mercredi 30 avril 2014

TeReNCe TReNT D'aRBY


Un tempo qui claque comme la langue sur le palais, des mots qui impriment l’imaginaire, saisissent les larmes des papillons, une voix qui ressuscite Sam Cooke, plus loin, quelques notes de synthé. Quiconque a entendu Wishing well en 1987, que ce soit en grande surface (comme moi) dans sa voiture ou devant Les enfants du Rock s’est senti attrapé par le colbac. Quiconque ayant une âme, je veux dire.

Le premier album de Terence Trent D’Arby a rempli son rôle et imposé le chanteur au public. Trop vite, mais imposé. Trop vite et trop tôt surtout. Il va s’avérer que Terence est fragile, cette sensibilité qui transparaît dans sa musique, nous touche via sa voix, n’est pas dû à une quelconque technique, n’est pas feinte. Est-ce les rues de Chicago, celles du New Jersey ? Est-ce la boxe ? Est-ce l’année passée incorporé chez les GI’s, d’où il déserte avant de passer en cour martiale ? Pourquoi a t-il fui l’Amérique pour s’exiler en Angleterre ? Nul ne sait, et moi encore moins, mais le môme a vécu quelque chose, a vu, subi. Il est marqué. Funambule qui tangue sous la brise.


Le disque se vend par millions et ce n’est pas volé. Les classiques s’y bousculent, Sign your name, Dance little sister (qui dans sa version maxi inclus une démentielle fusion sur Sex machine) If you let me stay, I’ll never turn my back on you et se conclut, après un divin a-cappella tout droit venu du Doo wop, par la meilleure version qui soit d’un Who’s loving you pourtant déjà porté jusqu’aux cieux par les Jackson 5. Après avoir imposé élégance et raffinement le temps des sillons qui précèdent, Terence Trent D’Arby ouvre des brèches sur ce titre historique, crache tout ce qui nous manque tant depuis, une authenticité à faire s’effondrer les murs de Babylone.

Acclamés par tous, le disque et son auteur sont encensés, portés aux nues, désignés comme sauveurs d’une musique déjà en perdition. Les journaleux sont en extase, ils tiennent un gosse divinement beau et bourré de talent, véritable festin en temps de disette. Ils en seront pour leur frais. Au fil des interviews Terence Trent D’Arby démonte leurs éloges, s’en amuse, affirme que si son disque est le meilleur album paru depuis Sgt Pepper’s, il n’est pas pour autant à la hauteur de ses espérances, que tous se trompent, qu’ils doivent lui laisser du temps, le soutenir sur le chemin qui le mènera à offrir le meilleur de lui même et non pas se contenter de vendre un produit aussi bien foutu soit-il. Dans la foulée, il aligne en face B de ses maxis des versions incendiaires de Under my thumb, Jumping Jack flash ou céleste du Wonderful world de Sam Cooke, reprend Heartbreak hotel et se fait remixer par Lee Perry. Pour un gars présenté comme le dernier gadget de la Hype avant-gardiste, autant le dire clairement, du haut de ses 25 ans Terence Trent D’Arby se fout de la gueule du monde.


Vexée, traitée pire que de la merde par les stars d’alors, Prince, Bruce Springsteen, Madonna, Michael Jackson, la presse va se retourner, saisir l’occasion de montrer l’étendue de sa connerie et, ce faisant, justifier le dédain avec lequel elle se voit considérée. Rarement, les articles consacrés à un chanteur auront autant mis l’accent sur ses faiblesses psychologiques. TTDA prend des champignons hallucinogènes, TTDA a vu dieu, TTDA fait de la moto sans casque, TTDA ne sait pas cuisiner les bolognaises, TTDA serait pédé : son ancienne copine en témoigne. Et lui qui ne refuse jamais un entretien, trop poli pour se protéger, trop immature pour voir qu’à travers lui les tabloïds règlent leurs comptes avec des maisons de disques qui les méprisent, avant d’engloutir leur indépendance. On peut voir dans son histoire les prémices de ce qui détruira Amy Winehouse, ce besoin de nourrir les rotatives quitte à en oublier la décence, cette faculté qu’a l’Angleterre de dévorer l’essentiel au profit de scoops aussi mercantiles que destructeurs. De Jerry Lee Lewis à Pete Doherty, les exemples sont légions. Que ce soit ce modèle qui sert, depuis deux décennies, de bible aux magazines français en dit long sur leur intelligence.



