vendredi 15 octobre 2010

JiM MORRisON WHeN You'Re STRaNGE



Parfois le cinéma ressemble à ce que notre époque peut offrir de pire. Savoir que des millions de dollars vont être engloutis pour un énième film de Scorsese sur la mafia, avec De Niro dans le premier rôle ou, plus effroyable encore, que Leo Di Caprio devrait incarner Frank Sinatra dans un biopic signé par le même gonze, voilà de quoi bailler en attendant que ça leur passe.

Parfois le cinéma ressemble à ce que notre époque peut offrir de plus excitant. Le nouveau Tom DiCillo devrait illustrer parfaitement ce cas de figure. Le New Yorkais est un cinéaste peu prolixe, mais chacune de ses offrandes méritent notre intéret. A l'instar de Johnny Suede et Box of Moonlight, ses films  embarquent et retournent l'esprit longtemps encore après leur visionnage. 
Entre réalisme et poésie, DiCillo sait toujours doser avec talent, et nous permet, via ses œuvres, de découvrir une part de l'âme humaine qui n'est sans doute pas la plus facile à filmer. 
Pour cette raison, j'espère que son When You're Strange, annoncé pour Juin, trouvera asile dans une salle de quartier. DiCillo qui cause de Jim Morrison, ça m'interpelle, ça excite ma curiosité.


Des Doors, j'aime les Blues. C'est dans ce registre que Morrison touche à l'excellence. Peu enclin au Rock'n'Roll, même s'il cita Gene Vincent et Elvis Presley parmi ses influences, le chanteur est surtout raide dingue des crooners, du Jazz et plus encore du Blues du Delta ou de Chicago.
L.A Woman, Absolutely Live et le premier album, que j'ampute systématiquement de Light my fire, peuvent suffire à mon bonheur, même si, tordu comme je suis, celui que j'écoute le plus souvent reste ce Strange Days aux éternels parfums de nuits adolescentes. Allez comprendre. Les souvenirs c'est pas rationnel comme concept. Et puis c'est sur celui là qu'on trouve ce I can't see your face in my mind entre Blues et Mambo.




Musicalement les Doors ont globalement raté une bonne partie de leur discographie. La faute à un Morrison qui après deux premiers albums splendides, concis et efficaces, autant dire une exception dans le paysage Rock californien de l'époque, se désintéresse complétement de son groupe, préfère s'exploser les neurones aux psychotropes et à l'alcool plutôt que de se donner la peine de torcher des mélodies. Manque de bol, ni Krieger, ni Manzarek n'ont le moindre talent dans ce registre, et Waiting for the Sun, comme The Soft Parade, ne sont empreint que de prétentions. Allez, je sauverai du naufrage ce Five to one sauvage au texte en forme d'appel à la violence, comme par hasard l'une des rares compositions signées du chanteur, et The Soft parade aussi, pour son groove et son arrogance. Il faudra attendre Morrison Hotel et surtout L.A Woman, teinté de Funk et nourrit au Blues, pour que le bonhomme s'investisse et que les Doors enregistrent à nouveau de quoi marquer les esprits. The Changeling, façon Booker T & the MG's, Been down so long, The WASP, le Crawling king snake de John Lee Hooker, et finalement la totalité du disque l'impose comme un incontournable. Aidé par le guitariste Marc Benno et le bassiste d'Elvis, Jerry Scheff, le groupe se forge un son noir et compact qui fout au rencard toutes les branlettes pseudo-classiques auxquelles aspire un Krieger farouchement casse couilles. 


Ouais, pour apprécier les Doors, faut savoir trier. Mais qu'importe, Morrison sait poser sa voix et en arracher quelque chose qui s'apparente à une putain d'émotion forte et c'est bien tout ce qu'on demande à un chanteur. Du moins ça aurait été bien qu'on ne lui demande que ça. Mais le peuple a faim de légende et, coquins comme ils sont, les marchands du temple vont lui en donner. Jusqu'au ridicule. Roi lézard par ci, Dionysos par là, Jim Morrison, au delà de sa vie, sera encensé et mythifié à tel point qu'on se farcira pendant plusieurs décennies toute une brochette de bellâtres poético-pompeux s'imaginant être sa réincarnation !



