samedi 19 septembre 2015

LiVE ENeMY


J'aime pas les Live. Combien de fois j'ai entendu dire ça ? Si on m'avait payé un verre à chaque fois, j'aurais chopé une cirrhose. Il est donc possible et raisonnable d'être amateur de Rock et de ne pas aimer Live at Leeds et Get Yer Ya-Ya's Out ? Ne pas aimer les Live, en bloc, c'est aussi con que de ne pas aimer les albums Studio ou les Homemades ou les Mobile records ou les Château d'Hérouville. Quand ça le fait pas, ce ne sont pas les Live qui sont mauvais, ce sont les groupes.



Parfois même des groupes qu'on adore et qu'on regrette, malgré tout, de n'avoir pas vu en concert. Prenons Clash, deux Live officiels sont dans le commerce, nazes les deux. En les écoutant, on a l'impression de regarder passer les trains. Plutôt que d'officialiser un bootleg sanguinolent qui aurait fait le bonheur d'une poignée d'acharnés, Sony nous a refilé un concert de fin de parcours, un best of au son ronflant dans la sono des Who, mais avec un groupe qui joue en mode automatique. L'anti-thèse même du véritable disque Live. Pire, un concert SANS Topper Headon. Autant dire Clash sans l'aventurier du lot. Le jazzeux de la bande, celui qui transformait les enclumes en vols planés. Et un Live sans aventure, ça ne peut pas être bon. Pourtant ça devait être beau de voir Clash sur scène, rien que de les voir en photo c'est beau. Mais une fois couché sur la cire et retranscrit dans mon salon, bernique. On ne voit pas les cordes qui sautent quand Strummer fait ses pompes, on ne voit pas la mèche de cheveux qui tombe sur le regard ténébreux du Paulo, pendant qu'il joue White riot tandis que les trois autres en sont à London's burning.
Une fois les spotlights éteint, la sono rembarrée dans le semi remorque et le coup de balai passé sur les canettes vides et les mégots, une fois qu'il ne reste plus que le diamant sur la wax et vous en face sur le canapé, il vaut mieux que le concert capté ait offert son pesant d'aventure musicale doublée d'un minimum de panache dans l'interprétation. Le disque Live ne pardonne rien. C'est bien pour ça qu'ils mettent aussi longtemps à sortir. Le seul qu'on peut pas accusé d'avoir triché, c'est Toots Hibbert. Enregistré le soir à l'Hammersmith, pressé dans la nuit, son album Toots Live de 1980 était en bacs de Londres dès le lendemain matin.






Mais enterrer tous les Live parce que quelques uns de nos chouchous n'ont pas été à la hauteur ? Non. Il existe trop de contre-exemples. Il existe même des groupes qui n'ont été bons que le temps d'un Live. De ceux que le studio intériorisent, des qui ont besoin de s'oublier dans l'odeur de la sueur, les hurlements de la foule pour se lâcher totalement. Les meilleurs Live sont ceux des années 60/70, quand les mecs réinventaient carrément leurs chansons pour la scène, s'autorisaient à improviser, à tordre le cou des hits calibrés à 2mns30 pour les radios mais qui devenaient des moments épiques, des chevauchées fantastiques, une fois joués en concert. C'est ce moment d'osmose qu'arrivent à choper au vol certains Live miraculeux. Un Live, c'est un fait de société en plus d'être un moment de musique vivante.


Tout ça, c'était avant que les groupes ne s'aperçoivent que les fans deviennent hystériques rien que de les voir prendre la pose. Peu importe ce qui sort en façade. On peut remercier les punks pour ça. En voila qui misaient tout sur l'attitude, rien sur l'accordage. Tout le monde peut le faire. Et oui, ce que tu fais, tout le monde peut le faire. Ce que faisaient les Thin Lizzy ou le J.Geils Band, ça limite déjà un peu plus le nombre de gonzes susceptibles de s'y coller. 
D'ailleurs les Live sont morts dans les années 80, avec l'arrivée des playbacks. Plus aucune utilité de sortir un Live, vu que c'était pareil en concert qu'en studio. Comme ça t'es pas emmerdé. Y a bien eu l'exception Bruce Springsteen pour, enfin, s'y coller mais c'était même pas un Double Live colérique, outrageux et tire-larmes. Une rétrospective qu'il nous a pondu. Un putain de Quintuple Live ! Mais bon, c'est le Boss. Il fait ce qu'il veut.



