


Vous l’aurez compris, plutôt une chouette découverte, Erssi Miss Lexa, mais tout n’est pas que bon, non trop facile. Il y a quand même quelque chose qui cloche, et pour chaque bouquin lu, ils finissent trop vite !!
Ben ouais, ce s’rait avec un malin plaisir de lire encore dix ou cent pages de mieux, parc’qu’il faut l’avouer, flics, migrants, situation de merde, ils sont si bien contés que le temps passé auprès d’eux parait trop court.

Ouais définitivement, commencez par celui-ci, une très bonne approche du travail du bonhomme, de son monde, son écriture.

Voilà voilà, mission accomplie, qu’est ce qui m’reste à faire ? Traverser la rue pour faire bisou à un agent de police, mouais… ? Jouer en boucle l’Salope de Keufs des Cadavres…pas vraiment plus ! Peut-être commencer l’dernier « Surface », Ouais, vais faire comme ça !!

7red 

 

mardi 7 janvier 2020

RiNG Ma BeLLe



En matière de Rock, le format prime sur l'évolution. 
Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Pierre Boulez. Il ajoute que cette absence d'évolution encastre le genre dans un bout de siècle auquel se réfère l'auditeur avec la nostalgie de ses ébats de jeunesse. Il a raison. Le Rock n'accompagne plus nos vies, il les fige. C'est désolant, mais c'est ainsi. La pertinence n'est plus de mise. Je n'en attends plus que dalle. Les vieux, les reformés, je m'en branle. J'ai même plus le respect des morts, tellement on nous bassine avec. Dans son interview, Pierre Boulez dézingue tout autant musique concrète et contemporaine, leur fait le même reproche qu'à notre cher binaire, les protagonistes périssent par manque de culture. Oh, la leur ils la maitrisent sur le bout des doigts, mais celle du voisin, ils n'en connaissent rien. Et vas-y que je fréquence en rond, sans savoir vers où diriger mes découvertes. Quand on pense à ce qu'on a fait du feedback, une paire d'intros, une poignée de soli plus fréquemment prétextes à des postures scéniques zguègue en avant, guiboles en isocèle, que véhicules de créativité. La musique n'appartient plus aux alchimistes, peut être même qu'elle n'appartient plus aux musiciens. Si une ou deux fois l'an un album vient apporter un peu d'insolente énergie, d'insouciance envers les conventions, tant mieux, j'en croque, et si c'est pas le cas, m'en fous. Par crainte de devoir lire dans le silence, perdu dans l'espace comme à bord de Jupiter II, je me suis trouvé une quatrième dimension. Je me suis risqué dans le bizarre sans peur des peaux de bananes, je fricote avec les estampilles Living Presence, Stéréo Hi-Fi, de bons baromètres de l'étrange. Et croyez pas qu'il faille systématiquement remonter à des partitions datées de trois siècles en arrière, dans les années d'entre deux guerres, et après, toute une ribambelle de réfugiés juifs, et pas seulement, s'appliquait à enregistrer à New York, et ailleurs, des trucs et des bidules à rendre un tantinet ordinaire les effets du LSD. Il y a là tout un univers nourrit d'influences venues de Prusse et du Pirée, de Lituanie, de Berlin, des Appalaches, de Marseille, Paris, Vienne ou Milan, Londres et Saint-Pétersbourg, le tout traversé par une énergie que seul le plus ravageur désir de vivre peut animer de la sorte.




C'est ainsi que j'errais aux puces dominicales, dans l'obscurité des premières heures d'un gris matin d'hiver, guettant un quelconque signe, un salut, espérant un improbable lot d'Edgar Varese, Erik Satie, Leonard Bernstein, un Petrouchka de Stravinsky, un Bœuf sur le toit, que sais-je, de quoi me mettre du baume au cœur. Et c'est là que faute de Darius Milhaud, la couverture cornée, noire, rouge et dorée, d'un livre négligemment abandonné sur une pile de moisissures, interpella mon esprit vaseux. Le Ring à Bayreuth La Tétralogie du Centenaire, malheur, rien que ça. 400 pages entièrement consacrées à la version honnie et vilipendée, mise en musique par Pierre Boulez, on y arrive, et en scène par Patrice Chéreau, de 1976 à 1980, du plus ambitieux chef d’œuvre de Richard Wagner. Partez pas, ça swingue mieux qu'à Meudon.




