samedi 24 novembre 2018

BiG AuDiO DYNaMiTe 📣 PReMièRe BaLiSe aPRèS muTaTioN



Mine de rien, c'était pas si simple que ça au début des années 80 pour un dingue de musique. L'écoute se pratiquait dans le salon sur la chaine stéréo familiale, les rares fois où il était déserté, ou alors dans sa piaule, comme un creva, sur un magnétophone pourrave. Dans quelques rares bistrots, quand ils n'étaient pas monopolisés par les concours de coinche. Autant dire qu'il fallait aimer ça, s'y accrocher quitte à passer pour un excentrique dépourvu de vie sociale.

L'arrivée du walkman changea la donne. Un peu. Le walkman était cher, très cher. Chacun usa de son imagination et de son audace pour s'en procurer un. Encore fallait-il trouver la musique qui va avec. Walkman et Ghetto Blasters ne sont pas des outils pour symphonies planantes, ils évoluent dans un milieu hostile aux mélomanes, moteurs impatients, hurlements de klaxons, cris et brouhaha. Vous ne voulez pas fermer vos gueules, bordel, j'écoute Tangerine Dream !!!! Aucune chance que ça le fasse. La bête ne se nourrissait pas de frappes chirurgicales. Le Hard Rock ne fonctionnait pas trop mal pour si peu qu'une grosse caisse disco tamponne le tempo et que les guitares ne manquent pas d'épaisseur. Highway to hell était nickel, ZZ Top aussi et Van Halen. Mais sorti de là, balancer du rock énervé dans les écouteurs était l'assurance de se vriller les tympans, l'équivalent de la craie sur le tableau qui vous traverse le ciboulot. L'outil a façonné la musique, la guitare devenue subalterne, place aux basses suramplifiées sur cassettes chromdioxid. Sauf que de ce côté ci de l'Atlantique, à Londres comme à Toulouse, hormis les compilations Sugarhill que Vogue distribuait dans nos supermarchés, des groupes qui avaient anticipé la donne, y en avait pas.



New York a montré la voie. Le Hip Hop, l'Electro -l'Electro HipHop en fait- ont calibré la formule, viré les agaçants mediums, placé des ribambelles d'aigus qui tourneboulent dans la stratosphère autour d'une planète d'infrabasses sismiques. Le pied intégral. Et la panique totale chez les rockers. Cette fois ci, il n'était plus question d'attaque générationnelle, de jeunes loups qui viennent pisser sur les mollets d'Apollon, rien à voir, ceux qui ont choisi d'attendre que ça se passe sont morts momifiés. On ne lutte pas contre le progrès. Et c'est là que Big Audio Dynamite (le nom résume tout ce que j'ai dit jusque là) fut grand. Et indispensable. BAD ! These are the things that drive me crazy (crazy, crazy...) BAD ! Oh putain, ça secouait sacrément dans le bastringue. 
Un ghetto blaster, Mick Jones s'en trimballait un depuis un bon moment déjà et pas seulement pour prendre la pose devant les photographes, le bougre s'en servait. Forcément qu'il avait pigé la forme à refiler aux cartouches pour qu'elles soient efficaces. Il avait pigé si vite qu'aucun autre n'avait seulement commencé à y réfléchir. Il fonde Big Audio Dynamite en 1984, recrute sa troupe avec la créativité pour unique critère de sélection. Mick Jones ne cherche pas des virtuoses, hors de question d'organiser des auditions, il veut un groupe à l'image des gens qu'il côtoie dans les clubs, venus de tous les horizons, déterminés à exprimer leur originalité. Il s'appuie sur Leo E.Zee Kill avec qui il collabore depuis l'année précédente au sein des éphémères TRAC. Redoutable bassiste, E.Zee Kill est le musicien le plus accompli du lot, on ne badine pas avec la basse quand on ambitionne de faire danser les foules, Mick Jones ne le sait que trop bien. Greg Roberts complète la rythmique en prenant en charge toute une panoplie de percussions pas franchement catholiques. Inspiré par les crews Hip Hop de New York autant que par l'école jamaïcaine, Don Letts toaste, rap, porte le contre-chant, écrit la plupart des textes et prend la position de bras droit. L'indispensable consigliere, c'est lui. Cinéaste amateur et DJ au Roxy durant les premières heures du punk, incollable sur la mode, le cinéma, le reggae et le funk, il a pour mission d'habiller les morceaux d'un maximum d'effets spéciaux, dialogues de films, flash info, tout ce qui pourra rendre plus concret l'aspect real world de la musique du groupe. Et comme Big Audio Dynamite est moderne et bien décidé à ne rien faire qui a déjà été fait, Dan Donovan venu les photographier pour la pochette de l'album se voit confier les claviers et le visuel des concerts. Pour mener ses ambitions à bien, le groupe s'arme du premier sampler de l'histoire du disque, d'une batterie électronique, d'une boite à rythme, d'un rétro-projecteur et instaure comme principe de ne lire aucun mode d'emploi.  