Finalement, une fois de plus, sur qui on peut compter de nos jours pour ressusciter les traditions et transmettre le foutu message ? Hein ? Ben oui, je sais que je vous le radote tous les six mois mais il ne reste que Public Enemy ! Les seuls en piste. Et c'est pas une piste cyclable, plutôt le genre de macadam pour Dragsters à kérosène. Mazette, planquez-vous aux abris, Public Enemy Live from Metropolis Studios, c'est pas du trafiqué pendant six mois en studio, comptez pas qu'ils nous aient épargnés quoique ce soit de la  tranche de barbarie qui leur tient lieu de concert. No overdub ! Ils n'ont pas eu besoin de le marquer sur la pochette, on le comprend vite. Un bonheur.


Je vous l'ai déjà dit mais au cas où, je répète : Ça fait des lustres que Public Enemy ne se trimballe plus sur scène avec un sampler et une paire de platines, depuis 2002 ils ont un groupe, un vrai. Un qui fait du raffut, qui fout des taches de sauce tomate sur les chemisettes. Dans le lot, il y a Khari Wynn, guitariste de Memphis, Tennessee, fils de Ron Wynn, un écrivain spécialiste du Jazz et de la Soul, une pointure qu'à pas dû éduquer son fiston en lui faisant bouffer du branleur de manche qui fait tout à l'épate. J'imagine. Parce que quand on l'entend piquer en vrille sur Black steel in the hour of chaos, c'est Band of Gypsys qui vient à l'esprit. Ou le Carlos Santana  incandescent de la période Lotus. Quand il lâche ses riffs sur Fight the power/Soul power, c'est l'esprit de Catfish Collins qui est à convoque. Khari Wynn, c'est le genre de guitariste qui ne se dégonfle pas quand Chuck D l'invoque pour rendre hommage aux trois King, Freddie, Albert et B.B sur une version de Harder than you think qui nous arrache des hurlements d'extase à Milady et moi, le son de l'auto radio à la toque, trépanés que nous sommes par la puissance de feu de ce disque dévastateur. Et j'exagère même pas.




Deux mois à peine après un nouvel album studio, Man Plans God Laughs, à classer parmi leur plus époustouflantes réussites, Public Enemy sort ce double Live capté l'été dernier à Londres, témoignage vivant d'un groupe qui refuse de rendre les armes. Mieux que de continuer d'exister, Public Enemy continu d'avancer, de créer. Faut entendre, Chuck D et Flavor Flav s'invectiver sans cesse, superposant leurs flows, haranguant sans répit un public tétanisé par tant d'énergie déversée. Public Enemy en concert, c'est le Vésuve sous amphétamines. Hoover music, Bring tha noise, Shut 'em down façon bulldozer dans ta gueule, certes. Pourtant, ce n'est pas juste ça. Public Enemy sait aussi taquiner le groove jusqu'à la transe. Faut se ramasser I shall not be moved derrière les oreilles pour comprendre. 



Et il faudrait que je vous décrive comment DJ Lord décapite les casquettes à coup de scratchs incessants tandis que la machine tourne à plein régime. Non, pour de  vrai, Public Enemy en 2015 c'est mieux que le passé ou le futur, c'est l'actualité du Rock tel que plus personne ne sait le jouer. A en hurler sous la lune, réalisant qu'au milieu des démissionnaires de tous crins, il reste toujours une poignée de furieux animés par la foi. Même John Fogerty a pigé ça !


Public Enemy Live from Metropolis studios existe en double vinyls, en dvd, en blu ray et en cd. Et y a même une édition DeLuxe qui regroupe tout ça dans une belle pochette à trois volets.
Un vrai double Live carnassier pour la rentrée. Sans déconner.

Hugo Spanky 
 

samedi 12 septembre 2015

ScoTT H. BiRaM, SaNGuiNe ViTaLiTé


Quand j'en ai marre de patauger dans la routine, je sais pouvoir compter sur le Texas. Ils ont le chic, là bas, pour nous pondre des illuminés jusqu'au-boutistes qui, quelque soit le siècle, quelque soit la mode, persévèrent inlassablement à produire du son brut. A une époque où authentique signifie souvent foutage de gueule, ça peut servir d'avoir quelques bonnes pistes à explorer.

Scott H. Biram, le dirty one man band (comprendre qu'il s'attache -parfois- un tambourin à la cheville et tabasse une grosse caisse tout en foutant un maximum de bordel avec sa guitare) est un de ces excentriques intemporels, un de ceux qui se donnent encore la peine de bâtir une histoire en payant de leur personne. L'anecdote la plus courante le concernant résume bien le type à qui on a affaire. On est en 2004, dans des circonstances que la sobriété n'explique sans doute pas, Scott H. Biram se fait défoncer dans sa voiture par un camion lancé à toute berzingue. Allez savoir comment, il en réchappe. Peut être voit-il dieu ? Peut être qu'il ne veut pas manquer le BBQ mensuel ? Quoiqu'il en soit, il remonte sur scène un mois plus tard, les os brisés, une perfusion dans le bras, assis sur une chaise roulante mais vivant et plus communicatif que jamais auparavant.
De cette expérience dont on peut raisonnablement considérer qu'elle explique certaines aspérités traumatiques de sa musique, il tirera un E.P, Rehabilitation Blues avec une belle pochette le montrant sur son lit d’hôpital. 
Do you understand ?


Et qu'est ce qu'on en a à foutre ? Ben, tant qu'on n'a pas envie de s'envoyer dans le cornet un équivalent tendance blues de ce que Hank III est à la country, je répondrais: rien. Dans le cas contraire, Scott H. Biram est quelque chose comme la meilleure adresse possible. Et pas seulement parce qu'il convoque les fantômes de Hound Dog Taylor et John Lee Hooker. Ce gars sait écrire des chansons, tentez son Sinkin' down vous m'en direz des nouvelles. On trouve cette merveille sur son album de 2009 Something's Wrong/Lost Forever, un disque pour lequel il étoffe son minimalisme habituel en jouant de l'orgue Hammond avec une étonnante délicatesse. 



Tout cela pourrait en rester là, un white trash texan de plus en quête de la note bleue, si Scott H. Biram n'avait pas sorti coup sur coup deux albums sacrément attachants et foutrement brillants. Les qualités de Bad Ingredients en 2011 lui ont fait passer un cap mais c'est le tout récent Nothin' But Blood qui m'a définitivement convaincu qu'il en allait de mon devoir de vous en causer un brin.
Moins torturé dans le son, moins excessif, cet album retrouve les teintes country des tout premiers albums auto-produit du bonhomme. Une vitalité acoustique typique des rives les plus au sud du Mississippi (Gotta get some heaven), de l'émotion forte (Never comin' home), un beau bottleneck bien rugueux (Jack of diamonds), du raffut pour descendre des bières (Alcohol blues), du Folk-Blues savamment troussé (Nam weed), une touche de Dylan (I'm troubled), du grand n'importe quoi bien inutile (Around the bend), trois Gospels dépouillés jusqu'à l'os en bonus (Amazing grace, When I die, John the Revelator) et même une reprise de Backdoor man qui arrive à ne pas être ridicule face à toutes les versions précédentes de ce classique pourtant archi-usé, voila grosso-merdo le menu de ce bien nommé Nothin' But Blood. 
Scott H. Biram secoue les fondations en affirmant sa personnalité, jamais il ne tombe dans le pastiche revival.


Si vous cherchez la tendance universelle de demain, passez votre chemin sans vous retourner. Si un repas traditionnel à base de transpiration et de cœur aussi fêlé que l'esprit vous convient mieux, alors installez-vous, l'assiette est chaude.