Neither fish not flesh, son deuxième album, sort dans la foulée, sacrifié pour l’exemple. Aucune critique ne sera trop dure, toutes vont le pulvériser, le réduire à néant, le ridiculiser. Démontrer, surtout, à travers tout ça, leur ignorance, leur nullité dans la matière dont ils se posent en érudits. Avec cet album Terence TrentD’Arby a voulu corriger ce qui le hérissait sur Introducing the hardline, sa production trop lisse, trop parfaite, trop impersonnelle. Cette lucidité sera le premier accro avec CBS qui rêve de faire de lui un pendant masculin de Sade.

On est en 1989, j’essaye d’échapper à un destin tout tracé en forme de coudes abonnés au zinc, j’alterne cellules de l’AFPA et nuits dans ma voiture, nourrissant mon éveil en enchaînant les cassettes dans mon auto radio, fuyant l’ordinaire, les bas du front. Dans mon périple, je croise un aficionado du Funk, au détour d’une conversation enflammée il me met sur la piste, me l’affirme, ce nouvel album est mieux que fantastique, il est brûlant, vivant, se fout des convenances. Il nous ressemble. On finit chez lui à cramer des têtes en écoutant la chose, réveillant son gosse et sa femme, mannequin anorexique, égarée et lunaire. Elle nous fait des pâtes à trois plombes du matin tandis que les deux faces tournent en boucles. Au jour levé, il m’offre la cassette et un rasoir Bic. Je ferais bon usage des deux.



Neither fish not flesh est un bide qui en aurait enterré d’autres. Terence Trent D’Arby a fini de faire la Une. Le seul tort du disque est sa construction en labyrinthe. Il commence par la fin, place en ouverture les titres les moins accessibles, ne se livre qu’à la longue. C’est aussi ce qui lui confère son éternelle saveur. Comme des épices savamment dosés qui ne se dévoilent qu’une fois ingurgités et digérés.

Apaisé, c’est avec un sourire au coin des lèvres que je retrouve Terence Trent D’Arby sur les ondes des FM deux ans plus tard. Malin, le môme a placé un imparable hit sur son album suivant, Symphony or Damn, ce Delicate  partagé avec Des’ree. Superbe.


Toujours en lutte contre lui-même, plus que contre le reste du monde, Terence Trent D’Arby se définit comme un objet de plaisir pour ces dames avec Vibrator, son quatrième album. Un chef d’œuvre de Funk Rock hautement énergétique. Le disque est imparable, peut être son plus abouti, et sans réserve l’un des meilleurs disques du genre, parfaite équation de délicatesse et de puissance. Cet album c'est l'alliance de Sam Cooke et du psychédélisme groovy de Axis bold as love. Une perfection au sein de laquelle, entre autres curiosités, le Funk se mue en Salsa ou se nourrit des cuivres du Rhythm & Blues originel. Lui commence sa mutation, cheveux courts, décoloré en blond, il donne des concerts à s’ouvrir les veines de plaisir, déboulonne la notion de feeling en s’arrachant le cœur en public, chaque soir sous les lumières, le temps d’une version belle à pleurer de Holding on to you. Faut entendre ça encore et toujours, ça rend exigeant. Clic


C’est déjà la fin pour ceux qui ne l’ont suivi que le temps de l’éclosion. Terence Trent D’Arby se rebaptise Sananda Maitreya, passe pour plus fou encore, et claque la porte de sa multinationale maison de disque.

Il s’installe en Italie d’où sa femme est originaire, rencontre le Pape, se connecte au web et enregistre comme un possédé des disques qui dorénavant ne sortiront quasiment plus dans le commerce. 
Et alors ? Wildcard, The Sphinx, Nigor Mortis ou tout récemment Return to Zooathlon démontrent que, libéré et enfin adulte, il n’a rien perdu de sa fulgurance, de ce talent inouï pour mêler psychédélisme Pop, rugosité Rock et fluidité Funk, fusse en toute confidentialité tandis que Lenny Kravitz accumule les lingots avec l’héritage laissé par le souvenir d’une claque sonore bien reçue et jamais oubliée.


