vendredi 15 mars 2019

THuNDeRPusSY



Vlan, c'est toujours quand tu n'attends plus rien de personne qu'il te tombe sur le coin de la tronche de quoi croire encore un peu en l'humanité. Plus prosaïquement, après avoir écouté UFO en boucle toute la semaine (je suis mon propre meilleur client) m'est venu l'idée que, peut être, il s'était fait quelque chose de plus récent en matière de Hard Rock qui vaille la peine d'être découvert. En ma qualité d'homme moderne, j'ai tapé best hard rock albums 2018 et voila le travail. Une fois éliminés des listes proposées tous les groupes dont le nom m'est incompréhensible dans la mesure où je pipe que dalle à leur lettrage satanico-gothique, il ne m'est plus resté sous les yeux qu'une pochette que je jurerais avoir été inventée pour moi. Quatre gonzesses enlacées par un boa ! Si ça c'est pas du kitsch metal seventies glam love it to death, alors je n'y connais rien.

Aussitôt repéré, aussitôt téléchargé, aussitôt adoré. Elles m'ont démonté. Ces nanas alignent les clichés les plus éculés, leur nom, Thunderpussy, rien que ça déjà t'y crois pas, leur goût pour le burlesque, les batteurs consommés par paquet de deux, la mèche blanche estampillée Joe Perry de la guitariste -qui comme de bien entendu joue sur Gibson- même leur sexualité ne surprendra personne. Ya know whada mean. Sauf que voila, même en raclant dans les coins, en rameutant toute la famille mauvaise foi, y a pas d'autre constat à faire que celui ci : Elles sont bonnes !


Molly Sides à une voix d'une puissance dingue. Attention, je ne parle pas d'une brailleuse qui perce les tympans à coups de note suraiguës dispensées à tout va, non. Je parle d'une chanteuse. Avec du coffre, de l'amplitude d'en bas à tout là haut, de la justesse, une vraie chanteuse, à l'ancienne serais-je tenté de préciser. C'est bien simple, elle m'a évoqué Grace Slick à tel point que je n'ai pas été surpris le moins du monde en découvrant sur youtube leur reprise de Somebody to love captée live sur l'excellentissime radio KEXP. Molly Sides retenez bien ce nom, c'est une star. La dame est multi-talentueuse, danseuse, actrice, performeuse et surtout une incroyable chanteuse. Je me demande si elle fait la cuisine.

A sa gauche, Whitney Petty, la guitariste. Là aussi le talent est de mise. Elle ne s'est clairement pas contentée de potasser la sainte trinité du Heavy (Hendrix, Page, Van Halen), elle va chercher des gammes au delà du cénacle. Il y a du Brian Robertson en elle, dans cette façon de filer le coup de wah wah funky là où Angus Young aurait collé dix fois supplémentaires la sempiternelle même note. Si quelqu'un se souvient du boulot qu'abattait Marc Ford aux grandes heures des Black Crowes, c'est de ce calibre. Le placement des guitares dans l'album est un redoutable délice. Genre l'attaque de l'étoile noire par les vaisseaux de la rébellion. Il en arrive de partout, au casque l'effet est saisissant. Faut dire que l'album est impeccablement produit par Sylvia Massi qui, pour situer, a fait ses classes d'ingénieur du son sur le Diamond and Pearl de Prince. En cent comme en mille, Thunderpussy ne se goure ni dans le casting, ni dans le scénario. A ça, vous ajoutez une batteuse venue du Jazz qui, entre deux fracassages en règle de l'ensemble de son kit, se permet des motifs sur le cercle aux antipodes de l'école John Bonham, et une bassiste qui tient la baraque avec ce qu'il faut de consistance et de séduction lascive pour que l'édifice ne flanche pas lorsque la six cordes part en spirale


