dimanche 22 avril 2012

joE jAcKsoN


Mon Précieux est un Joe, non pas celui auquel d’entrée on peut penser, cui-là c’est plutôt comme un grand frère, un Tonton, Onc’ Joe.
Non là c’est aut’ chose, un extra terrien aussi mais dans son genre à lui. Un dont on joue plus souvent les albums qu’on ne cite son nom, et pourtant, il est là, toujours présent lui aussi sur la platine, sur les étagères, peut êt’ un peu perdu entre les Two Tones’rie et les Pretenders, quoi que, il occupe à lui tout seul autant de place.



Joe Jackson. Mon précieux, vraiment, avec 7 albums, « notez qu’y s’rait un peu con d’en rajouter un d’mieux », m’a fait voyager et découvrir tant de trucs vers lesquels il aurait fallu attend’ encore 20 ou 30 piges avant que je m’y colle.
Un extra terrien depuis l’début ? Pas tant qu’ça, ses 3 premières galettes étaient bien en place de leur temps, on y retrouve c’qui a fait le succès des ti gars de Coventry tout comme le feeling et la proximité du Lee Brilleaux, la nécessaire différence d’un Ian Dury ou d’Elvis Llecosto, ce petit plus qui fait que tu peux pas direct’ ranger le disque entre le premier Clash et le Machine Gun Etiquette, pas vraiment à sa place.

Ce Joe est pour moi depuis le début un élément précieux, ce petit besoin d’avoir un truc qui t’emmerde, te rappel à l’ordre. Si un London Calling ou un Sandinista m’ont choqué les feuilles et ouvert sur plus large, ça reste dans l’ordre des chose, ça y restait du moins, le Clash a toujours voulu nous amener plus loin, pour le surplace y’avait les UK Subs « que j’adore mais bon … », les Two Tones’ries, c’est surtout sur les seconds albums que ça commençait à décoller, voir ailleurs, mais les années de 82 à 84 ont été terrib’.
Est-ce que le bizness avait repris ses droits, récupérant à tour de bras « Turning Rebellion into Money » ?
Faut reconnaît’ qu’en bien peu de temps, exit tout mes groupes chéris, du Clash au Jam, des Specials au Beat, de Stiff Little Fingers au Ruts et autres Members, on s’est retrouvé devant du dépêche mode ou culture club, passé en un clin d’œil de Chorus au top 50, Bad Time !!
Petite constante dans ce foutra merdeux, ce Joe, plutôt Jackson, qui menait tranquille son chemin. 


Si son Jumping Jive m’avait un tantinet laissé sur l’cul, l’album suivant de 82, Night & Day, m’avait carrément placé sur orbite.
Purs morceaux, des mélodies comme s’il en pleuvait, une basse qui propulse, des percussions & rythms latinos.
Normalement j’aurai dû m’insurger, pester très fort contre cette musique d’ascenseur, ben non, même pas. Comme quoi j’suis quand même pas si obtus, enfin pas tout l’temps !!

Faut êt’ honnête, j’ai principalement tourné avec les 5 premiers albums jusqu’au début des années 90, bien content et tout à fait contenté. 

De Look Sharp à Beat Crazy en passant par le I’m a Man, j’avais mon compte de morceaux bien sentis, speeds et revanchards à volonté, ce Jumping Jive pour la curiosité, du « Jazze » et ce splendide Night & Day pour…, là j’ai pas les mots, écouter aut’ chose que du binaire à Bam Bam, aut’ chose que du Rock 1,2,3,4, peut-êt’ juste de la Musique, cool, « pa’c’que c’est bien aussi ! »

L’année 94 a été pour moi un sale moment, un ami a renvoyer à sa mère à l’aut’ bout du monde dans une boite en sapin, des montagnes de projets qui passent au bouillon et des centaines d’autres à mettre en place pour récupérer de quoi rembourser le prêt du « rapatriement ».

Observation / Adaptation, Action / réaction, Nique Tout, la Pensée Clint, toujours !

De soirées gastronomico-musicales en chantiers de peinture, l’esprit était bien occupé, temps mieux ! Y’a des fois où s’qui vaut mieux ne pas trop laisser l’esprit prend’ le d’ssus !


