dimanche 15 août 2021

MétéO eXPResS☼


 

Il fait chaud, non ? Pas chez vous ? Ici c'est irrespirable, plus un pet de vent depuis une semaine. Une horreur. Les échappements stagnent jusqu'à atteindre mon 3eme étage et les criques sont bondées sitôt l'aiguille sur le 10. Plus tôt dans la matinée, au pied de la falaise, ce sont lits de camp, matelas pneumatiques, tentes, qui jonchent le sable. Pas des migrants, des zadistes ou je ne sais qui encore, juste des touristes qui dorment là. Au prix où sont les campings, on en revient aux méthodes des années 70. Un drôle de confort moderne que celui qu'on nous sert. Plus personne n'a un rond, mais aucun ne renonce à la médiocrité de son dû. J'ai abandonné chemise, short, casquette et espadrilles, fait quelques brasses, la planche en regardant le ciel, manière de vérifier qu'il n'y en ait pas un de là haut qui m'enverrait un signe, puis je suis rentré dans ma turne.

Pour ventiler les toxines, j'ai posé Pirates sur la platine. Jamais, sans doute, je n'aurais d'avis définitif sur Rickie Lee Jones et je m'en fous pas mal. Elle a cette petite voix parfois crispante à laquelle je me suis habitué, depuis le temps. Sans en abuser. Je dois sortir le disque une fois tous les cinq ans et j'y trouve immanquablement ce que j'y cherche. Avant d'en arriver là, j'avais passé les deux soirées précédentes à me réconcilier avec Jimmie Vaughan, bien que je n'ai jamais été fâché. Juste distant. Un coffret est annoncé pour septembre, tout le parcours depuis les Fabulous Thunderbirds en 5 cd, et une édition deluxe rallonge la sauce de deux singles et un 33 tours. Je ne sais pas ce qu'ils ont avec les coffrets, ni à qui ils comptent vendre celui-ci en dehors du Texas, mais ça n'arrête pas. Les maisons de disques doivent avoir des actionnaires communs avec Ikéa, je vois que ça. 

Les albums des Fabulous Thunderbirds fonctionnent toujours merveilleusement, j'ai vérifié. Ma chérie a trouvé super que j'enchaine leur version de Diddy wah diddy après le Bad girl de ZZ Top. Elle a eu raison, c'était du velours. J'ai poussé la gourmandise jusque sur youtube, leur passage au Tonight Show de Johnny Carson en 1987. Faut voir ça, y a pas plus cool que Jimmie Vaughan avec son revolver à la ceinture et Kim Wilson qui groove dans son costard Armani. Tuff enuff et le Wrap it up de Sam & Dave envoyés en toute décontraction. Kim Wilson est épatant, il aligne à peu près toutes les angoisses de l'homme du 21eme siècle et s'en porte comme un charme. Embonpoint, calvitie, moustache, épiderme couvert de poils, l'ensemble animé d'un déhanché comme on n'en a plus vu depuis Tom Jones. Cherchez pas à redire, il est parfait. A lui seul, c'est un gros fuck à tout ce qu'on voudrait nous faire avaler comme stéréotypes. Je vous mets le lien en qualité VHS en bas de page.



Avec tout ça, j'entends Jimmie Vaughan jusque sur Hardware le dernier album de Billy Gibbons. Posez le diamant sur Shuffle, step & slide et dites moi que j'ai tort. Au passage, je corrige ma négligence, je l'ai expédié un peu vite avec les affaires courantes ce disque. Finalement, il me sauve du marasme dans lequel m'a embourbé la lecture de plus en plus ardue de l'autobiographie de Cosey Fanni Tutti, la demoiselle de Throbbing Gristle. Vous pouvez me dire que je l'ai bien cherché en allant me frotter à des tordus pareils. Sauf que pas du tout. Elle a beau grossir le trait de la marginalité tant qu'elle peut, la vie de Cosey reste tristement ordinaire. Elle quitte un père dictatorial pour un mec qui l'est tout autant, se ramasse des beignes sur le coin de la tronche par l'un comme par l'autre et se coltine tout ça sans broncher. Même après dix piges de ce régime (sur quelques bonnes centaines de pages) elle continue à trouver des excuses à Genesis P.Orridge. Le livre, bien qu'interminable, dresse sans le vouloir le portrait d'une génération paumée entre la fuite des interdits paternalistes et la quête d'une liberté dont les obligations sont tout aussi strictement édictées par les hommes. On navigue quelques part entre Charles Manson et Benny Hill en espérant que, chic fille comme elle est, Cosey va finir par piger deux, trois trucs. Je vous textote sitôt qu'elle fait tilt.