Tout ça c'est bien beau, mais ça n'a jamais empêché un disque d'être chiant comme la mort. Des virtuoses produit par des cadors de la console, c'est pas ce qui manque dans les bacs de soldes. Parce que rien ne dispense de composer de bonnes chansons. Velvet noose. Me regardez pas comme ça, courez dénicher la chose sur Youtube, Spotify, Amazon ou lorgnez en bas de cette page. C'est un hit, un tube, une addiction, un vice que les radios devraient propager entre chaque quart d'heure de publicités. Je ne vais pas vous le survendre, l'album est roublard, sexy, punchy et déroutant, un salvateur bol de fraicheur au milieu des dépressifs chroniques et des trépanés de l'adolescence perpétuelle. Surtout, il s'adresse à nous comme si soudain on se remettait à nous parler en adulte.
Speed queen et Thunderpussy sont des petits bolides hystériques taillés pour la scène, ils sont aussi les seuls titres à se contenter de n'être que ça. All in mise sur une sensualité Heavy Blues, l'intro de Torpedo love paye son tribut à Rain song sans s’empêtrer dans les similitudes qui rendent pathétiques Greta Van Fleet comme Kingdome Come avant eux. Thunderpussy déborde de personnalité et Molly Sides est un imbattable joker, tant pis si je me répète mais cette chanteuse fait la différence. Elle trouve systématiquement une direction nouvelle vers laquelle embarquer les riffs de Whitney Petty, tout connement parce qu'elle en a les capacités vocales. Gentle frame en est un exemple parmi douze autres, avec Velvet noose, Badlands, Pick it up et Fever  il forme l'ossature de l'album, ainsi que la définition du style Thunderpussy, des chansons mouvantes et parfaitement cohérentes.
Moins immédiats sont les entêtants Utero tango, The cloud et Young and pure, on nage là le long des rivages chimériques jadis approchés par Jane's Addiction. Les mélodies se délayent jusqu'à la baie de San Francisco, les arrangements se font plus subtils, les guitares plus acides, thérémine et mellotron font office de tapis volants. Les Thunderpussy ne commettent pas l'erreur de confondre énergie et agressivité. Elles bâtissent en partant des fondations sans rien sacrifier des ornements de façade nécessaires pour aiguiser la jalousie des voisins.


Thunderpussy est un premier album d'une incroyable impertinence, celui d'un groupe à maturité, forgé aux années de scène, sûr de son fait. Comptez pas sur elles pour mendiez votre indulgence. Les influences sont transcendées, depuis longtemps assimilés, que Thunderpussy soit un groupe féminin est un détail, aucun gimmick ne se planque là dessous, pas l'ombre d'un Kim Fowley dans cette affaire. Ces quatre nanas là ne sont en quête d'aucun Pygmalion, elles ont les compétences intrinsèques pour que leur musique multiplie les saveurs sans ajout de colorant artificiel. Leur album partage l'essentielle qualité des grands disques de Hard Rock, celle de ne rien laisser dans l'état où on l'a trouvé.


Hugo Spanky






vendredi 1 mars 2019

UfO, RoDéO DaNS L'eSPaCe



Tout le monde s'en fout, tout le monde s'en foutait déjà à l'époque où il aurait été important de s'y intéresser, pourtant UFO est un groupe essentiel. Une de ces formations cantonnées à la série B, toujours à deux doigts de décrocher la timbale, d'obtenir LE hit qui fait succomber les States, mais qui, comme Thin Lizzy, ne se hissera jamais au sommet. Faute de discipline, de sobriété et de démagogie. Hé, attendez un instant, ça ne serait pas l'essence même du Rock'n'Roll ?
Voyons les choses autrement, les gars d'UFO étaient tapageurs, casque à boulons patentés, ils se torchaient tellement la tronche qu'ils déblatéraient n'importe quoi aux journaleux avant de les virer manu-militari des coulisses de leurs shows. Les UFO n'avaient pas d'amis. Ou plutôt si, ils étaient potes avec ceux qu'il valait mieux éviter, Johnny Thunders, Motörhead, Thin Lizzy, Pink Fairies. La bande à born to lose. UFO ne pouvait pas réussir le crossover qui fait les milliardaires, ils étaient trop vivants pour ça, pas assez cadenassés, je ne suis même pas certain qu'ils aient eu un manager digne de ce nom. 