L'album sort en octobre 1985, l'onde de choc est sidérante même pour un jeune rocker ouvert d'esprit, pour la première fois j'ai l'impression d'entendre une musique inqualifiable. Une musique qui tire vers le haut, sollicite l'esprit autant que le corps,  remet en cause l'auditeur, le désarçonne, le harcèle, le somme de s'inscrire dans le mouvement. Ou d'aller se faire foutre. This is Big Audio Dynamite est un maelstrom, un joyeux merdier, 43 minutes de barouf interactif, ils jouent, tu danses. La difficulté est d'expliquer la façon dont ils s'y sont pris. D'abord en consommant un maximum de ganja, ensuite en expérimentant chaque idée qui leur traverse l'esprit. Les percussions mitraillent, les extraits de films canardent, Know as the rat, tuïyouïyou, zzkrink, sweulkk, ratatata, Medecine show que ça se nomme et c'est un remède de cheval, ça tombe bien the horses are on the track, schbling, voici The Bottom line. Sikk rututututoum aaaïïï Sony est en perpétuel mouvement, vaut mieux avoir l'estomac bien accroché, le pilote à des sautes d'humeur. Chaque morceau est doté de mélodies allumeuses zébrées par des attaques super-soniques. A party ne ressemble à rien de descriptible et c'est pourtant le morceau le moins déroutant du disque. Je citerai bien Def Jam pour situer BAD ou le Dirty Mind de Prince pour Sudden impact, le groupe en est fan et conclut ses concerts par une reprise de 1999, sauf que ça reviendrait à comparer Mars à Venus. Démerdez-vous avec ça. Big Audio Dynamite a trop de personnalité, un son si particulier qu'il annihile les comparaisons. La plus nette influence de ce disque sont les films avec Clint Eastwood, avec ses rafales de samples Don Letts donne l'impression que le groupe a enregistré en laissant brailler une télé dans un coin du studio. Les nombreux maxi-singles qui encadrent l'album ajoutent à la confusion, multiplient les versions, varient les éclairages, étirent les titres en exacerbant leur outrancière vitalité, Big Audio Dynamite est une apocalyptique machine à danser. 



This is Big Audio Dynamite et le Welcome To The Pleasure Dome de Frankie Goes To Hollywood et Trevor Horn, paru quelques mois plus tôt, inaugurent une décennie pluriculturelle d'innovations débridées enfin débarrassées des complexes rigides du Rock. Plus rien ne sera exactement comme avant. House music, Drum'n'Bass, Hip Hop, des Beastie Boys à Public Enemy, de Deee Lite à Prodigy, tous puisent leurs ramifications dans l'audace de ces deux disques. Le Rock à papa ne sera dès lors qu'histoire de revival. Le monde se divise en deux catégories, les survivants seront ceux qui sauront s'adapter, se reformater pour un nouvel usage, les autres creuseront leur tombe. A New York, Bruce Springsteen fait remixer Born in the USA par le producteur d'Afrika Bambaataa, Arthur Baker. La musique se regarde à la télé, se promène dans votre poche, se danse dans le métro, devient un accessoire du quotidien. Elle se vit au supermarché, se donne en spectacle dans les halls de gare. Les disques ne s'écoutent plus religieusement, ils s'évaluent à l'usage dans toutes les situations. Les révolutions qui pointent à l'horizon sont celles du CD, de la miniaturisation et de l'hyper consommation. Reprenant à son compte le visionnaire cynisme des Who de Sell Out, Sigue Sigue Sputnik, formé par l'ex Generation X Tony James, ami d'enfance de Mick Jones qu'il retrouvera plus tard pour Carbon/Silicon, farcit son disque de messages publicitaires. Bientôt la réalité dépasse la subversion, Run DMC fait exploser les ventes d'Addidas. Les stars du sport se font détrôner par des mômes du Queens. La boite à Pandore est ouverte, les médias accaparent la musique, la tronçonnent en niches distinctes, fabriquent des produits dérivés adaptés à chaque style, plus question de mouvement global. L'ère du merchandising est née. Chaque sous culture doit consommer pour affirmer son identité. L'idéal unitaire de Big Audio Dynamite ne se concrétisera jamais, il n'y aura que sur la pochette de leur troisième album, illustrée par une peinture signée Paul Simonon, que Rockers, Rastas et Ravers danseront ensemble au bord du westway.