Le Ring, L'anneau du Nibelung en VF, Der ring des Nibelungen en VO, c'est quatre opéras, L'or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des Dieux, qui forment un ensemble de 15 heures de musique ! 4 coffrets de 3 à 5 vinyls chacun ont immortalisé la chose. Moi qui croyais que La chevauchée des Walkyries durait le temps d'une scène d'Apocalypse Now, ça m'en a bouché un coin. Et si ce n'était que ça. Figurez-vous que Wagner débordait d'imagination, la partition ne suffirait pas, il lui fallait créer un spectacle total, additionner musique, théâtre et opéra. Les chanteurs seront comédiens et l'orchestre devra accompagner leur jeu, servir de guide à l'histoire, l'enflammer tantôt, s'en éloigner sur la pointe des pieds à d'autres instants. Et que tout cela soit exécuté dans une salle plongée dans l'obscurité à la seule exception de la scène. Un standard de nos jours, une nouveauté inconcevable à l'époque. Je vous épargne la création du théâtre de Bayreuth, le charme, honteusement vénal, fait à Louis II de Bavière pour obtenir rentes et financement, ainsi que les intrigues politiques et amoureuses qui vont avec. Les plus courageux insomniaques d'entre vous peuvent s'envoyer les presque 5 heures du Ludwig de Luchino Visconti pour en savoir plus. Le film vient d'être diffusé sur Arte, il s'y trouve encore en replay.





Aussi captivante que soit la vie de Richard Wagner, le livre dont il est question ici n'aborde pas le sujet, il se consacre à l'accueil réservé par les wagnerophiles les plus endurcis, ceux pour qui l’immobilisme des traditions est la seule loi, à deux modernistes français en charge d'honorer en terre allemande le centenaire d'une œuvre majeure du plus aveuglément idolâtré des compositeurs teutons. Rien que de l'écrire, ça file du frisson. Fidèle aux annotations de Wagner lui-même, Patrice Chéreau va donner sens au terme de spectacle total. Pas question de rester plantés face au public en déversant les vers en ténor et soprano, le metteur en scène exige que les interprètes se touchent, se regardent, ignorent les spectateurs -qui ne manquent pas de prendre ça pour une insulte à leur présence- qu'ils bougent, dialoguent entre eux, vivent. Pour Le Crépuscule des Dieux, il les habille en contemporains de l'ère industrielle naissante de l'aube du 20eme siècle, soulignant ainsi le parallèle entre les dieux antiques et le patronat qui maintient le peuple en esclavage dans les mines. Soudain, c'est Émile Wagner, ou Richard  Zola, faites votre choix. Le bolchévique de l'insurrection de Dresde ne se serait donc jamais renié ? Scandale dans les rangs. Huées dans les loges. Qu'on les empale ! Haro sur les Ardennes ! Des français viennent de dépoussiérer le discours, rendre audible à nouveau tout ce que ce triste monde s'efforçait ne pas entendre depuis un siècle. Il faudrait ici évoquer le livret, cette adaptation visionnaire et cruelle des mythologies ancestrales que Richard Wagner transposa en déchéance des divinités concupiscentes, fourbes et incestueuses, mortes de s'être mêlées de trop près à une humanité dont les plus élitistes représentants s'imaginent de sang divin. 


