Que représente Allen Ginsberg pour moi ? C'est qui, en fait ? Questions que je me suis posé face à une biographie signée Jane Kramer, datée de 1973. Et pourquoi me lancer dans 300 pages typographiées serré, alors que mon pied de lit accumule les bouquins impatients d'être ouverts ?
1973 est un argument favorable, Ginsberg était encore bien vivant et actif. Je préfère les biographies écrites du vivant de leur sujet, l'auteur s'autorise plus d'avis tranchés, sachant qu'ils peuvent amener un droit de réponse, une polémique ne fait jamais de mal, ou une absence de réaction qui vaut validation. Elles sont aussi dépourvues de conclusion définitive, ça j'aime. Comme les films d'anticipation des années 70, lorsqu'après une heure trente de suspens le réalisateur nous plantait devant l'écran comme deux ronds de flan. Avides d'en savoir plus.
Autre argument, Jane Kramer est de New-York, elle a étudié à Columbia comme Allen Ginsberg dont elle est cadette de douze ans, ce qui la rend contemporaine des élucubrations avant-gardistes de son sujet. C'est un critère primordial, l'auteur doit connaître le contexte, être capable de porter contradiction de par sa propre évaluation des faits et dires.
Enfin, qu'est ce que j'en ai à foutre de Ginsberg ? Ce que j'en connais tient en quelques photos, à sa participation à Ghetto defendant de Clash et à un générique des Soprano. C'est maigre et ça l'est devenu plus encore lorsque j'ai appris que le générique en question était à porter au crédit de William Burroughs et non au sien. Ce qui expliquait pourquoi j'avais autant de difficultés à mettre la main dessus. Ainsi allaient les confusions avant l'ère d'internet, elles perduraient dans l'oubli. Pour les curieux, l'album est crédité à Material (parfois à Bill Laswell, ce qui revient au même) et se nomme Seven Souls.
Finalement, je me suis lancé, après tout quel serait l'intérêt de lire une biographie dont on connait le sujet par cœur ? Sans compter que j'avais besoin de me ressourcer après l'éprouvante lecture du livre de Chrissie Hynde, une semaine entière à me coltiner ses lamentations d'ivrogne masochiste. J'aurais dû me méfier, les Pretenders étaient incapables de faire un disque entier qui tienne la route. Je parle là d'une nana qui désigne le chanteur de UB40 comme étant le plus doué de sa génération. Malheur.
Trêve de parenthèse. Le parcours d'Allen Ginsberg est hilarant. Il secoue les méninges, aussi. Et laisse rêveur. Jane Kramer a choisi l'optique du reportage de proximité agrémenté de flashbacks constructifs. C'est la bonne approche. Ginsberg virevolte sans cesse, faut pas le lâcher d'une semelle. On est loin de l'image du hippie avachi. Sa cohabitation avec des personnalités déviantes, sa philosophie multidirectionnelle confrontée à des hordes estudiantines insurrectionnelles, ses passages devant les tribunaux suivis d'internements psychiatriques d'où il ressort avec de nouvelles amitiés parmi les patients, sa lutte pour défendre l'être dans toute son intégrité, son prêche pour l'amour universel et que sais-je encore forment avec le recul un puzzle d'une évidente cohérence pour si peu que l'on accepte de penser sans a priori. Et c'est bien là le rôle salutaire de Ginsberg, au delà de sa valeur en termes de connaissance dans des domaines vers lesquels la curiosité ne m'avait jamais mené. Sa pensée, son parcours, l'acceptation qui est la sienne de communiquer quel que soit la position politique ou philosophique de ses interlocuteurs en font un diplomate hors pair, un esprit éclairé bien loin du sectarisme de beaucoup de ceux qui se réclament des mouvements libertaires.