A la mutation des 60's, ils pilotent à l'aveugle dans le même espace lysergique que Hawkwind et une poignée d'autres fréquemment localisés outre-Rhin. Sur disque comme sur scène UFO fait côtoyer Eddie Cochran et Space Rock, le cocktail est audacieux. Trop bourrins pour le Progressif, trop planants pour les heavy metalleux, le groupe manque cruellement d'une diva, d'un guitar hero qui simplifie la donne en tirant la couverture à lui. Un Jimmy Page, un Ritchie Blackmore, un mégalo qui tape sa frime sur son manche autant qu'il se pavane sur le devant de la scène. Faute de quoi, UFO n'attire que des soulards en quête de défouloir, des acidfreaks rétamés qui se foutent sur la gueule en faisant marrer les deux leaders du groupe, Pete Way et Phil Mogg, respectivement bassiste et chanteur. Parfaitement représentatifs de leur public le premier est un alcoolique chevronné tandis que le second s'illustre aux championnats de boxe de Londres. La perle rare, ils vont la décrocher en Allemagne, seul pays à leur faire un triomphe avec le Japon, dans l'entourage de leur pote Conny Plank, le producteur visionnaire qui met au monde les premiers albums de Kraftwerk, NEU!, Cluster, et grosso merdo tout ce que le Krautrock compte de valable (et le premier album des Rita Mitsouko, c'est lui aussi).



Conny Plank vient alors de tenter de dégrossir Scorpions, un groupe encore plus embourbé dans les inconciliables que ne l'est UFO. L'album de la collaboration avec les vénéneux, Lonesome Crow, ne convainc pas le public et Michael Schenker, de nature impatiente, plaque son grand frère Rudolf et grimpe dans l'ovni en direction de Londres. Et la lumière fut. Michael Schenker est un original, un talent unique, son jeu mélodique deviendra la définition du succès pour des dizaines de groupes de Hard Rock qui se forment dans le sillage de ses premières apparitions sur les scènes anglaises. La fameuse New Wave Of British Heavy Metal lui doit tout ou presque. Son propre frère recrutera un clone docile, Matthias Jabs, et rackettera dès lors les charts mondiaux en déclinant une version aux griffes manucurées d'UFO.

Avec Michael Schenker, beau, blond, timide, le groupe attire enfin les filles à ses concerts, le gosse est la parfaite incarnation de ce dont le Rock européen est privé en ces instants d'exil des rockstars vers les cieux bleus de Californie. Glitter cool, pattes d'eph, khôl aux yeux, Flying V entre les cuisses, torse glabre qu'il affiche nu sur scène, Michael Schenker ringardise les gilets afghans de Robert Plant et Roger Daltrey, qui soudain paraissent avoir cent ans.
Mieux encore, le guitariste canalise les excès musicaux et rend tranchant d'efficacité des boogies comme Doctor doctor ou Rock bottom. A partir de Phenomenon en 1974, jusqu'à Obsession en 1978, chaque album du groupe sera meilleur que le précédent, plus subtil, plus varié, mieux produit et chacun contenant son lot de classiques du Hard Rock (Love lost love, Too hot to handle, Only you can rock me), de reprises bien senties (Alone again or) et de ballades qui brisent les cœurs de cuir (Try me). 

Leur diva de guitariste, les gars d'UFO n'en auront pour ainsi dire rien eu à foutre, pour eux le gamin n'est qu'un casse couilles qui  leur pique les plus belles nanas, en plus d'avoir des exigences. Phil Mogg, en bon hooligan qu'il est, ne va pas s'en laisser compter et tabasse à tour de bras son précieux sésame pour la gloire. Peter Frampton ne l'en remerciera jamais assez. Les gnons volent dans les loges, sous les railleries alcoolisés du reste de la troupe. Les tournées se multiplient, interminables tunnels durant lesquels les formations sillonnent l'Amérique dans l'espoir de détrôner Led Zeppelin. La concurrence est féroce, aucun faux pas n'est toléré.


UFO rate le côche lorsque Lights Out déboule dans le Top 30 du Billboard durant l'année 77. Le groupe a le vent en poupe, de la poudre plein le nez et les nerfs à fleur de peau. Un énième uppercut décide Michael Schenker à claquer la porte en pleine tournée américaine, malaise. Paul Chapman le remplace au pied levé, rien n'y fait, les filles hurlent le prénom de l'éphèbe teuton. Michael Schenker est réintégré, Phil Mogg fait des promesses, le reste du groupe ricane. L'affaire vire au chaos lorsqu'en plein concert, au moment de jouer ses solos, le guitariste tend sa Flying V au chanteur, avant de tourner les talons et d'abandonner le groupe face à une salle surexcitée. Aux annulations succèdent les émeutes, la routine est dévastatrice. Ils ne le savent pas encore, mais ils viennent de cramer leur meilleure occasion.



