mercredi 25 juillet 2012

PuBLiC eNeMy 2012



Je ne sais pas comment aborder cette chronique. Public Enemy sort un nouvel album encore meilleur que le précédent. Public Enemy est un groupe dément. Vous devez aimer Public Enemy. Public Enemy donne plus de satisfaction à un Rocker que tous les groupes à frange du monde. 7red et moi en sommes témoins, Public Enemy est capable de transformer ses concerts en hommage à James Brown, décédé 3 mois plus tôt, sans se retrouver à la ramasse. Loin de là. Ces mecs sont pas des branques.

Sauf que j'ai l'impression de pouvoir faire 10 pages comme ça, dégun n'ira faire trois clics pour télécharger cette merveille de Most of my heroes still don't appear on no stamp (clin d'oeil à Fight the power pour les quelques-uns qui suivent)
Je le sais, Public Enemy ça fait 25 ans qu'à chaque nouvel album je me fracasse sur l'indifférence générale. 



Alors, je m'installe en sentinelle. Je scrute le terrain. J'agite mon petit drapeau. Et me contente de délivrer le message: Public Enemy sort un nouvel album et un second est annoncé pour Septembre. 

Pour dire ça, j'avais imaginé ériger des ponts, dresser des sémaphores, bâtir mes phrases comme on bâtissait des édifices, tracer des droites, des parallèles. Et puis non. Public Enemy se suffit à lui seul, l'album est là, franc, massif, il remplie sa fonction, relance le débat, annonce de nouveaux concerts.
Run til it's dark placé en ouverture devrait convaincre quiconque s'y risquera. Groove qui vous saute à la gorge, solo Funkadelien, entre matraquage furieux et psychédélisme, P.E pose les bases d'un disque innovant, sans faille et doté d'un single de folie (I shall not be moved).




Depuis l'aube des années 2000, le crew a compensé le départ de TerminatorX par un DJ Lord ultra créatif mais aussi par l'adjonction d'un véritable groupe guitare/basse/batterie, le résultat est unique, en équilibre savant sur les frontières musicales, P.E jongle avec les influences jusqu'à affirmer un son unique bien au delà des genres.



Niveau textes, pas de signe de fléchissement non plus, Chuck D, Professor Griff et Flavor Flav sont toujours sur le qui-vive et apostrophent Obama au même titre qu'ils secouent chacun d'entre nous. 
De quel bois est fait Chuck D ? Ce gars là lâchera son dernier souffle le poing serré. Comme Joe Strummer avant, comme Bruce Springsteen encore maintenant, Chuck D s'inscrit dans une tradition dont la définition se perd dans le temps. Il faut de la culture, de l’intérêt pour l'histoire et un sens de la remise en cause qui va au delà des opinions politiques pour suivre ces trois là.

Par chance, il suffit d'avoir deux pieds pour danser sur leurs rythmes.

Do the right thing !

                                                                  Hugo Spanky 


mardi 17 juillet 2012

BiLLy wiLDeR aVaNTi !


Parmi tout ceux (et ils sont nombreux) à avoir voulu, caméra sur l'épaule, dépeindre l'Homme dans ses travers du quotidien, dans ses fourberies conjugales les plus veules, dans ses faiblesses les plus intimes, aucun jamais ne sera arrivé à la cheville de Billy Wilder

Sept ans de réflexion et Certains l'aiment chaud avec Marilyn Monroe candide comme jamais, La garçonnière avec son acteur fétiche l'impayable Jack Lemmon et Shirley McLaine, La grande combine toujours avec Jack Lemmon en arnaqueur culpabilisant, Embrasse moi idiot avec Dean Martin et Kim Novak. Autant de comédies grinçantes, mais chargées d'amour envers les protagonistes, autant de réussites secouant dans les grandes largeurs les tabous de leur époque.
Et lorsqu'il teinte ses films de noir, c'est le lustre du sublime qui les éclaire, Témoin à charge en est un parfait exemple, doté d'un casting de rêve, Marlène Dietrich, Charles Laughton, Tyrone Power, ce bijou s'élève dans des hauteurs seulement atteintes par Alfred Hitchcock. Et que dire alors de son coup de maître, l'impeccable et effrayant de cynisme Assurance sur la mort ? Chef d’œuvre parmi les chef d’œuvre du polar le plus noir.