Le livre de Jane Kramer ressemble à ceux de Bukowski auquel Ginsberg fait parfois penser, le LSD remplaçant occasionnellement l'alcool. Surtout, il éloigne les stéréotypes que l'on accole trop facilement à ces personnages issus du mouvement beat dont les chansons d'Yves Simon m'avaient fait connaître les noms. Gregory Corso, William Burroughs, Jack Kerouac, Neal et Carolyn Cassady, Allen Ginsberg, les misfits qui ont posé les premières pierres d'une alternative à la vie routinière. Des pierres posées si loin que l'on s'en éloigne plus vite que l'on ne s'en approche dans notre monde aux utopies dévoyées par le cynisme des ambitions individualistes de leurs défenseurs au socialisme de circonstance. Drogue, homosexualité, psychiatrie, écologie, délinquance, éducation, censure, droit au plaisir et à la futilité, tous les thèmes qui, hier, étaient balayés d'un bon mot, d'un haussement d'épaules et qui sont aujourd'hui abordés trop tard, bien trop tard, étaient revendiqués dès les années 50 face à un establishment qui luttait pour sa funeste survie en envoyant sa jeunesse à la guerre. Ou en psychiatrie pour qui s'opposait. Tout ceci pourrait donner un livre sinistre et c'est pourtant loin d'être le cas. Ginsberg est tellement dans la recherche de vibrations positives qu'il en devient contagieux. Impliqué au quotidien auprès de personnages si fantasques que chaque instant devient imprévisible, on se retrouve embarqués dans un tourbillon de rencontres insignifiantes aussi captivantes que les plus mémorables. Ginsberg a cette faculté de ne jamais geindre, tous les prétextes lui sont bons pour tourner les certitudes en dérision. Il tire sa force d'une insouciance absolue qui métamorphose les coup durs en source de régénération. Lorsque l'on ne craint pas le jour qui se lève, que rien ne peut entamer votre volonté de bienveillance, le monde apparait tel qu'il est, bien trop sérieux pour le peu de temps que l'on y passe.
Hugo Spanky
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La beat generation, je suis comme toi, j'ai toujours eu du mal avec les oeuvres de ces gonzes : leurs vies est finalement plus intéressantes que leurs bouquins ; relire Kerouac, Burroughs et compagnie ne me viendrait plus à l'idée désormais.
RépondreSupprimerJe n’ai jamais lu Kerouac, de Cassady j’ai préféré lire le livre de sa femme, Burroughs est pas mal quand il reste littéraire, mais Selby le surclasse de loin. D’ailleurs Selby est le plus grand pour commenter la zone et la médiocrité humaine. Le plus grand avec Goodis, ne l’oublions pas, même si on s'éloigne des beatniks.
SupprimerDonc oui, je crois que tu as raison, leurs vies dépassent l'œuvre. C'est d’autant plus vrai avec la traduction qui gomme les inventions de langage, le rythme des phrases, les expressions caractéristiques. Notamment pour la poésie.
Il y a aussi l'importance du contexte, ce qui était un combat est devenu norme et tant mieux, mais ça amoindrie la perception que l’on a d’eux aujourd'hui.
Est-ce que tu penses que s'il avait été américain Céline aurait été beatnik ou considéré comme tel ? ))
J'ose pas imaginer Céline sous LSD ! Julien
SupprimerOh putain, si les Beatles avaient suivi l'enseignement du Maharishi Céline à l'ashram de Meudon, le flower power ne s'en serait pas remis ))
SupprimerSelby ne fait pas parti de la Beat Generation ou alors c'est sa version la plus glauque au possible.
Supprimer"Céline à l'ashram de Meudon" : j'en ris encore où tu vas chercher des idées pareilles.
En même temps, le flower power, vu comment il a fini avec la bande à Manson, c'était déjà bien pas glorieux cette affaire.
Céline à l'ashram de Meudon : c'est ma famille !!!
SupprimerEffectivement le flower power n’a été qu’une vue de l’esprit. Un peu comme Les droits de l’Homme et du citoyen qui ne servent qu’à quantifier le degré d’horreur autorisé.
SupprimerFaudra pourtant bien qu’un jour on arrive à avancer dans la bonne direction. Hélas tous les Charles Manson du monde sont les idiots utiles de l’establishment qui se charge de faire en sorte qu’on les garde à l’esprit. C’est pour ça qu’une petite dose d’Allen Ginsberg est la bienvenue )) Il a la faculté de dérégler la broyeuse.