Stop the bullshit ! Morrison, je le vois plutôt comme un croisement entre Bukowski et le Duke du Big Lebowski. Une vie entière consacrée à foutre les pieds dans le plat ! A faire chier les cons !  A se torcher la gueule dans les rades.
On a tout lu sur lui, premier Punk pour les uns, idole baba pour les plus illuminés. Dans les faits, le gars, avec son goût pour le glauque, a servi de prototype à Alice Cooper et Iggy Pop, lequel n'oublie jamais de sortir sa bite sur scène en hommage à celui à qui ce geste vaudra de finir son existence sous la menace d'une condamnation à de la prison ferme. On ne rigolait pas avec l'outrage à ce moment là. Surtout quand Nixon pouvait au passage se débarraser d'une grande gueule. Pour cela, je dirais des hippies des 60's que le plus insignifiant d'entre eux était plus subversif que le plus revendicatif des prétendants actuels au titre. Pas besoin de mater Easy Rider en boucle pour piger que de se trimballer avec les douilles longues dans les 60's s'avérait un brin plus dangereux que de se prétendre punk en 2010.



Bref, Morrison on nous en a cassé les bonbons plus que de raison, et il existe même un film pour finir de le rabaisser au rang de brave couillon.
Pour toutes ces raisons, je croise les doigts pour que Tom DiCillo, avec When You're Strange, nous réhabilite le bonhomme façon humain. A voir la bande annonce avec son Morrison barbu et halluciné derrière son volant, j'ai bon espoir. S'il est allait rechercher les rushes de HiWay, le court métrage réalisé par le chanteur, ça ne devrait pas être pour rien.
Entendre, enfin, causer de manière juste et raisonnée du gars qui décrivit le Los Angeles d'alors comme Selby décrivait New York. Des rats crevés plein les rues, des créatures malsaines dévorant les âmes des plus faibles comme au banquet des damnés. Le Morrison obsédé par le désert, les cimetières indiens et les rites occultes. Celui des bars. L'acharné préférant déclarer morte sa famille toute entière plutôt que de se reconnaître des attaches, à l'exception de la beauté rousse qui l'accompagna jusqu'à la fin, Pamela Courson

                                    
Comme d'autres décriront un Londres sous la menace des eaux, Jim Morrison tire le portrait à un Los Angeles des ombres qui ne tardera plus à enfanter les crimes de Charles Manson. De texte gore sur un œil arraché jusqu'à des visions d'apocalypse imminent, il aura raconté le revers du rêve américain au sein même de la ville qui l'incarne au mieux.
On est bien loin de l'été de l'amour, soudain.


Hugo Spanky


MARSeiLLE SUR HEROïNE

                                                          TOO MUCH MONKEY BUSINESS

Héroïne. Une chanson de Lou Reed. Le contenu d'une petite cuillère. Le carburant préféré de Charlie Parker, Chet Baker, William Burroughs, Keith Richards, Topper Headon. La liste pourrait être longue. Sans cesse dans l'Histoire de notre culture, l'héroïne revient, comme une ponctuation. Souvent en forme de point final. 
Junkie Romance chantait Wayne Kramer en hommage à Johnny Thunders, son comparse de Gangwar. Cette même romance que trimballe Philippe Marcadé au fil d'Au delà de l'Avenue D, celle de Dee Dee dans Mort aux Ramones ou, justement, Johnny Thunders dans le In Cold Blood de Nina Antonia. Autant de bouquins fascinants peuplés de personnages devenus familiers. Je vais pas aligner les noms, vous les connaissez aussi bien que moi.


Figures emblématiques, anonymes en quête de légendaire, de Lucky Luciano à votre voisin de palier, l'héroïne a une longue histoire où se mêle autant de victimes, bourreaux, trafiquants, hommes de l'ombre, révolutionnaires en mal de finances, que dans le plus imaginatif des romans de gares. L'héroïne a fait enfler les ambitions des uns alors même qu'elle détruisait la moindre volonté des autres. Tout dépend de quel côté de l'aiguille on se trouve. Pusher ou junkie.