Malgré mon admiration sans borne pour Billy Wilder, ce n'est pourtant que tout récemment que je suis tombé sur l'une de ses dernières réalisations, Avanti ! de 1972. Un de ses films les plus méconnu et mésestimé.
À l'époque de sa sortie en salles, Avanti ! avait fait un bide. Billy Wilder voulait renouer avec l'esprit de ses comédies des années 50 et 60 avec ce long-métrage mais les spectateurs des années 70 étaient malheureusement passés à autre chose (Arthur Penn et compagnie avaient déjà frappé...). 

Mais ceux qui connaissent son oeuvre ne peuvent qu'apprécier cette comédie douce amère où Jack Lemmon fait, une fois de plus, des étincelles en américain speedé venu récupérer le corps de son père décédé d'un accident de la route en Italie. Bien décidé à expédier l'affaire au plus vite (l'enterrement doit mobiliser le nec plus ultra du gratin people des States) notre homme se fait vite calmer par la langueur des italiens, avant de se faire embobiner avec délice par un sacré bout de femme qui met à mal toutes ses convictions et qui, peu à peu, le mène à se  laisser aller à la douceur de vivre. C'est un régal ! 


Juliet Mills n'est pas en reste non plus dans son rôle de femme complexée par son poids qui n'hésite pas à se montrer fantasque. 
Et puis tous ces personnages truculents ayant un grain de folie (le groom fourbe et maître chanteur, sa compagne à moustache, l'employé de la morgue et sa réserve inépuisable de tampons encreurs, la famille plus que pittoresque dans la propriété de laquelle s'est échouée la voiture du père de Jack, le diplomate qui manque de tout faire capoter entre le couple adultérin vedette, etc.) sont une source de quiproquos désopilants. 
  

Il se dégage de ce film une atmosphère de bien-être qui nous donne qu'une envie: lâcher prise, abandonner fissa tous nos tracas et envoyer paître tous les casse-pieds qui nous enquiquinent  pour aller goûter aux vertus apaisantes de l'Italie. Bref, Mister Wilder nous remet la patate et nous encourage à plus de frivolités; à reprendre goût à l'amusement et au batifolage. Et ce ne sont pas Macadam Cowboy (sorti en 1969) et consorts qui nous auraient procuré une telle joie. 
Alors bide commercial ou pas, croyez moi, des films qui lui sont contemporains Avanti ! n'a rien à envier, bien au contraire !

samedi 7 juillet 2012

ma hoMeToWn



1982, je déboule à Toulouse, 15 ans, envie de bouffer le monde, de découvrir de fond en comble ma septième ville, déjà. J'habite un bloc entre deux palissades dans un quartier en création destiné à combler le no man's land entre l'avenue de Lyon et celle des Minimes. Ça me va, les terrains vagues c'est mon élément naturel. Juste en face de la casbah, le canal du midi, une passerelle pour l'enjamber et la rue de la concorde qui file vers le centre ville. Je connaîtrais très vite le chemin par cœur.


Le Toulouse des années 80 pour ceux qui l'ont connu, c'est la petite Barcelone, c'est les rues encore pavées, les rats d'Esquirol, les bastons entre Rockers maçons et punks maigrichons, c'est le quartier arabe qui s'étire de St Sernin jusqu'au boulevard Lascrosses, c'est Marengo, ses bars de quartier aux odeurs de Gitanes papier maïs, les concours de coinche, le bruit des trains de marchandises qui couvrent, un instant seulement, la gouaille populaire, c'est les abattoirs des allées Charles de Fittes, le toboggan des allées Jules Guesde et les arcades du capitole, à ce moment là un repère de voyous entre bistrots borgnes et salle de jeux, mon lieu de prédilection, armé de mon allume-gaz, à faire cracher 99 parties gratuites au Space invaders jusqu'à ce que le fusible ne fasse tilt. Angoisse de l'écran noir.

Ce Toulouse n'existe plus. Les abattoirs sont devenus Le musée d'art contemporain, un machin hideux pour artistes à la con (pour artistes, quoi) dans lequel comate une dizaine de fonctionnaire tête à claque en lieu et place des grands gaillards aux tabliers ensanglantés qui nous refilaient du steack première pression à froid lorsque le petit matin se dessinait sur la Garonne, calant nos estomacs d'un bloc de solide après des nuits trop chahutées. Mais dignes.

Marengo a été entièrement rasé, les petites toulousaines défraîchies ont laissé place aux tours de bureaux, l'école vétérinaire à une médiathèque dont la vision donne des envies de meurtres. Les arcades du capitole, c'est la même, des peintures de goliosses pour ceux qui marchent la tête en l'air et des bars pour bourgeois rivés sur leur cul, occupés à mater une place du capitole devenue symbole de toute cette mégalomanie merdique. Voilà une place toute simple et vivante, comme la ville qui l'entourait, qu'un maire fils à pôpa à voulu emblème de l’Occitanie. Rien que ça.


Oui, les années 80, tellement moquées ailleurs qu'ici, restent ce qu'on a eu de meilleur. Le dernier souffle du monde ouvrier, ce moment où la banlieue tutoyait le centre ville. Pas de chapelle, les crêtes sur la tête, les bas résille déchirés, les poses attention j'ai le regard drogué, tout ce cinéma, faisait marrer tout le monde, pis quand ils l'ouvraient trop c’était castagne récréative avec toujours la même issue. Les sid vicious dans les jupons de leur mères. Comme l'original, d'ailleurs. Et les Crazy Cavan calés devant leur boc, les coudes sur le zinc. Un monde parfait.

C'est tout ça que je découvrais, naviguant dans les ruelles parallèles, individu solitaire avec mes couteaux dans chaque poche, mes chemises La redoute et mon perfecto en peau de zboub'
Oh, pas que j'étais le dernier pour distribuer des beignes mais la mort d'Elvis m'avait montré un autre chemin, depuis Août 77 et cette journée hommage où les radios n'avaient quasiment joué que lui, j'étais collé. Rock'n'Roll addict. Dans chaque ville où je viendrais à habiter ma priorité restera la même, découvrir les disquaires, les marchés, les centres de déstockage des zones industrielles. Marcher, marcher, marcher. Ma quête.
A Antibes, j'avais amassé les Elvis, Gene Vincent, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran, souvent via des compilations cheap de supermarché. 
A Dijon, j'avais élargis aux Who puis à Clash, celui de London Calling et Sandinista, le meilleur, j'avais aussi tâté du Hard Rock et bien sur de ce Funk qui éclatait de partout avec ses hits en multicolor vision style.


 
J'étais mûr, l'esprit grand ouvert, près à découvrir encore et encore. Mais quoi ? Qui ? La new wave ? Allez, vous foutez pas de ma gueule, plutôt crever que de ressembler à un corbeau. J'étais plein de vie, le sang des ancêtres qui cogne dans le bouzinga, pas le genre à me morfondre, à me trouer les veines. Rien à foutre des chialeuses. Mes centimes n'iront pas chez le dealer. Si je trimbalais des sacs entiers de Batman, Superman, Rahan, vestiges de l'enfance, si je chouravais les hara kirirock & folk de mon frangin pour aller fourguer tout ça, au poids, chez les bouquinistes du marché, c'était pas pour cramer le pognon comme un couillon, fallait pas qu'ils comptent sur moi pour se payer leur Taverniti, les refourgeurs de mauvais rêves. Rien à foutre, tout ce que je voulais, c'était de la wax bien noir, du vinyl qui chauffe, des cassettes que j'userai en série, du son qui débourre les enceintes. Du rythme et de la vie. Célébration !