Pas du tout d'accord. Mon livre de chevet c'est " visions de Gérard " de Jack Kerouac. Je n'ai pas encore lu quelque chose de plus tendre et émouvant. Au plaisir d'en parler.
RépondreSupprimerJulien
Je suis bien d’accord avec toi, Julien : Kerouac est un auteur phénoménal, largement au-dessus des deux autres, Burroughs et Ginsberg.
SupprimerJe vous conseille de lire Le Rouleau original de Sur la route. C’est la première version du texte, écrite sur un rouleau de papier, avant les modifications imposées par l’éditeur. À sa lecture, on mesure l’influence gigantesque de Céline sur toute la littérature américaine.
C’est bien Céline qui, le premier, a écrit ainsi, avec ce rapport direct à la vie que l’on retrouvera ensuite chez John Fante, puis chez Bukowski, qui s’en inspirera à son tour. L’autre grande influence évidente de Kerouac, c’est Thomas Wolfe — pas Tom Wolfe. Je vous conseille d’ailleurs de ne pas passer votre vie sans avoir lu L’Ange exilé.
Pour ma part, je suis allé me recueillir sur la tombe de Kerouac à Lowell, au nord de Boston, exactement là où se tiennent Dylan et Ginsberg dans le film sur la tournée Rolling Thunder Revue.
Ce qui rend Kerouac unique, c’est aussi son catholicisme de Canadien français, qui ressort particulièrement dans Visions de Gérard. Je vous conseille également Tristessa, court roman bouleversant sur une jeune prostituée mexicaine toxicomane.
Quant à dire que leurs vies n’ont pas été intéressantes… vraiment ?
Je pense que le simple voyage de quelques semaines entre New York et Denver, dans l’Amérique des années 1950, au moment de la naissance du bop, vaut à lui seul une vie entière de Français des années 2020.
J'avoue ma profonde inculture concernant ce mouvement et ces auteurs, mon expérience se limitant à une lecture abandonnée au cours de "Sur la route" de Kerouac, je pense à l'adolescence, le bouquin ayant du être acheté par mon frère aîné. Lu trop jeune pour comprendre ?
RépondreSupprimerJ'avais eu le même problème avec Céline voyageant au bout de sa nuit. ...
Pas eu le déclic pour retenter !
Erreur fatale ! Essaye de nouveau !!! Julien
SupprimerCéline
SupprimerÇa a commencé comme ça
Je m'ennuyais ferme à la maison
J'ai grandi dehors avec les amis du quartier
Puis les amis ont déménagé
Puis mon frère est parti
Plus jeune quand je m'ennuyais
J'allais dans le bureau
Le bureau était une pièce à la maison 🏡🏡🏡
Où il y avait plein de trucs entreposés
Du temps où mes parents n'avaient pas d'enfants
Du côté de ma mère
Des plans de jardins sur papier calque
Un herbier avec des feuilles sous film plastique
Des morceaux de lave pétrifiés
Des poupées en laine
Du côté de mon père
Des ceintures à double crans
Des lames de rasoirs
Des cordes
Un appareil pour muscler les poignets avec des ressorts
Avec mon frère on se faisait les pires sévices
Avec les ceintures et les cordes
On jouait jusqu'au moment où on ne jouait plus
Plus tard l'ennui est resté mais d'exutoire a changé
SupprimerJe mettais les disques de rock dé mon père sur la platine
Mon père avait de vieilles raquettes de tennis 🎾🎾🎾 en bois
Et je me prenais pour un guitare 🎸🎸🎸 Hero
Entre deux visionnages de VHS porno
Mais la solitude est plus forte que tout
C'est donc seul avec mon ennui que je me suis retrouvé devant la bibliothèque familiale
J'y avais déjà traîné
Aussi j'avais déjà lu
Les histoires extraordinaires de Pierre Bellemare avec des auto stopeuses canons qui font l'amour puis qui intentent des procès pour viol
Un livre sur les UFO et les Extra terrestres avec une authentique carte de France des atterrissage d'UFO sur les 30 dernière année
Maintenant c'est l'heure de la confidance
Mon père a pratiquement tout Céline en livre de poche à pas cher version année 60 70
Supprimeraussi il y avait une forte probabilité pour que je tombe dessus un jour ou l'autre
Sur ces éditions, il y avait marqué en gros CÉLINE
La première fois j'avais fait le calcul suivant :
Cette personne se fait sympathiquement appeler par son prénom féminin
Je pensais tomber sur une jeune fille qui allait me faire des super confidences sur sa vie affectueuse
Pour ne pas dire sexuelle
Et puis il y avait le nom des livres
Nord, je viens du Nord
Mort à crédit, pourquoi pas
Guignols band, j'aime guignol !!!