Et voila 2018. Combien de temps a passé ? Combien de disques périmés sur l'autel de la mode les années 80 ont-elles engendrées ? Des kilos, tant de kilo qu'on appelle ça des tonnes. Faute de chansons, faute d'être autre chose qu'un nouveau costume sur un cadavre en putréfaction. Faute de talent. Ce fut aussi une période d'une irrépressible audace, des musiques millénaires comme le Jazz ou le Blues connurent leur dernière mutation, Herbie Hancock avec Rock it, Miles Davis avec Tutu. Des groupes protéiformes apparurent, ringardisant définitivement le format, guitare, basse, batterie. Des danseurs intégraient les formations au même titre que les musiciens, Neneh Cherry fera ses armes ainsi, danseuse au sein de BAD. L'Angleterre mena la party, Londres réémergea des limbes de la Tamise, se para des teintes funkadelic d'un nouvel acide pour vivre une ultime utopie. L'Amérique ne fut pas en reste, la grande nouveauté fut de voir notre hexagone trouver une place prépondérante sur la carte. Les 80's n'ont peut être été qu'un feu de Bengale, rien n'y fut conçu pour durer, mais il fut plus rigolo de sauter dans le wagon pour nulle part que d'écouter les Meteors en boucle dans sa turne. Pour la dernière fois, avant l'épidémie d'autisme virtuel, la jeunesse s'en alla danser dans les rues. 



Aussi excentrique qu'il fut, et c'est un euphémisme de dire qu'il le fut, Big Audio Dynamite n'avait pas oublié de se bâtir sur des fondations solides, derrière les éclats d'obus se dressent des compositions capables de déjouer l'érosion. Cet album me surprend par la vigueur de son pouls à chaque fois que je lui prends la tension. This is Big Audio Dynamite reste une salvatrice bouffée d'air urbain dans un monde dorénavant aseptisé, il véhicule toujours l'odeur des jungles de béton, celle de la skunk brulée dans le chalice, ce disque vous cueille en souplesse, vous propulse sous le feu avec bienfaisance. Il inspire une ère fantasmée, un sentiment de fraternité qui oblige à faire un pas vers l'autre, Rockers, B.Boys, Rastas, Hippies, Hitman, tous réunis sur le dancefloor, l'esprit libéré, le corps en action.  
Forget the bomb, it's carnal sin. 
 
Hugo Spanky



vendredi 2 novembre 2018

STaReTZ, FRoM LeaD To GoLD




Ils l'ont fait. Staretz a gravé ses ambitions, dépassé les postures et attitudes sclérosées systématiquement de mises sitôt que l'on acoquine rock et français. From Lead To Gold est un album qui se contrefout du cahier des charges.   Staretz laisse les esprits sectaires s'enferrer dans les clichés et prend la tangente sans suivre d'itinéraire. Ce troisième album est celui de l'aventure. Le groupe sait être efficace, Go Down South l'a démontré avec brio, il y a deux ans, mais l'exercice est vain lorsqu'il se limite à ça. Le temps est venu d'abattre les cartes et de rafler la mise. Je me fous d'un disque de garage de plus, que quiconque puisse vouloir défier les sixties sur leur terrain ne m'inspire que lassitude. Voyez comme ça tombe bien, Staretz s'en fout aussi.




From Lead To Gold est l'album d'un groupe décidé à bouffer tout le gâteau avant qu'il ne soit trop tard. Les quatre musiciens ont pris leurs quartiers au Studio Condorcet, ont convié au festin quiconque est animé par l'envie commune d'ouvrir les vannes en grand. Christian Seminor, complice des années Dau Al Set, rapplique avec ses congas, un guitariste de hard rock se retrouve aux chœurs, Félix Jordan de Sabotage, tandis que le producteur et maitre des lieux, Olivier Cussac, traque la sonorité qui fait mouche et l'interprète avec une implacable justesse. Hammond, Wurlitzer, Violons, Cuivres, Farfisa, Percussions font tournebouler l'esprit, valser les émotions et lorsque l'affaire s'évapore sur un solo de trompette hanté, on reste estomaqué par tant d'audaces.  
Staretz ne nous refuse rien. 