 

Hugo Spanky

The Fabulous Thunderbirds live au Tonight Show 1987

 

 

vendredi 30 juillet 2021

2 TiMe LoSeR


Dusty Hill n'est pas sitôt mort que deux jours plus tard Prince revient du royaume des ombres. Comment voulez-vous tenir un blog crédible dans un monde pareil ? L'agonisante actualité vient tout droit des années 80, quand ZZ Top et le Kid tenaient la dragée haute aux niaiseux. Les uns en osant l'électronique dans le moteur bien avant la mode de l'hybride, l'autre en balançant du Jazz dans son électro. 

Au rayon des similitudes, je ne serais pas surpris d'apprendre que Dusty Hill est mort d'une absorption trop massive de painkillers, comme Prince, Tom Petty et d'autres encore qui semblent vouloir répondre à l'appel de la scène, alors même que leurs corps lâchent la rampe. ZZ Top venait de rempiler pour un tour américain lorsqu'une énième douleur à la hanche a renvoyé le bassiste dans ses pénates, laissant ses vieux acolytes de route poursuivre sans lui. Il a été retrouvé inanimé dans son lit, sans doute que Dusty n'avait pas d’ascenseur.

Qu'est ce que vous voulez que je vous dises de plus ? Que j'aime ZZ Top depuis un temps considérable ? Depuis qu'une vendeuse de chez Boyé, Carcassonne, m'avait refilé en douce un lot d'invendus pour étayer une collection de disques en pleine croissance. Tres Hombres en faisait partie, le Grand Funk Hits aussi et Pin Ups de Bowie. Les années 70 s'apprêtaient à faire le grand saut, Grand Funk avait splitté, l'actualité de Bowie se nommait Lodger alors j'ai embrayé dessus et comme ZZ Top venaient de sortir Degüello, je suis devenu accro.

Dusty Hill, je ne vais pas vous faire sa nécrologie en profondeur. Le gars était un collectionneur fanatique d'Elvis Presley, ça devrait suffire pour l'aimer. Il était aussi économe en notes jouées, une sorte d'anti-thèse de John Entwistle. Avec qui il avait quand même quelques points communs au delà d'un son énorme et distordu au possible. Celui d'avoir une poignée de classiques, et pas des moindres, à défendre à chaque concert, Tush, Heard it on the X, Beer drinkers and hell raisers, Hi Fi mama, I got the 6 (gimme your 9, Prince n'aurait rien trouver à y redire), Party on the patio, et aussi de participer au spectacle avec un sens du décalé dont l'humour manque cruellement aux poseurs. Son truc à plumes à Dusty, c'était de recouvrir ses basses de fourrures, manière de finir de ressembler à un gremlins. 

 


ZZ Top va continuer sa tournée, en fera surement une ou deux autres avant qu'une mauvaise nouvelle de plus ne fasse définitivement de nous tous un ramassis de gothiques et de ce blog un repaire de nécrologues. Et là dessus voila qu'on nous ressuscite Prince. Welcome 2 America, vient d’atterrir sur ma platine. Trois faces vinyliques de titres qu'il avait renoncé à sortir en 2010, alors que le projet était finalisé. On ne saura jamais pourquoi, peut être parce que rarement les influences auront été aussi évidentes. Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Isaac Hayes nous font de gros clin d’œil, mais c'est Norman Whitfield qui est porté en référence le temps d'un premier morceau qui, en plus de donner son nom à l'album, le sublime totalement. Groove lent, ton grave, l'Amérique de Prince n'est pas un décor de carte postale.