J'ai donc ouvert les livres de poche
Je crois que par paresse j'ai appliqué la bonne méthode
Plutôt que d'en lire un en entier
J'en prenais un au hasard
Et dans cet ouvrage
Un passage au hasard
Je me rappelle des trois points
Il y en avait plein à chaque page
Comment vous expliquer ?
Comment se fait il que le truc le plus génial est complètement inexplicable ?
On peut tout dire sur Céline
Collabo
Antisemite
Mysogine
Tout cela est vrai
Cela ne gâche en rien le plaisir qu'il y a à le lire
Alors pourquoi j'y retourne inlassablement ?
Uniquement pour ça pour le plaisir
Le plaisir de rire parfois jusqu'aux éclats
Le plaisir de constater que je ne suis le seul à être paranoïaque et haineux
Céline l'est publiquement
C'est donc sur lui que tombent les critiques, le dégoût
Pas sur moi
Lecteur caché et anonyme
Difficile de résister à un plaisir quand on y a déjà Goûté
Ainsi se résume mon rapport à Céline
Julien DUCHATEAU depuis mon Android à Quimper
Je n'ai pas lu Sur la route, casanier comme je suis ça ne m'a pas interpellé )) J'ai lu un bouquin sur la vie de Kerouac qui était pas mal, même si là encore ça m'a laissé relativement indifférent. J'ai plus apprécié le point de vue de Carolyn Cassady qu'elle exprime dans Sur ma route. Le point de vue féminin est tellement rare, malgré qu'il soit souvent plus pertinent, étant débarrassé des fioritures de l'ego masculin. De Burroughs j'avais aimé Le Camé (Junky en V.O) son premier roman, la suite tient surtout de l'exercice de style à mes yeux. Révolutionnaire, avant-gardiste, tout ce qu'on veut, le cut-up est pénible à lire et sans grand intérêt hors du contexte de sa création. L'Homme Burroughs est par contre bien plus passionnant que Kerouac, son parcours, sa personnalité, sa voix. Je vais d'ailleurs tâcher de dénicher une bonne bio.
SupprimerFinalement Allen Ginsberg est le plus sympathique du lot et aussi celui qui est demeuré le plus contemporain. Ses combats (le terme ne lui convient pas, mais je n'en ai pas d'autre sous la main) sont toujours d'actualité et il en a été le précurseur. Quelque part, Ginsberg incarne les quatre Beatles à lui seul ))
Et enfin, Céline. Je rejoins Julien, ses bouquins sont fabuleux de roublardise, de cynisme, d'humanisme, de méchanceté, de cruauté même. De lucidité, surtout. Les personnages y sont victimes de l'inhumanité de l'humain lorsque le profit passe avant le souci de son congénère. La politique, l'armée, le savoir, la finance, tout ce qui est censé garantir notre bonheur et qui au lieu de quoi engendre la misère, la guerre, les maladies, la bêtise, est passé à la moulinette. Mort à crédit est implacable, mais tous ses livres sont à découvrir. Une fois que l'on a pigé le style, on est vite accro.
Deux interviews execpetionnels sur Céline, les meilleurs que j'ai jamais entendus.
SupprimerL'un fait par un juif Stéphane Zagdanski
https://www.youtube.com/watch?v=SBnf2ZX1em8
et l'autre part un antisémite Edouard Nabe
https://www.youtube.com/watch?v=04xJbl9dPMg
Les deux sont brillants
Quant à Kérouac, lis pas l'édition de "sur la route" classique, il faut vraiment lire le rouleau original.
Je vais tâcher de regarder ces interviews, même si elles abordent le sujet qui m'interesse le moins concernant Céline. Je m'en fous un peu de savoir ce qu'il a fait de travers, d'autant qu'en France...on pourrait avoir ces débats sur pas mal de monde. Piaf, Coco Chanel, Maurice Chevalier, François Mitterand et bon nombre d'inconnus qui n'ont pas été égratignés. Céline est l'arbre bien commode qui permet aux autres de se tenir à l'ombre.
SupprimerKérouac, j'avais renoncé à Sur La Route au profit de Sur Ma Route de Carolyn Cassady. Le point de vue d'une femme me tentait plus que celui d'un mec qui à 40 balais vivait encore chez sa mère ))
Je pige l'aspect historique, mais je me situe dans mon époque. Tu me connais, je fais pareil pour la musique, j'essaye de ne pas constamment regarder en arrière. Le passé devient vite paralysant et je ne trouve pas forcément pertinent de le reproduire ou de s'y référer pour vivre le jour qui se lève. J'essaye, du moins.
Concernant la vie de Kerouac, elle était absolument dans ce registre...en 1950. Et dans l'Amérique corsetée de son époque. Je veux dire par là que le courage de vivre en dehors des clous était nouveau pour eux et seulement pour eux. En Europe d'autres avaient déjà fait le parcours de l'homosexualité, des mœurs dissolus, du refus de se conformer au chemin tout tracé. Oscar Wilde en Angleterre, Verlaine, Rimbaud, Baudelaire en France, plus tard Céline...
Même en Amérique, Woody Guthrie et le phénomène Hobo précède Kerouac et les Beatniks d'une bonne dizaine d'années. Adolescent, j'avais dévoré En Route Pour La Gloire, au moment où il avait été adapté en film.
Reste la qualité littéraire du bonhomme et pour ça, ok je vais localiser le rouleau original pour me faire un avis et surtout ce Tristessa qui de la façon dont tu en parles m'évoque Demande à la poussière de Fante.
J'en profite pour conseiller à nouveau Le Démon de Hubert Selby qui est un auteur que j'admire. Dans le genre qui secoue le cocotier Last Exit to Brooklyn fait bien le boulot également et va un peu plus loin que des bitures entre mecs.
J'aimerais dans l'idéal que l'on se penche aussi sur ce qui se dit actuellement, notamment dans le Hip Hop, il y a des textes, certes pas dans le mainstream, qui remplissent le rôle qui fut celui de Dylan et le font avec talent. C'est la culture noire contemporaine et c'est enfin la parole des noirs américains et non pas celle des blancs qui se soucient de leur sort.
C'est en ça que le parcours de Ginsberg était intéressant, il a sans cesse chercher à comprendre les évolutions de son époque, non pas en gourou comme Burroughs avait pris l'habitude de se positionner, mais en philosophe qui crée du lien entre l'instant présent et ce fichu passé.
Quoiqu'il en soit, on n'en sort pas ))
Moi aussi, je me fous aussi de ce qu’a fait Céline.
SupprimerLes interviews ne parlent absolument pas de ça, elles parlent toutes les deux de littérature. Ils expliquent tous les deux en quoi Céline est génial du point de vue littéraire et franchement c'est vraiment à écouter.
Quant à Kerouac, je te parle aussi de littérature, aucun rapport avec une quelconque nostalgie dont je n'ai rien à faire et encore moins de sociologie par rapport à son époque ou sa place dans l'histoire de la pop culture : ces sujets ne m'intéressent absolument plus/pas.
La puissance littéraire de Kerouac est incomparable par rapport à celle de Ginsberg. Deux recueils de poèmes sympas : "Howl" et "Kaddish", et c’est à peu près tout, c'est un peu léger.
Quant à Burroughs, bon, ce n’est pas très innovant : son utilisation du cut-up rappelle l’écriture automatique des surréalistes. Des gadgets littéraires sans grand intérêt, un style froid qui vieillit mal et des romans assez plats finalement.
Quant à Selby, j’adore Last Exit to Brooklyn, qui est pour moi encore plus plaqué sur Céline — un peu trop, d’ailleurs.
