
Vlan, c'est toujours quand tu n'attends plus rien de personne qu'il te tombe sur le coin de la tronche de quoi croire encore un peu en l'humanité. Plus prosaïquement, après avoir écouté UFO en boucle toute la semaine (je suis mon propre meilleur client) m'est venu l'idée que, peut être, il s'était fait quelque chose de plus récent en matière de Hard Rock qui vaille la peine d'être découvert. En ma qualité d'homme moderne, j'ai tapé best hard rock albums 2018 et voila le travail. Une fois éliminés des listes proposées tous les groupes dont le nom m'est incompréhensible dans la mesure où je pipe que dalle à leur lettrage satanico-gothique, il ne m'est plus resté sous les yeux qu'une pochette que je jurerais avoir été inventée pour moi. Quatre gonzesses enlacées par un boa ! Si ça c'est pas du kitsch metal seventies glam love it to death, alors je n'y connais rien.
Aussitôt repéré, aussitôt téléchargé, aussitôt adoré. Elles m'ont démonté. Ces nanas alignent les clichés les plus éculés, leur nom, Thunderpussy, rien que ça déjà t'y crois pas, leur goût pour le burlesque, les batteurs consommés par paquet de deux, la mèche blanche estampillée Joe Perry de la guitariste -qui comme de bien entendu joue sur Gibson- même leur sexualité ne surprendra personne. Ya know whada mean. Sauf que voila, même en raclant dans les coins, en rameutant toute la famille mauvaise foi, y a pas d'autre constat à faire que celui ci : Elles sont bonnes !
Molly Sides à une voix d'une puissance dingue. Attention, je ne parle pas d'une brailleuse qui perce les tympans à coups de note suraiguës dispensées à tout va, non. Je parle d'une chanteuse. Avec du coffre, de l'amplitude d'en bas à tout là haut, de la justesse, une vraie chanteuse, à l'ancienne serais-je tenté de préciser. C'est bien simple, elle m'a évoqué Grace Slick à tel point que je n'ai pas été surpris le moins du monde en découvrant sur youtube leur reprise de Somebody to love captée live sur l'excellentissime radio KEXP. Molly Sides retenez bien ce nom, c'est une star. La dame est multi-talentueuse, danseuse, actrice, performeuse et surtout une incroyable chanteuse. Je me demande si elle fait la cuisine.
A sa gauche, Whitney Petty, la guitariste. Là aussi le talent est de mise. Elle ne s'est clairement pas contentée de potasser la sainte trinité du Heavy (Hendrix, Page, Van Halen), elle va chercher des gammes au delà du cénacle. Il y a du Brian Robertson en elle, dans cette façon de filer le coup de wah wah funky là où Angus Young aurait collé dix fois supplémentaires la sempiternelle même note. Si quelqu'un se souvient du boulot qu'abattait Marc Ford aux grandes heures des Black Crowes, c'est de ce calibre. Le placement des guitares dans l'album est un redoutable délice. Genre l'attaque de l'étoile noire par les vaisseaux de la rébellion. Il en arrive de partout, au casque l'effet est saisissant. Faut dire que l'album est impeccablement produit par Sylvia Massi qui, pour situer, a fait ses classes d'ingénieur du son sur le Diamond and Pearl de Prince. En cent comme en mille, Thunderpussy ne se goure ni dans le casting, ni dans le scénario. A ça, vous ajoutez une batteuse venue du Jazz qui, entre deux fracassages en règle de l'ensemble de son kit, se permet des motifs sur le cercle aux antipodes de l'école John Bonham, et une bassiste qui tient la baraque avec ce qu'il faut de consistance et de séduction lascive pour que l'édifice ne flanche pas lorsque la six cordes part en spirale.
Tout ça c'est bien beau, mais ça n'a jamais empêché un disque d'être chiant comme la mort. Des virtuoses produit par des cadors de la console, c'est pas ce qui manque dans les bacs de soldes. Parce que rien ne dispense de composer de bonnes chansons. Velvet noose. Me regardez pas comme ça, courez dénicher la chose sur Youtube, Spotify, Amazon ou lorgnez en bas de cette page. C'est un hit, un tube, une addiction, un vice que les radios devraient propager entre chaque quart d'heure de publicités.
Je ne vais pas vous le survendre, l'album est roublard, sexy, punchy et déroutant, un salvateur bol de fraicheur au milieu des dépressifs chroniques et des trépanés de l'adolescence perpétuelle. Surtout, il s'adresse à nous comme si soudain on se remettait à nous parler en adulte.
Speed queen et Thunderpussy sont des petits bolides hystériques taillés pour la scène, ils sont aussi les seuls titres à se contenter de n'être que ça. All in mise sur une sensualité Heavy Blues, l'intro de Torpedo love paye son tribut à Rain song sans s’empêtrer dans les similitudes qui rendent pathétiques Greta Van Fleet comme Kingdome Come avant eux. Thunderpussy déborde de personnalité et Molly Sides est un imbattable joker, tant pis si je me répète mais cette chanteuse fait la différence. Elle trouve systématiquement une direction nouvelle vers laquelle embarquer les riffs de Whitney Petty, tout connement parce qu'elle en a les capacités vocales. Gentle frame en est un exemple parmi douze autres, avec Velvet noose, Badlands, Pick it up et Fever il forme l'ossature de l'album, ainsi que la définition du style Thunderpussy, des chansons mouvantes et parfaitement cohérentes.
Moins immédiats sont les entêtants Utero tango, The cloud et Young and pure, on nage là le long des rivages chimériques jadis approchés par Jane's Addiction. Les mélodies se délayent jusqu'à la baie de San Francisco, les arrangements se font plus subtils, les guitares plus acides, thérémine et mellotron font office de tapis volants. Les Thunderpussy ne commettent pas l'erreur de confondre énergie et agressivité. Elles bâtissent en partant des fondations sans rien sacrifier des ornements de façade nécessaires pour aiguiser la jalousie des voisins.
Thunderpussy est un premier album d'une incroyable impertinence, celui d'un groupe à maturité, forgé aux années de scène, sûr de son fait. Comptez pas sur elles pour mendiez votre indulgence. Les influences sont transcendées, depuis longtemps assimilés, que Thunderpussy soit un groupe féminin est un détail, aucun gimmick ne se planque là dessous, pas l'ombre d'un Kim Fowley dans cette affaire. Ces quatre nanas là ne sont en quête d'aucun Pygmalion, elles ont les compétences intrinsèques pour que leur musique multiplie les saveurs sans ajout de colorant artificiel. Leur album partage l'essentielle qualité des grands disques de Hard Rock, celle de ne rien laisser dans l'état où on l'a trouvé.
Moins immédiats sont les entêtants Utero tango, The cloud et Young and pure, on nage là le long des rivages chimériques jadis approchés par Jane's Addiction. Les mélodies se délayent jusqu'à la baie de San Francisco, les arrangements se font plus subtils, les guitares plus acides, thérémine et mellotron font office de tapis volants. Les Thunderpussy ne commettent pas l'erreur de confondre énergie et agressivité. Elles bâtissent en partant des fondations sans rien sacrifier des ornements de façade nécessaires pour aiguiser la jalousie des voisins.
Hugo Spanky






















