J'en étais là lorsqu'un voisin m'a causé de Bruce Springsteen. Je connaissais les pochettes, l'air boudeur et les chemises à carreaux mais je m'y étais jamais tenté. Pauvre de moi, je croyais encore ce qui se lisait dans les magazines spécialisés : ses disques sont pas au niveau de ses concerts, il arrive pas à retranscrire son énergie en studio. Hum, pour un gonze nourrit aux Who et au Rockab', ça suffisait pour foutre les miches. En plus, ce voisin, j'étais méfiant, il s'alignait Neil Young, Alan Parson Project, Christopher Cross et trouvait ça génial, olala, de quoi il jacte celui là avec son dernier Bruce Springsteen. Et puis il m'a fait une cassette et j'ai écouté la chose, Nebraska. Wow, effectivement l'énergie n'est pas franchement au programme pourtant y a ce Atlantic city qui me remue en dedans, State trooper, le captivant morceau titre aussi et bientôt ce Johnny 99 qui s'impose l'air de rien. Et y a ces textes, des tranches de la vie ordinaire lorsqu'elle dérape côté ravin, bien loin des histoires de groupies qui se font ramoner à l'arrière des tour bus. Intrigant ce Bruce Springsteen.

Bien décidé à en savoir plus je m'offre une descente rue Alsace Lorraine au royaume des malhonnêtes, Martin Gauthier, le disquaire tentation avec ses bacs alignés, je confesse, j'ai rempli le sac de sport des dernières galettes à la mode, suis allé déballer le tout au marché du Capitole et en échange me suis récupéré mon premier Springsteen. Un live puisqu'en studio c'était soi-disant pas ça, un bootleg bien cheap capté à Amsterdam une paire d'années plus tôt.
Quiconque connaît les pirates de l'époque aura pigé que mon choix était osé, le machin sonnait comme une merde, on aurait dit qu'un asthmatique agonisait devant le micro. Malgré tout, il se passait quelque chose, y avait de la vie dans les sillons. Night, Tenth avenue freeze out, Spirit in the night, She's the one, Rendez-vous, Lost in the flood, Thunder road, des titres bizarres, des mélodies venue d'Harlem plus que des bords de la Tamise, un sax qui s'extirpe du brouhaha et ce martèlement sans faille. Et plus encore, parce que c'est surtout ça qui s'entendait, un public devenu complètement jobastre ! Putain de disque de hurlements que ce pirate. Mazette, voilà qui m'en bouchait un coin, j'en grinçais des ratiches.
J'ai quand même fini par mettre le dossier au rencard, le gars Springsteen venait jamais en France, encore moins en province et j'avais d'autres pistes à explorer.


Printemps 1984, voilà qu'un nouvel album de Bruce Springsteen déboule en bac. Cette fois je fonce, sans en savoir plus, dès le jour de sa sortie, je flambe le billet pour découvrir la chose. Sans doute que comme ses prédécesseurs ce nouveau disque n'aura qu'un vague succès d'estime parmi un maigre public d'initiés, sans doute que Bruce Springsteen ne tournera pas plus vers chez nous qu'il ne l'avait fait jusqu'alors. Qui veut entendre des histoires de villes à l'abandon, de souvenirs rasés à coup de bulldozer, de métallurgistes au chômdu, de frustrations sentimentales, de fierté et du refus de baisser la tête et les bras ? Qui ?
Tant pis si je devais être le seul à craquer là dessus, m'en foutais, les échos d'Hank Williams saisit dans Nebraska me hantaient, je ne pouvais pas m'empêcher d'y revenir encore et encore avant de retourner à l'ordinaire. Je verrais bien, ce nouvel album m’amènerait peut être des réponses. Je cogitais comme un malade en arpentant le boulevard de Strasbourg, et si je m'étais précipité ? Et si ça valait que dalle ? Pourquoi, j'ai pas pris le temps de l'écouter avant ? C'est cette pochette qui m'a claqué dans les mirettes, pfff, me suis fié à l'emballage, quel con. J'ai remonté la rue de la concorde, enjambé le boulevard Matabiau, le canal, le boulevard des Minimes, j'ai grimpé les escaliers 4 à 4, suis entré dans l'appart sans faire le coucou à maman, ai refermé la porte de ma chambre, j'ai défait le cellophane, enclenché la cassette dans le ghetto blaster.
Born in the USA que ça s’appelait...