L'année suivante c'est la douche froide, Obsession, enregistré en grande pompe à Los Angeles peine à se vendre. La distribution de gifles reprend de plus belle et lorsque parait Strangers In The Night leur double live capté à Chicago, Michael Schenker a rejoint Scorpions. Paul Chapman le remplace définitivement. UFO continuera à sortir de bons disques, Pete Way et Phil Mogg sont des compositeurs trop doués pour qu'il en aille autrement, mais aucun ne connaitra le succès en dehors de l'Angleterre. A l'orée des années 80, alors que le Hard Rock, sous la forme qu'ils ont définie, fait un carton, remplit les salles et garnit les playlists de MTV, UFO tape le bœuf au Marquee avec Johnny Thunders, Phil Lynott et Hanoï Rocks.  
Déjà alcoolique Pete Way s'esquinte dans la dope, contrairement à son vieux pote de Thin Lizzy, il n'y laisse pas sa peau, seulement sa carrière. Aujourd'hui encore, il survit entre cirrhose, ablation, coma et AVC. Phil Mogg, devenu sosie de Vladimir Poutine, vient d'annoncer sa retraite à 70 balais, après 50 ans de folies au service de la bonne musique. Il semble encore suffisamment en forme pour plomber n'importe quelle mâchoire. 


Michael Schenker a depuis son départ du groupe à peu près tout connu, win et lose. Star au Japon avec son MSG, il perce brièvement aux States au temps des décollements de racines du hard rock Sunset strip. Camé, pochtron, colérique et mégalo, il lui manquera quelques crochets de Phil Mogg pour garder la tête froide et se maintenir au sommet. Malgré tout son talent, il vit dorénavant de formations éphémères, de super groupe tape à l’œil, association de noms aperçus au dos des pochettes de disques les plus légendaires, aujourd'hui amalgamés pour remplir les clubs européens, les festivals nostalgiques.

Phenomenon, Force It, No Heavy Petting, Lights Out, Obsession, Strangers In The Night, ils ne sont pas si nombreux que ça, les groupes à pouvoir se vanter d'autant d'albums indispensables pour qui veut comprendre les 70's anglaises. Les mecs d'UFO marchaient à l'ombre des mouvements, se contrefoutaient de l'air du temps, des coupes de cheveux à la mode, des sapes de Kings Road, chacun d'eux avait trop de personnalité pour enfiler des panoplies. 'Cause it's the natural thing you feel at the start, Natural blood starts to flow... Putain, ce que c'était bon.

Hugo Spanky


vendredi 15 février 2019

DiVaGaTioNS eT aPaRTés ✯



J'ai regardé les Grammy Awards, pas vous ? Show à l'américaine, décors qui épatent, énergie, mise en place, talents, autant de termes qu'on peut remballer si on évoque les victoires de la musique. Que je n'ai pas regardé. Je suis émotionnellement américain, Alicia Keys me cause plus que Daphné Burki. Pour résumer l'état des lieux, je dirais que globalement le rock est rayé de la carte. Il était temps. Les Red Hot Chili Peppers ont quand même pris la peine de se ridiculiser une fois de plus, pathétique. 

Par contre le Funk est partout. Janelle Monae scotcha tout le monde avec son Make me feel, fabuleux single s'il en est, ultime production de Prince, qu'elle mit en scène avec un sidérant aplomb. Le style de prestation qui fait que les américains domineront les débats longtemps encore après qu'on ne soit plus là pour vérifier. Cette nana est une classe au dessus de la mêlée, ses trois albums sont conçus pour durer. Les savoureuses orchestrations chantilly de The ArchAndroid et The Electric Lady ont laissé place à un dépouillement de façade sur Dirty Computer sans rien délaisser dans le domaine de la créativité. Avec Brian Wilson en featuring sur le premier titre pour situer l'angle d'ouverture d'esprit. Le disque est imparablement bien ficelé, les morceaux mouvent l'un vers l'autre, forment un ensemble cohérent. Textes et musiques à l'unisson pour revendiquer la personnalité multi-facettes de la dame. C'est pas revival get on the groove, sock it to me, le Funk propose encore des albums qui ne se laissent pas saisir dès la première approche, le genre utilise son passé pour monter dessus et s'élever vers autre chose. On avance, on n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens, alors on avance. Le principe est bon.