Mais rien de comparable au souffle que peut avoir Kerouac par instants. Julien a parfaitement raison : il n’a pas son pareil pour décrire avec tendresse des personnages dans la désolation du monde. C’est là toute sa grandeur et c'est magnifique.
Salut,
SupprimerMerci Serge.
Il faut que je me penche sur le rouleau original.
J'ajoute un commentaire pour signaler que les deux autres livres de Jack Kerouac
Que j'adore sont
Maggie Cassidy pour deux scènes qui me restent en mémoire
La première où il se rend au bal de la nouvelle année.
La dernière évidemment aussi amère et énigmatique soit elle
Et vanité de duluoz
Maggie Cassidy
Je crois qu'on ne peut pas comprendre Kerouac sans mentionner son amour du sport
Football 🏈🏈🏈 américain
Baseball
Athlétisme
Son rapport à la camaraderie
Et à la famille.
Au passage, quelqu'un a vu le film sur la route ???
Je n'ai pas encore eu l'occasion de le voir.
Julien depuis mon Android
Désolé pour les fautes de frappe.
Salut Julien, je l’ai vu vraiment pas terrible ce film, à éviter. Par contre ce soir un film pas mal sur Brian Wilson sur France 4 : je vous laisse donc pour le regarder… Bonn soirée
SupprimerAh tiens, je cogitais ces derniers jours sur ce que je pourrais bien me mettre sous les yeux comme lecture. Je viens de finir une pochotèque Modiano, j'ai plus d'idées. Me refaire qq road tripes pour l'été ? en fait, j'ai de vagues souvenirs avec Kerouac (et Céline), lus comme "il faut lire, c'est des classiques", mais ça m'avait bien embarqué. Par contre, du côté outre-Atlantique, je me suis vite orienté Brautigan et Thoreau.. je sais pas, ils sont plus "biologique", moins beat, plus poètes ? contemplatif ? "7 jours sur le fleuve" traine toujours sur mon chevet. Bref, je vais tenter une replongée.
RépondreSupprimerDe Brautigan il me semble avoir lu une chronique de La pêche à la truite en Amérique dans un recueil sur le nouveau journalisme, vraisemblablement Rolling Stone, mais je ne connais pas ses livres à proprement parlé.
SupprimerMerci pour les conseils, c'est dans mon état d'esprit du moment. Même si pour être exact je me suis embringué dans une biographie de John Cage que je compte faire suivre par Der Klang Der Familie sur la techno berlinoise dans le contexte de la chute du mur. Mais finalement tout ça n'est guère éloigné.
Exak. J'ai un bouquin avec cette pêche et aussi le Sucre de Pastèque.. surréaliste et beau, ça me touche et m'entortille ce genre de truc. Sinon, comme je disais "7 jour sur le fleuve" d'Henri THOREAU est un doux et profond voyage contemplatif et philosophique. Bon, ça vaut c'que ça vaut, mais impossible pour moi de ne pas y penser quand je regarde "Comme un avion" de Podalydes.
SupprimerD’abord, papier qui donne envie de lire cette bio, bravo. Trouver le livre ? Oui en occasion, c’est prévu. En attendant histoire d’ajouter une bafouille, je quitte un essai sir l’addiction « Les assoiffés de Camille Charvet » Si je fais un lien c’est un point commun qu’elle observe auprès de tous les addict : la peur, la fuite de l’ennui, du temps qui passe mais ennuyeux. Je ne crains pas l’ennui mais je peux me passionner pour que l’on me raconte la vie de ceux qui goûte, touche et essaie tout ce qui peut éloigner de « la vie routinière ». Si en plus ils écrivent avec talent !
RépondreSupprimerC’est le point des commentaires que je relève : j’ai un bon souvenir de ma lecture de « Festin Nu » et « Junkie » le problème, j’avoue c’est l’âge, c’est tout ce qui me reste en mémoire : un bon souvenir. Ha oui le film de Cronenberg…. Même souvenir, bon.
Jack Kerouac, rien lu avec au moins l’intention d’en lire, après tout cela semble autobiographique et son destin de rencontres et voyages me donne envie d’en savoir davantage.