C’est sur un de mes chantiers, en faisant le brin de place nécessaire à l’ouvrage que je suis tombé sur une cassette, mais si souvenez vous, ce truc avec une bande magnétik qui nous a tant fait galérer, d’un album de Joe Jackson, au milieu de trucs dont la décence m’oblige à taire le nom.

Un album plutôt tardif, 89, du moins dont jamais je n’avais entendu le moindre extrait, si toutefois j’ai jamais entendu le moindre extrait d’un album de Joe Jackson

Blaze of Glory, pas mon album préféré, mais celui qui m’envoie, me renvoie, à certains nœuds dans la boîte à ragoût, me rougit encore les yeux, me fout comme une merde quoi.



Y’a peu ma Douce m’a offert une boîte à musique de jeune, MP 3 qui z’appellent ça, plutôt bien pour accompagner une journée de boulot, rajoutez à ça la pas si lointaine découverte du mode Shuffle, j’ai très vite transformé ma boîte à zizic en un pire Sound System, un truc de goinfre, m’enfin là j’m’éloigne…

Si depuis la découverte de ce disque, j’ai encore étoffé mon lot d’album du Joe, notamment avec le superbe Big World, je dirais-je obligatoire dans toutes bonnes discographies du Sieur portées sur étagères, ainsi que le très, mais alors très, talentueux Body & Soul, plus proche du Night & Day, j’ai toujours ce même frisson à l’écoute du Blaze of Glory.

Non ce n’est pas son meilleur album, un Son très …80, et pas dans le meilleur du sens, certes un retour à des chansons nettement plus Rock/Pop « si j’avais une fois pensé met’ ces deux mots côte/côte » que sur les précédents, mais des chansons plutôt longues, qui des fois s’étouffent elles mêmes, toutes seules comme des grandes.
Pas de plage, les chansons, tout comme les ambiances sonores, plutôt diverses, se fondent l’une dans l’autre. Cette album est construit comme une tranche de vie, de la naissance à…, chaque morceaux amenant le suivant, dans un souffle, « sûrement ce qui m’a touché dans ce moment à caractère funèb’ », mais pas pour autant un album bordélique non, de morceaux bien Rock à une ambiance Psychiatro-nouillaveuse, selon, de morceaux Folk à des fresques Orientales, Funky & Rythm & Blues.
Une tranche de vie avec toutes les questions & réponses posées en cette fin de décennie, « faut admet’ pas que de tout repos », de la guerre froide aux ti yuppies tout neuf, des Rockers qui passent aux ti derniers qui voudraient chausser des pompes pas à leurs tailles, et tout ça avec un brin d’humour, de cynisme & de mélancolie.


Cet album me fait toujours le même effet et ça j’aime, je souhaite à personne des moments sombres pour découvrir un disque, quoi que… Mais celui-ci reste un régal, alors ouais le Son est pas classe, c’est très certainement pas le meilleurs de Joe Jackson, « bien que je peux trop rien dire, j’ai pas mon CAP d’juge » mais comme en fait sur chacun de ses disques, y’a avant tout un bonhomme bourré de talent, avec des putains d’compositions, de la musique à profusion, des arrangements, des chœurs, du cœur. 
Ce Joe n’a jamais fait de soupe, jamais. 
Explorer d’aut’ trucs, profiter de ses capacités, jouer, c’est quand même un morceau d’musicien, sans pour autant glisser dans l’médiocre ou la facilité, « y’avait police pour ça » ! 

Joe Jackson, on cite bien moins souvent son nom qu’on en joue un album, et c’est très bien comme ça, fallait juste que ça soit dit !!

7red


jeudi 5 avril 2012

HanK III ✰ soN GRaND-PèRe EsT uN RocKeR



 
Mal connu de par chez nous, la country cultive les lieux-communs et s'apparente dans les esprits chagrins à une musique de ploucs prétexte à des samedi soirs à base de croix brûlées, d'esclaves pendus et de pratiques zoophiles.
Le genre a pourtant fourni une sacrée ribambelle d'albums magiques aussi somptueux que méconnu dans nos contrées. Rarement un genre cousin du Rock n'aura été aussi peu courtisé, du public comme des médias. Dans un pays où la presse s'apparente souvent à un reliquat de fan club, il suffit pour s'en convaincre de jeter un regard rapide sur les titres en kiosque, soul ceci, blues cela, jazz machin, rock à tous les étages mais ploucland music non ça jamais, c'est foutrement dommage.  