Je vais être aussi honnête que possible, le disque ne se remet pas de cette fantastique ouverture. Aussi bons soient-ils, et ils le sont, les autres morceaux souffrent de l'écrasante présence de Welcome 2 America. Comme ceux de Sign O' The Times avaient peine à s'imposer, après la fracassante entrée en matière du morceau titre. La comparaison s'arrête là, aucun If I was your girlfriend ne se révèle à l'usage en levant le voile sur mille trésors. Welcome 2 America n'est pas le chef d’œuvre égaré qu'on ne manquera pas de nous vanter. C'est du Prince en creux, plus consistant que Planet Earth qu'il évoque à l'occasion (Hot summer faisant figure de The one U wanna C) et supérieur à 20Ten qui pris sa place sur le calendrier des parutions. On y croise When she comes dans une version en deçà de celle qu'il enregistrera plus tard et l'ensemble est loin d'être déplaisant, même si rien ici, hormis Welcome 2 America, Check the record et Hot summer, ne hisse l'album au niveau de 3121, LotusFlower ou du sprint final que composent Art Official Age et les Phase One & Two de Hitnrun.

En conclusion, le moment est surement venu de passer un deal avec la faucheuse, on cesse d'exploiter ses troupes et en échange elle nous laisse de quoi finir le voyage en bonne compagnie.

 

Hugo Spanky


 

vendredi 16 juillet 2021

TeCHNicaL ecSTaSy





L'Italie m'a régalé. Leur victoire m'a redonné le goût des célébrations. Et comme je fonctionne par association d'idées, je me suis mis à cogiter, me demander pourquoi je supporte l'Italie plutôt que l'Angleterre, alors que ma culture est largement anglo-saxonne. Ok, c'est territorial, l'Italie, les racines, l'enfance, le sud, mais quand même, j'ai  braillé Oh yeah I tell you somethin' I think you'll understand plus souvent que Lasciatemi cantare con la chitarra in mano...Quoique. Bah, si, quand même.

De fil en anguille, je me suis aussi demandé à quel point je n'avais pas tout faux depuis le début. Je veux dire Adriano Celentano, hein ? Depuis 1959 qu'il est là. Et les boots en cuir, c'est pas les pékino-chinois qui les ont pondu. Le plat préféré des Ramones ? Vous l'avez ? On est bien d'accord qu'on les a pas vu souvent se goinfrer de cassoulet. Pas plus que de fish'n'chips. On peut en aligner des similaires jusqu'à ce que fonde le dernier glacier. J'ai dit glacier ? Elles sont quoi les meilleures glaces de l'univers ? Ha! Vanille/Fraise, Pistache/Chocolat, certes, mais italiennes avant tout. Suffit que je dise ça pour que me vienne de douces hallucinations d'actrices à la croque-sel. Sans chichi, ni artifice. Du temps où le grand écran aimait les femmes. Ornella, Claudia, Silvia, Sophia, Gina, Silvana, Valeria.. Si Lou Bega cherche des rimes riches, il a de quoi faire.






La célébration, disais-je. Figurez-vous que j'accompagnais la conquête italienne de l'Europe au son d'un fantastique double cd de Yoko Ono entièrement remixé par des DJ's Techno, tendance extrémiste. Triple gifle avec effet rétroactif. Onomix. Je ne vais pas vous bassiner avec, vous pouvez pas piger à quel stade d'addiction j'en suis. Aussi sec, j'ai dégainé l'artillerie lourde, en commençant par le coffret The History of the House Sound of Chicago, une bestiole en 15 volumes qui part d'un Disco légèrement dévarié pour aboutir au mariage d'Edgar Varèse et Giorgio Moroder. Moroder comment ? Giorgio ? Giovanni Giorgio Moroder pour être exact. Ben merde alors, un rital. Tout se tient. Le subconscient fait des miracles. Cette foutue vague Techno qu'on croyait venue de l'underground américain, Chicago, Detroit, New York avec résonnance via le Go-Go Funk de Washington et son Drop the bomb (Trouble Funk) qui fournira bon nombre de cartouches aux samplers. Cette Techno que les anglais vont rendre comestible pour les masses en la parant d'attributs Pop, comme ils le font pour domestiquer chaque vague barbare abordant leurs rivages. La même Techno à laquelle, nous, hexagonaux que nous sommes, avons administré une sérieuse dose d'anesthésiant, dont on se vante au nom d'une French Touch qui ne fit que populariser nos pires tendances. De Sexy boy à L'été indien, il y a moins de distance qu'entre Prodigy et Public Enemy. On est comme ça, on ne passe pas les 8eme de finale, j'invente rien.