Sacrilège, la musique se fait alliée du texte, elle qui ne se dégustait jusqu'alors que dévastatrice, va dorénavant jusqu'à s'effacer avec élégance devant les sentiments qu'elle souligne. La version de référence, celle dirigée par Georg Solti, d'où est puisé l'extrait utilisé dans Apocalypse Now, est compacte, grandiloquente, magnifique de puissance, l'approche de Pierre Boulez est totalement différente. 
Dès l'ouverture de La Walkyrie, les violons sonnent comme des lames que l'on aiguise, virevoltent en crescendo autour de la trame centrale. Ailleurs, durant La Chevauchée, l'orchestration se fait plus perçante que massive, elle élève la voix de Brünnhilde jusqu'à l'hystérie. De surcroit, la captation est live, on y entend les bruits de la scène, les pas des comédiens, le mouvement des décors, la vie. Un bonheur.

Le livre donne la parole aux participants, techniciens ou artistes, là encore, stupéfaction, la langue de bois est aux abonnés absents. Tel chanteur n'aime pas les décors, la mise en scène, tel autre n'aime rien de l'interprétation, des musiciens quittent la fosse courroucés, ils ne reviendront jamais. Ceux qui restent se serrent les coudes, quelles que soient leurs divergences, par goût de l'aventure, par besoin de secouer un monde fossilisé, peu importe la manière, ils vont au bout de leur engagement, mais refusent de taire les nuances. Mazette que ça fait du bien de lire autre chose que les redondances flatteuses des biographies autorisées. Mieux encore, le livre compile des articles de fond parus dans la presse d'alors, quel régal de lire des journalistes qui savent écrire, maitrisent leur sujet, expriment un avis objectif et impartial. Je n'avais pas rêvé, ça a bien existé. 
Avec tout ça, je me suis décapsulé le cerveau, j'ai ouvert en grand les vannes de l’hétéroclite, me suis lancé sans filet sur les platebandes des boulevards endimanchés. J'opérette à tour de bras. Je mets des noms sur des ambiances, comme ces goûts qui reviennent au palais sans qu'on ne sache plus à quoi on les doit. Le poco allegretto de la 3eme symphonie de Brahms me donne envie de revisionner les Brian De Palma, Le Nouveau Monde de Dvorak me fait prendre conscience que j'aime Dvorak, en fait, et pas tant Gainsbourg. Bartok m'estoque, je rafle tout ce qui se présente, je m'émerveille devant le Mahagonny de Kurt Weill. J'Antal Dorati, je Zubin Mehta à tout va, j'Arturo Toscanini. Au placard, les guitares ! 

Hugo Spanky

vendredi 13 décembre 2019

EXaMeN De CoNSCieNCes


Comme la télé aime à le faire depuis l'avènement des émissions criminelles, le documentaire Gregory diffusé par Netflix, consacré à la plus médiatique des enquêtes irrésolues du 20eme siècle, pose plus de questions qu'il n'amène de réponses. Malgré le choix éditorial de focaliser le reportage sur le couple Villemin et d'ignorer précautionneusement le contexte politique de l'époque, il y en a une en particulier qui me vient à l'esprit en voyant en filigrane apparaître au casting de ce fiasco judiciaire si bien orchestré, Jacques Attali, Robert Badinter, Marguerite Duras et Serge July : L'Affaire Gregory n'est-elle pas victime de l'abolition de la peine de mort ? Il est tentant d'imaginer que la désignation irréfutable d'un coupable sordide aurait été fatale à cette loi imposée par un président de la république fraichement élu, et acceptée avec une énorme défiance par une population encore fortement marquée par la sentence de l'Affaire Patrick Henry et les virulents débats qu'elle occasionna. Il y a fort à parier qu'un nouvel assassinat d'enfant dans une France à fleur de peau aurait tordu le cou à l'emblème des premières années d'un pouvoir dont on peut reconnaître l'art du flou dans la façon dont ont été manipulé opinion publique et protagonistes de l’enquête.