Pas question pour autant de sombrer dans la complaisance, de faire dans l'exercice de styles, d'échapper à une niche pour s'emmerder dans une autre. L'élégance guindée du Funk Philadelphie se mêle aux frivolités d'Asbury Park. Au cœur de la chose, le rock bat toujours. Les ingrédients vont et viennent comme des saveurs sur le palais, pour nuancer la donne, faire respirer la musique, dérégler le quotidien, à aucun moment ils n'éclipsent la sidérante tenue des compositions. On savait Serge Fabre doué en la matière, on le découvre talentueux. Bitter streets en est un parfait exemple, une ritournelle qui joue à la marelle, une guitare espiègle, un tempo léger, le Wurlitzer en fil conducteur et ils font tourner ça comme si les singles existaient encore. 
 


From Lead To Gold est un disque malin comme une fille des rues. Chaque chanson disparait dans le silence avant qu'on y prenne ses aises. St. John's Eve, qui ouvre l'album, commence comme on s'étire, avec une paresse lunaire, puis la mélodie n'en fait qu'à sa tête, nous éveille soudain. C'est à ce moment là que la rythmique nous décroche son  jab du droit, on esquive par une feinte, on se redresse pour répliquer, trop tard, le Hammond nous cueille, l'adversité n'est plus de mise, ne reste que le charme.
Smell of fire est déjà là, en coup de grâce, illuminée par le saxophone de Loïc Laporte, et le disque file comme une balle au dessus du bitume, les paysages d'ombres et de lumières, sans cesse animés, se dessinent dans les phares. That's fine for me s'agrippe à nos cuirs comme une baby de Coney Island, From lead to  gold est une aguicheuse de dancefloor, Memories box, Lonesome king, Tchi tchi kokomo sont autant de franches réussites, des frangines malignes aux courbes mouvantes soulignées par l'inventivité des arrangements et les interventions en embuscade de Pablo Acedo. Ce jeune guitariste est l'indéniable révélation du disque, la singulière personnalité de son jeu amène un décalage salutaire sitôt qu'un titre aurait l’inconscience de trop flirter avec la norme. Entièrement auto-financé, enregistré en une petite semaine, From Lead To Gold ne souffre d'aucune comparaison et se permet le luxe, avec Almost blind, de se conclure en laissant entrevoir une possibilité d'évolution plus radicale encore. Ce groupe n'a pas abattu tous ses atouts. Reste à espérer que quelqu'un, quelque part, dans les médias, les maisons de disques fasse son travail autrement qu'en fabriquant des têtes de gondoles, et donne des moyens supplémentaires à l'expression de ceux qui considèrent, et démontrent, que la musique n'est pas seulement l’œuvre des taxidermistes.

Staretz vient de réussir un splendide album, un disque comme plus personne n'en fait, avec une vivacité qui n'a rien à voir avec la rage, l'énergie feinte des gros bras. From Lead To Gold est fin, racé et digne. Gardez vos comparaisons, j'ai jeté les miennes, ce disque mérite de n'être aimé que pour lui-même.
 

Hugo Spanky 

Dans les bacs le 1er Décembre.
En pré-commande, ici 
Teaser et téléchargement, là

vendredi 26 octobre 2018

iN THe SeVeNTieS



Sa couverture éhontément mensongère, The Clash, Ramones, Patti Smith et Willy DeVille plastronnent en une, mais n'occupent qu'une paire de chapitres faméliques en fin d'ouvrage, n'empêche pas In The Seventies d'offrir ce qu'il m'a été donné à lire de plus lucide et intelligent sur ces quatre là, et bon nombre d'autres qui en peuplent les pages. L'auteur, Barry Miles, s'il se complait dans une évocation détaillée des paysages qu'il traverse, au point de laisser ponctuellement l'ennui contaminer le lecteur, n'en demeure pas moins protagoniste de l'univers qu'il décrit et réussit pleinement à en retranscrire l'atmosphère, souvent flottante.

De la communauté d'Allen Ginsberg, véritable fil conducteur du livre, que l'auteur rejoint avec pour mission de transcrire sur bandes magnétiques, et sauver du foutoir significatif de l'époque, un maximum des poèmes et textes de celui qui, de Jack Kerouac à The Clash, a côtoyé à peu près quiconque aura tenté de dépeindre son temps en s'armant de talent, jusqu'à l'explosion du punk qui conclut cette décennie à l'exubération exacerbée, In The Seventies nous balade dans l'arrière boutique de l'Histoire. L'avant et l'après des instants de gloire sous les light shows, nous sont ainsi partagés en abandonnant le pendant aux bonimenteurs de foire dont nous sommes coutumiers.