A cette galerie de personnages, on verrait mal s'ajouter le portrait du Général de Gaulle, de Pompidou ou Gaston Defferre. C'est pourtant ce que se charge de faire un tout petit bouquin court comme un single Punk, éclairer les zones d'ombres de la French Connection de 1945 à 1975 en à peine 70 pages.
Marseille sur Héroïne est un drôle de shaker, son auteur Alfred Mc Coy, universitaire américain, condense avec une précision de maniaque, trente années de tensions, de balles perdues et de rebondissements durant lesquelles, pègre corse, milieu sicilien, mafia américaine et politiciens marseillais auront huilés un mécanisme parfaitement rodés visant à inonder New-York d'héroïne N°4. Le tout avec le consentement du gouvernement français à la seule condition que le produit ne soit jamais vendu sur son sol. On croyait tout savoir depuis les films French Connection, on savait que dalle. Sinon la fin, le démantèlement des laboratoires marseillais.


Alfred Mc Coy sort les noms, situe les familles, en raconte de bien belles sur la création du syndicat F.O par la C.I.A. Une assemblée de gros bras embauchés pour casser les grèves magistrales organisées par une CGT toute puissante dans la France d'après guerre, reconnaissante envers la résistance communiste. Au passage l'auteur prend soin de préciser quelques spécificités françaises, goût du coup de poing et frilosité du pouvoir devant la menace d'une explosion sociale. Une bonne idée de la manière dont on peut être perçu de l'autre côté de l'Atlantique.


Au fil des décennies, ambiance guerre froide, ce sont les CRS, le SAC, le Parti Socialiste et encore et toujours la C.I.A qui, au nom de l'anticommunisme, dressent un front auquel tout les coups bas sont permis. Tandis que les idéologies s'affrontent, les gros malins tirent les marrons du feu et bâtissent un empire, s'adjoignent la ville de Marseille. Son port surtout. Intrigues, contrebandes, violence, intérêts croisés, corruptions, valises diplomatiques, promesse brisée, tout est mis en œuvre pour que la numéro 4 pénètre la veine sans encombre.

Marseille sur Héroïne s'envoie en gourmandise et vous laisse estomaqué. La plus florissante contribution de la France à l'Histoire du Rock'n'Roll n'est pas Johnny Hallyday.
L'honneur est sauf ? 

Hugo Spanky


DoNaVON FRANKeNREiTER




Fut un temps où le Rock'n'Roll avait tout compris. Les tempos étaient au taquet, les textes disaient be bop a lula a lambamboum , baïlaBaïlalabamba ou bababababara ann et ça fonctionnait nickel. On s'injectait ça et on repartait requinqué pour 15 jours. Pas de conneries de vouloir sauver la moitié de la planète tout en souffrant aux côtés de l'autre moitié. A aucun moment on se serait dit qu'on allait changer quoique ce soit à l'avenir du futur et encore moins qu'on pourrait avoir la moindre influence sur le présent. C'était chacun pour sa gueule et le rythme pour tous. C'était les jours heureux. Avant que le Rocker n'apprenne qu'il a une conscience et qu'il doit la garder propre. C'était avant Dylan, avant Joe Strummer.   


La conscience est un concept handicapant, le genre qui vous turlupine, qui vous file les envies les plus connes que votre esprit puisse créer. La conscience rend prétentieux, elle vous ferait avaler que vos actes ont des répercutions, donc de l'importance, et que du coup il faut cogiter avant d'agir. Ce qui inévitablement amène à ne plus agir du tout.


Et ça change quoi ? Être entre ses draps, lové dans l'odeur de l'adoucissant ou en train de chouiner devant sa stéréo à 100 plaques en écoutant les malheurs du monde, ça change quoi pour le gonze qui se fait trucider à l'autre bout de la planète ? Rien mais ça donne bonne conscience, c'est censé faire de vous un être meilleur. Meilleur que qui, que quoi ? On n'en sait trop rien mais c'est ainsi.
Autant le dire clairement, je me contrefous de ces conneries lorsque je pose un vinyl sur la platine. Je veux de l'évasion, je veux du qui attise ma curiosité, qui me rend plus complet, du qui me nourrit, qui me file le peps pour la journée. Bref, je place l'âme avant la conscience.
Promis, quand je me retrouverai les deux pieds dans la mouise, j'irai pas taper cent balles à un Roumain. Mais en attendant, je veux me fendre la poire, je refuse de me lever une fois de plus au milieu des tirs de sniper, des bus couvert de sang, des visages amputés de leur beauté par un ramassis de fanatiques qu'ont ferait bien de passer au napalm une bonne fois pour toutes. Je veux de l'insouciance, du groove, du tortillage de fesses et un wagon de bon produits à m'introduire dans le cornet.



L'été est idéal pour ça, même quand la fin de la récré a sonnée. On se bise, projette de se revoir l'année suivante et là où on s'engageait dans un laborieux échange de cartes postales, on se refile maintenant des clefs usb gavées de bonnes choses. C'est mieux, vive le progrès. C'est tellement mieux que c'est comme ça que je me suis retrouvé sous le charme du gars Donavon Frankenreiter (notez son nom, je vais pas le réécrire de sitôt)

Vous l'aurez remarqué, notre homme porte une moustache de gaulois, se sape chez emmaüs et donne l'impression que Joe Walsh est son seul modèle masculin. Sa voix est juste assez neutre, c'est un californien, pour ne ressembler à aucune autre et ses textes sont parfaits. Donavon ne cause que de lui, et d'elle. Elle qui est partie, lui qui l'a quitté, elle qui désespère à la maison en attendant son homme parti gratter les cordes à l'autre bout du pays. Donavon ne nous emmerde pas avec des ambitions démesurées, il n'est qu'amour. Comme moi.



Move By Yourself, c'est le titre de la chose et aussi celui du premier morceau, un truc disco qui porte bien haut l'envie de secouer du popotin, voire de tenter le grand écart facial mais bon, y a encore des choses que je ne sais pas faire. En gros, ça ressemble à ce que les Stones ont pu faire du beat disco, mais ça monte beaucoup plus haut que Miss you, notamment parce que la rythmique est bien meilleure, plus fluide, moins monolithique. Un single en béton armé. Que personne n'ait été foutu de le mettre en boucle sur nos ondes ne démontre que l'incompétence et la médiocrité du music-business à la française.
Je ne sais pas si ça vous aura donné
envie de vous jouer le morceau mais si ce n'est pas le cas, vous avez tort. C'est un petit miracle qu'un gars arrive à sonner comme ça sur un album qui date de 2007.
Le second titre (The way it is) est le moment faible du disque. Pas qu'il soit foncièrement plus
mauvais que les autres titres mais j'ai jamais trop accroché sur le son Philadelphie et c'est assurément la chanson qui s'en rapproche le plus. Trop de délicatesses dézingue la délicatesse. C'est pas bien grave, j'ai horreur des disques parfaits, je trouve ça louche et m'en désintéresse en règle générale assez rapidement. La perfection n'est pas une affaire humaine.



By your side vient en troisième et je dirais que l'album démarre là. Une belle ballade Soul portée par un riff de guitare tout riquiqui mais parfaitement en syncope et une interprétation vocale d'une rare lucidité. Bien conscient qu'il ne sera jamais Otis Redding, et encore moins Sam Cooke, Donavon œuvre dans la simplicité et le  dépouillement. A aucun moment du disque il ne force sa voix. A dire vrai, à aucun moment il ne force tout court. C'est tout juste si des chœurs féminins arrivent à le secouer un peu sur deux des titres les plus réussi du disque (Let it go et All around us), se tendant soudain, sa musique se teinte alors de gospel et fleure le terroir du sud profond, celui d'Al Green et des productions de Willie Mitchell. Attention, je dis pas que c'est du même tonneau, mais on sent bien que c'est par là que le gars creuse. 
                    
Arrivé sans risquer l'arrêt cardiaque jusqu'au 8ème morceau, Donavon a dû se sentir des envies. That's too bad nous ressort le gros groove calibré 70's, c'est une bonne chose, le groupe se fond à l'unisson et la guitare n'a plus qu'à venir lécher les giclées d'orgue Hammond. Girl like you est encore meilleure, le shuffle est irrésistible, sans en avoir l'air on va finir par en avoir des sueurs à se trémousser de la sorte. Perso, j'aurai viré l'harmonica mais si vous saviez tous les reproches que je suis capable de faire à une chanson que j'adore, ça vous affolerait pas plus que ça.



La galette se finit sur un chouette truc acoustique, tout léger (Beautiful day) et comme on est à l'heure du cd vous avez droit à deux bonus que je peux m'asseoir pour retrouver sur le vinyl. C'est plutôt dommage d'ailleurs, Spanish Harlem incident est franchement bonne, toujours dans le registre ballade sudiste qui domine le disque et Stay young est dans la veine enlevée de Girl like you, le tout habité d'un feeling bien chargé.

  
Donavon Frankenreiter ne changera pas la face du monde, il ne révolutionnera pas la Pop music et encore moins le monde de la mode mais sera sans doute responsable de quelques déclarations d'amour dont on finira par se mordre les doigts en maudissant l'exquis sentiment de bonheur que ses mélodies nous communiquent. Donc bien faire gaffe avec qui vous êtes avant de poser le diamant sur la wax.
                                                                    
                                                                                  
Hugo Spanky


La CycleTTe à QuiNQuin


Le temps vire à l’automne, les jours raccourcissent, des fois l’ennui s’ralonge, moment particulier, ça pue la rentrée et t’as beau payer ta putain d’redevance t’as toujours nib a ga’der à la télé, des gueules de cons politichiennes, des présentateurs VRP rince bouteilles, des téléfilms bidons quand en plus y sont pas ‘méricains, un nid d’nœud-nœuds, des chanteurs qu’ont rien qu'appris à chanter, des présentateurs qu’ont rien qu’appris à vendre, des philosophes qu’ont rien qu’appris à ph’losopher et des acteurs qu’ont rien qu’appris à acter, du vide, un receveur du Pôle Emploi a plus de génie que ces andouilles !



Où qu’est-ty ces gonzes capab’ de t’élever un peu, ces types qu’ont plus d’histoires dans le regard que t’en trouvera jamais dans une bib’iothèque, plus de vrais amis que tous les sourires et aut’ fausseries du monde pourrons jamais t’donner ?

Y’a des fois comme ça où s’que ces messieurs me manque, alors Réhab. C’est maint’nant plus un secret pour personne, le team Ranx Ze Vox a été élevé aux bons grains, dialogues d’Audiard et la B.O de la Scoumoune pour se mettre en jambe, galerie de portrait, à peine jaunis, de types dont nos Marcel de père, merci à eux, lorsqu’ils manquaient de mots n’avaient qu’à emprunter une mimique ou une tirade pour nous remettre dans le droit chemin.


On aime à les citer, à en cloquer une photo ici ou là, c’est pendant des heures qu’on pourrait délirer sur ces personnages, haut, en couleur même, tout droit sorti d’une pelloche noir & blanc, un peu comme oncle Joe, y sont là, au chaud dans la carte mémoire, près à bondir au tournant d’une phrase, en ponctuation d’un litige ou tout simplement parce que ça fait un putain d’bien de resservir une tite phrase sur laquelle, du coin d’l’œil, tout le monde se retrouve.



  
Parmi tout ces Messieurs, j’ai mon grand champion, 
mon horrib’, si un Lino d’une œillade pouvait t’faire fondre, le Blier de ses faux airs te faire marrer ou l’homme Gabin, du haut de son trône, t’intimer comme une idée du respect, tel un Paulie Galtiéri, dans toute les équipes l’en faut un qu’est du genre pas commun, l’Original Quinquin, mieux connu à l’état civil sous le nom d’André Pousse, la terreur, champion toutes catégories des affreux, mais aussi du savoir causer et du savoir vivre.


 Cinq vies qu’on lui a donné, seulement cinq vies, loin du compte d’après moua, mais quelles vies ?

