lundi 11 novembre 2013

LoVeLaCe




Les projets casse-gueule aussi aguicheurs soient-ils à s'être retrouvés dans les poubelles de l'histoire sans même avoir eu l'occasion d'être affichés en salle sont légion et se multiplient comme des lapins depuis quelques années. L’avènement du Direct to dvd et du téléchargement tarifé leur offre néanmoins et pour notre plus grand plaisir une vie qui, aussi éloignée des paillettes et des récompenses qu'elle soit, leur permet d'arriver jusqu'à nos avides mirettes et, mieux encore, de faire du genre l'un des plus rémunérateur pour ses producteurs (souvent en raison des salaires disons plus convenables des acteurs en comparaisons aux déraisonnables folies dont sont atteint les blockbusters) et donc de le faire perdurer.
  

Parmi ces innombrables projets, celui qui me semblait incarner au mieux l'aspect casse-gueule, à tel point que je n'aurai pas misé un kopeck sur ses chances de voir le jour, c'est bien l'adaptation de l'autobiographie de Linda Lovelace. Voyez-vous la pionnière du porno devait à l'origine trouver sa rédemption sous les traits de Lindsay Lohan, actrice au parcours fort tumultueux s'il en est et dont les incessants démêlés judiciaires sont en train d'enterrer la carrière plus vite qu'autre chose. Sa participation au film se limita donc à une série de photos promotionnelles destinées à allécher les producteurs.


Place donc à Amanda Seyfried, actrice débutante dont la principale particularité semble d'être de ressembler à Lindsay lohan plus qu'à Linda Lovelace mais après tout, on s'en fiche pas mal et à tout dire on n'y perd pas au change vu que Linda Lovelace tenait physiquement plus de la pinpin du village à jupe légère que du canon Hollywoodien.






Outre un casting tout en second couteaux mais réellement talentueux le film de Rob Epstein et Jeffrey Friedman -duo auquel on doit Howl, adaptation de la biographie d'Allen Ginsberg, ainsi que deux documentaires consacrés à l'homosexualité- propose une réalisation et une construction qui ne ferait pas de mal à de bien plus ambitieux projets que lui. Durant toute sa première partie, Lovelace développe l'histoire sous un angle que l'on peut imaginer être celui du public d'alors, la success story d'une jeune fille nimbée des illusions de L'été de l'amour, Linda Lovelace en incarnation de Petite fleur coquine, cousine de Améthyste de sable d'or, j'en passe et des meilleurs, autant de jeunettes conquises par la liberté émancipatrice qu'offre à toute femme la joie de connaître une multitude d'amants aussi bien intentionnés avant l'acte que prompt à disparaître dès leurs burnes soulagées. Ah, le rêve hippie ! Quoiqu'il en soit, la musique est Funky à souhait, les décors et les tenues sont un régal multicoloré et l'interprétation est sans faille. On y est. Même si ça nous emmerderait un peu d'en rester là.





L'affaire devient probante dans la seconde partie du film, par petites touches d'abord les flashbacks complètent les scènes précédentes, nous en proposent le revers de la médaille. Puis le film bascule et le décorum s'incline, fini les fards, le glamour et les insouciants cocktails. Welcome to the terrordome, les cris ne sont plus ceux des coïts, les lunettes de soleil cachent bien plus que les gueules de bois. C'est de par cette astucieuse narration que l'on se laisse embarquer dans cette histoire aux nombreux relents de Déjà-vu. Car bien entendu le scénario ne s'écarte pas d'un chouia de l'autobiographie et passe à la trappe une réalité bien plus sordide que celle comptée ici. Pas de partie de jambes en l'air en compagnie de Mabrouk et seulement 17 jours passés dans le monde du porno. Les accros à la véracités des faits en seront bons pour lire The other Hollywood, indispensable bouquin paru aux éditions Allia et entièrement consacré à la genèse du X à travers des témoignages de ceux qui l'ont vécu, Linda Lovelace et Chuck Traynor en tête.




Ceci dit, véracité édulcorée ou pas, on s'en bat les cacahuètes, grâce à un impeccable casting, Lovelace reste un plaisir jusqu'à sa dernière minute. Sharon Stone, dans son rôle de mère revancharde envers le destin, éblouit par son talent, faisant au passage regretter un peu plus encore la ridicule image de vieille peau qu'elle entretient dans les journaux people. Peter Saarsgard est irréprochable dans son interprétation d'un Chuck Traynor tantôt charmeur tantôt sordide, revoir la trogne de Bobby Cannavale est un bonheur trop rare tant il nous avait régalé dans Romance and Cigarettes, Eric Roberts est méconnaissable, Chris Noth (Mr Big dans l'imbuvable série Sex in the city) est exemplaire en producteur qu'on devine mafieux, Juno Temple l'est tout autant en copine délurée mais attentive, une demi-surprise seulement puisqu'on avait déjà repéré son talent dans Killer Joe de William Freidkin.   