Ce qui ne veut pas dire que la Black Music à mauvaise mémoire, les Grammy ont célébré les 75 ans de Diana Ross, elle fait plaisir à voir, Jennifer Lopez a profité de l'occasion, et de la présence de Berry Gordy et Smokey Robinson, pour enflammer un tonitruant medley Motown. Tout est là, cherchez pas pourquoi les Beatles, Who, Stones piochaient dans ce répertoire, c'est l'école de la liesse, il suffit que l'intro de Dancing in the street retentisse pour que je me mette à chanter à tue-tête comme si je descendais Harlem en conquérant. En sachant que j'étais sous la couette, c'est dire comme ça stimule l'imagination. Et puis Jennifer Lopez, c'est pas Beyonce. Jenny from the block joue pas les divinités, elle y va à fond la mama, elle sait secouer le moneymaker. Camila Cabello avait donné le ton latino dès le début du show avec une version de son Havana relooké à la West Side Story. Je fais un aparté pour souligner la qualité de la mise en scène de ces soirées, ça me scotche à tous les coups. Les décors, les éclairages, les seconds rôles, le timing, terrible. Ça joue, ça bouillonne, y a même des solos de guitare ! Comme à la mi-temps du Super Bowl, vous avez vu ce qu'ils arrivent à caser en quelques minutes seulement ? Putain, c'est le temps qu'il faut à Nikos Aliagas pour venir s'excuser que la bande-son soit partie avant le playback vocal ! La môme Cabello, elle démarre la chanson dans sa chambre, elle la finit dans le barrio avec Ricky Martin et trente danseurs qui virevoltent. Le tout en live et sans un accro. J'en profite pour un second aparté, cette fois à propos de Ricky Martin, je vous vois ricaner. Ce mec est un acteur né, si il y en a un qui tire son épingle du jeu dans la série planplan American Crime Story consacrée à Versace, c'est bien lui. Celui qui joue Gianni Versace et Penelope Cruz en Donatella sont impeccables également mais c'est moins inattendu, pour le reste vous pouvez tirer le rideau. C'est dommage, en axant le propos sur ceux là plutôt que sur l'assassin dont on se contrefout, il y avait le potentiel pour faire quelque chose de bien meilleur.


Les Grammy, donc, j'y reviens, nous ont dans la foulée donné l'occasion de voir Dolly Parton. Vaut mieux se contenter de l'écouter, oublier le visuel et se concentrer sur cette voix que le sablier ne semble pas concerner. Faudra m'expliquer un jour en quoi c'est esthétique de ressembler à un meuble ikéa. Par chance Miley Cyrus était là pour tranquilliser les pupilles. Elle est nickel, Miley, jusque dans la série de Woody Allen Crisis in Six Scenes. On y retrouve en partie le ton, sinon la verve, du Woody Allen des premières heures. J'en fais une cure en ce moment, avec Milady on s'est concocté un programme maison à base d'humour juif new yorkais pour se remonter le moral après que la génialissime seconde saison de I'm Dying Up Here nous l'ait mis dans les chaussettes en se terminant de la plus cruelle des façons.