Barry Miles ne s'intègre réellement dans aucun des milieux, beatniks, hippies, punk, qui ont dessiné la toile de fond de la culture rock. Observateur impliqué, il saisit et nous transmet, avec une application un brin dépourvue de style, l'odeur du grand air américain aussi impeccablement que celle viciée du New-York du Chelsea Hotel, comme du Londres crasseux du Roxy. Esprit ouvert, mais jamais dupe, Barry Miles se révèle être ce journaliste inespéré qui raconte l'épopée des seventies sans la pénible emphase outrancière qui caractérise les auteurs gonzo, souvent plus motivés par leur égo que par la véracité des faits, cherchant à démontrer pour les plus mégalos (hélas ceux là même que la presse rock française a longtemps pris comme étendard) qu'ils étaient le centre névralgique de l'action.

Sans aucun doute parce qu'il est anglais, Barry Miles ne transforme pas ses nuits au Chelsea Hotel en compagnie de William Burroughs en orgies pantagruéliques de drogues et de vices, il nous fait simplement une place sur le canapé en réduisant d'autant la séparation entre nos vies. A des années lumières de la mythification, le livre permet de mieux cerner pourquoi cette culture continue de résonner avec familiarité dans notre inconscient profond, simplement parce qu'elle a été façonnée par des gens comme nous.   



Allen Ginsberg, William Burroughs, Gregory Corso, pour les plus connus, William Reich ou Harry Smith, à l'opposé, ont tous été fruits de leur environnement. Distingués de la normalité en cours de par leurs orientations sexuelles ou philosophiques, ils ont été de ceux qui ont pris la parole parmi les premiers, et ainsi se sont fait entendre plus clairement que la multitude d'âmes esseulées à laquelle, depuis, ils servent d'emblèmes. Leurs actes ressemblent aux nôtres dans ce que l'on a de plus instinctif, à mille lieux des postures réfléchies visant à paraître quelqu'un, menant à ne plus ressembler à rien.


Si il demande un effort d'attention et de persévérance, In The Seventies est de ces livres qui nourrissent durablement la pensée, amenant réflexion personnelle, plus que certitude ancrée de force. L'équivalent littéraire, finalement, des grands albums de musique tout azimut qui, durant cette fascinante décennie, ont fomenté une liberté d'esprit et d'action qu'il est bon de veiller à ne pas perdre.



Hugo Spanky


samedi 20 octobre 2018

DRoiT De RéPoNSe


Tacles assassins, charclage en fourbe, droites au menton en guise de réponse, voila où en est le Ranx team, après un débat démocratique (chacun hurlant plus fort que son voisin, donc) autour d'Egypt Station, énième pitrerie pépite du bassiste à frange. A tel point que l'auteur de la chose, Paul McCartney en personne, a dû intervenir afin de tempérer l'escalade de violence, comme le démontre cette photo prise devant le siège du blog.
Sommé d'offrir la parole à la fange l'opposition, suite à la publication de son récent papier titré, non sans qu'il y fut décelé une forme de provocation, Du mou dans le rétropédalage, le vénérable dictateur rédacteur de ce sanctuaire de l'objectivité, Hugo Spanky 1er du nom, vous confie donc à la prose de l'exécrable l'honorable Harry Max le Grunj", puisque ce dernier à eu l’inconscience  la bienséance de réclamer un Droit de réponse....


Bon le Kurt Vile, son album en duo avec la Barnett, à part pour deux morceaux, il ne vaut pas un crayon. Et son dernier en date, Bottle It In, qui dure plus d'une heure (au secours !), il faudrait le ramener à la durée d'un Ep pour qu'il soit juste potable. Ce gonze là, tout comme la Barnett par ailleurs, est ridiculement surcoté par ces putains de chroniqueurs rock qui s'enflamment, comme tu le soulignes si bien, pour la moindre peccadille.
C'est bien simple, à lire ces guignols quasiment tout ce qui sort est de l'or; sauf qu'une fois que tu écoutes les disques qu'ils défendent, ben mon vieux, tu retournes fissa à tes disques chéris des 70's voire des 80's (car oui il y a eu du bon à cette époque) tant tu es navré ou juste ennuyé par le vide sidéral que dégagent leurs soit disant joyaux.