2014 et Sananda Maitreya est toujours là, donne des concerts là où on le réclame, joue du piano dans les jardins publics de Milan, propose des téléchargements à 0.99 euros le MP3 sur son site, comme Mick Jones avec Carbon/Silicon, comme Prince, comme tous ceux qui, plus que le faste de la reconnaissance,  cherchent à avancer sans contrainte. Comme quelques-uns d’entre nous, aussi, qui savent dorénavant quoi taper dans la barre Google pour ne plus se nourrir uniquement du menu de la cantine.



21 commentaires:

  1. Je ne me suis jamais intéressé au bonhomme et sa musique est donc largement passée au delà de mes esgourdes, mais vu comment tu loues son talent à travers ce papier touchant à plus d'un titre,.je m'en vais creuser cette affaire pas plus tard que maintenant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et grand bien te fera cher Harry Max,.
      Vibrator est sans doute celui qui reste le plus accessible, il dégage une telle puissance ce disque que ça reste scotchant comme au premier jour (ok, il faut aussi aimer les cathédrales psychédéliques qui semblent fondre et se remodeler sans cesse et ne surtout pas être sectaire).
      Neither fish not flesh pour me l'être encore joué aujourd'hui est toujours aussi bon également, branque par moment, purement Rhythm & Blues à d'autres, c'est dans la veine du premier album sans les tics de productions 80's.
      Symphony and dawn est plus léché, son disque le moins barré mais pas le moins intéressant.
      Et puis il y a tout ce qu'il a enregistré sous le nom de Sananda Maitreya et là c'est à chacun d'y trouver son compte. Des chansons quasiment nues parfois, flirtant régulièrement avec la Pop la plus délicate et délicieusement psyché qui soit. La production est souvent squelettique (auto-prod oblige) mais la palette d'idées, d'inventivité et le talent du bonhomme pour ces mélodies sinueuses qui vous trottent dans la tête font de chaque écoute un voyage. Le tout récent Return to Zooathlon démontre que le talent est intact.
      Hugo Spanky

      Supprimer
    2. The sphinx et dans un registre plus dépouillé Angels and Vampires (très Stonien, acoustique et bordélique à souhait avec une version d'Angie disons très personnel) sont de sacrés trips aussi.
      Hugo Spanky

      Supprimer
  2. MERCI BEAUCOUP!! Please check the official website www.Sananda.org and the YT: www.youtube.com/SanandaMaitreya
    for the new music :-)

    Sananda - staff

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Waouh ! Merci à vous. Voilà qui fait terriblement plaisir.
      Hugo

      Supprimer
    2. Quel choc que ce "Vibrator"! Cela fait trois jours que je me le joue plusieurs fois dans une même journée et qu'il m'estomaque encore plus à chaque écoute renouvelée.
      Citons d'entrée de jeu la merveille des merveilles: le morceau "Holding on to you" , une ballade soul d'une telle pureté qu'elle se hisse direct dans le panthéon du genre; un instant de délicatesse qui met tous les sens en émoi et nous plonge dans un bonheur cotonneux. Elle est talonnée de près par "We don't have that much time together", une autre ballade soul frémissante qui se voit rehaussée par un passage salsa de toute beauté. "TTD'S recurring dream" nous délecte elle aussi par la richesse de son ornementation ou même un accordéon vient apporter une touche de finesse supplémentaire.
      Avec "Vibrator", "Supermodel Sandwich", "Read my lips (I dig your scene)", "Surrender" et "Ressurection", c'est la puissance du funk combiné au rock qui nous secoue le buble rachidien; le genre de morceaux après lesquels les Red Hot Chili Peppers courent depuis des lustres sans avoir jamais atteint un tel tournemain jubilatoire. Les guitares envoient le bois et font montre d'une originalité jamais prise en défaut, la basse impose un groove qui ferait swinguer un troupeau de rhinocéros avec une grâce irréelle et Terence nous achève avec son interprétation vocale d'un impact terrassant.
      Mais le bougre sait aussi nous faire chavirer le coeur avec pour seul accompagnement un simple piano sur "If you go before me" et "I'ts been said", des joyaux à même de faire fondre en larme la pire des crapules.
      Je ne porterais mon bémol que sur le titre "Undeniably" qui se voit gâcher par un pont jazz rock final du plus mauvais goût. Mais cela n'est que du pinaillage tant ce disque se révèle remplit de splendeurs époustouflantes et d'un talent immense pour les arrangements innovants en diable.
      Mon cher Spanky Man tu cites Prince et Hendrix dans ton remarquable papier et bien je trouve que Terence les surpasse sans avoir l'air en plus de fournir un effort surhumain afin d'y arriver; c'est dire tout le génie du bonhomme.
      Quoiqu'il en soit je te remercie grandement pour cette putain de découverte qui, j'en ai bien l'impression, n'a pas finit de me faire afficher un sourire béat au coin des lèvres tant je nage dans la joie avec ce disque FORMIDABLE!