Pour couronner le tout, I'm Dying Up Here n'ira pas plus loin, c'est tombé net comme un couperet. Finito bambino. Faites pas l'erreur de rater la série pour autant. C'est un brise cœur, certes. Un condensé du crash de John Belushi et de la mine de cocker triste de Bill Murray, un pur moment de comédie surtout. Après l'alliage de Mick Jagger et Martin Scorsese pour Vinyl, c'est au tour d'une production Jim Carey de mordre la poussière. Et je ne crois pas que Crisis in Six Scenes ait été un si grand succès pour que l'on puisse en imaginer une suite. Un si grand succès, tout le soucis est là. Il faut que ça cartonne au delà du réel, on vit un monde avide de records, de sensationnel, d'espace publicitaire à un milliard de dollars la seconde. La surenchère jusqu'à la nausée. C'est en ça que les Grammy m'ont fait passer un bon moment, c'est de l'humain en prise direct, avec des B.Boys et des B.Girls qui font des enfants et même des sourires, avec Diana Ross qu'à besoin d'un coup de main pour descendre les marches sans se prendre les pieds dans sa traine de Pompadour, Kacey Musgraves belle comme un coquelicot dans sa robe rouge, Lady Gaga qui ne peut pas se retenir d'en faire des caisses, et qui finira parfaite pour incarner Dolly Parton dans un futur biopic si elle continue à fréquenter bistouris et compresses. Un moyen comme un autre de prendre le pouls de la nation étoilée sans avoir à passer par les filtres et de grappiller quelques mots clés pour nourrir les recherches.

Hugo Spanky



jeudi 24 janvier 2019

TyPeX's aNDy WaRHoL


Quoi de mieux que la bande dessinée pour retracer le parcours d'Andy Warhol ? Aucune autre forme d'art ne permet de fusionner fantasmagorie et rigueur historique avec le même entrain. Le cinéma se confronte aux limites de l'interprétation conjuguées à l'exigence de ressemblance physique. Bowie s'y est collé avec un ridicule guindé pour le film sur Basquiat, décourageant par là même tout autre soupirant à la perruque peroxydée de l'insondable Andy. 
Et c'est très bien ainsi.

Rester fidèle à l’illusoire, aborder les différents angles d'une vie dans sa globalité, exige un talent de contorsionniste qui s'additionne mal au cahier des charges des producteurs de blockbusters, et la littérature ne serait que pis-aller. Seule la bande dessinée peut déverser le flot visuel nécessaire pour irriguer nos esprits ankylosés, les soumettre à l'effort d'interprétation indispensable à une bonne compréhension du sujet tout en ne sombrant pas dans un académisme hors sujet.  
Andy Warhol a travesti les codes révolus du temps de son enfance sous des apparats de modernité afin de leur assurer l'éternité. Les images qu'il imprimait dans nos rétines étaient aussi vivantes que le renard autour du cou d'une actrice aux rides outrageusement fardées, l'important était ailleurs. Toute sa vie, Warhol a artificiellement régénéré l'illusion enfantine de la beauté entrevue là où n'existait que désolation. 




Le travail de Typex, impeccablement emballé comme un paquet de lessive, est fruit d'une sidérante minutie. Chaque épisode de la vie de Warhol dicte les contours du dessin, sa dynamique, sa clarté, ou leurs contraires. En renonçant à la prétention du style le dessinateur évolue dans les contraintes et parvient à conserver une unité à l'ensemble en le personnalisant à travers les techniques traditionnelles de la bédé. Il y a du grain, de la vie, de l'irrégularité, l'humain qui tient le crayon n'est pas lissé par logiciel. Les chapitres sont illustrés selon des critères graphiques qui leurs sont contemporains, traits gras, noirs, blancs et gris ou exaltation gros nez des couleurs, Typex ne s’effraie d'aucun défi. Il semble après coup évident qu'il fallait un dessinateur européen pour rendre justice avec un impeccable dosage au créateur le plus polonais d'Amérique. Ce ne fut pas tant parce qu'il usa d’icônes populaires qu'Andy Warhol parvint à interpeller jusqu'aux psychés les plus réfractaires à l'art, mais plutôt parce qu'il coulait de la même source qu'elles.  




Andy Warhol était un poster aguicheur punaisé sur une porte close, si attractif, racoleur et outrancier que la volonté d'y résister s'évaporait avant même de se manifester. Ce que chacun de nous découvrait en franchissant le seuil ne le concernait plus, sa fonction se limitait à nous donner envie d'ouvrir la porte. D'accéder à l'art et ses nécroses en étant débarrassé des complexes paralysants. Si les rues de New York furent aussi vivaces en créativité dans les décennies qui suivirent son apparition, c'est évidemment à cette démarche initiatique qu'on le doit.
Andy Warhol a déverrouillé les galeries d'art en les remplaçant par des hangars aux murs aluminium, il a dézingué l'immobilisme de l'élite en lui abandonnant ronds de jambe et petits fours. Son faire-part signifiait que le temps était aux luminosités de néon, au mélange des fluides et des excréments. Et que pour en être, il allait falloir faire un tour dans la partie sauvage, celle où les corps agglutinés par la sueur prennent le pas sur les conventions, quitte à en ressortir criblé de balles ou le sang contaminé.