L'Affaire Gregory serait-elle un chapitre supplémentaire à ajouter à la liste du sang contaminé, du nuage de Tchernobyl, des écoutes téléphoniques, des suicidés de la république, des frégates ? Peut être. Il est indéniable qu'elle a été prétexte à l'opposition de deux camps qui cherchaient un terrain pour en découdre depuis que les abolitionnistes s'étaient emparés de L'affaire du pull-over rouge, symbole d'une justice locale expéditive, aveugle et mal intentionnée, ce à quoi les pro-peine de mort avaient répliqué en politisant à leur tour L'affaire Patrick Henry. L'élection de François Mitterand avait mis la balle au centre sans pour autant calmer les esprits belliqueux. L'occasion était trop belle, les ingrédients trop délectables pour que la sérénité soit préservée. Qui allait se soucier de justice lorsque l'orgueil des puissants est en jeu ?

La présence aux côtés des époux Villemin de l'avocat Henri-René Garaud, qui fit du rétablissement de la peine de mort l'enjeu de sa carrière politique, celle face à lui de Gérard Welzer, avocat du suspect Bernard Laroche, qui se distinguera plus tard en défendant le ministère de la santé dans L'Affaire du sang contaminé, peuvent laisser penser qu'au delà de la découverte de la vérité, ce qui se jouait sur les rives de la Vologne pouvait être de ces poisons qui font tomber les gouvernements, pour si peu que la cigüe imprègne l'esprit des électeurs. Comment pourrait-on croire que c'est un hasard si deux des avocats les plus opposés philosophiquement et politiquement du moment se trouvent confrontés sur une affaire de meurtre d'enfant au fin fond des Vosges, instruite par un jeune juge aussi influençable qu'incompétant, natif, hasard surement là encore, de Jarnac, lieu de naissance de François Mitterand ? Les ingrédients sont parfaitement réunis pour que soit dévoré tout cru quiconque se trouvera entre le marteau et l'enclume. Et qu'importe si parmi les dommages collatéraux se trouvent une femme de 23 ans et son mari de 26 ans, tout deux en deuil de leur fils de quatre ans. Quand les fauves ont faim, il faut bien les nourrir.
Au nom de l’intérêt supérieur, L'Affaire Gregory sera réduite à des unes à sensation pour des journaux en mal de tirages, sans qu'aucune vérité n'apparaisse jamais derrière les milliers de pages imprimées sur un sujet qui échappe à tous. 


C'est ce contexte complexe et incestueux que le documentaire Netflix s'escrime à contourner en inscrivant avec insistance les faits dans une région désolée, coupée du reste du pays, filmée du ciel pour mieux souligner son encerclement de forêts, d'eau et de pierres, rendue plus opaque encore par le mutisme de ses habitants. Il faut choisir de faire le parcours contextuel soi-même, penser à L'Affaire Dominici, à cette France du terroir, celle des taiseux, des coups de fusils, celle que l'on veut cacher sous le tapis de la lumineuse modernité. Une France qui vote, aussi, et que manipule les extrêmes tout autant que les ambitieux du second tour. C'est par ses non-dits et ses zones d'ombre que le documentaire Gregory s'avère le plus perturbant, on peut le prendre tel qu'il est et se désoler de l'addition des incompétences qu'il souligne, on peut surtout se demander pourquoi aujourd'hui encore ce sont ces seules incompétences que l'on nous propose comme menu, là où il serait pertinent d'en chercher la raison.


Gregory est un vide bien ordonné, il donne la parole à ceux qui ne diront jamais rien, leur offre l'occasion de tirer la couverture à eux, de se dégager de toute responsabilité. Il donne à moudre un peu de polémique bien dans l'air du temps avec les propos d'un flic que ne manqueront pas de juger outrageusement sexistes les âmes sensibles qui feraient mieux de relire Borniche plutôt que de s'épancher sur twitter. Gregory est une fissure dans le mensonge d'un pays qui ne veut plus se voir tel qu'il est, ancré dans la terre boueuse. Un retour à une réalité si éloignée du masque virtuel de civilité irréprochable dont on se targue en ligne que l'on finit le visionnage des cinq épisodes avec la sensation d'être concerné, enfin, par une histoire que l'on avait jusque là méprisé avec superbe. Cruelle vérité que d'avoir, chacun de nous, laissé dériver le corps ficelé d'un enfant sans jamais rien exiger d'autre que d'être divertis par la caricature nauséabonde, bien content de ne pas ressembler à ces familles qui se déchirent et s'exécutent. Oubliant au milieu des flots tumultueux, qu'un couple de gamins, Jean-Marie et Christine Villemin, en plus de perdre son enfant, va se retrouver emprisonné, condamné par les unes des magazines, les mêmes qui les gracieront plus tard, sans que jamais l'on ne s'inquiète de savoir à qui profite le crime. 

