
Je parcourais hier matin une chronique Pitchwork à propos de The Eagles, l'auteur y démontre que, malgré les inepties qu'on ne peut éviter de lire à leur sujet, la compilation Their Greatest Hits est un disque essentiel au bien-être de l'individu. Pour justifier la futilité des textes du duo Don Henley/Glenn Frey, il extrapole sur leur vision toute masculine de la libération sexuelle et cite le livre La Femme du Voisin de Gay Talese comme étude de référence en la matière. Gay Talese est une tête de gondole du nouveau journalisme américain des 70's, son livre est de 1981.
Une recherche sur La chasse aux livres me fait découvrir une première de couverture typique de ces années, une blonde aux seins nus, robe déchirée, affichant un regard consentant. Je n'en ai pas encore lu la moindre ligne, car évidemment je l'ai acheté, mais je ne serais pas surpris le moins du monde si Steve McQueen y était désigné comme le nec plus ultra de l'espèce humaine. Cette évidence me fit soudain revenir quelques mois auparavant.
Les temps changent et je ne suis pas en reste, j'en avais pris conscience en m'ennuyant ferme au fil des chapitres du Cinéma Spéculations de Quentin Tarantino. Tandis qu'il énumérait à longueur de pages le nom des acteurs dont l'apparition à l'écran lui est restée mémorable, un constat s'était imposé à moi : je n'en avais plus rien à foutre de Steve McQueen, Burt Reynolds ou Clint Eastwood.

Le flux de transactions et de requêtes informatiques causé par ma commande n'avait pas encore eu le temps de participer à la sècheresse dans le monde que j'étais déjà blasé par la perspective de me fader le bouquin de Gay Talese, qui m'apparaissait désormais comme le témoin d'une époque à laquelle j'avais fini par tordre le cou. Je me devais de trouver un antidote. Quelques gouttes d'eau dans le Sahara en moins et Gemini m'apprenait l'existence de Trois Femmes, un ouvrage de Lisa Taddeo rédigé en réaction au machisme affiché par La Femme Du Voisin. Car évidemment si Gay Talese se concentre sur la femme, c'est exclusivement du point de vue du voisin. Or il se trouve que j'écoute Rosalia en rédigeant ceci, c'est dire si je suis un homme moderne.
Lisa Taddeo a donc œuvré pour rétablir une forme d'équilibre, en tombant dans l'excès inverse. Son immersion au sein du mouvement de libération sexuelle a été exclusivement réalisée auprès de trois femmes (d'où l'originalité du titre). La première souffre d'avoir été abusée par un professeur de lycée, une autre est frustrée par le désintérêt de son mari, la troisième est épanouie dans le libertinage de couple. Je n'en ai pas encore lu la moindre de ligne, car évidemment je l'ai acheté, mais je sais déjà que je ne vais pas me marrer autant qu'avec Gay Talese. Je frissonne d'effroi en reniant Michael Douglas au profit de Lorena Bobbitt.

Confronté à ces tourments, je m'égarais un peu plus encore en misant sur la saison trois de Euphoria pour alléger mes pensées, hélas le personnage de Rue y est encore plus prédominant que lors des précédentes. Il se trouve que je ne peux pas la blairer. Doublement, triplement pas la blairer. L'actrice est insupportable, elle surjoue en permanence un rôle, lui-même largement caricatural, auquel son physique confère autant de mystère qu'en contient une scène de cul dans La vie d'Adèle. J'ai fait abstraction de ce repoussoir en me concentrant sur la présence de Sydney Sweeney, pour finalement n'être captivé que par les seules péripéties de Maddy Perez. Magistralement incarnée par la sublime Alexa Demie.

Quelque chose dans Euphoria me fait penser à The loveless, ce film carte postale avec Robert Gordon. Tout y est esthétiquement bien léché, très stylisé. C'est pour ma part plus proche d'un long clip de propagande catholique, que des films de Larry Clark. Je suis d'accord avec ce que tu dis au sujet fantasmes de vieux schnocks, surtout concernant La vie d'Adèle. Larry Clark aussi, mais j'aime beaucoup ces films et je m'attache au personnages, c'est comme ça. L'adolescence au cinéma est un sujet qui me passionne. Lords of dogtown est un de mes films favoris par exemple.
RépondreSupprimerP.S : je reviens pour le reste, j'ai rdv :D
Larry Clark, du moins ses films, ont le mérite d’avoir amené un ton et une esthétique nouvelle. Euphoria se contente de jouer sur des codes has been recyclés pour séduire les 50/80 ans. Je doute fort que la série atteigne une cible différente.
SupprimerThe Loveless était autrement plus stylé. Je pense que c’est uniquement le personnage de Nate qui te fait faire le lien.
En fait Euphoria tient plus d’un Twin Peaks revisité par Tarantino et en conséquence vidé de toute substance.
Si je te comprends bien, tu as acheté deux livres antagonistes qui au final ne te donnent plus envie de les lire et tu renies autant les stars d'avant que celles d'aujourd'hui car les premières ont eu une attitude ou un discours condamnables et les secondes manquent singulièrement de nuances dans leur propos. Bon, eh bien, va donc revoir The Devils de Ken Russell qui ressort en octobre au cinéma enfin en version intégrale ; ça te redonnera la niaque, frérot.
RépondreSupprimerC’est presque ça. Je me fous des attitudes condamnables, c'est juste que les personnages incarnés par les trois que je cites, mais aussi beaucoup d’autres, tu t’en doutes, me semblent ne plus suffirent pour justifier le visionnage d’un film.
SupprimerTu parles de Oliver Reed et c’est le parfait contre exemple, lui continue de me fasciner parce qu’il ne m'apparaît pas comme une coquille vide. Il est de la trempe de Richard Burton.
Pour préciser un peu plus encore mon propos, le machisme des 70’s ne me pose aucun problème, simplement je m’en suis lassé.
Je voulais surtout démontrer les contradictions qui sont les miennes quand je m’emballe sur tout et n’importe quoi lorsque je suis sur internet. J’adore ça. Je vais lire ces foutus bouquins et je reviendrai même en causer ))
Concernant les acteurs du jour, les pauvres ne sont pas mis dans les meilleures conditions de travail. Entre fond vert et scénarios de trois lignes. Il y en a néanmoins de très bons, même si je trouve que les nanas s’en sortent globalement mieux. Les mecs ont du mal à créer une nouvelle définition de l’homme d'aujourd'hui, à l’image de l’homme dans la société d’ailleurs qui peine à trouver le ton juste.
Michael Douglas (que je vénère toujours autant, fais pas chier le grunge)) avait su inventer un personnage à l’image des années 80/90, l’homme dont la réussite professionnelle ne comble pas les fêlures.
J’attends celui qui sera capable d’en faire autant. Le défi est de taille.
Regarde les 4 saisons de Reacher, c’est excellent. Personnage bédé, intrigues chiadées, bastons illimitées.
SupprimerJ"ai adoré la première saison mais j'ai trouvé la deuxième bien plus convenue et guère intéressante. Du coup, je n'ai toujours pas maté les deux suivantes.
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