Andy Warhol, c'est l'individu qui décrète son existence sans lever le doigt pour en acquérir l'autorisation et se complait dans sa marginalité de strass décati. En s'entourant de ses fantasmes, il fait de la Factory une satire populaire de la décadence oisive des salons de la noblesse. Androgynie, sexualité, films, toiles, projection de soi, vide intersidéral, questionnement et remise en cause, micro sous le nez, réfléchi avant de parler, Warhol propose plus qu'il ne crée. Vampire ou géniteur, il pille, valide, consume. Dans son univers, où l'on meurt pour amuser la galerie, la présence définie le statut, l'incarnation supplante le naturel. Tout cela Typex, irrévérencieux et respectueux, le transcende de mille et unes façons dans un bloc de papier colorié de 500 pages aux tranches argentées, disponible un peu partout, grande distribution et petits détaillants, pour la modique somme de 35 euros. Il ne pouvait en être autrement sans trahir le sujet. Les astres sont alignés, pour cette fois la perfection est de mise.


Hugo Spanky


samedi 19 janvier 2019

La MéTHoDe KoMiNsKY


Une série sur la vieillesse, la prostate, le deuil, les impôts, ça vous tente ? Chouette façon de commencer l'année, non ? Pas pire que sur un lit d’hôpital, on reste tout confort, canapé devant télé, et c'est interprété grand luxe par Michael Douglas. Et Alan Arkin, dont on ne sait rien, ce qui ne l'empêche pas d'être bon.

La Méthode Kominsky multiplie les avantages, elle ne dure qu'une saison, ne compte que huit épisodes et chacun d'eux ne dure guère plus de 25 minutes. De nos jours où l'on est sans cesse pressé d'en finir, ça frôle la perfection. Pour les protagonistes, c'est à peine moins de temps qu'il ne leur faut pour pisser trois gouttes. 


La Méthode Kominsky est une série à voir. Va falloir vous en convaincre comme des grands, parce que j'ai pas lourd à ajouter, pas le moindre brin d'argumentaire à refourguer manière de convaincre, de donner envie, j'ai rien en stock. Même en creusant pour meubler à coups de name dropping, j'ai nib. Le gars qui a eu l'idée de cette chose n'est rien pour nous, niveau ambiance je peux vaguement dire qu'on pense à Woody Allen, puis à Woody Allen, puis à plus personne, parce que Woody Allen serait tellement plus bavard et qu'en plus ça ne se passe pas à New York, mais à Los Angeles. Ok, ça reste très juif quand même.


Donc La Méthode Kominsky, saison 1, 8 épisodes. Je reprends. Kominsky se prénomme Sandy, c'est un homme, hétéro, bien que Dany DeVito lui mette un doigt dans le cul relativement vite. Sandy Kominsky, Michael Douglas, vieux, professeur de comédie, acteur raté, un brin dragueur, amateur de Jack Daniels, père d'une fille qui dérange tellement on est habitué aux bombasses. Qui dérange. Peut être une piste pour mon accroche. La Méthode Kominsky, une série qui dérange. Bof. En fait, elle autorise les distributions de baffes. Par petites touches, sans rien bousculer, on se sent plus à l'aise avec nos travers. Le collègue de Kominsky peut plus blairer sa junk de fille, veut s'en débarrasser, regrette de pas avoir fait une vasectomie. Ça vous fait marrer comme idée ? 