Cycliste, et pas un de ces manches qui aiment à se montrer le dimanche avec un nain élyséen,
Impresario et Directeur Artistique mais pas d’un boui-boui de seconde zone où viendrai se refaire une jeunesse des gloires déchues de fun radio ou d’émissions M6zantes, Acteur et Restaurateur, j’espère un peu tous les jours que l’humanité se souviendra plus de lui pour tout ça plus que pour une pub du PMU, mais là encore, qui d’autre que lui aurait pu donner la réplique, sans passer pour un naze qu’on a habillé pour le rôle, qu’on a instruit pour qui l’argote correc’. Avec mon Quinquin on plonge dans s’qui m’plait le plus au monde, la démerde et les rencontres, rentrer dans le cinéma comme on commande un demi, il imprime la pellicule de ce personnage sans aucun scrupule, un mauvais, un de ce qui sourit que quand y s’brûle !


Putain c’que j’aime ça, j’viens de m’replonger dans j’balance pas, j’raconte, rien qu’du bonheur, si !

Le cyclisme vu comme ça j’adhère, c’est pas la traversée d’Paris, c’est mieux ! Plus d’cinquante piges d’histoire, le Paris populeux des années 30 où des familles entières venaient voir des gonzes faire des tours de piste à vélo, tu cause d’un aut’monde ! Spéciale dédicace au Roger «Quinquin » d’la gare d’Bois Colombes.

C’est qu’de voir comme ça mon affreux à vélo ça pourrait un peu niquer l’ambiance, lucky luciano grimé en Frères Jacques, ben pas du tout !


Si aujourd’hui écouter un sportif causer remplace très facilement un billet, trop onéreux, pour aller "applaudir" un "comique", y’a un temps où faut r’connaît’ qu’on a eu des gâchettes, André Pousse est d’cela, j’devrais écrire "était" mais autant j’me suis très bien remis d’la mort prématurée d’christian clavier autant là j’sèche. Le Pousse, si j’ose dire, c’est d’ces trucs qu’on garde avec soi. Chacun a ses tites effigies pour traverser l’existence, des rebels Ché Gevarresque, des Rockers tout d’cuir nippé, des faiseurs de gouttes aux confins de stades ignorés, moua c’est des messieurs qu’étaient somme toute des messieurs tout l’monde si c’est pas qu’un jour leur destin a croisé une caméra au moment où un type gueulait « Moteur ». L’ont pas forcément fait exprès, ça c’est un peu fait comme ça, un jour un type viens t’chercher pa’c’qu’un aut’ y a dit qu’étais l’personnage. Le Dédé c’est un peu comme ça qui l’est rentré dans l’bazar, pa’c’que sa tronche, son allure et sa gouaille le f’sait bien, une rentrée un peu tardive même si le monde du spectacle ça f’sait un moment qui baignait d’dans.





Et c’est là que j’voulais en v’nir, un f’sait d’la lutte l’aut’ du vélo, un troisième n’vivait qu’pour ses terres et ses ch’vaux, Monsieur tout l’monde, pas des gusses à qui on a ach’té tout p’ti la panoplie qu’ça soit d’pompiers ou d’acteur d’cinéma, des qu’on a, ou qui se sont tout seul, comme des gros cons qui sont, enterrés dans le rôle de leur vie.
Je reste un affreux accro au cinéma à Papa, loin de leur "nouvelle vague", des gars dont rien qu’l’histoire d’leur vie est un film, quand c’est pas une épopée, mais surtout des gars qu’auraient pas quittés une bonne table avec les aminches pour un cach’ton, aussi faramineux qu’y l’aurait pu êt’ !

André Pousse est d’cela, un fidèle, qui les a pourtant vu, l’un après l’aut’, rap’llé par l’chef d’orchestre pour une dernière séance. Il les a tous côtoyés, de Cerdan à Gabin, du King Elvis au King Otis.


De ceux qui vivaient sous les néons comme ceux qui préféraient en rester éloigné, parrain d’la pègre d’avant guerre, ceux d’pendant, qui pour faire gonfler l’pécule ont appris à parler allemand, des jeunes, qui pour se rapprochait d’la lumière, alors humblement, portaient son vélo.