Le Costello, mon petit pote, j'avoue que je me suis fait avoir comme un bleu: à la première écoute, me suis-je dis, cette affaire là est rondement bien menée, sauf qu'à la seconde écoute, c'était l'encéphalogramme plat qui m'a surtout happé tant tout cela en finalité n'est guère passionnant. J'ai eu la même déconvenue avec Prodigal Son, le dernier Ry Cooder, là aussi passée la première écoute, bof bof bof, autant préparer des crêpes ce sera plus exaltant…

Avec le nouvel opus de Mr Gibbons c'est la grosse déconfiture en effet, hormis le titre d'ouverture et le Crackin' up de Bo Diddley, on peut aller au dodo tranquillou s'en payer une bonne tranche. Bien évidemment, la critique a ADORE, alors que Perfectamundo a été royalement trainé dans le boue lui: décidément il y a des calbotes qui se perdent, pour sûr; un bon ravalement de beignet ferait le plus grand bien à certains empaffés et, qui sait, ça leur remettrait peut-être les esgourdes d'équerre.


Le cas McCartney, Mr Spanky Man, me voit brandir le glaive séculier afin de te taquiner les côtes avec la délicatesse d'un panzer qui écrabouille du poilu sur fond de Wagner.
Crénom de Dieu, tu m'assènes avec un aplomb outrecuidant que son Egypt Station est d'une mollesse pire qu'un discours d'Edouard Balladur, mais foutre non, vil manant, ton discours fielleux n'est que billevesée, à peine digne d'un babillage de nouveau-né !
Cet album, au contraire, est une belle bouffée d'air frais qui remet la Pop sur un piédestal: composé de morceaux tantôt pêchus, tantôt apaisés, de titres brefs, d'autres plus épiques, de mélodies qui te ravagent le cervelet en un rien de temps et d'arrangements chiadés comme Sieur Paul nous les prodigue depuis tant d'années. C'est un bonheur d'écoute que ce disque là. Je le mets au même niveau que Off The Ground et le génial Driving Rain, ne vous en déplaise vilain Mr Fessée ! Et au passage, je te conseille de jeter une oreille sur le complètement passé inaperçu New de 2013 qui contient également de fort jolies choses, non mais !
D'ailleurs, pour bien enfoncer le clou avec la tête de David Guetta (au moins il sera enfin utile à quelque chose celui-là) et provoquer des cris d'orfraies, j'ajouterai que je préfère largement ces quatre disques là au soporifique Chaos and Creation in the Backyard qui, maintenant que j'y pense, me fait le même effet que The ghost of Tom Joad de Bruçounet, soit une profonde envie d'aller me jeter le pas allègre à la rencontre du premier poids lourd venu. 



Et maintenant passons au cas de l'album posthume de Johnny: à l'heure qu'il est je dois être un des rares bipèdes à ne pas l'avoir encore écouté.
Ce qui m'exaspère dans cette sinistre affaire, c'est tout le raout médiatique qui entoure sa sortie: hier soir, en zappant sur ma télé, j'ai eu comme une envie soudaine de génocide ultime à l'échelle nationale (ça fera moins de boulot pour le pingouin pédant qui nous fait office de Président) en voyant que TOUTES les chaînes info consacrées une émission spéciale à cet événement. Pour ne pas changer un ramassis d'abrutis s'arrogeaient spécialistes en décorticage du travail de Johnny, mais le comble de l'horreur tristement drolatique c'était de voir tous ces blaireaux interviewer d'autres blaireaux qui s'étaient précipités pour aller acheter à minuit ( aux fous; passez-moi ça à la Kalach !!!) le disque tant attendu: ah il fallait les voir se dandiner, leur casque sur les oreilles, avec autant d'élégance qu'un caribou dans des bottines Dior, tout en dodelinant de la tête emportés par la musique, tandis que des journalistes leurs couraient après; du grand n'importe quoi, le degré zéro de l'humanité en marche en somme quoi ! 