La Techno, première musique mondialiste sans appellation d'origine contrôlée, sorte de web d'avant gafa, trouverait donc sa source dans les alpes transalpines chères à nos cœurs de footballeurs sur canapé. Vous avez souvenir de l'ItaloDisco ? Ce genre qui déborda si peu loin de Vintimille qu'il fallut quelques croisés béatifiés pour l'expatrier en Germanie, afin de convertir le vaste monde à son minimalisme synthétique. Donna Summer, I feel love, pour une première éjaculation chimique, avant que le Cardinal Moroder ne contamine à profusion, sans qu'aucune distanciation sociale ne puisse lui barrer la route. Dès lors, le genre ne fera que renaître encore et toujours, cheap et entêtant, ritournelle Bontempi à 3 notes sur tempo samba martelé à coups de massue. Blackbox Ride on time, Double You Please don't go ou Boys boys boys de Sabrina indiqueront ponctuellement le chemin de Rome, mais c'est bien du monde entier que pleuvront les hits. Belgique Make my day (Pump up the jam) de Technotronic, Suède Crucified de Army Of Lovers, Deee Lite et leur Groove is in the heart new-yorkais, Angleterre, of course, mise sur orbite par le Pump up the volume de MAARS, Espagne Chimo Bayo Asi me gusta a mi (Extasy extano) mémorable dans le Jamon Jamon de Bigas Luna, Allemagne avec le surpuissant The power de Snap! Des centaines d'autres, plus éphémères, viendront nourrir les radios, les nuits de M6 et les magasins de sape. Sous estampilles Dance, Tecktonik, House, Jungle, Ambient, Makina, Trip Hop, Drum'n Bass, la Techno s'affiche, se proclame. Seuls les snobs useront de nuances, distinguant avec dédain les teintes jazzy ambient de Ian O'Brien des riffs cradingues de Prodigy, feront la fine bouche devant la Dance tellement Pop d'Army Of Lovers, dont l'album Massive Luxury Overdose n'a pourtant pas pris une ride. Perso, comme souvent, je me suis roulé dans la fange comme dans la soie. Merde alors, il se passait un truc rigolo et c'était diffusé en boucle à la télé. Il suffisait d'allumer le poste à n'importe quelle heure de la nuit pour achever la fête devant une ribambelle de clips tous plus outranciers et dingos les uns que les autres. Spin spin sugar de Sneaker Pimps, Elektrobank des Chemical Brothers -réalisé par Spike Jonze avec Sofia Coppola en vedette- Breathe, PoisonFirestarter, No good, Smack my bitch up, tous ceux de Prodigy faisaient des ravages, celui du Bentley's gonna sort you out de Bentley Rhythm Ace, What is love de Haddaway, les impayables Army Of Lovers ou I'm too sexy de Right Said Fred, je sais plus quoi encore, mais j'en ai fait des redescentes devant M6.




Derrière tout ce tapage, un mouvement prend forme. La New Wave anglaise se radicalise et se scinde, les poppeux d'un côté, qui continuent de l'être, et ceux qui, en regardant par dessus l'épaule de Big Audio Dynamite, découvrent Eric B & Rakim, Public Enemy, Beastie Boys, et à travers eux les techniques de production des Dust Brothers, du Bomb Squad, de Mario Caldato Jr. Prince, aussi, Controversy et 1999 marquent fortement les esprits, Something in the water (does not compute) faisant office de proue. Tout un univers auquel s'ajoute l'émancipation des DJ's qui, sous l'influence de Tom Moulton, imposent leurs griffes sur les disques qu'ils diffusent, modifiant à l'infini la structure des morceaux. Bentley Rhythm Ace, Prodigy, Ian O'Brien, Tricky, Propellerheads, Goldie, Chemical Brothers, tous anglais, réussissent la transition sur 33 tours, tandis qu'américains et canadiens préfèrent inonder les dancefloors de maxis semi anonymes sous patronymes codifiés pour initiés. Le DJ sert de tête de gondoles, le logo du label fait office de garantie. Les remix, club, dub, électro, radio edit, extended maestro master mix, font le bonheur des traqueurs de mixtapes, sur K7 puis CDr, les promotional only circulent de mains en mains. Les albums sont rares, souvent expérimentaux (Plastikman Sheet One), et il faut en passer par les compilations de mixes pour dénicher les tueries de chez Tribal, en commençant par la série Don't Techno For An Answer. Paradoxalement, mais peut être pas tant que ça, c'est aux States que le genre perdure. En restant dans une forme d'underground (tout est relatif dans un pays où la moindre niche musicale à ses propres charts), la musique électronique y a conservée sa spécificité marginale, loin de la récupération tout azimut qu'elle a connu en Europe en étant mise à toutes les sauces pour essorer un public de fanatiques. Les gosses, bien sur, mais dans leur cas c'est resté funky. Dance Machine 6 faisait moins de dégâts que le gaz hilarant, et j'ai adoré les voir se trimballer à la mode Tecktonik, ce mélange de Two-Tone et de fluo sortait le métro de sa grisaille. Là où ça a été moche, c'est quand Bjork, après un Violently happy bon à s'en arracher les poils du nez à la tenaille, a commencé à nous prendre pour des vaches à lait à coup de tirages limités, d'édition deluxe et autres vulgarités. Avec son petit doigt en l'air, l'islandaise a fait passer le genre de M6 à Arte et tout est devenu tellement guindé que ça en a été fini de la partie de rigolade. Lars Van Trier lui a collé une paire de double foyer, Vanity Fair a rappliqué, et on s'est fait mettre à la lourde.


Entre les playlists pour carré VIP d'un côté et les zadistes qui se récurent le cerveau dans les hangars de Bretagne de l'autre, j'ai eu vite fait de ne pas choisir. N'empêche que depuis, j'attends toujours qu'un autre mouvement vienne secouer le cocotier. Il parait que la Britpop c'était épatant, je ne devais pas être là.

Aujourd'hui les gays rêvent d'une vie dont les hétéros ne veulent plus, avec ça on n'est pas près de revoir l'exubérance des Techno-Parade traverser nos villes. Les temps changent, la marginalité ne se revendique plus. On a grandi en apprenant à être tolérant envers le copain qui aime les licornes roses, on nous demande maintenant de l'être envers ceux qui voudraient le passer à la Kalach. C'est quand même un drôle de concept le 21eme siècle. 


Hugo Spanky


samedi 19 juin 2021

FRee DoGMe



Ainsi donc, me voila libre. A nouveau. Libre de marcher sans masque dans la rue, libre de rouler à 80km/h, libre de me faire entrogner dans des bistroquets dont les tauliers ne savent plus rien du plaisir de la kemia. Libre de prendre la même direction que tout le monde, de faire des choses qui ne me concernent pas, auxquelles je n'aurais même pas pensé, si on ne m'avait soumis l'idée qu'elles me feraient sentir libre. Très bien. J'ai donc profité de ma liberté retrouvée pour aller chiner. En toute liberté.
Au fil de mes pérégrinations, je suis tombé sur une pile de compilations Soul Jazz que je me suis empressé de faire défiler sitôt mes pénates retrouvées. Quelle tristesse. Sitôt libre, me revoilà formaté sur l'autoroute de l'ennui. Les sélections des mecs de Soul Jazz suivent des thématiques tellement étroites qu'elles ne permettent aucune respiration, rien que pour Studio One il doit exister 30 références aussi uniformes que cette musique est débraillée. Sacré coup de marteau à côté du clou. Studio One Ska, Studio One Rocksteady, Studio One Classics, Studio One Soul, Studio One Women, Roots, Scorcher, Rocker, Funk, Disco, ShowCase, Jump-Up... N'en jetez plus ma platine a des nausées. 
 
Soul Jazz c'est la fiche anthropométrique du son. Les mecs ont pigé le topo pour ne pas se fouler la rate, payer les droits d'éditions de Look-ka-py-py, Funky stuff, No no no, Melting pot ou Funky Kingston et les décliner sur autant de volumes que possible. Allons-y pour Look-ka-py-py New Orleans (The Meters) puis Look-ka-py-py Kingston (Lloyd Charmers), celui  ci tantôt sous estampille Trojan, tantôt sous estampille Reggae Dance Floor Grooves, qui partage le Funky Kingston de Toots avec le volume 200% Dynamite sur lequel le No no no de Dawn Penn du volume Studio One Rockers passe entre les mains de K.C White. Ailleurs, Funky stuff devient Reggae stuff. Malheur, le gonze qui collectionne les productions du label écoute en boucle les mêmes morceaux, une anti-chambre de l'enfer. 

 

 

Soul Jazz a clairement choisi de faire les fouilles des gogos atteint de collectionnite aigüe, pour ce qui est de convertir les âmes égarées faudra s'adresser ailleurs. Malgré quoi, ça ne serait pas totalement déplaisant si on y retrouvait la vitalité craspec des pressages jamaïcains, connus pour être à peu près tout sauf aseptisés. Et c'est là le coup de grâce ultime asséné par les tristes sirs de Soul Jazz, que ce soit Jackie Mittoo, Ken Boothe ou John Holt, tout sonne pareil ! Propre, la raie bien plaquée sur le côté, le pantalon amidonné. On se croirait sur une B.O de Tarantino, l'aventure pour les nuls, de la musique qui vous tient la main pour traverser la rue. Je me suis pris à rêver d'un son qui crépite, qui siffle, sature un brin en tremblotant comme un alcoolique parkinsonien. Une ambiance baloche, quoi, un machin qui transpire. Qui ressemble à ce que son menu affiche, tout bêtement. Chopez-vous les singles ! En prime vous aurez les dubs en face B. Et n'allez pas imaginer que le désastre se limite au Reggae et ses variants, non, ils appliquent roublardise et pingrerie à tous les genres qu'ils abordent, trois ou quatre merveilles par volume et du remplissage insipide tout autour, manière de pouvoir décliner chaque thématique à l'infini. Mylène Farmer et Bjork font figure de modérées à côté de ces zigotos. Vous savez quoi ? J'ai balancé tout ça sur Vinted, c'est parti comme des hosties un dimanche de communion.

 


Bon, j'ai quand même eu du bol à deux reprises lors de ma récolte. Dans ma main droite le King Tubbys Meets Rockers Uptown, sommet du dub poisseux s'il en est, concocté par les plus tranchants musiciens de l'ile associés à Augustus Pablo pour la touche loufdingue. Dans ma main gauche, Mickey Dread Best Sellers, une compilation des hit singles de celui qui coche le plus de cases au royaume de la bass culture. Ok, ce Best Sellers reste une compilation relativement mal branlée, si elle permet de découvrir (ou se remémorer) quelques pépites, parmi lesquelles le redoutable Roots & Culture, mais aussi Break down the walls, Enjoy yourself, Quest for oneness, Warrior stylee ou Barber saloon, ses nombreux oublis font qu'elle ne dispense absolument pas de l'acquisition d'albums originaux tel que Pave The Way, World War III, Dread At The Control ou SWALK. Hélas principalement connu par ici pour ses collaborations avec Clash, Mikey Dread vaut bien mieux que d'être cantonné dans l'ombre des quatre de Shepherd's Bush. Vous êtes libres de me croire.


Hugo Spanky