Le Dédé, avec sa tronche de mandat d’arrêt, il a traversé tout ça, des zazs aux peign’zizi, toujours avec son humour à faire palir l’bien pensant, avec sa trogne à mett’ en gène un bellâtre à 150 000 balles par mois, avec sa vie, qu’a rien a envier à celle d’un diplômé des haut’ zécoles d’la raie publique. Mon Dédé il avait mieux qu’tout ça, son bon sens, cui qu’certain ‘ga’dent de travers parc’qu’y t’ramène aux choses de base, l’authenticité.

Actif jusqu’au bout, même si le cinéma a changé André Pousse en est jamais resté bien loin, juste plus discret, après avoir fait directeur artistique / découvreur de talents, c’est dans le court métrage qu’on le croisait l’plus souvent, avec son ami, toujours, l’homme Lautner, parrainant des festivals et aidant des jeunes à faire découvrir leurs trucs.


C’est aussi comme ça qu’il se retrouve à assurer une campagne publicitaire pour Ecko, du streetwear, se retrouvant au milieu d’une mouvance Hip Hop, c’est pas ça qu’a dû trop l’inquiéter, et c’est d’ailleurs dans un canard branché Hip Hop « Authentik » que j’ai lu une de ses dernières intervews, non rien de choquant, des gars d’la rue qui demande à l’ancien d’raconter, comment c’était, la rue d’ton temps, superbe interview où les mômes ont dû trouver bien mieux que la sempiternel image de Gangster qu’aimerait tellement endosser plein d’trou du cul qu’ont l’bas du froc entre le g’noux, un à qui on l’a fait pas, qui l’ai connaît les fausses manières de simili, comme le peu d’manière de type qui t’abatte en commandant un d’mi.



Il en reste plein d’bonne chose de mon Dédé Pousse, de la lecture, quelques mètres de pellicule en interview, fausse mais sublime avec Mezrahi, terrible mais gentille comme tout avec ce pauvre stéphane berne, un docu, malheureusement jamais vu « les cinq vies » diffusé sur pourri première et des films, une tapée en réalité, qui nous replonge dans l’truc, qui fait r’monter des saveurs, des goûts qu’on r’trouve p’us.


Comble du Pisteur qu’il a été, rangé des deux roues et t’êt’ même des piste cyclab’, c’est en voiture qu'une putain d’guêpe l’a eu, certainement une fille Michalon !!

Hommage à toi l’homme Dédé, Réhab.

jeudi 14 octobre 2010

BoN SCoTT


Juste avant de sabrer le champagne et d'aligner les Gin/Get dans l'optique savante de vérifier si le bracelet Power Balance l'aide à marcher droit, Hugo Spanky du haut de ses 43 balais tous frais s'adresse à ceux de sa génération. Celle qui entendit AC/DC cogner dans les premiers walkmans.
                               

Attention, je vais dire du bien d'un livre parut chez camion blanc ! Tout arrive. Pour être juste, je dirais que celui de Philippe Marcadé, celui de John Lydon et une maigre poignée d'autres méritent aussi le détour. Et j'ai pas encore lu celui sur les Cramps.
Mais bon, je vais pas relancer le débat, ce serait vain. Après en avoir causé directement avec eux, il semble qu'une fois encore si on paie le prix fort pour leurs ouvrages souvent bâclés (le Joe Strummer est une merde indigne d'afficher le nom du Clash ronchon à sa Une) c'est la faute à la crise, la faute à la fnac, à virgin, la faute à ceux qui achètent pas assez de livres, la faute à pas de chance. Et peut être que tout ça est vrai et peut être même que ma tante en avait. Comme dirait Mike: Qui saura ?  
  
Bref Highway To Hell que ça s'appelle et forcément le héros en est Bon Scott. Un sacré retour sur les années collège de ceux de ma génération, du genre à vous filer un méchant torticolis si vous faites pas gaffe à bien vous y préparer. Du genre aussi à vous triturer les entrailles tellement ces souvenirs sont ceux sur lesquels nous nous sommes battis. 