      Supprimer
    3. Parfaite critique de ce bijou de Vibrator, mon très cher Harry.
      Hendrix, je trouve que son œuvre est surestimée. Certes en tant que guitariste, il est indéniablement parmi la poignée de ceux qui ont le plus fait évoluer la pratique de l'instrument, il a aussi amené un côté très spectaculaire et flashy dans sa façon de se mouvoir sur scène. Si on s'en tient à ses disques, c'est une autre histoire. Déjà son groupe Experience était composé d'une sacrée paire de buses, niveau basse/batterie ça swingue comme des biscottes (ou comme des anglais). Il en ira mieux avec l'arrivée de Buddy Miles et Billy Cox au moment de Band of gypsys, hélas la dope lui avait déjà lessivé le ciboulot. Reste des perles éparpillées de ci de là, Little wing et Bold as love en tête.
      Funkadelic avec Eddie Hazel à la six cordes aura finalement amené bien plus et bien meilleur que le maigre héritage laissé par Hendrix. Mais il reste l'inventeur du genre et quand tu n'arrives pas le premier alors tu es en retard.
      Pour en revenir à Sananda/Terence, oui, ce qui stupéfait le plus chez lui c'est cette facilité déconcertante avec laquelle il se hisse au niveau des plus grands sans paraître faire autre chose que respirer. Fascinant.
      Hugo

      Supprimer
    4. J'ajouterai que Prince a écrit de grandes chansons c'est un fait indéniable mais sa production sonore a subit les affres du temps et sonne terriblement datée (tous ses sons de synthés cheap et -surtout- cette affreuse basse slapée sont difficilement écoutables de nos jours sans éprouver au mieux une certaine crispation qui donne des envies de taper sur quelqu'un pour se soulager) alors que celle des disques de Terence demeure toujours appréciable.

      Supprimer
    5. Ce que tu dis sur Prince, si l'on s'en tient à ses albums parut à la même époque que ceux de Terence chez CBS -les 4 premiers- est imparablement vrai. C'est dans son refus forcené de sonner comme un nouveau gadget pour branchés que Terence aura donné cette intemporalité à ses disques. Ceci dit, depuis, Prince a su revenir (ou venir tout simplement) à des sons plus "naturels" pour preuve Lotus Flower ou ses tous récents enregistrements avec la formule 3rdeyegirl.
      Je pense que Terence de par son tempérament va d'instinct vers quelque chose de moins strict et "sous contrôle" que Prince, il souffre nettement moins du syndrome du génie qui veut plaire au plus grand nombre, ce qui lui donne une sorte de décontraction que l'on retrouve chez les Stones -de Goat's head soup/It's only R'n'R/Black&Blue notamment- où les expérimentations qu'elles soient psyché, funky ou plus "roots" sont des fins en soi, qu'elles soient réussies ou un brin casse gueule n'a finalement plus aucune importance tant qu'elles permettent d'avancer.
      Qu'il offre une relecture de Dancing with Mr D intelligemment rebaptisée Dancing with Mr Nostalgia sur son récent Return to Zooathlon n'est surement pas un hasard.
      Il est libre dans sa tête Sananda, son parcours hors des sentiers balisés ne fait que le confirmer. A la différence de Prince, il semble n'en avoir pas grand chose à foutre de l'aspect pécuniaire ni de brosser l'auditeur dans le sens du poil. Un Artiste, au sens originel du terme.
      Hugo

      Supprimer
  3. ooops je peux rien dire de plus ,c est une pure régalade!!! je découvre et j adoooooore!!! pam

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Extra ! Ça fait plaisir de savoir que ce papier t'a donné envie d'écouter le cas Sananda. Il n'y a pas de plus grand plaisir qu'un plaisir partagé.
      Bises
      Hugo