Et pour finir (et ce ne sera pas trop tôt, je le concède), la bonne surprise du moment: le Blood Red Roses de ce bon vieux briscard de Rod Stewart.
Vous êtes sûrement comme mézigue, ça fait une paye que vous n'attendez plus rien du blondinet à la chevelure folle, et paf ! Voila-t-y pas, qu'après des années à sucrer les fraises avec des shows pour mémés dans son numéro de crooner fatigué, il nous sort un putain de disque carrément moderne dans ses sonorités.
Et vas-y qu'il remue du croupion comme s'il avait de nouveau vingt piges, le pervers pépère, sous fond de musique à contenance disco (Look in my eyes), de morceau école Motown (Rest of my life), de rock Stonien (Vegas Shuffle, rien que le titre est un gros clin d'œil à lui tout seul) ou de reggae calypso (I Don't wanna to get married).
Mais le bougre sait aussi toucher au cœur (Farewell, Julia, la superbe Grace) et, alors que l'on pourrait se dire que non décidément ce n'est pas raisonnable de reprendre cette vieille scie sinatraienne It was a very good year, BOUM ! il nous fout le grand frisson en la revisitant de manière aussi respectueuse qu'innovante en terme d'arrangement (cette guitare qui fait tout le sel de cette reprise, quelle riche idée).
Bon on va pas se mentir, l'album aurait gagné à être plus concis (16 morceaux en version Deluxe tout de même), pour autant ça tient du miracle qu'il nous sorte un machin pareil: dans le genre moderne, il n'a rien à envier au Perfectamundo de Billy Gibbons, mais dans un tout autre style of course; Mais calmez-vous les gars, ne soyez pas aussi sanguin que Mélenchon, n'allez pas chercher des pierres pour me lapider la couenne.  


Harry Max 

mardi 16 octobre 2018

Du MoU DaNS Le RéTRoPéDaLaGe


J'en fais des introductions tonitruantes, si vous saviez, elles finissent toutes égarées dans les oubliettes des brouillons de Blogger. Faut dire que personne n'y met du sien. Je m'enthousiasme sur le premier titre d'un nouvel album, je me dis que le deuxième morceau est un coup de mou, le troisième va recadrer tout ça, l'aventure va démarrer au quatrième. Sauf qu'arrivé là, les gonzes refourguent le premier morceau, et ma pomme de balancer mon papier à la benne.

Prenez, Taurus Trakker, les trois mecs (dont une nana) ont tout bon. Géographiquement, ils sont de Ladbroke Grove, ce qui leur donnent un a-priori positif selon mes critères de tri, ils ont l'âge d'avoir connu la musique lorsqu'elle était encore vivante et Mick Jones leur porte caution en produisant leur nouvel album, ce qui est le critère maximal me concernant. Si il y en a bien un qui n'a pas peur de sauter de la falaise, c'est lui. Il l'a encore fait en 2015 pour accompagner l'exposition de ses souvenirs adolescents à la Biennale de Venise, avec le Ep de collages Ex-Libris, mêlant dub, jazz de cabaret, comptines et bribes de musiques de films.
Pour Taurus Trakker, il a carrément sorti sa pelle de l'étui et collé un son caverneux à l'affaire. WamBam, ça déboule plein gaz avec Poor man, le machin ferait un single du feu de Dieu et...c'est à peu près tout. Ça part en fanfare et puis c'est la panne. Ils ont le son, la hargne, ils n'ont pas les chansons. Ce qui est très con, et malheureusement de plus en plus répandu. D'ailleurs, on nage en pleine mode du tribute band, et ça ne semble déranger personne. Y a même un groupe qui se fait appeler London Calling et fait du fac-similé des concerts de Clash. Si ça c'est pas le bout de la route, c'est qu'on est déjà au-delà.



Pour couronner le tout, les vieux lustres encore branlants font leur propre auto-tribute en sortant des albums qui refourguent les plans éculés de leurs lointaines heures de gloire. Des sortes de best of ramollos avec des nouveaux titres pour des chansons de l'an 40 qu'on arrive pas à oublier. Oui Hantoss, oui Charlu, en disant ça, je pense à McCartney et son Egypt Station que vous n'écoutez déjà plus (ne mentez pas, je le sais), à Costello et son Look Now que personne n'écoute, même si Hantoss fait semblant pendant sa sieste. 
Les ingrédients sont là, c'est la cuisson qui est ratée, c'est tout ratatiné d'avoir mijoté trop longtemps. Même les micro-ondes de la FM ont plus de jus que cette soupe végane.
Pour trouver du saignant, j'avais misé sur Billy Gibbons et son vocoder, ses sons de guitares venus de l'hyper espace. Las, le ZZ Top en chef rassure son fond de commerce en sortant un disque basiquement blues qui annonce la couleur dès son blase (The Big Bad Blues) et d'où ne surnage qu'une sublime reprise calypso du Crackin' up de Bo Diddley. Autant dire qu'on est à des années lumières du furieusement audacieux Perfectamundo de 2015. 
C'est encore Rod Stewart qui est le plus gaillard de la bande en s'offrant l'inconscience de réinjecter des sonorités 80's dans un Blood Red Roses à faire pâlir Mick Jagger de jalousie. Y a même des plans disco !