Le bouquin restitue avec fidélité ce que l'on ressent à propos de Bon Scott rien qu'en matant une poignée de photos, en écoutant ses disques ou en le voyant se mouvoir sur scène tel un vieux briscard charmeur aux allures vénéneuses. Il délimite aussi mieux les contours d'une personnalité finalement très solitaire malgré un talent communicatif pour la communion des âmes damnées. Bon Scott, qu'il soit dans AC/DC où dans n'importe lequel des autres groupes dont il a fait partie, a toujours agi de la même façon. N'appartenant jamais à aucun clan, il s'éclipse à peine arrivé en ville, se pointe seul au concert, parfois par la porte d'entrée réservée au public et en repart tout aussi seul. Partout dans le monde où il ait posé ses bagages, ne serait-ce que le temps d'une nuit, Bon Scott savait où trouver de l'herbe, de la compagnie féminine et où tuer chaque secondes qui le rapprocherait du sommeil. Au delà du chanteur, c'est le portrait d'un homme que dessine l'auteur. Un Rocker, comme il se définira lui même dans un redoutable classique. Un gars qui la veille de sa mort écoute le premier Pretenders, pas Led Zeppelin


Un gars pour qui le Rock'n'Roll était tout aussi sacré qu'il peut l'être pour les têtes de pioches que nous sommes. Et il semblerait qu'il y ait un prix à payer pour ça. A 33 ans, Bon Scott cherchait l'insaisissable âme sœur, écrivait toujours à ses amours d'adolescence, rêvait d'un endroit où il se sentirait chez lui, apaisé. 
Si Bon Scott buvait au point d'en mourir c'est aussi parce qu'il n'avait pas trouvé meilleure raison de vivre.

De continuer à vivre, plutôt. La camarde avait depuis longtemps marqué son territoire en blessant son corps plus que ne l'aurait supporté bon nombre d'entre nous.  
C'est que Bon Scott faisait de la moto. Et pas pour semblant. Il en faisait comme il faisait tout le reste, de manière pas très académique. Il roulait vite, souvent sans casque et la majorité du temps saoul comme un polonais. Lorsque l'on fait tout ça sur un 900 Kawa, faut pas s'attendre à flirter longtemps avec le bas côté. Bien avant de rejoindre les rangs serrés des frangins Young, il se fracassa la gueule et brisa son corps en tellement d'endroits que s'il me venait l'idée de les énumérer ici, vous auriez vite fait de confondre Ranx Ze Vox avec une revue scientifique. 


Le restant de ses jours Bon Scott portera corset, minerve, dentier et s'acharnera à remplacer les barbituriques par de grasses têtes de la meilleure beuh qu'il puisse trouver. Il aura la tentation de l'héroïne mais son organisme ne la supportera pas, le faisant virer au bleu dès le premier shoot. On aurait pu causer de chance s'il n'avait remplacé le dragon par des quantité de whisky à abattre sans prévenir plus gaillard que lui et son mètre 65.  
Lent suicide que les années AC/DC finalement. Un suicide conçu pour laisser le souvenir d'un mec bien, attachant, rigolard et suffisamment amoureux du bon temps roulez pour en nourrir chaque minute qui s'écoule. Avant de basculer et basta. "Comme John Belushi" ose l'un des protagonistes du livre. Il a raison.



Au lieu de vous demander de me croire sur parole, je pourrais vous raconter l'affaire Back In Black et les fameux carnets de paroles disparus dans la nature laissant à penser que ce disque posthume est en fait partie intégrante de la période Bon Scott d'AC/DC. Si ce n'est qu'il lui manque la voix, le frisson et la gouaille canaille. Je pourrais donner dans le pathétique, raconter ses années en foyer de redressement.
Je vais me contenter de vous dire que ce livre pourrait raconter ma vie, la votre, la notre à tous. Celle de ceux qui se sont parfois grillés les ailes pour s'en tenir à un rêve, un idéal, ceux qui ont fait des sacrifices stupides pour une raison qui l'est encore plus aux yeux des crétins : l'amour du Rock'n'Roll. Et derrière cette symbolique, celui de la liberté. La vie de ceux qui ont en eux la nostalgie de ces brefs moments où sans savoir pourquoi, ni comment, on capte la magie, l'éphémère sensation d'échapper à tout contrôle. Le sixième sens à l'affut, en seul guide. Dévorer les instants précieux. Et savoir qu'après ça, ma foi, on peut bien mourir.


Hugo Spanky