      Supprimer
    2. Bon et bien enfonçons encore plus le clou si nécessaire:"Neither fish nor flesh" est une autre claque musicale qui réduit la maigre concurrence à de simples pitres qui swinguent comme des patates.
      Plus exigeant, plus dépouillé et riche en expérimentations sonores qui sonnent pourtant comme des évidences, cet album combine la sensibilité et le groove avec grâce.
      Pour vous en convaincre, écouter donc les morceaux "I'll be allright", "This side of love" et "I don't want to bring your gods down", trois tueries rhythm and blues imparables à savourer jusqu'à la lie.
      Là je suis en train d'écouter "Wildcart!", disque de la période Sandana Maitreya de ce grand bonhomme et, vous savez quoi, malgré une production sonore plus gonflée cela reste de haute volée; une oeuvre gorgée d'un feeling propre à rendre maboul tout amateur de musique qui se respecte.
      Vraiment incroyable et inconcevable qu'un tel talent soit à ce point ignoré!

      Supprimer
  4. Je profite de ce billet musique pour poser une question aux animateurs et lecteurs de ce blog:
    Terence Trent D'Arby me renvoie à une période où les (bonnes) musiques jaillissaient des fenêtres dans les quartiers de ma ville, des plus populaires aux plus riches, plus particulièrement au printemps et en été. Or depuis quelques années, j'ai l'impression qu'un silence crispé a progressivement grignoté ma b.o. urbaine. A l'exception de la daube diffusée par les radios "d'jeunes" sur les autoradios dont le volume est poussé à fond, plus rien. Ma question: est-ce spécifique à Genève, l'ex-Rome protestante surnommée à juste titre Calvingrad, ou le phénomène est-il aussi perceptible dans vos villes françaises ? Un copain qui a un magasin de hifi affirme que les nouvelles générations ne sont plus du tout sensibilisées et éduquées à la qualité du son comme nous l'étions dans les 70's et les 80's quand la possession d'une bonne chaîne était un must pour tout passionné de musique. Il est persuadé que c'est lié. Avant, on aimait partager la musique avec le risque d'irriter nos voisins; aujourd'hui, je croise des trentenaires hipsters plongés dans la lecture de leur tablette un casque sur les oreilles mais l'espace sonore urbain n'est plus vivant. Quelque chose a disparu.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu touches là en effet au coeur du problème. Les jeunes d'aujourd'hui ne jurent que par leur Iphone, leur Ipod ou autres lecteurs numérique pour écouter de la musique et ils font l'apologie de la culture de la zappette. Pour eux la musique se vie sous forme de compilations de morceaux de divers artistes qu'ils vont dégoter sur Internet si bien que désormais ils sont infoutus d'écouter un album d'un seule personne ou d'un groupe en entier. Seule la quête de nouveaux titres pour alimenter leur lecteur dernier cri semble les motiver. Et ils écoutent ça en autarcie sans rien partager avec quiconque.
      D'ailleurs les tempéraments ont à ce point changé que, dorénavant la plupart du temps quand tu es invité chez quelqu'un, tu constates, comme l'a souligné ton ami, qu'il ne possède même pas de chaîne hi-fi et qu'il se contente de poser son outil numérique sur sa station d'accueil en guise d'ambiance sonore.
      Seuls les véritables férus de musique connaissent toute la valeur de faire découvrir des disques à ses amis en les jouant sur sa platine; c'est presque un acte de foi que de vouloir procurer du bonheur à autrui avec une galette qui nous a mis tous les sens en éveil. C'est aussi une manière de s'affirmer au monde et de révéler par la même sa personnalité. C'est avant tout simplement une façon d'enrichir l'existence.
      Dès lors on peut effectivement déplorer cet apathie musicale qui frappe notre époque.
      Bon en même temps faut-être honnête, on a toujours plus entendu dans la rue, s'échappant d'un fenêtre d'habitation ou d'un véhicule, des merdes commerciales qui nous donnaient plus des envies de meurtre qu'autre chose.
      Pour moi le problème n'est donc pas tant que les rues ne sont plus aussi animées musicalement parlant que la façon dont les gens maintenant consomme la musique.