La country a une histoire palpitante, des personnages hauts en couleurs et, des pionniers à nos jours, le genre a délivré en nombre de quoi se délecter les esgourdes. Sans prétendre donner dans l’exhaustif, Merle Haggard, Hank Williams, Jimmy Rodgers, Buck Owen, Gene Autry, Ernest Tubb ou l'excellent Webb Pierce mériteraient aussi souvent que le seul Johnny Cash d'être cités comme les grands précurseurs du binaire qu'ils sont.




La country-rock des 60's californiennes avait su en son temps rénover le style et offrir son compte de beautés avec des albums comme celui de Doug Dillard et Gene Clark, the fantastic expedition ou ceux des Flying burritos brothers, de l'International submarine band (safe at home) deux groupes au sein desquels s'illustre Gram Parsons. Il faudrait aussi réhabiliter les New riders of the purple sage ou ce chef d’œuvre de l'ombre, l'intemporel No other de Gene Clark tout ça sans négliger l'actualité du genre et tout d'abord l'incroyable album El santo grial la pistola piadosa du non moins incroyable Slackeye Slim, un petit bijou paru en 2011, Justin Townes Earle (fils de Steve) Amanda Shires, Eilen Jewell, Jayke Orvis (it's all been said), l’ensorcelante Rachel Brooke et son compère Lonesome Wyatt dont le e.p en duo (a bitter harvest) autorise quelques rapprochements avec l'alliance Nick Cave/PJ Harvey. Plus nerveux et bluesy Jimmy Mathus et son album Jimmy the kid mérite également le détour, tout autant que Lucky Tubb & the modern day troubadours, The boomswagglers, Jason Isbel ou la prometteuse Little Lisa Dixie.
Et surtout il faudrait causer de temps à autre de Hank Williams III, ne serait-ce que pour signaler la sortie de ses disques !




D'accord faut aussi dire que la Country n'y met pas du sien. Idéal pour bouffer du kilomètre, le genre s'est trop souvent fourvoyée dans le gros son, les stéréotypes, les histoires d'amour vaseuses pour séduire un public peu regardant et pour le moins traditionaliste. Un public qui ne se révolte même pas lorsque l'immense Hank Williams se voit refuser l'intronisation au Grand Ole Opry hall of fame. Toujours revancharde, la légendaire salle n'a jamais pardonné au pionnier d'avoir foulé sa scène raide bourré, plus camé qu'un Johnny Thunders.
Et pourtant. Que serait devenu la musique américaine sans Hank Williams ? Je vous le demande.


Le gars a tout inventé. C'est lui, le premier, qui y injectera des notions comme le mal, la déchéance, la provocation, les excès, la violence, la mort avant 30 ans. Hank Williams est l'origine du truc qui nous secoue. De lui et de sa Country naquit le Rockabilly, et la différence est infime. Les enregistrements Sun d'Elvis Presley sont de la Country et seule son attitude (sexy) et sa dégaine (cheveux longs, chemise et chaussettes rose) le distingue des standards d'alors.
 

Un Johnny Cash restera à jamais dans cette catégorie alors que les deux larrons jouent à ce moment là strictement la même musique. Débraillé, mal éduqué, indigne des ondes, des salles prestigieuses et fréquemment vu en compagnie de "nègres", le jeune Presley verra vite son style gratifié d'un nom qui arrange tout le monde, tout en le mettant à l'index des puristes: le Hillbilly. Sauf que ça reste juste un nom. Une étiquette qui désigne une origine frelatée. Il n'était pas bio, le Presley. Hank Williams non plus.


Je ne sais pas si l'étude de la transmission des gènes est un sujet qui vous passionne, mais si c'est le cas le gars Hank III est pour vous. Fils illégitime et délaissé de Hank Williams Jr (un besogneux qui œuvre dans le boogie bas de gamme), le gars III a tout de son grand père. La voix, la tronche, le talent et les tracas. Pas besoin de test de paternité pour déceler les origines du bonhomme. Auteur de textes dans lesquels la menace se mêle à l'insulte, Hank III revigore un style à l'agonie, le régénère à la façon dont les Pogues avaient régénéré le folk irlandais. En lui foutant la gueule dans la boue.

C'est en suivant les conseils de la délicieuse Poison Ivy, via une interview de la dame, que je découvre le bonhomme avec son premier album Risin' Outlaw, parut en 1999. Un disque un chouïa encore timide, constitué en majorité de reprises, principalement du méconnu mais excellent Wayne Hancock. Tout est en place, il manque juste un brin de folie qu'on devine latent.



Avec Lovesick, Broke and Driftin' en 2002, notre gars prend de l'assurance et signe la quasi totalité des compos. La seule exception étant une superbe et très personnalisée reprise du Atlantic City de Springsteen. Ce second album est sa première vraie réussite, l'affirmation d'une personnalité.

En 2006,
Straight To Hell met définitivement le feu aux poudres. Longtemps retardé, la maison de disque ne voulant pas d'un truc aussi virulent, le double album s'impose comme le sommet de ce que la musique peut encore offrir de sale, d'authentique, de plus poignant (le splendide Country Heroes). Alternative assumée et revendiquée au son devenu trop conventionnel de Nashville, Hank Williams III a le feu sacré. Sans lui la race des Rockers trépanés serait morte avec Lux Interior. Traînez pas à découvrir ça. 
 

En parallèle à cet album, III enregistre This ain't country, album bien nommé puisqu'il projette d'y faire découvrir au public son autre passion musicale, le thrash metal ! Rien que ça.
Déjà tendues, les relations avec le label Crub ne vont aller qu'en se dégradant. Plutôt middle of the road dans sa production, Crub refuse purement et simplement de sortir le disque. Il s'en suivra un imbroglio juridique contraignant finalement le label à laisser libre cours à l'inspiration de son remuant chanteur. D'abord avec Damn Right Rebel Proud, un brûlot maltraitant autant que faire se peut le petit monde bien huilé de la country grand public en dézinguant notamment, et dès le premier morceau, sa principale institution le Grand Ole Opry. 
 
Partagé entre furies, finesses et un haut degré d'hallucinations pour couronner l'ensemble, ce double album dans la veine de son prédécesseur conforte Hank III dans son statut d'incontournable. Au fil des faces, on passe sans transition du délicat clin d'oeil à To know him is to love Him planqué dans le solo de I wish I knew ou celui au Apache des Shadows dans le splendide 3 Shades of black,  à des morceaux qui s'ils gardent une tonalité country n'en louchent pas moins sur le punk ( Long hauls and close calls, PFF)

Hank Williams peut reposer peinard, il ne sera peut être jamais intronisé mais, avec une telle descendance, il n'est pas près d'être oublié.


Débarrassé des contraintes de son label, Hank III retravaille les bandes de l'avorté This ain't country et en tire non pas un mais deux albums qui paraîtront à deux ans d’intervalle. Assjack dans un premier temps, en 2009, Hillbilly joker ensuite. Deux disques à effrayer même les plus endurcis fanas de Slayer, Exploited ou Sepultura. Deux ovnis enregistré en solo sur lesquels le bougre martyrise alternativement tous les instruments ! Chacun contient son lot de vraies bonnes chansons, Tennessee driver pour le premier, Hillbilly joker ou Life of sin pour le second en sont les plus évidents exemples.

Sur scène, Hank III continue l'expérience en divisant ses concerts en deux parties d'une heure et demie chacune, le premier set met la country à l'honneur, le second voit l'électricité prendre le pouvoir et envoie sa dose de métal corrosif.

Sans que ça n'étonne personne, vu le contexte, Crub et Hank III décident de mener route séparée. Néanmoins le label garde le droit de sortir des bandes restées jusque là inédites, comme ce sera le cas en avril 2012 avec Long gone daddy (qu'Hank III appelle à boycotter) et exige un dernier véritable album avant que le chanteur ne soit rendu à sa liberté. Ainsi, Rebel within sort en 2010. Porté par le splendide et aventureux single Karmageddon, le disque se permet d'étoffer le son avec l'apport d'une guitare électrique.

Sans perdre un instant, Hank Williams III crée son propre label indépendant, avant de s'enfermer en studio. Le résultat de ces fructueuses sessions paraît en septembre 2011 sous la forme de trois albums bien distincts. 
 

Dans la veine disons classique, le diptyque Ghost To A Ghost/Guttertown tutoie les sommets, que ce soit avec le morceau From a ghost to a ghost, un bijou enregistré avec la participation de Tom Waits pour un saisissant final éblouissant de beauté, Time to die et son violon tzigane ou dans un registre plus paillard ce Don't you wanna au texte sans équivoque (lookin all around trying to find me a girl who wants to fuck...) 
L'album n'appartient quasiment plus à aucun genre tant la personnalité troublée du chanteur s'y étale avec talent, ambition et panache. Ridin' the waves s'autorise les distorsions d'une guitare électrique tout autant qu'un galopant banjo et applique à la country les recettes du métal pour un étonnant résultat, la lente et dépouillée valse The devils movin' in côtoie l'hystérique Cunt of a bitch, Ray Lawrence Jr offre deux plages au nouveau venu du même nom, un gars sacrément prometteur que III a choisi de parrainer sans qu'il n'y ai rien à redire.
La seconde partie de ce triple album proposent un film sonore, Gutter town, une idée qu'Hank III avait déjà développé sur la seconde partie de Straight To Hell mais qu'il présente cette fois de manière beaucoup plus aboutie. Entre bruitages sonores définissant une ambiance lugubre et chansons aux influences cajuns, ce second lp indissociable de Ghost To A Ghost, nous embarque dans un univers qui fini de placer Hank III en dehors de toutes les catégories.

Attention Deficit Domination quant à lui est un album de doom metal tandis que Bar Ranch Cattle Callin fait suite à Hillbilly Joker en renouvelant les obsessions speed metal de notre homme. Chacun d'entre eux offre son pesant de folie furieuse. Vendu à prix cassé, ces deux albums sont avant tout réservés aux spécialistes du genre et permettent de mieux comprendre, si ce n'était déjà fait, pourquoi Hank III s'affiche avec un patch de Motörhead sur sa veste en jean.
C'est d'ailleurs en partageant l'affiche avec quelques-uns des plus significatifs représentants du Hard rock que III va visiter, trop brièvement, l'hexagone le temps d'un concert le 15 juin 2012 au Hellfest de Clisson. Le reste de la tournée européenne évite malheureusement les salles françaises, sans doute trop frileuses pour s'éloigner des sempiternelles reformations de vieilles gloires du punk qui garnissent inlassablement leurs affiches. On ne peut rien contre la connerie, certes, mais il serait temps d'instaurer dans notre pays un système exigeant que les subventions versées à ces salles imposent une programmation plus éclectique. Après tout lorsqu'on est financé par l'argent publique, il serait normal de répondre à un cahier des charges qui correspond à la diversité des goûts. Bon, je ne vais pas une fois de plus m’irriter l'ulcère sur le sujet mais merde.

 
Quoi qu'il en soit, Hank III mène à un train d'enfer une carrière qui ne ressemble qu'à lui même. A une époque où le consensus est devenu la norme, ça laisse un peu d'espoir à ceux qui refusent de se fondre dans la masse. Merci.

Hugo Spanky




samedi 31 mars 2012

Bombez le torse, bombez !


Hier soir j'ai bien roupillé, dès la moitié de Good morning England (le bateau qui rock en v.o...) un film inspiré de l'histoire de radio caroline qui ne démontre que la médiocrité de la culture pop anglaise et l'ennui profond dans lequel devait baigner le gouvernement de leur majesté pour s’attarder, en 1966, à vouloir censurer un mouvement aussi niais.

Comment se sentir concerné par les peccadilles contées par cette affligeante pellicule si ce n'est en se sentant fier de notre France ? Tandis que les coincés de la perfide albion se demandaient comment interdire la diffusion de la culture jeune, notre pays se targuait déjà et depuis 1959 d'une émission de radio brandie en étendard par les moins de 16 ans, ainsi que son complément papier, Salut les copains, au Hit parade desquels figuraient dès 1965 et de manière parfaitement banalisée, les Beatles, Kinks Who et autres craintes des autorités du royaume. De quoi tordre le cou à bien des complexes d'infériorités.


Je le dis haut et fort, la France est bel et bien le second pays du Rock'n'Roll talonnée de près par l'Italie, toutes deux à mille coudées au dessus des anglais. Londres n'a pas tué qu'Eddie Cochran, elle a aussi plongé Jerry Lee Lewis dans l'obscurité et qu'on ne vienne pas me dire que ce peuple adepte de la coupe au bol a recueilli Gene Vincent, ils n'ont fait que le ringardiser à grand coup de groupes mièvres et aseptisés. 
Pfff, lors de la dernière scène que mes yeux ont captés avant que mes paupières ne les obstruent, le dj de « radio rock » bravait tous les interdits en prononçant le mot fuck à l'antenne comme s'il tranchait le cou à sa reine. Hum, comment leur expliquer qu'en France dès 1952, un chanteur du sud mettait en rimes la sodomie d'un juge par un primate peu regardant ?

La pop anglaise c'est du Rock'n'Roll avec un napperon sur la banane et une théière dans le cul !


Ils ont eu les Who, certes, mais on a eu Aznavour, Dutronc, Gainsbourg, Polnareff, Bashung, Fred Chichin.
Bordel, il serait grand temps que l'on se penche sur notre histoire, que notre lègue soit encensé et que soit passé aux plumes et au goudron les sempiternels pitres rabâchant jusqu'à plus soif que le français ne sonne pas en rythme.
Je me contrefous de Claude François mais je salue la sortie d'un biopic enfin consacré à un gars de (presque) chez nous tout autant que je m'inquiète d'apprendre que Julie Delpy va se pencher sur le cas Joe Strummer. Qu'est ce qu'on peut en avoir à foutre de ce qu'elle pourrait bien nous raconter sur le Clash brailleur ? Confidences saisies sur l'oreiller du copain du cousin de la sœur au voisin de squat de cousin Joe ou révélations sur l'enregistrement de London calling, on s'en fout !
Pondez nous un film sur Dick Rivers ! Je viens de finir Mister D, longue interview en forme de biographie qu'il vient de faire paraître aux éditions Florent Massot, c'est fendard, ça cause de Nice, du Paname d'avant 68, de Toulouse, de ses rêves américains, du temps qui passe, pas besoin de prétexter un anglais pour saisir le parfum du Rock'n'Roll, tout est là.



 
Et qu'on vienne pas me saouler avec le punk, ce phénomène n'a eu aucune résonance chez nous dans la mesure où la moindre chanson de Michel Sardou le rend aussi inoffensif que ridicule. Là encore seul les anglais pouvaient être choqués par ce qui s'est avéré n'être qu'une tempête dans un verre d'eau. 


Le Clash ne me passionna que lorsqu'il traversa l'atlantique soit au moment même où son public anglais le condamna pour traîtrise. Bande de zguègues tellement prisonniers de leur île que rien dans leur musique ou leur cinéma (je ne sais pas s'ils ont des écrivains contemporains mais bon) ne sait exister sans un vernis de nostalgie de plus en plus épais. Jusqu'au début des années 2000 tandis que nous avions l'un des meilleurs Hip Hop du monde, ils en étaient encore à se chercher un palliatif aux Beatles. Elle a bonne mine l'avant garde londonienne.


Pour un David Bowie nourrit aux sonorités du monde, un Jerry Dammers, un Mick Jones aventureux dans l'âme, combien de popeux geignards ressassant encore et toujours les mêmes ritournelles ? Combien de cats stevens, de coldplay, de James Blunt ?

Mauvaise foi me direz-vous, pourtant il suffit de s'égarer sur canal plus pour tomber sur la dernière branchitude estampillée UK, tantôt de la soupe ânonnée par une black décolorée qui se voudrait le renouveau de la soul (?) tantôt un quintet de jeunes aux tronches d'idiots/bêtes usant nos nerfs sur une bande son qui si elle servait de prétexte à des gosses de chez nous leur vaudrait un retour express chez papa/maman, mais là, non, c'est supra cool, hyper tendance. Et merde !


Et d’où ça sort que se saper d'un t.shirt imprimé union jack serait le summum du look pop alors qu'un t.shirt bleu blanc rouge serait immédiatement symbole de nationalisme fascisant ? 


Non, vraiment s'il y a une différence de niveau entre eux et nous, elle n'est pas culturelle, elle est structurelle. Alors que depuis le ticket Mitterand/Lang en 1981, on traite par ici les musiciens comme des affiliés à la cotorep en leur refilant subventions et locaux municipaux, en les prenant par la main, les anglo-saxons  considèrent les leurs comme des professionnels, du coup c'est que le meilleur gagne (ou le plus corrompu) et que les autres se démerdent. Le tri se fait à la source et pas au robinet.
Ce qui ne veut pas dire que le lavabo est plus étincelant pour autant.