Ceci dit, Gibbons, McCartney, Stewart et Costello, tout planplans qu'ils soient, ont l'avantage d'être encore vivants, on ne peut pas leur retirer ça. Et ils sont bien les seuls dans ce qui fait l'actualité de la rentrée 2018.

Prince, Lennon, Bashung, Strummer, Hallyday, c'est quoi cette affaire ? Prochaine étape, les tournées hologrammes. On nous y prépare doucement en diffusant des concerts des Beatles, Prince et Elvis Presley dans les salles de cinéma. Faut dire que sans ça, ils pourraient tout aussi bien les fermer, vu ce qu'elles proposent comme affiches. Du blockbuster mongoloïde pour décérébrés qui passent tout le film a envoyer des selfies sur instagram.


Avec tout ça, je me suis décidé à saluer les 40 ans de chansons de HF Thiéfaine. Pourquoi pas ? La pochette rimbaldienne est pompeuse à souhait, mais le quadruple vinyls propose une séance de rattrapage plutôt bien branlée, l'occasion pour moi de survoler ce que le jurassique jurassien a fait depuis Alambic/Sortie Sud, album après lequel, je ne m'étais plus guère soucié de son parcours (1984, ça file un coup aux artères). Et forcé de reconnaître que la sélection est bien foutue.

C'est simple, sur la lancée, j'ai téléchargé l'intégrale de ses albums et à chaque fois les meilleurs titres sont sur la compile. Y a quand même une exception,  Fragments D'Hébétude, enregistré en 1993 avec Waddy Wachtel et toute la clique de Los Angeles. Un disque méchamment rock qui colle au bitume du début à la fin. Pas un temps mort, des compos au taquet entre énergie et émotion, mazette, peut être un de ses tout meilleurs trucs.
Mais bon, 1993... J'en suis à ressortir Sandinista! et mon coffret de Los Lobos pour trouver un parfum d'aventure. Dimanche dernier, j'étais excité comme une puce, j'avais trouvé Raising Hell de Run DMC dans un vide-greniers.

Hugo Spanky



vendredi 21 septembre 2018

PRiNCe ☝ PiaNo aND MiCRoPHoNe 1983 ☜


Le monde a la tête à l'envers, tandis que la famille Strummer joue les arnaqueurs à la petite semaine en fourguant à prix d'or de la gnognotte basse gamme, voila t-il pas que Warner Bros (Grand Satan en langage indépendantiste punk) mise sur l'artistique en publiant contre 18 petits euros une session piano/voix estampillée 1983 de Prince. De l'intimiste chez les gros poissons, un souffle humain dans la grande distribution.

Piano and Microphone, comme un écho au dernier tour de piste de sa majesté. 1983, comme l'année d'avant, juste avant. Avant tout le reste, Purple Rain, les stades, les hits mondiaux à foison, le tourbillon, le grand n'importe quoi d'une vie qui s'emballe bien au delà de la vitesse des sons. Avant et maintenant. Prince à son piano, l'esprit qui vagabonde, mais pas trop, on le connait. Complete control. La muse démuselée, mais en laisse. Prince, comme si on y était, assis sur le canapé tandis que le lutin hulule, jongleur émotionnel. On le connait par cœur et on le découvre. Il y a des inédits, il y a des classiques en devenir, tout est inédit, tout est classique. Prince au piano chez lui, chez nous. Funky dès les premières secondes, 17 Days donne le ton, jamais la face B de When doves cry n'avait été aussi saisissante qu'ainsi dévêtue. Le soir à la cool, le matin à l'éveil, le disque trouve sa place sans avoir à jouer des épaules. On peut déblatérer sur l'objet, on peut s'en passer, on peut se passer de tout dans la vie. Il va pourtant accompagner bien des moments, c'est certain. Quel être se dispenserait d'une demi-heure d'intimité, un temps à soi, un tant soit peu. 


Une session piano/voix toute nue, toute simple, restituée telle quelle fut, sans écrin Pif Gadget à la con, sans pin's offert, sans livret bonux, pas d'emballage dans l'emballage. Prince tout seul rien que pour nous-mêmes, lové dans l'émerveillement banal de deux faces de sillons noirs caressées par un diamant. Et de restituer l'éclat d'un instant unique, en une prise, une voix, un piano.


Hugo Spanky