      Supprimer
    2. Pas mieux. La touche Next est sans doute la plus utilisée par les nouvelles générations.
      Pour ce qui est des "rues" et de la manière dont la musique nous parvenait, il me semble que les bars "rock" ne remplissent plus leur rôle de défricheurs. L'apéro dans les bistrots toulousains était souvent l'occasion de découvrir des disques, des groupes, chaque taulier avait ses marottes, sa sensibilité et proposait sa sélection personnelle. De nos jours, tout est consensuel et uniformisé, on flatte le client en lui jouant en fond sonore ce qu'il écoute déjà chez lui. Triste exemple, la dernière fois que l'on s'est aventuré sur le zinc, Milady et moi, on a assisté à un débat sans fin quant à savoir si le premier Beastie Boys était meilleur que le troisième.... On est parti avant qu'ils ne découvrent les Chemical Brothers et REM.
      Hugo

      Supprimer
    3. Ici, on n'a même plus un vrai bar à nous, une cantine rock et soul "comme avant", un sanctuaire pour les vieux ;), un endroit où on pouvait débarquer pour l'apéritif ou plus tard et demander au patron de nous jouer des titres qu'on aimait et qu'il aimait. J'ai découvert de bonnes choses grâce à ce système. En 2014, après un repas avec des amis, on ne sait plus où aller pour s'en jeter un dernier en écoutant de bonnes plaques. A l'époque, certains bars avaient un petit coin modulable en piste de danse. On poussait les tables, on montait le volume et on sortait la vodka. Les filles se faisaient belles et le barman-DJ faisait monter la température avec les titres qu'il fallait. Aujourd'hui, on reste à la maison avec les problèmes de voisinage que ça implique dès qu'on monte un peu le son. C'est plus ça. La législation locale concernant les boîtes, bars et clubs ne facilite pas les aventures. Pour ouvrir un endroit, il faut répondre à un cahier des charges si dense que les derniers qui ont tenté l'aventure ont fini par jeter l'éponge. Pourtant, les locaux existent... Reste la formule du cercle avec cooptation, mais là encore, le voisinage est le principal problème. La tolérance qu'on vivait il y a 25 ans a fini par fondre. On moindre bruit de moteur ou de verre cassé, ça grogne et ça appelle les cognes. Dissuasif... Mais bon, ça n'excuse pas le désert sonique qu'est devenu Genève alors que Lausanne à 56 km propose encore des clubs et des bars avec de la musique live et des soirées DJ pour oreilles exigeantes. C'est pas le paradis mais ils existent, c'est déjà ça.

      Supprimer
    4. Le mieux comme disait Pam y a pas longtemps c'est une maison dans la pampa et basta. Tu peux mettre les watts en faisant l'apéro en plein air, peinard. Et leur pastaga à 3 euro la dose de lyonnais ils peuvent se le carrer.
      De toute façon ce qu'on avait à vivre en société on l'a déjà vécu. Et j'en reprendrais pas pour un tour.
      Hugo

      Supprimer
  5. paszcal arcade4 mai 2014 à 03:07

    ... intense cette video ranx ! ... c't'autre chose que la video de purple rain ... moi qui avait découvert le chanteur via ma compagne a l'époque j'avais accroché sur un titre ou deux et puis bof ... du coup tu me donne envie de découvrir le "vibrator" album ... entre mes albums de garage punk hé hé hé j'aime ça moi les sons crus bandes de babos

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ha, tu sais qu'on commençait à se faire du soucis en ne te voyant plus débouler en poussant ton 103 ? Je t'attendais sur Faites la queue, je suis sûr que t'as acheté une compil' Born bad le jour du Disquaire day comme le bon rebelle que tu es.
      Tu ferais bien d'écouter Vibrator mais fais gaffe y a pas Baby baby dessus.
      Et arrêtes de picoler bordel, tu n'arrives même plus à écrire ton prénom correctement. :-)
      Sinon oui, cette vidéo est une foutue tuerie.
      Peace
      Hugo

      Supprimer
  6. Faut juste pouvoir supporter les arrangements ignobles de la soul anglaises qui a sévi jusque dans les disques d'Amy Winehouse. Comme elle, un bon chanteur avec des chansons potables malheureusement déservies par une robinet d'eau tiède en guise de fond sonore...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Alors là tu m'en bouches un coin Serge ! Je suis d'accord pour le premier album, mais on ne peut pas dire pareille énormité pour Vibrator par exemple. Ce gars qui est à ta portée main (vu qu'il réside en Italie), pleure la soul comme jamais est le dernier Sam Cooke encore vivant de notre époque. Alors crois moi ou non, mais j'osais m'imaginer qu'après l'écoute de cet album, tu aurais même voulu le signer, et pas d'une croix, mais d'un putain d'album audacieux via Bang Records.
      Avec tout le respect que je te dois Serge, reçois ces paroles avec toute humilité gardée ;)

      Sylvie

      Supprimer