                                                                                                         Hugo Spanky


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jeudi 21 juin 2012

BRuCe sPRinGsTeeN moNTPeLLieR 2012



Ben voilà, c'est passé, finito bambino, terminé, terminé. Bruce Springsteen est dans le rétroviseur. 
Six mois à l'attendre, ce concert de Montpellier, à l'imaginer, le laisser m'envahir de désir, et bam, en un clin d’œil me revoilà en position d'attente, sans date butoir cette fois. Peut être qu'il reviendra dans le coin l'an prochain, peut être pas, en attendant je sens comme un vide que Johnny Kidd ne suffira pas à combler.
Pfff, je ne vais pas devenir fan à mon âge, mais je me sens tout comme.
Faut dire qu'il a tout fait pour, le gars Springsteen, le genre à te coller en manque sitôt qu'il a raccroché sa guinde. Dix minutes après la fin du concert, t'es déjà nostalgique ! Rien que de revoir Waitin on a sunny day sur youtube, j'en ai les pupilles qui se brouillent, et qu'importe si c'est via une vidéo toute pourrie, qu'un gars à capté avec son téléphone portable. La magie passe.
C'est un peu ça la vérité, sans tomber dans le cucul la praloche, Bruce Springsteen est un magicien, un mime, un prestidigitateur, un truc dans le genre, comme Charles Aznavour, si vous voyez ce que je veux dire. Cette manière d'incarner les chansons, de vivre le scénario et d'en réaliser chaque soir de concert, une interprétation impeccable de justesse.
Ou alors c'est un truand, un foutu manipulateur de foule, usant de tous ses charmes et d'anciennes formules d’envoûtement des masses, un machin qui tiendrait de la foi. 


Parce que quoi que ce soit, y a un truc, comme avec Majax. Me dites pas que 13 000 gonzes, d'une moyenne de quarante ans d'âge, qui se foutent à chanter spontanément, au même moment, dans une langue que la plupart connaissent tout juste, et sans en foutre une à côté, c'est normal comme réaction... Faut pas charrier ! 
Sur The river, c'est tout juste s'il peut en placer une, tellement qu'il renonce, tend le micro et laisse s'exprimer le peuple, avant de reprendre les affaires en mains, et de nous refiler du frisson comme si il en pleuvait. Pour Waitin' on a sunny day, il a tout juste eu le temps de faire le premier accord, avant que la salle tout entière n’essaye de lui piquer la vedette.

A l'inverse, j'en connais pas d'autres pour captiver au point que dégun n'ose plus ouvrir la bouche. Même brailler rock'n'roll y a pas un con qui s'y tente. Pas quand Bruce Springsteen chante Point blank. Comment vous dire ? Point blank, c'est Bruce qui cause à un amour d'adolescence, la fille avec laquelle il projetait de tout partager, corps et âme, a préféré suivre les mauvais garçons et leurs illusions à deux balles. Pas à pas, elle a renoncé à tout ce qui avait de la valeur, et ça n'a pas traîné long avant que les emmerdes n'arrivent. Il le sait Bruce, il l'a aperçu sur les boulevards glauques, à tapiner pour sa dose ou pour éviter les coups. Et la sentence tombe, bang bang baby you're dead.  
Springsteen chante ça comme si à chaque mot, c'est lui qui crevait de n'avoir pas su la protéger. 
Musicalement, pour schématiser, c'est une baguette qui claque contre le cercle de la caisse claire et un piano qui égraine les notes les plus lugubres qu'on puisse tirer d'une rangée de touches d’ivoire. Et ça dure facile 6 ou 7 mns. Imaginez Joe Strummer qui ferait Straight to hell a cappella, c'est de ce calibre niveau casse-gueule. Pourtant ça passe tellement bien que derrière ça, il enchaîne The river, et cette chanson d'une tristesse sans nom devient comme une libération. Un magicien, je vous dis.

Je vous rassure, Bruce Springsteen ne donne pas dans le dépressif, il ne se trimbale pas le public de Cure, pas l'ombre d'un t.shirt Joy division parmi l'assistance. Loin de là. Springsteen à le talent multiple, le voilà déjà à faire le pitre sur un 7 nights to rock tiré des limbes de l'histoire. 
Pure magie du rock'n'roll des origines. 
Mais le meilleur sur cette tournée c'est encore qu'en plus de son légendaire E.Street band, Little Steven en tête, le boss nous a offert une section de cuivres et trois choristes pour dépoussiérer le Rhythm'n'blues le meilleur qui soit. 6345789, The way you do the things you do ou encore un Sad mood pétrie d'émotion, calé au milieu d'un My city of ruins nourris au gospel, pour saluer la mémoire de son acolyte de toujours, Clarence Big man Clemons, mort il y a tout juste un an. Magie, encore et toujours. 