Hugo Spanky

mardi 19 novembre 2019

BEaT THe BoOTs !



Moustache Acte II. Pris dans le tourbillon zappaien, je me faisais bouillir le cerveau à coup d'albums gigantesques, enregistrés par des musiciens comme on n'en rassemblera plus jamais deux sur une même scène. Des trucs chiadés au possible, assemblages savant de bandes live découpées au scalpel. Zappa maitrisait comme personne les montages, dès qu'il en eu les moyens chaque concert était captés en 24 pistes, rien que ça. Après quoi, vas-y que j'isole une basse, un marimba, une guitare et que je te colle ça sur d'autres rythmes, d'autres mélodies, le tout saupoudré de péplums de cuivres, de percussions zoulou. Que sais-je ? En tout cas, j'étais épaté. Zappa avait même inventé un terme pour cette technique, la xénochronie. Des siècles avant le sampling. La liste des albums qu'il a construit de cette façon est fastidieuse, parmi les plus connus Shut Up And Play Your Guitar et une large partie de Sheik Yerbouti. Des créations abouties, pharaoniques, éblouissantes. J'en étais là, subjugué.

Et voila qu'au hasard d'un dossier venu satisfaire mon gargantuesque appétit pour ces délectations de salon, un morceau de barbarie bien rance m'a ramené à l'essence même de la vibration qui nous transperce, d'une même fulgurance, le cœur et l'esprit. De l'écho sur les toms, des voix qui disparaissent dans la sono, une guitare qui racle, crache, éructe. Un machin enregistré à l'arrache sur du deux pistes cradoque qui te chope par le colbac et t'aligne pour le compte d'un vivifiant coup de boule. C'est quoi que c'est que ça ???  


Beat The Boots que ça se nomme, aucune bonne manière, du 100% frelaté, garanti cérumen en éruption. Un peu de mise en contexte : A la fin des années 80, Zappa est proche de la banqueroute à la suite d'une tournée annulée, de projets onéreux qui ne se concrétisent pas, de ventes d'albums en baisse constante. Les solutions pour retrouver un peu de finance se réduisent au fur et à mesure que le crabe le ronge. 
Embaucher des musiciens pour les faire répéter à grand frais durant des mois en vue d'une hypothétique nouvelle tournée est devenu luxe impossible. Zappa n'a plus de label et aucune assurance ne couvrira un cancéreux souhaitant parcourir le monde pour s'afficher devant des salles à moitié vides.

Alors merde, puisque le bon peuple achète à plein tarif des albums pirates de ses concerts, jusqu'aux plus anciens, sans qu'il ne touche un radis sur les ventes, puisque s'emmerder à numériser des masters ne sert à rien sinon gonfler les hypothèques, qu'il en soit ainsi. Zappa décide de regrouper huit bootlegs dans un coffret et de commercialiser la chose telle quelle en 1991. Le public ne se ruinera plus et lui touchera sa part du gâteau. La belle idée que voila. Tellement bonne que deux autres coffrets suivront l'année suivante.