Amanda Seyfried donne de la candeur à son personnage de Linda Lovelace dans la première partie du film avant de révéler un jeu nuancé et de subtilement dresser le portrait d'une femme soumise que l'on imagine d'abord séduite par cette gloire soudaine mais dont elle laisse au fil des minutes apparaître toutes les fêlures. Les scènes en contre point avec Sharon Stone sont à ce titre de grands moments du film. 





Aussi étonnant que cela puisse paraître l'histoire du porno et de ses protagonistes donne de meilleurs films que les biopics sur les musiciens, peut être parce que la surenchère n'y est pas possible et que le sujet n'a de valeur que s'il est traité avec un minimum de franchise. Peut être aussi parce qu'aucun studio n'a en tête d'en profiter pour nous gaver de merchandising, pas de rééditions en version deluxe de Deep throat, pas de poupée gonflable à l’effigie de Linda Lovelace dans les rayons de Noël mais ce constat qu'après l'excellent Rated X avec Emilio Estevez et Charlie Sheen sur le parcours chaotique des frères Mitchell (réalisateurs de Behind the green door) le cinéma X des débuts continue de fasciner malgré la vulgarisation du genre et son aspect dorénavant aussi banal que dépourvu du moindre charme. Tant que ça donnera des films de ce calibre, on ne s'en plaindra pas.




mercredi 6 novembre 2013

THe BRibe, ou L'aRT PeRDu De La séRie B


Au faîte de sa gloire la série B Hollywoodienne des années 40 était en mesure, pour un budget dérisoire, d'aligner un cheptel de vedettes dans ses productions à faire pâlir d'envie n'importe quel producteur digne de ce nom de nos jours.
C'est le cas du film The Bribe qui, tenez-vous bien, a pour acteurs principaux Robert Taylor, Ava Gardner, Vincent Price et Charles Laughton. Oui, messieurs dames, rien que ça!
D'ailleurs, c'est sur le tournage de ce long métrage que ce sacripant de Taylor a fait tourné la tête à la sublime Ava (elle qui n'était que innocence faite femme, quelle honte tout de même...). Dans le film, c'est plutôt le contraire qui se passe bien évidemment. 
 



Taylor interprète un agent fédéral qui part sur une île tropicale afin de démanteler un réseau de contrebandiers de matériel militaire. Ni une ni deux, il tombe sur Ava en chanteuse de bar qui porte une robe incendiaire et, là, c'est le choc: lorsqu'il croise son regard, tout fier à bras qu'il est, il en est tétanisé et sa mission devient peu de chose face à la splendeur de la brune. Elle a beau être mariée à un type fadasse - et alcoolique de surcroît - sur lequel pour parachever son portrait des moins engageants plane des soupçons quant à son implication dans le trafic de marchandise, il n'en à cure et il l'a veut pour lui tout seul. Ce n'est certainement pas cette lavette sur pattes qui va l'en empêcher, non mais alors !



Curieusement, on ne sait par quelle fatalité, Vincent Price est amener à jouer les fourbes de service et ce sera lui qui délivrera Robert de cet encombrant pauvre bougre en l’assassinant (ah, cette lueur sauvage dans son regard, lorsqu'il étouffe avec un oreiller ce traître qui avait l'outrecuidance de vouloir le dénoncer, lui le Grand Ordonnateur de ce vil trafic, quel spectacle, mes aïeux!). Price, comme à son habitude, apporte à son personnage une multitude de facettes: tout à tour mielleux ou transfiguré par un rictus de dément quand il s'adonne au meurtre, il illumine l'écran de son interprétation habitée.



Comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur, Charles Laughton, est lui aussi de la partie et en gugusse bien chelou - obséquieux à l’extrême - qui adore s'entendre pérorer (le voir recouvert de sueur en permanence et marcher en claudiquant confère une répulsion immédiate envers son personnage), il tire habilement son épingle du jeu alors qu'il n'aurait pu être que le simple faire-valoir de Price. Chacune des ses apparitions est un trésor de jubilation pour le spectateur qui écarquille ses yeux de surprise face à tant de veulerie et de lâcheté ramenées à un seul quidam.


Bien entendu, tout ce beau monde se tire dans les pattes à qui mieux mieux et, au bout de moult péripéties emberlificotées, le Robert se ressaisi et commence à voir clair dans le jeu trouble de tous ces individus bien peu recommandables. Non sans brio, il déjoue les combines de ces vils trafiquants qui pensaient bêtement pouvoir le berner et, au bout de ce chemin de croix qu'il traverse la tête haute et le port altier, il finit par faire plier les réticences absurdes d'Ava et l'emballe comme il se doit !




Ce petit polar typique de la fin des années 40 est réalisé par un faiseur hollywoodien, Robert Z.Leonard qui se distingue du tout venant au moyen d'un flash back astucieux en début de film et - surtout- grâce à sa scène finale durant laquelle le fier Robert poursuit le vilain tout plein Vincent en plein cœur d'un feu d'artifice dont les fusées les frôles à maintes reprises ce qui apporte une touche baroque de toute beauté à cette séquence. Rondement mené par une réalisation allant droit à l'essentiel sans pour autant négliger des apports esthétiques indéniables et incarné par de acteurs en état de grâce, ce film de série B marque son bonhomme tout aussi bien que le ferait une œuvre dite de prestige.