Enfin, un concert de Bruce Springsteen c'est aussi et surtout une sacrée dose d'énergie. Et de révolte. Badlands, Born in the USA, Candy's room, Wrecking ball, Death to my hometown, comme autant de shoot d'adrénaline. Le gars a des cartouches en réserve, inépuisables réserves. Des noms ? Born to run, We take care of our own, She's the one, Land of hope and dreams. Et on monte dans le train, à ses côtés, tout contre la carlingue bouillonnante de la machine, la vapeur qui s'échappe de toute part. Trois heures d'émotions, pour s'en souvenir jusqu'au dernier souffle. Qu'il attaque Growin up, Jack of all trades, c'est toujours au cœur que ça touche. Et ce Rocky ground, si fragile sur le vinyl, que je ne l'imaginais pas un seul instant capable de passer la barrière du live, s'avère finalement être un incontournable de plus. Faut le vivre pour le croire, la manière dont il cajole cette chanson.


Allez, je conclus parce que de toutes les façons, je ne saurais pas vous décrire tout ça en détail. Ça demanderait plus de mots que je n'en connais.
Il passe près de chez vous ? Foncez. Même si c'est loin, foncez. 


Hugo Spanky

lundi 11 juin 2012

LuTheR, aFFaiRe cLaSSée



Annoncé par la BBC comme LA série digne de concurrencer les cadors de HBO, Luther s'avère être une grosse déception (même pour une série anglaise..) Hormis Idris Elba, que l'on avait connu plus à son aise dans The wire et dans une moindre mesure Ruth Wilson, les autres acteurs sont hyper cheap voire carrément nazes. Quant aux intrigues, elles semblent avoir été torchées en même temps que la liste des courses. 
Les personnages principaux sont des sortes de best of (worst of plutôt) mixant allègrement les stéréotypes genre flic incontrôlable (il casse une porte) et serial killeuse qui collabore avec lui tout en le faisant vaguement chanter avec des machins dont on se demande pourquoi ça le fait flipper (Vic McKey en aurait chopé une crise de rire)

D'emblée, le premier épisode pose la donne et tout est clair, Luther nous prend pour des buses ! 
Et dans les grandes largeurs.
En gros, l'inspecteur Luther est un génie, ou alors ses collègues sont tous de sacrées chèvres, à vous de voir, toujours est-il que tandis que le commissariat tout entier voit en Alice Morgan (Ruth Wilson) l'unique survivante du massacre de sa famille, Luther, lui, ne s'y laisse pas prendre. Et pour cause, elle n'a pas baillé comme tout bon bailleur l'aurait fait (un proverbe le confirme) lorsque l'impayable Luther s'est décroché la mâchoire juste sous ses yeux. Si ça c'est pas une évidence ! 
Dès lors il n'en démord pas, cette fille surdouée depuis l'enfance est un être vil et narcissique. Face à de telles affirmations, Ruth Wilson (Alice Morgan) nous sert une époustouflante série de regards lourdement chargés de malice dévoilant ainsi l'ampleur de sa démence. 
Ouuuouuuh, ma copine se blottie contre moi tellement notre lit ressemble dorénavant à un linceul. 


Mais, malheur, Luther n'a pas de preuves, de plus y a dégun qui le croit, « trouve l'arme du crime » le défie sa supérieur, c'est impossible Luther le sait, puisque la méchante n'a rien laissé au hasard, pensez donc, elle a planqué le flingue dans le cul du chien (mort, je vous rassure) et la bestiole a été incinérée. 
Je vous jure que c'est pas des bobards, notre homme finira par trouver un bout de l'arme dans l'urne des cendres ! Et tout ça en 10mns !

Je vous laisse découvrir la suite si l'envie vous prend et notamment des scènes d'un suspens insoutenable lorsque la serial killeuse menace sans qu'on sache trop pourquoi la femme de Luther (l'ultra pas crédible Indira Varma)

 

La trame est faite, Ruth Wilson et Idis Ababa vont pouvoir se tourner autour durant le restant des longues saisons à venir (Va t-il l'embrasser ? Lui faire un bébé ?)