Quel intérêt me direz-vous ? Voila un ramassis d'albums tellement dépourvus de post production qu'ils ne sont même pas mixés ! Zappa a tout laissé en l'état. Il a pris des bootlegs vinyls, les a transféré sur cd et c'est marre. Les titres s'interrompent parfois en plein milieu, la cassette était en bout de bande. Dans le même ordre d'idée, une intro passe à la trappe au bénéfice d'un moment d'extase que le bootlegger a jugé plus crucial. Zappa n'a absolument rien retouché au travail de sagouin, tout baigne dans son jus. Le son est ce qu'il est. Tantôt très bon, comme sur l'excellent Anyway The Wind Blow qui donne à entendre l'intégralité du concert de 1979 à l'Hippodrome de Paris, ou crapouilleux sur le très dispensable Freaks and Motherfuckers, captation de 1970 de la formation avec Flo & Eddie, pas franchement ma préférée. 'Tis The Season To Be Jelly, c'est encore autre chose. Zappa salement touché par une gastro laisse les Mothers de 1967 meubler durant ses absences lors d'un concert suédois qui les voit reprendre du Elvis et le Baby love des Supremes entre quelques extraits de leur maigre production discographique (Freak Out et Absolutely Free) agrémentés de Doo Wop (Gee). On est loin des ambitions de musique savante, pourtant les gars trouvent moyen de coincer du Tchaikovsky dans le fourbi. Une version de 17 minutes de King Kong les place en plus sérieux concurrents des Doors, c'est bordélique à souhait, les bandes sont découpées avec les dents et recollées avec des moufles, un vrai bonheur.


Saarbrucken 78 est du calibre du concert à l'Hippodrome de Paris, le son est celui des halls de gare des 70's qui nous servaient de lieux de cultes, celui des Palais des Sports qu'on a si bien connu. Puissant ! En entendant ce barouf tout revient à l'esprit, les stands de badges, les affiches vendues à la sauvette sur le parking, l'odeur des américains ketchup/moutarde avec le jus des brochettes qui pisse sur les baskets à lacets rouges. Aucun Live remasterisé du monde, trafiqué post opératoire, gonflé aux stéroïdes, nettoyage Dolby, mes couilles sur la console 52 pistes, ne fera fonctionner la machine à remonter les méninges aussi bien que ce monstre de foire digne du marché de Vintimille. Là oui, on y est, zéro camouflage, réverbération au taquet, guitare cradingue en embuscade et les frappes de Vinnie Colaiuta démultipliées par l'architecture métallique. On dodeline une bière à la pince, saoulé par les watts, déchiré par les feedbacks, émerveillé d'être là. En écoutant ça, je sais pourquoi je ne vais plus dans les concerts. Ils ne nous veulent plus assez de mal.
La version de Pound for a brown est du genre à me faire rationaliser par le vide, rendre obsolète la moitié de mes disques préférés. Mazette, faites place au speed jazz métal ! Et ça ne s'arrête pas là. Après un Bobby Brown expédié sans suivi, voila une nouvelle effusion de lave avec Conehead. Tous les efforts tape à l’œil mis en scène pour nous faire croire qu'en 2019 la musique vibre encore sont foutus en l'air d'une pichenette, je paye mon poids en piments d'Espelletes à qui me trouve un groupe actuel capable d'envoyer une telle décharge. Il y a tellement de vie là dedans.


Pour Unmitigated Audacity faut faire l'effort d'accepter la médiocre qualité du son, mais bordel ça vaut le coup. On est en 1974, en formation commando réduite à l'essentiel, deux batteurs mais pas de Ruth Underwood aux maillets. C'est le versant obscur de Roxy & Elsewhere, tout est dans le groove et le grain de folie, le répertoire va piocher jusque dans We're Only In It For The Money. On est largement dans le documentaire archéologique, je ne vais pas vous bourrer le mou. A l'antithèse se trouve Piquantique, Ruth Underwood est bien là, Jean-Luc Ponty aussi et George Duke pour faire bonne mesure niveau virtuoses. On est en 1973, c'est avant-garde toute avec des versions bataille dans le cosmos de Dupree's paradise et Father Oblivion. Le son est bon (1973 et c'est un bootleg, hein), le répertoire est oblique, la formation est interstellaire, si Piquantique était paru officiellement en son temps on se prosternerait devant. Je vous colle le lien d'un équivalent vidéo en fin de prose capté par la télé allemande (ou suédoise, je ne parle ni l'un ni l'autre mais le présentateur vaut à lui seul le coup d’œil, au moins autant que le costard très chic de Zappa).


1969 dans un club de Boston, The Ark écrit la légende.  
52 minutes, dotées d'un son de qualité pro, des Mothers originelles avec Motorhead Sherwood, Don Preston, Jimmy Carl Black, Roy Estrada (dorénavant emprisonné à vie) et toute la clique d'allumés. Le répertoire offre de l'inédit, Some ballet music qui préfigure The adventures of Greggery Peccary, du groove bagarreur (My guitar wants to kill your mama), du Doo Wop supplicatoire (Valarie), un embrasement des sens avec le medley aux échalotes Uncle Meat/King Kong et un rhythm & blues de fête de lycée, Status back baby, avec pile ce qu'il faut de perversion pour honorer les cancres qui se curent les dents au stiletto plutôt que le couple de monarques de la soirée. On est loin de la rive, très loin, quelque part sur un océan ignoré des cartes entre la virulence de Chunga's Revenge et le dadaïsme forcené de Weasels Ripped My Flesh. Indispensable pour les uns, insupportable pour d'autres, la nécessité est mère de l'invention.


Le dernier du lot, As An Am est à l'appréciation de chacun. Période 1981/82, celle avec Steve Vai, régulièrement dénigrée par les Zappatologues intégristes pour cause de vulgarisation immodérée. Perso, j'y suis heureux comme un cochon dans sa merde. C'est mon côté bling-bling, hardos à gourmette, qui ressort. Le disque en lui-même tient surtout pour les démentielles 9 minutes d'une version de Valarie toute en guitares hurlantes et les 11 consacrées à un Torture never stops qui porte bien son nom. Le son fait saigner les tympans, les synthés sifflent les rares fois où les guitares vous laissent quelques secondes de répit, c'est crétin comme un concours de bites, ça parade comme seule une bande de ritals peut le faire et celui qui pisse le plus loin gagne le droit de fanfaronner plus fort que les autres. Avec Freaks & Motherfuckers, c'est le bootleg le moins indispensable du lot, n'empêche que j'ai mis trois plombes à m'endormir après me l'être injecté au casque pendant que Milady servait de demoiselle d'honneur à un couple d'agriculteurs.


Beat the Boots n'a franchement rien pour plaire, un coffret à la con avec huit machins sursaturés dedans. Faut être dingue pour acheter ça et déjà pas bien net pour le télécharger et pousser le vice jusqu'à l'écouter. C'est bruyant, régulièrement crispant, ça vous colle des spasmes nerveux dans les guiboles et il y a de fortes chances pour que vous passiez pour un jobastre en braillant en choeur sur les titres doo wop. Il y a là dedans plus de branlettes de manches que dans l'intégrale de Joe Satriani et personne n'a jamais osé plus loufoque. On n'y croise pas toutes les musiques du monde, mais un paquet de celles qu'on aime au moins équivalent à celui de celles qui nous horripilent. Et arrivé au bout, on les aime toutes ! Encore faut-il arriver au bout.


Pour les plus téméraires, le Volume 2 de Beat The Boots contient sept autres folies du même acabit parmi lesquelles Swiss Cheese/Fire, le fameux concert au Casino de Montreux en 1971 qui inspira Smoke on the water à Deep Purple. On y entend les derniers instants de musique d'une salle devenue mythique et l'annonce faite par Zappa demandant au public de sortir calmement. L'enregistrement se poursuit durant plusieurs minutes, témoignage de l'absence totale de panique chez les Helvètes, au point qu'un roadie à l'accent typiquement trainant se laisse entendre dire en français des Alpes "On ne va pas se grouiller, il faut absolument que je range les microphones". Unique.

Hugo Spanky