Neal Cassady, je ne connais pas du tout, je comprends maintenant par WikisaitTout combien il a inspiré, Kerouac , Tom Wolf… hum à suivre
Bien vu le rapport Selby & Goodis … j’ajouterai bien Jim Thompson puisqu’on s’éloigne des poètes célestes. « médiocrité humaine » pas seulement, il y a aussi le portrait de ceux qui veulent une place mais qui ne la trouvent pas, alors ils tentent de la fabriquer et puis cette médiocrité peut être davantage criante dans des classes sociales plus élevées ?
Pour revenir au Beat, tu parles du problème de traduction qui limite l’appréciation, et comme pour Bukowski il y a la poésie qui a fait leurs réputations, mais pas facile de s’en faire une idée.
En tout cas merci pour cette envie de lecture
Médiocrité humaine, c'est du point de vue intrinsèque à l'oeuvre. L'angle de l'auteur qui place ses personnages, qu'il revendique par ailleurs, comme étant perçus comme tel par l'establishment. Tiens, tu parles de traduction, c'est justement un bon exemple de la difficulté de traduire tout en conservant l'esprit du texte. L'anglais à des formulations auxquelles le français ne rend pas justice, parfois par méconnaissance du contexte de la part du traducteur plus que par inexistence d'un vocabulaire équivalent. Je pense notamment aux références faites par des personnages ou par l'auteur à des titres de films, de livres, de chansons ou des rimes qu'elles contiennent. Il faut parfois faire chemin inverse lorsque l'esprit nous secoue ses grelots et retraduire le texte en anglais pour les piger. Ou lire en anglais, ce que j'essaye de faire de plus en plus souvent, même si c'est par endroits laborieux. J'y suis venu principalement parce que la plupart des biographies qui m'interessent n'ont jamais été traduites. Celle de Gregory Dick, Nigger, est sur ma liste.
SupprimerCe que je veux dire, c'est que l'utilisation de ses références ancre le récit dans un contexte qui nous inclut, alors que leur absence dans les versions traduites crée une distance entre le lecteur et l'auteur. C'est d'autant plus dommageable dans ce style de littérature qu'une de ses caractéristiques fondatrices est justement d'abattre ce cloisonnement.
Pour ce qui est de la poésie, l'avantage est que pas mal sont en édition bilingue.
En tout cas, ce bouquin sur Ginsberg m'a fait du bien. Il m'a resitué dans le contexte de création (ou de tentative de popularisation, du moins) d'un mode de penser mêlant une vision de la société d'un réalisme cru et un sens de l'absurde poussé jusqu'au délire qui a pour but de la rend supportable. C'est quelque chose dans lequel je me retrouve instinctivement. En France, les médias ont principalement raillé le mouvement hippie, y compris les médias prétendument rock, sans en comprendre, et donc encore moins en transmettre, l'urgence et le courage. L'anti-militarisme en Amérique durant la guerre du Vietnam, qui menaçait de conscription toute la jeunesse de cette génération à l'exception de la plus fortunée, était assimilé à du communisme et donc passible de toutes les formes de répression. Ce n'était pas faire le guignol en tapant un doigt devant des CRS. Sur le campus de l'université de Kent en Ohio, l'armée a tiré à balles réelles sur des étudiants. En les visant pour tuer, et c'est ce qu'elle a fait. Les défenseurs des droits civiques lynchés dans le sud, c'est pas Cohn Bendit à la Sorbonne. Etre homosexuel, revendiquer la drogue, rejeter toutes les valeurs institutionnelles depuis le mariage jusqu'au capitalisme, c'était avoir une sacrée paire de couilles. Rien à voir avec les babas de la Drôme.
J'enfonce peut-être des portes ouvertes, mais il y a une continuité de pensée qui va des Beatniks aux Punks en passant par les Hippies. Allen Ginsberg incarne ce lien en ayant participé aux trois mouvements. Andy Warhol aussi, d'une façon plus urbaine et sédentaire, plus individualiste aussi peut être.