A notre triste époque où on nous gave de films interchangeables sans la moindre saveur et – pire – d'un ennui mortel, certains producteurs seraient bien avisés de prendre en compte les leçons de leurs valeureux aînés qui ont fondés le mythe hollywoodien tandis que eux ne font que le précipiter vers une chute de plus en plus vertigineuse.

Harry Max.

Le sommaire.


vendredi 1 novembre 2013

RacHeL BRoOKe


Rachel Brooke me posait un problème, un problème de riche mais quand même. Son premier album capté en Low-fi, et sur son canapé, avait circulé via myspace et m'avait suffisamment titillé l’ouïe pour que je suive d'un œil, parfois distrait, le parcours de la demoiselle du Michigan. Distrait mais pas tant que ça, je m'étais commandé le beau vinyl qui avait suivi ce premier effort, enregistré cette fois en duo avec Lonesome Wyatt, allumé en chef des fortement perturbés (et perturbant) Those poor bastards -dont je vous conseille au passage les albums, des ovnis à faire passer Nick Cave pour une grenouille de bénitier et Tom Waits pour ordinaire- le résultat, A Bitter Harvest, aussi charmeur fut-il, me compliqua encore un peu plus la tache. Quelle part attribuer à Rachel Brooke dans ce méli-mélo aux dramaturges si sombres quelles en deviennent source d'angoisses ?



Down in the baneyard paru en 2011 me ramena à la case départ. Des chansons toujours captivantes, une interprétation si personnelle qu'elle suffit à distinguer Rachel Brooke de la cohorte de ces consœurs, mais là encore ce petit manque de quelque chose qui me faisait poser plus souvent qu'elle, Eilen Jewell sur la platine. Et cette question, à trop vouloir enregistrer leurs disques à la maison, les chanteurs d'aujourd'hui ne se pénalisent-ils pas ? Certes, on sait le nombre de disques défigurés par un producteur trop influent, mais quand même. Une oreille extérieure, doublée d'un caractère de gardien de camp, à souvent, en les repoussant dans leurs derniers retranchements, permis aux artistes les plus farouches de délivrer le meilleur d'eux-mêmes, de relier leurs exigences, à nos attentes. Las, ce n'était encore pas pour ce coup ci, et même si le disque continuait de dévoiler le talent de la chanteuse, il n'était jamais qu'une version joliment vernie de son premier album. Au point que ce que j'écoutais le plus de sa production, était un bootleg de démos.




Et enfin vint le jour. A Killer's Dream, dernier album en date de Rachel Brooke, résout tous mes problèmes. Car voyez-vous, cette fois, elle ose. Et pas qu'un peu. Elle ose le Blues. Pour une native du Michigan, on serait en droit d'attendre que ce Blues là soit gorgé d'électricité et de tensions nerveuses, qu'elle se risque à lâcher les chevaux, se mette à brailler comme une Etta James des temps modernes. Pas le moindre du monde. A Killer's Dream nous prend par la main et nous balade à la frontière de la Nouvelle-Orléans, nous fait redescendre le Mississippi jusqu'aux rives du Blues acoustique des origines, cousin du Jazz, tel que défini par Bessie Smith.



Après des décennies de guitaristes au feedback prolixe, de hurleurs et hurleuses rarement à la hauteur de leurs prétentions, Rachel Brooke, sa guitare et sa petite voix, lui redonne l'éclat du Folk Blues des premiers Muddy Waters, tout en l'ornementant de sonorités cuivrées venues des parades de Storyville période Louis Armstrong. A Killer's Dream n'a pour autant rien d'un album tribute à la nostalgie pointilleuse. Bien qu'enregistré en condition live sur un magnéto à bandes, sans qu'aucune retouche ultérieur n'y soit apporté, le disque claque dans les enceintes avec une pêche communicative.


La classe aristochatte de Late night lover et sa trompette à cornet, suivie du négligé déhanché de Every night about this time, rappelle qu'être sexy n'est pas synonyme de vulgarité, Ashes to ashes prend des airs de classique, et la mélodie sucrée de A killer's dream, tout en influences Doo wop et solo de xylophone, apporte une touche de légèreté à laquelle cette amoureuse des Beach boys ne nous avait pas encore habitué. Placé en toute fin d'album, ce morceau suffit à faire piétiner d'impatience en attendant la suite.

 


En s'accordant le soutien d'un véritable groupe, Viva Le Vox (sans doute en hommage à notre blog) Rachel Brooke s'est donnée les moyens de passer un cap, et nul doute que ce disque va la mettre en toute première ligne, tant il déborde de classe et concrétise les espoirs placés en elle, tout autant qu'il comble un vide immense.
Libre à vous de n'en avoir rien à foutre, mais vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenu.