Dix piges à écumer le Royaume-Uni et se faire décrocher la timbale sous le pif par trois minets new yorkais tout juste en âge de finir de téter maman, il a dû la trouver saumâtre, Cavan. Il s'en est jamais plaint, ou alors pas que je sache. Il avait mieux à faire. Genre rendre les teddy boys moins cons en leur chantant Ol' black Joe sans oublier de faire monter un noir sur scène, pour danser, pas pour le lyncher. Mine de rien chez les rosbeef à rouflaquettes, c'était ouvrir les hostilités. Pourtant personne ne bronchait. On ne déconnait pas en présence de Cavan Grogan.
Cavan, c'était la vieille école, même génération que Lemmy, avec qui il avait plus en commun qu'avec Brian Setzer. On s'en serait douté rien qu'à les voir. Ce n'est qu'en 1973, alors que les boys rament depuis 64, que Teddy boy boogie fait office de premier single, devenu classique des cantiques depuis, et il faut attendre 1975 pour le premier album. Je dis attendre, mais ils ne devaient pas être nombreux au Pays de Galles, et encore moins ailleurs, à attendre quoi que ce soit d'un combo de rockabilly, aussi percutant soit-il, dans ces années d'ambitieuses innovations. Pas innovants la bande à Grogan, c'est certain, mais efficace au possible. Crazy Rhythm et Our Own Way of Rockin' qui sort en 77, en pleine scission des cultures, sont les deux piliers de bar d'une carrière qui ne fera guère de conquêtes territoriales, ce qui ne l'empêchera pas d'être durablement gravée dans l'esprit de ceux à qui les vibrations suffisent pour dénicher les bonnes tavernes. A eux seuls, ces deux disques enfilent les chansons graisseuses qui vous filent entre les doigts comme un volant de Renault 8 les soirs où l'abus de Pento devrait rendre obligatoire le port des mitaines. Ol' black Joe, je l'ai déjà dit, Teddy boy boogie, là aussi, My little sister's gotta motorbike, une pichenette qui renvoie Robert Gordon à ses poses de couillon de la lune, She's the one to blame, Rita, Sadie, Caroline, Marilyn, il en avait des copines, Cavan, il nous les faisait croquer.
Mr Cool en 1979 clôture les années d'espoir, celles qui vont en ascension. Bizarrement celles d'avant Stray cat strut. Ils n'en auront pas eu leur part de la vague rockabilly, le gars Cavan et sa bande. De trop sales gueules de baroudeurs pour serrer la minette sans effrayer le minet. Comme Dr Feelgood, il leur aura manqué un JJ Burnel pour faire passer la pilule, un beau gosse ténébreux derrière lequel planquer les balafrés. Ça n'a pas dû le traumatiser plus que ça, Cavan était de ceux dont l'existence est plus importante que l’œuvre, je ne pense pas qu'il ait beaucoup rêvé de gloire, si il avait croisé le génie de la lampe, je mise lourd qu'il aurait demandé à ressusciter Gene, Buddy & Eddie plutôt qu'une médaille de la reine.
Crazy Cavan Grogan est mort. Hier encore il nous restait un ami. Il lui manquait pas mal de chicots, c'était pas nouveau, le peigne lui grattait le crane plus qu'il n'évacuait de gomina depuis un bail, mais la voix était là, si le mouvement du bassin était rouillé. Assez parlé, Cavan est cané.
Hugo Spanky



















