Mais ce serait tout de même un peu court, aussi les scénaristes (?) ont songé à inclure au milieu de ce méli-mélo des intrigues secondaires que ce brave Luther résout en un épisode. Autant dire que ça défile comme un dimanche à Longchamp. On se régale cent fois plus devant Cold case, je ne rigole pas les premières saisons sont top, y a même un épisode habillé tout du long par des chansons du Boss, c'est d'ailleurs une constante, la sélection musicale qui accompagne les enquêtes de Lily Rush est une merveille.


Pour revenir à nos Panurge, ne soyez les moutons de personne et fuyez ce Luther définitivement trop tarte pour y perdre du temps. 

Hugo Spanky

dimanche 3 juin 2012

eD keMPeR


 
La révolution sociale des années soixante, la guerre du Vietnam, la libération sexuelle, la politisation des universités, tout cela Ed Kemper ne l'a pas vécu. A sa sortie d'Atascadero (institut psychiatrique) il est frappé par les nouvelles habitudes vestimentaires des jeunes et il est particulièrement écœuré par les hippies qu'il juge sales et indignes. Il continue de s'habiller de manière conservatrice, avec des cheveux coupés courts et une moustache qu'il entretient avec soin.
                              (Stéphane Bourgoin)


Ed Kemper un début de solution face à la prolifération des punks à chiens ? 
Pas vraiment, notre homme, définitivement de bon goût malgré ses défauts pour le moins encombrants, refuse tout net de toucher, violer ou ne serait-ce qu'assassiner des êtres qui, comme les hippies de son époque criminelle, le débectent de par leur apparence négligée et la crasse qui se dégagent de ces sinistres personnes.


Pour avoir l'honneur d'être victime de Kemper, il faut d'abord répondre à un questionnaire qu'il soumet à chaque innocente auto-stoppeuse ayant eu l'idée saugrenue de monter dans son véhicule. Une série d'anodines questions visant à établir un portrait rapide de sa proie. Si la jeune fille se montre méprisante, hautaine, s'affiche de bonne famille bourgeoise, elle finit immanquablement démembrée. Kemper est ainsi, joueur et taquin. Il ramène le cadavre dans sa chambre, le décapite, viole le corps encore chaud avant de s'en débarrasser et de ne conserver que la tête avec laquelle il s'amuse une semaine ou deux. Bref, jusqu'à ce que la lassitude  prenne le pas sur la passion. Ed Kemper est d'une banalité désespérante.


Entre deux séries de crimes notre homme à ses habitudes dans un bistrot majoritairement fréquenté par la police locale, il sympathise avec bon nombre d'agents des forces de l'ordre, au point que son interlocuteur pensera à une blague, et lui raccrochera au nez, lorsqu'il téléphonera au commissariat pour se dénoncer !



 
Car Ed Kemper en a marre, marre de nettoyer tout ce sang, il ne sait que trop bien qu'il ne maîtrisera jamais son instinct de tueur, que cette barbarie doit cesser. Mais pas sans que soit exécuté le crime dont tous les autres n'étaient que préparatifs, celui de sa mère à l'autorité castratrice, sa mère à l'origine de tous ses maux, seule responsable de son dysfonctionnement. Sa mère dont la tête aura l'honneur d'être exposée sur la cheminée et de servir de cible à fléchettes. Mais son corps ne sera source d'aucun plaisir posthume, Ed ne mange pas de ce pain là.


A la lecture du livre de Stéphane Bourgoin, Ed Kemper se révèle étonnamment attachant. Doté d'un QI de 136, il n'a rien d'un énième débile profond, bien au contraire, son esprit affûté et sa complète collaboration avec l'auteur rendent son parcours, s'il n'est pas excusable, pour le moins humain. Aussi incompréhensible que cela puisse paraître de prime abord, Ed Kemper fait preuve d'une telle franchise envers lui même que l'on découvre l'individu derrière le monstre. Sans se chercher d'excuse, ni prononcer de réel remord, Kemper raconte son inévitable histoire, la seule qu'il pouvait vivre, selon lui, avec l'éducation qu'il avait reçu. L'histoire d'un enfant terrorisé par la société qui l'entoure, frustré et maltraité par son alcoolique de mère, et qui s'enferme lentement dans un monde de fantasmes. 
Devenu adulte, Ed Kemper, 2m10 pour 160 kgs n'est plus que fureur et frustrations.

Son intelligence l'a mené à se rendre à la police, à collaborer avec le FBI afin de dresser les premiers profils de tueurs de masse. Enfin, elle l'a mené à comprendre qui il est et ce pourquoi il agit ainsi. Elle aurait pu aussi lui permettre d'échapper à la justice et de continuer sa série de meurtres pendant encore longtemps.


L'ogre de Santa-Cruz est un livre passionnant, surtout de par l'approche de son auteur. Contrairement à la sale habitude des biographes français, lui s'est rendu sur place, à rencontré et interviewé personnellement le tueur. Il a aussi su raconter les crimes sans jouer la surenchère, sans sensationnalisme à deux balles. Stéphane Bourgoin se plonge dans ce monde torturé après le viol et l'assassinat de sa copine par un serial killer, pourtant son écriture ne trahit ni acharnement, ni manque d'objectivité. Il cherche sans cesse à apercevoir l'être humain, même au cœur des tueries lorsque l'individu n'est plus que pulsions sauvages. 
Il ne recule pas devant un brin d'humour, comme cette anecdote de l'agent du FBI, seul avec Ed Kemper dans une cellule d'interrogatoire de pénitencier. Une fois sa tâche terminée, le fédéral sonne une première fois le garde afin qu'il vienne lui ouvrir, rien ne se passe, il sonne à nouveau quelques minutes plus tard puis encore une fois. Kemper le regarde, esquisse un vague sourire et lui dit « Personne ne viendra à cette heure ci, c'est l'heure de la relève de la garde et du repas des condamnés à mort, pendant un quart d'heure nous sommes livrés à nous même...»


Au fil de ses différentes enquêtes, plusieurs dizaines, Stéphane Bourgoin a également croisé la route de Henry Lee Lucas et de son amant Ottis Toole, tout deux emprisonnés à perpétuité.  
La main de la mort raconte leur sinistre épopée.
Henry Lee Lucas, c'est un peu Délivrance à lui tout seul, il tue sa mère, une prostituée qui l'oblige, enfant, à la regarder faire son boulot, il viole et égorge comme on va pisser, baise chiens, cochons, chèvres et s'octroie même parfois de cocasses fantaisies en décapitant au préalable la copine de Mr Seguin.



Sa rencontre avec Ottis Toole n'arrange pas les choses, à eux deux, ils deviennent une véritable entreprise de mort. Crucifixion, crane fracassés à coups de pierre, kidnapping d'enfants, snuff movies, appartenance à une secte satanique se livrant à des orgies sanguinolentes mêlant crimes, cannibalisme et sexe outrancier, les deux hommes ont tout fait et pas qu'un peu, leur parcours criminel bien que régulièrement interrompus par des peine de prisons toujours à minima s'étale sur trois décennies !
Bizarrement, Henry Lee Lucas d'abord condamné à mort sera gracié par un Georges Bush Jr décidément sacrément épatant. En voilà un qui doit avoir de sacrés penchants.
Surtout que le parcours du gars Lucas n'inspire aucune clémence. Avec lui on tombe dans le sens premier du terme « tueur de masse » le nombre de ses victimes et de celles de son amant est estimé entre 300 et 600 !


 

Là encore le bouquin est captivant, véritable voyage aux tréfonds de l'horreur. Il ne ressort aucune trace d'humanité de ce duo, juste deux rednecks définitivement carbonisés, perdus entre démence, vaudou et LSD en quantités industrielles. Henry Lee Lucas est jovial, vantard, il raconte son parcours comme on raconterait des souvenirs de l'âge turbulent. Ottis Toole est torturé, lâche, et les savoir mort tous les deux n'émeut pas plus que d'écraser une mouche contre un carreau. Il suffit juste de s'inquiéter un chouïa si après lecture de ces ouvrages, vous vous retrouvez à contempler les intestins de l'insecte...




Hugo Spanky