Hugo Spanky

mardi 13 mars 2012

BRuCe SPRiNGsTeeN, a NeW woRld is coming

Tir groupé sur Ranx Ze Vox à l'occasion de la sortie du nouvel album de Bruce Springsteen
Après l'avis d'Hugo Spanky voici celui d'Harry Max, en attendant que 7red s'y colle.




Trompé par la pochette qui laissait entendre un album rentre dedans et basique, toutes guitares rugissantes en avant, la première écoute de Wrecking Ball, le nouveau disque de Bruce Springsteen, m’a décontenancé car manifestement nous avons affaire à son travail le plus sophistiqué en terme d’arrangements.  
Tout commence par le single We take care of our own qui d’emblée donne le ton de cet opus : un manifeste pour toutes les personnes que cette saloperie de crise frappe de plein fouet ; une invective contre les patrons, les politiques et les institutions gouvernementales qui nous bafouent sans vergogne. En somme un poing tendu ou plutôt – d’où la fameuse pochette – une guitare brandie en guise d’insoumission envers les pontes de la finance qui nous assassinent une peu plus chaque jour avec leurs mesures criminelles. Et puisqu’il n’y a plus d’aide à recevoir de quiconque, que les bonnes intentions sont en voie de disparition, nous n’avons plus qu’à prendre soin de nous même. Mais ensemble car ce c’est là que ce fait toute la différence.

Avec Easy money, composition folk rock rehaussée d’une touche de gospel, on se laisse volontiers emporté par un rythme de valse procuré par un violon entraînant. 
Sur Shackled and drawn, l’une des merveilles de cet album généreux en pépites, c’est un rythme martial qui nous accueille tandis que des percussions de tous types se rajoutent au fil de ce morceau à forte connotations irlandaises qui voit son final asséné par un banjo saccadé d’une redoutable efficacité. Avec Jack of all trades, la sobriété est de mise. Toute en délicatesse cette complainte déchirante, avec son solo de trompette admirable ainsi que l’arrivée toute en douceur d’un ensemble de cordes, nous étreint durablement le coeur et finit par nous laisser exsangue face à tant de charges émotionnelles.
 
Déboule ensuite un autre sommet, Death to my hometown. Grâce à cette chanson, Bruce nous rappelle que désormais ce ne sont plus les bombes, les batailles rangées, bref des ennemis tangibles qui détruisent nos usines, nos familles et nos foyers mais bel et bien le capitalisme outrancier et sans pitié pour personne qui mène notre monde vers sa perte. Le message est on ne peut clair : il ne faut surtout pas courber l’échine ; on doit renvoyer en enfer tous ces saligauds qui servent aveuglement ce capitalisme meurtrier.
 
This depression, titre à la rythmique lourde et angoissante, nous martèle que seul le coeur nous sauvera ; que nous devons nous soutenir coûte que coûte pour pouvoir nous en sortir tout en gardant sa dignité.




Wrecking ball, le morceau titre, va encore plus loin dans sa démonstration. Il nous exhorte à foutre tout en l’air, à faire table rase et à bâtir un nouveau monde. Ce morceau est un hymne pour galvaniser les foules et sa construction, d’une complexité à faire blêmir n’importe quel musicien digne de ce nom, mérite les plus hautes éloges. Son ouverture se fait de façon nuancée au moyen d’une guitare électroacoustique sur laquelle se superpose en de multiples couches tout un ensemble d’instruments et de percussions (accordéon, violon, basse, clap hands, grosse caisse, etc.) puis soudain toute la machinerie s’emballe et des cuivres endiablés précipitent le morceau dans une nouba frénétique qui rendrait hystérique une pauvre hère dépressive sous valium. Tout le monde est au taquet et cette ode à l’insurrection nous plonge dans le plus ineffable des bonheurs.
 

You’ve go it, plus terne et conventionnelle, aura pour triste titre de gloire d’être la composition la moins convaincante – voire même dispensable – de cet album.
 

Tout l’inverse de Rocky ground qui fera maintenant parti des chansons les plus novatrices et étonnantes que Bruce nous a délivré. C’est avec une prêche d’outre tombe en fond sonore que commence ce curieux titre qui brasse gospel, rap, trompette mariachi et touche d’électro dans un savoureux melting polt. Un festival d’inventivité qui prouve à tous les ignares qui en douteraient encore à quel point la richesse de la palette musicale de Bruce est sans limite.
 


Vient ensuite la reprise de Land of hope and dreams qui, vu le sujet de ce disque, à toute se place ici d’autant plus qu’elle fait preuve d’un allant du meilleur effet.
 
Ultime monument de cette galette mirifique We are alive nous convie à une fiesta avec les morts de tous les diables. Elle mélange de manière détonante racine irlandaise (on se croirait dans un pub), ambiance mariachi (les trompettes furieuses !), touche redneck (le banjo trépidant !) et envolées à teneur western. Autant vous dire que lorsque The Pogues rencontre Los Lobos et vont voir Délivrance cela n’engendre pas la monotonie !
 
Cet album aurait aisément pu se terminer sur ces entrefaites mais deux formidables bonus tracks viennent l’enrichir : Swallowed up (in the belly of the whale) qui bénéficie d’une atmosphère délétère des plus poignantes et American Land  (qui dit, en substance, que toutes les races ont construit ce pays et qu’elles ne se laisseront pas déloger sans broncher) qui vient clore ce disque de fort belle manière grâce à une version d’anthologie qui nous pousse à nous lancer dans une gigue infernale.
 

On l’aura compris Bruce a bouffé de la vache enragée et, remonté comme il est, la tournée française qui s’annonce promet des spectacles riches en moments d’exceptions. Ça tombe bien car l’équipe de Ranx ZeVox a déjà ses billets pour le concert prévu à Montpellier.
Gageons que nous vous en ferons un commentaire plein de ferveur. D’ici là, nous vous souhaitons bonne écoute avec Wrecking ball.


Harry Max

Forum Open all night
Forum Land of hope and dreams

vendredi 2 mars 2012

justifieD


Un Marshall inspiré du Clint Eastwood d'un shérif à New York, l'excellent Timothy Olyphant, un encombrant ami d'enfance au tempérament explosif (au propre comme au figuré) Walton Goggins, le tout assaisonné d'une ribambelle de furieux chargés de nourrir l'intrigue, voilà de quoi faire de Justified la plus excitante des séries depuis The Shield.

Pris à la gorge dès la première scène, on suit le Marshall Ray Givens de retour dans son Kentucky natal après que ses méthodes, un chouïa expéditives, aient été jugés indésirables à Miami.
Les retrouvailles avec ses racines vont s'avérer tenir du numéro d'équilibriste, entre un père multirécidiviste, une ex-femme éprouvant le plus grand mal à tourner la page et un wagon de revanchards pour lesquels les vieilles rancœurs ne sont pas soldées, le Marshall Givens joue serré. Chaque rencontre, chaque nouveau personnage, nous assure un épisode haletant au final régulièrement sanguinolent. Ça canarde dans Justified, et pas qu'un peu. 


La première saison définie les contours façon tir de chevrotine, ça part un peu dans tous les sens avec des intrigues courtes et efficaces qui se superposent à la trame de fond. Le rythme est soutenu, on sent que les scénaristes ont retenu la leçon de l'échec commercial de The Wire, terminé la mise en place qui prend son temps, faut que ça cut, que ça trace sans détour, au risque parfois de tomber dans un brin de facilité tendance BD. Faut dire que le scénario s'inspire des polars d'Elmore Leonard, pas franchement le genre d'auteur à s'encombrer de fioriture.


La seconde saison est meilleure, l'intrigue est plus creusée, les personnages plus fouillés et surtout Walton Goggins est omniprésent. Et c'est tout sauf un détail. Cet acteur est un grand, j'en reviens pas que sa carrière au cinéma ne soit pas plus étoffée. La seule explication que j'ai pu trouver n'est pas encourageante pour l'avenir du grand écran, Walton Goggins est trop bon, pas assez lisse surtout, pas assez standardisé, trop subtil dans ses interprétations même, et surtout, si le rôle est excessif. Walton Goggins donne de la profondeur à ses personnages de tarés, rend attachant des gars que des moins doués lui rendraient caricaturaux. Il poursuit dans Justified le splendide boulot qu'il avait effectué dans The Shield, ce tour de force qui nous fait oublier de haïr un immonde salaud.


 

La saison trois attaque encore un cran au dessus, les seconds rôles sont un régal, les intrigues en suspends à la fin de la saison deux y trouvent un prolongement en forme de nid de serpents aux pieds d'un Marshall Givens qui plus que jamais va devoir appliquer sa devise : je ne dégaine que pour tuer.

                                                                                
                                         
   Hugo Spanky