Concrètement, il occulte de scandaleuse façon l'après Silly love song. A commencer par l'album London Town, un incontournable en ce qui me concerne et pas seulement parce que c'est le premier Wings que j'ai acheté à sa sortie. Un geste qui ne manquait toutefois pas d'un certain panache en cette année 1978.
London Town reste un disque maladroit, au contour flou, une sorte de synthèse des sons émergeants qui préfigure en cela les expérimentations à venir. Certes, il est bizarrement agencé, quoique pas si éloigné en cela de Band On The Run avec lequel il partage une production molle. J'avais appris à l'apprécier comme j'avais appris à avaler les carottes râpées poisseuses de la cantine. Avec difficulté. Ce qui ne l'avait pas empêché de s'imposer au fil des semaines.
L'année suivante Chris Thomas sera recruté pour corriger le tir, Back to The Egg fera ainsi preuve d'une efficacité redoutable et deviendra instantanément mon Wings préféré. Chose dont le documentaire ne dit pas le moindre mot, préférant se concentrer sur l'emprisonnement au Japon avec force de documents inédits et brièvement sur Goodnight tonight qui avait pourtant fait du remue-ménage dans le hit-parade RTL. Tout ceci oriente la postérité vers un McCartney plus badass que nature, laissant deviner que les remarques acerbes reçues à l'époque sur sa niaiserie supposée n'ont toujours pas été digérées. Une relecture vaine, alors que le réel génie visionnaire du bassiste fut de filmer l'intégralité de l'album sous forme de vidéo clips. Ils seront diffusés deux ans plus tard, un mercredi après-midi sur TF1, quelques semaines avant la retransmission du concert pour Kampuchea dont McCartney était à l'origine. On était gâté en ce temps-là.
J'ai enchainé avec le documentaire Netflix sur Hillel Slovak, guitariste fondateur des Red Hot Chili Peppers, mort d'overdose avant l'étape du succès international. Les images d'archives de Hillel Slovak n'encombrent pas YouTube, son souvenir n'encombre même pas l'esprit des fanatiques du groupe, c'est pourtant Freaky Styley qui fit parler d'eux auprès des amateurs de nouvelles tendances. Le fait que George Clinton le produise n'y était pas pour rien. C'est en 1987 sur Uplift Mofo Party Plan, leur ultime album avant mutation, que Hillel Slovak laisse une trace indélébile de son talent en créant un son et un style qui parviennent à marier les riffs squelettiques de la cold wave avec le groove du funk et l'énergie du metal. La démonstration fera recette et le groupe décroche son bon de sortie de l'underground en instaurant ce qui allait devenir une signature, la ballade acide, avec Behind the sun.
Alors que l'horizon s'illumine enfin, les Red Hot Chili Peppers trébuchent durement. Le traumatisme causé par la mort brutale d'Hillel Slovak décapite le groupe, Kiedis sombre plus profondément encore dans l'addiction, Flea dans la dépression chronique, tandis que Jack Irons abandonne ses baguettes pour la camisole. Le documentaire est admirablement construit entre images rarissimes et témoignages de première main, parmi lesquels ceux de Flea et Anthony Kiedis que le souvenir plonge avec une émotion sincère dans une époque amère où l'autodestruction était devenue la règle. La complexité des personnalités, les difficultés rencontrées pour maintenir à flots une formation que les uns voyaient comme secondaire, tandis qu'elle était la raison de vivre des autres, leurs rapports internes teintés d'amour sublimé et d'abandon adolescent rendent le documentaire poignant. Une qualité rare dans un domaine qui vire régulièrement à l'exercice promotionnel.
Après tout ça, c'est sans le moindre étonnement que j'ai accueilli une insomnie carabinée. Trois heures du matin avec les billes en quête de pixels, les sens en hyper sensibilité maximale et l'esprit propice à la féérie. The Greatest Night in Pop ne pouvait pas mieux tomber. Je ne sais plus où je l'ai vu, sans doute Netflix, c'est une conséquence du Fire Stick, je divague d'une plateforme à l'autre.
Lionel Richie mène la danse avec malice pour ce documentaire qui nous invite aux premières loges de l'enregistrement de We are the world. En commençant par l'organistaion de la session unique qui devait réunir autant de stars que possible au même instant, au même endroit. Pas si aisé que ça. Le ton est juste, les petites manipulations pour attirer Prince ne sont pas mises sous le tapis, l'humeur bas du front de Waylon Jennings non plus. On suit jusqu'à sa concrétisation l'idée d'Harry Belafonte, vexé et inspiré par celle de Bob Geldof qui venait de réunir les grands noms, blancs, de la Pop anglaise pour son single caritatif Do they know it's christmas? destiné à réunir des fonds contre la famine en Afrique.
La grande qualité du documentaire est d'inclure la session elle-même puisqu'elle fut entièrement filmée pour la réalisation du clip. Difficulté supplémentaire, en plus d'enregistrer en une seule nuit une trentaine d'artistes sans répétition préalable, une équipe de tournage devait évoluer au milieu d'eux. Par bonheur, ça nous permet d'assister à la mise en place du chœur, à l'assortiment des voix selon le timbre de chacun, au travail collectif autant qu'individuel pour trouver le ton juste, puis à l'enregistrement final des solistes. C'est magnifique. J'ai fini ému aux larmes sitôt que Diana Ross ouvre la bouche. Vous n'imaginez pas toute la magie que ce simple instant propage à travers l'univers. Je l'ai revu avec Milady quelques soirs plus tard pour vérifier que tout ceci survive à plus de lucidité. Le résultat fut tout aussi embué.
Hugo Spanky


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