La Méthode Kominsky, clap troisième, fait réfléchir à qui on a comme ami. Je ne mets pas de s exprès, on n'a jamais qu'un seul ami dans la vie. Celui dont on supportera la présence, après avoir mis sa douce en bière. Ça peut paraître gris dit comme ça, limite noir gothique, en fait pas du tout. C'est une histoire de vieux. Donc c'est cool. C'est dans l'ordre des choses, ils sont vioques, ils chopent des saloperies, ils calanchent, ils invitent un travelo à l'enterrement de leur femme, vu que Barbra Streisand n'a pas pu venir, et le gars fait très bien le boulot. Il a du mérite, succéder à Patti LaBelle qui vient d'interpréter Lady Marmalade c'est pas donné au premier venu. 
Vous pensez vraiment que c'est bon le Dr Pepper dans le Jack Daniels ? Ça me taraude, va falloir que j'essaye.

Hugo Spanky

jeudi 3 janvier 2019

En aVaL !✯BaSHuNG✄The GoOD The BaD & The QUeeN


Comme si ça ne suffisait pas avec le bordel sur les rond-points, voici que l'insurrection prend ses aises sur ce blog. Après Harry Max courroucé par mes propos sur le radotage sénile de Paul McCartney, c'est maintenant à 7red de trouver à redire sur l'accueil modéré que j'ai réservé à l'arnaque Bashung et à la bérézina The Good The Bad & The Queen. L'année commence bien, je ne peux même plus dézinguer peinard. Il n'y a plus moyen de détester en paix. 
Tout ça ne m'empêchera pas de souhaiter que 2019 soit douce et heureuse, porteuse de bons sons bruts pour les truands et de friandises à se délecter. Et surtout, restons libres.
★ ✩ ✮ ✯ ✰ ☆ 

En aval de ta chronique sur le Bashung et le Good, Bad etc… et surtout après une réelle écoute, tranquille, en prenant du temps, quelques mots me viennent. Ça chie comme tournure hein ??

Tout d’abord ce En Amont, d’un Bashung qui n’est plus là pour dire si oui ou non ce disque avait une utilité. Perso, sa voix et ses mots me manquent et c’est vrai que j’aurais aussi bien pu me régaler d’un livre mais je suis content du disque, content de l’entendre, le Alain, et c’est tant pis si malheureus’ment ça justifie de sortir ce type de galette, post mortem, non finalisée et tout et tout. C’est quand même pas un type qui s’est élevé l’ouïe aux démos des Cadavres et aut’ 13ème Section, sans parler des trop fameuses Vanilla Tapes de moraliser sur le côté démo de ce En Amont.
Morceaux jetés ou mis de côté, idées placées là en attendant d’en faire, ou pas, quelque chose, c’est bizar’ment avec un putain de plaisir que de jouer l’album, peut’êt’ pas voulu, d’un Bashung déjà loin mais qui même en mode démo reste pour moi plus affriolant que tous les « Vianiais » et aut’ « Mettre Gims » de l’univers.
Triste pensée que ces chers disparus qui nous délivraient quelques bribes de leur univers au-devant de ces peignes zizi qui cherchent par tous les moyens à remplir, et pourrir, le nôtre !!


Pour ce Merrie Land de The Good The Bad & The Queen, je me souviens parfait’ment nous entendre encore dire que ce serait leur premier et dernier Bon disque, comme pour la Founky Familly et tant d’aut’, faut admett’ qu’on avait, en plus de la vista, la gâchette particulièr’ment sensib’ !!
Ou ils nous sortaient un album et une tournée tous les deux ans ou ce premier album devait êt’ aussi le dernier. L’effet de surprise s’en est allé il y a comme un bon moment de ça, alors pourquoi ce disque ?


On est loin d’un quelconque univers du Rock, c’est vraiment une espèce de pièce de cabaret, tout comme le Liberty of Norton Folgate de Madness et vu sous cet angle, ce disque devient, comme le premier, quelque chose de plutôt pas mal intéressant. Pour la tite histoire, je peux passer des heures à regarder et écouter en boucle le Liberty of Norton Folgate et dois admet’ que toutes les séquences partagées sur face de bouc du show de la bande au sieur Albarn me plaisent. Petites salles, scènes transformées en décor théâtreux 1900, proximité avec le public, de loin la chose la plus importante, reste malheureus’ment la barrière de la langue et que, peut’êt’, toute cette pièce reste très anglo-anglaise, leur histoire, leur brexit, leur bizness. T’êt’ même un problème de climat, mais ça c’est l’point météo !!

7red