La rupture, je pense, a eu lieu avec l'émergence de la seconde vague du Hip Hop qui était totalement désillusionnée. Eux ne cherchaient plus à changer la société, encore moins en s'y opposant par la non-violence. Résultat de l'échec des responsables politiques à se mettre en phase avec la réalité. J'ai l'impression que c'est ce que l'on vit en ce moment en France, sans même avoir eu un raisonnement philosophique auquel se rattacher.
Au delà de ces considérations et c'est le sens de la conclusion de mon post, Ginsberg incite non pas à continuer les combats, mais à tous déposer les armes et à se détendre en acceptant l'idée que si l'humain est éphémère, l'humanité est éternelle et que la véritable utopie est d'imagnier pouvoir la manipuler sans conséquence. Chacun de nous souhaite vivre en paix, pourtant l'establishment a réussi à nous faire croire que ce désir était une propagande de marginaux antisociaux ))) C'est à pisser de rire, non ?
Je voulais séparer mon commentaire sur Céline. Bonne émission sur le bonhomme « Céline, le voyage sans retour » Pas reluisant le monsieur, pas inutile de le rappeler même si la lecture des romans ne laisse pas trop transparaitre sa haine des juifs, ou alors c’est subtil et sans effet.
RépondreSupprimerJe conseille la trilogie Berlinoise, son récit de sa fuite vers l’Allemagne et le séjour à Sigmaringen est comme à son habitude éclairant, drôle, grotesque et très lucide sur la situation, sans oublier ce style d’une forte vivacité, je ne veux pas me fâcher avec qui que ce soit mais parfois il me fait penser à la truculence de Albert Cohen dans les Mangeclous.
Autre passion dévorante l’histoire de Sigmaringen avec ce gouvernement fantôme français, fin 44 début 45, qui espérait maintenir et revenir gouverner alors que les alliés étaient en France. Aujourd’hui cela semble surréaliste, vain et pathétique, se souvenir qu’ils avaient en tête l’exemple de De Gaulle et espéraient bien un retour de situation.
Pour boucler, Druillet a écrit un livre de souvenir – pas encore lu – où il raconte l’histoire de sa famille de collabo partie se réfugier à Sigmaringen avec lui bébé, et il a été soigné par … Louis Ferdinand Destouches/Céline. Cette même famille a fini tranquillement en Espagne pour continuer à nourrir sa haine du juif. Druillet ne comprenant progressivement ce secret de famille.
J'ai lu le bouquin de Druillet, il est très intéressant à ce niveau-là et rejoint tout à fait ce choc des générations qu'incarne Ginsberg.
SupprimerConcernant Céline, je suis lassé des préambules à son oeuvre. Des collabos, la France n'en a pas manqué et bon nombre ont continué leur chemin sans être inquiétés, ni montrés du doigt et même beaucoup ont été protégés par le plus haut sommet de l'état (qui lui-même..).
L'Histoire est ainsi écrite qu'elle protège les salauds. On connait Zola, on connait Dreyfuss mais les noms des ignobles auxquels ils se sont opposés sont eux effacés de la mémoire collective, car bien sûr il ne faudrait pas que leurs descendants en souffrent injustement. Même s'ils perpétuent la saloperie de leurs ainés )) De plus, il me semble difficile aujourd'hui de nier l'existence en notre pays de cette haine du juif que tu évoques. Il est donc surement plus utile de s'y opposer à nouveau au même titre qu'à toutes les haines plutôt que de ressasser des clichés.
Alors foutons la paix à l'oeuvre de Céline et considérons-la en tant que telle. D'autant qu'elle est parmi ce que l'on a de plus en phase avec notre propre culture en terme d'expression émancipée de l'académisme rébarbatif et de la façon dont elle dépeint le comportement humain lorsqu'il se retrouve dans des situations qui le dépassent et vont jusqu'à broyer son humanité. Et qu'à ce titre elle est revendiquée par la plupart de ceux que l'on prend plaisir à lire, que ce soit une fois encore l'inévitable Ginsberg, mais aussi Bukowski et son génial mentor John Fante.
La période que tu conseilles, je ne l'ai pas encore lu et elle est dans mes trop nombreux projets. Ton enthousiasme me la fait replacer dans mes priorités.