Hôtel. Californie. Luxe en décadence. American Horror Story 5 nous plonge au cœur des ténèbres d'un hôtel qui pourrait tout aussi bien être le corps même du démon. Le labyrinthe des âmes damnées. Les limbes de l'enfer. L'antichambre de l'insanité. Vous en voulez encore ou ça ira comme ça ?
Dire que les freaks de la saison 4 m'ont laissé de marbre est en dessous de la vérité. Ils m'ont ennuyé, fait regretté d'avoir mis le doigt dans l'engrenage. Je n'ai rien trouvé à sauver et j'étais bien plus que réticent à l'idée de repartir pour un tour sur ce manège démantibulé que la franchise AHS semblait être devenue.
Mais les dimanches soirs sont ce qu'ils sont, et quoi de mieux comme prétexte pour se blottir sous la couette que la promesse de quelques frissons d'effroi. Il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives, après deux généreux épisodes de plus d'une heure chacun, je peux toutefois vous affirmer sans trop me mouiller que l'équipage à redressé la barre. En navigant astucieusement d'une intrigue à une autre, d'une époque révolue à nos jours, en utilisant avec tact et à-propos la musique pour estamper de glace un climat déjà oppressant, en multipliant références et clins d’œil bien plus subtils que les couloirs de l'Overlook ne pouvaient le laisser supposer, la série se place enfin à la hauteur de ses ambitions.
Les volutes alambiquées du scénario promettent une bonne tenue sur la longueur, là où la saison précédente fonctionnait au lever de rideau en forme de feu d'artifice avant de laisser apparaître, une fois la fumée dissipée, de trop grosses ficelles pour capter l'attention du spectateur sitôt la curiosité rassasiée. En entremêlant Mode, Art Déco, musique, cinéma, sexe, drogue, vanité, vacuité et flot de sang, la série dresse un édifice majestueux que je me délecte, par avance, de visiter jusque dans les moindres alcôves. Reste à espérer que les fondations soient solidement bâties.
Sensation. Elle. Lady Gaga en meneuse de revue en lieu et place de l’emblématique Jessica Lange, le pari est osé. Pas suicidaire. Si la chanteuse se retrouve à devoir faire négocier un virage en épingle à sa fulgurante carrière, ce n'est que de sa faute. En misant sur l'omniprésence médiatique à coups de surenchères incessantes, de concerts narcissiques, de happenings insondables et de clips accrocheurs, la diva futuriste a noyé sous les fards, tout le talent que son premier album laissait entrevoir. L'intrigante fit du flou artistique dont elle avait su se draper avec élégance, un brouillard si opaque que les dernières notes de saxophone de Clarence Clemons ne suffisaient pas pour en désenchevêtrer l'excellence de certaines compositions. Je ne suis pas sûr qu'elle a fait tout cela de manière inconsciente. Peut être pressée de passer à l'étape suivante. Stefani Germanotta a de la suite dans les idées elle utilise bien plus qu'elle n'est utilisée. Je vous fiche mon billet qu'on n'est pas au bout de nos surprises avec ce petit bout de fée qu'il serait bien hasardeux de snober trop vite.
Depuis l'an passé, son pas de danse avec Tony Benett lui a permis, sans ralentir le rythme, de s'éloigner avec intelligence de la petite lucarne. Pour mieux y revenir. Et de façon autrement plus glamour que sur MTV.
En bonne italo-américaine, la New-Yorkaise procède par étapes et avec méthode. Affiliée à la bande du New Jersey, elle avait montré le bout de son nez dans un épisode des Soprano mais cette fois ci, l'ambition est toute autre. La saveur de cette nouvelle saison d'American Horror Story repose sur sa capacité à transformer l'étoffe en soie, mais vient en partie du jeu de piste que dessinent les références au cinéma du genre. Si Shining en est la plus évidente de par l'esthétique des décors, Le Village des damnés, Nosferatu ou Seven répondent également à l'appel sitôt les premières bobines déroulées. Il en viendra d'autres. Le personnage interprété par Lady Gaga est quant à lui, une extension de celui de Catherine Deneuve dans Les Prédateurs. Faut pas avoir peur du vide quand on mise tout sur le rouge, la chute pourrait être du genre dont on ne se remet pas.
En deux épisodes, Lady Gaga a rassuré sur un point. Là où le rôle qu'elle incarne dans sa carrière conjugué à celui que lui offre la série pouvait mener droit dans le mur de l'excès, elle fait preuve de sobriété. Autre élément fort parmi les nouveautés du casting, Wes Bentley dans le rôle du flic hanté par la culpabilité, prompt à se faire happer tout cru. Sera t-il cousin psychologique du tourmenté Jack Torrance ou plutôt du Al Pacino de Cruising, seule la suite le dira. L'abysse est grand ouvert sous chacun de ses pas.
Alors que l'entame de la deuxième saison de Fargo m'a laissé de marbre tellement elle sent le micro-ondes, American Horror Story semble vouloir gratter sa 3eme étoile. Et comme pour mieux émanciper la franchise de ses aspects les plus teenagers, ses créateurs ont développé en parallèle un spin-off ultra kitsch en équilibre précaire entre West Craven, Scary Movie et les films de blondes, Scream Queens dont Le Cabinet des Rugosités ne devrait pas tarder à vous faire écho.
Préparez le Pop-Corn !
Hugo Spanky


























