Hugo Spanky
 

lundi 7 septembre 2015

O TeMPoRa, O MoReS



Keith Moon est mort. Il y a 37 ans aujourd'hui, il en avait 32, ce qui lui en ferait 69 (ne vous laissez pas impressionner, je suis médiocre dès qu'on en arrive aux divisions avec virgule). Et alors ? Me direz-vous. Et alors c'est triste. Pour lui et plus encore pour ses proches. Mais pour nous, j'en suis à me le demander. La tristesse, c'est ce que l'on a ressenti avec Milady en commettant l'erreur, ce week end, et seulement parce qu'on a vu tous les replay de Storage Wars, de regarder le Best of Glastonbury 2015 diffusé par Arte. Notez bien que ce n'est pas moi qui l'ai nommé comme ça, Best of. D'ailleurs je ne l'aurais pas nommé du tout, pour la simple raison que si on me demandait mon avis, ne serait-ce que de temps en temps, ce genre d'horreur n'existerait tout bonnement pas. Y a tellement mieux pour se régaler la cornée.



Et donc, disette quand tu nous tiens, Glastonbury 2015 ! Tremble monde moderne, le Rock et Roll va déchainer son fougueux pouvoir et galvaniser son peuple. Malheur. Dans les faits, ça donne : Paul Weller empêtré jusqu'au cou dans Town called malice. Bronzé, les sunglasses qui vont bien, le cheveux blanc soyeux, la pose athlétique, le sourire à la caméra, l'érection imminente. Arrivé à ce stade c'est à Roland Garros qu'il faut s'attendre à le croiser dorénavant. Les Who avaient fait le déplacement, eux aussi, ce qu'il en reste du moins. Des Who auxquels on peut légitimement demander who are you ? C'est là que la tristesse s'est abattue sur nous, parce qu'on les aime les Who, qu'on les a aimé surtout et qu'on a cru en eux, en ce qu'ils véhiculaient. Quand je pense que certains illuminés paient plus de 20 fois plus cher pour les voir aujourd'hui (150€) qu'au temps de leur splendeur (50Frcs), ça me désole quant à l'humanité toute entière.



Pour tout arranger, au milieu de ça, ils nous ont collé Patti Smith, ce qui est déjà une horreur en soi, voir Patti Smith. En voila une qui démontre que tout ne s'arrange pas toujours. Elle faisait déjà pas rêver avant, mais là, fallait le voir pour le croire ! Moustache, poils aux pattes, dents jaunes, encore à brailler Gloria. Stop ! Elle a même ramené le Dalaï Lama, sait plus quoi faire pour bouffer à tous les râteliers celui là. Heureusement qu'on n'était pas à table, il aurait piqué dans l'assiette.

 

Et sinon, on a eu droit à quelques jeunots, je ne parle pas de Lionel Richie, taisez vos sarcasmes. Des anglais, je pense, vu les tronches qu'ils se trimballent. Et bien je vais vous dire, ils étaient encore PIRES ! D'autant plus qu'ils n'ont même pas l'excuse de la vieillesse (et que si on commence à les excuser sous prétexte qu'ils sont jeunes, on ne va jamais s'en sortir). Me demandez pas leurs noms à ceux là, j'en sais foutrement rien et je vais continuer de la sorte.


Ah, les Libertines étaient de la partie, Doherty et son gros cul entouré de ses complices aussi mous et lessivés que pathétiques. Sur la lancée, on a eu droit à Pharrell Williams, sans la tenue de Tintin au Congo mais au milieu de plein de petits enfants tout mignons. Quelque chose me dit qu'il va finir comme Michael Jackson celui là, à force de jouer les adolescents à plus de 40 ans. Bon, il est heureux, tant mieux pour lui, même si ça commence sérieusement à le faire ressembler à l'idiot du village son affaire.


Et à part ça ? Et bien j'ai regardé Ruquier et forcément, après tout ça, j'ai trouvé de la pertinence à Yann Moix et du génie à Cœur de Pirate. Je voudrais bien conclure sur une bonne nouvelle ceci dit, je cherche. Ah, si, Taratata revient à la fin de l'année...
Alors ? Happy ?

Hugo Spanky