mardi 2 mars 2010

MiCK JoNEs

Mick Jones est vivant ! 2010 verra la parution d'une série de rééditions visant à réhabiliter Big Audio Dynamite. C'est en Avril que le premier album du groupe (This Is Big Audio Dynamite) sera commercialisé dans une version remastérisée et agrémentée d'un second cd gavé d'inédits, de remix et de surprises. Entre ça et la mise à disposition du public en téléchargement gratuit du nouveau Carbon/Silicon, rien ne justifie d'attendre sa mort pour profiter du bonhomme.                                

                                  

 THIS IS BIG AUDIO DYNAMICK !


Mick Jones est viré du Clash pour en avoir trahit l'idée originelle, voilà le genre de connerie qui me reste en travers de la gorge même plus de 25 ans après. Le Clash était une idée de Mick Jones. Il aurait peut être fallu leur rappeler aux deux couillons. Le pire viendra lorsque les explications tomberont au fil des interviews de Joe Strummer : Mick Jones était en retard aux répétitions, venant d'un mec qui a disparu deux mois à la veille d'une tournée du groupe voilà qui vire au cocasse. Sandinista, et même London Calling étaient des daubes, c'est Mick qui nous poussait là dedans, tout ceux qui ont subit l'écoute de Cut The Crap apprécieront. Mick Jones voulait faire du pognon, ouais, c'est quand même pas lui qui se pliera à la volonté de CBS pour relifter Rat Patrol From Fort Bragg, un double album aventureux dans la droite lignée de Sandinista, au bénéfice d'un Combat Rock partiellement profilé pour les charts US.


Argh ! Déjà que l'éviction de Topper Headon m'avait foutu les glandes, j'avais la totale. Tiens, Topper, parlons en, il était plus bon à rien, c'est un junkie, sacré Joe, voilà comment il cause du gars qui venait de composer et d'enregistrer, quasiment seul, Rock The Casbah, le seul hit du groupe...

Ouais, l'histoire est injuste. Oh, je ne dis pas que Joe Strummer ne mérite pas les honneurs, loin de moi cette pensée. Joe Strummer est un homme important. Il a su parler à l'individu, toucher toute une génération (au moins) à laquelle plus personne ne se donnait la peine de s'adresser. Il a su dépasser les clivages du Rock et atteindre l'intime et les convictions en devenir de bon nombre d'entre nous. Ses textes, ses combats, souvent perdus d'avance, sa façon de haranguer le public, de se mêler à notre quotidien, de briser l'invisible mais bien réelle barrière entre spectateur et artiste ont fait de lui l'un des phares qui, encore aujourd'hui, guident mes pas. Mais de là à résumer le Clash à son seul talent, je dis fuck ! 


Soyons clair. Musicalement causant, Jones représente 80 % du Clash. Ce qui ne veut pas dire que pour l'aspect social ce fut une truffe. Rude Boy est sans appel sur ce point, Strummer théorise, cherche à convaincre, Jones menace, invective et envoie chier tout ce qui le gonfle. Saine attitude qui ne le quittera jamais. En fait de trahison de la doctrine originelle, Mick Jones a continué sur sa voie, celle d'une grande gueule qui ne se cache pas pour dire les choses crânement, doublé d'un défricheur de sons que les clivages exaspèrent. Si le Clash marqua autant les esprits c'est bien par cette capacité à avancer, à devancer plus précisément, à oser s'embarquer dans une lutte contre le business de la plus puissante des majors, afin d'être libre de sortir des disques qui, s'ils ne répondaient certainement pas aux dictats du punk, furent parmi les plus fabuleusement novateurs d'une histoire pourtant déjà peuplée d'excentriques en tout genre.



Et excentrique, Big Audio Dynamite le fut, c'est le moins qu'on puisse dire. En formant ce nouveau groupe, Jones vise autre chose que la sempiternelle routine. Son projet, parallèle à celui de son vieux pote Tony James et ses Sigue Sigue Sputnik, cherche à faire entrer de plein pied notre bon vieux Rock'n'Roll dans le futur, seule échappatoire à la normalisation. Et le futur, Mick Jones en a une vision très claire, la musique doit s'allier à l'image, les concerts doivent proposer un concept nouveau et non plus simplement reproduire le disque. Des films, des photos seront projetés, un DJ se chargeant d'habiller l’enchaînement des morceaux. Son et image. La suite directe de ce que le Clash avait tenté en s'adjoignant Futura 2000
Certainement pas un renoncement, donc.


Niveau discographique, là encore, B.A.D va poursuivre la politique d'occupation du terrain amorcée par le Clash. Tout au long de son existence le groupe va publier un nombre impressionnant de maxi single offrant des versions régulièrement supérieures à celles des albums. Le remix ska de Harrow road, celui de Sudden impact (Dust Head remix), qui recycle le riff de Billie Jean, et une multitude d'autres sont à découvrir sur The BAD Files Vol 1 to 8



Mick Jones va faire de Big Audio Dynamite une grosse tambouille à danser. Comme dans toute les tambouilles certains des ingrédients seront préférés à d'autres selon les affinités de chacun. Perso, je suis pas très fort sur les petits pois mais je les mange malgré tout quand la sauce est bonne. J'ai les mêmes rapports avec B.A.D. Je me demande comment je peux leur trouver quoi que ce soit, et sitôt convaincu de leur médiocrité voilà que j'en raffole à nouveau ! Au final, ce groupe est toujours revenu par hasard dans ma vie. J'ai même faillis caner pendant que 2000 shoes tournait dans l'auto-radio ! Et puis un gars qui recycle avec obsession le riff de I can't explain mérite qu'on le suive quoiqu'il entreprenne.


Pas rancunier pour deux sous, Jones va inviter Joe Strummer et Paul Simonon pour le tournage du clip de Medecine show extrait du premier album du groupe, This Is Big Audio Dynamite, parut en même temps que Cut The Crap.

A ce moment là, aucune hésitation, ma faible capacité à économiser ne me permettait l'achat que d'une seule des deux cassettes et ce fut vers B.A.D que je jetais mon dévolu, persuadé que j'étais qu'une telle pochette ne pouvait qu'abriter un pur album de Rock'n'Roll farouche et revanchard. Hum, je dois dire que je l'ai eu en travers à la première écoute. Entouré d'un line-up peu commun pour un groupe de Rock puisqu'il inclut un DJ/Toaster : Don Letts et un photographe : Dan Donovan, en plus du bassiste Leo E-Zee Kill venu du Basement 5 (dont Don Letts fut le premier chanteur avant que Dennis Morris n'en fasse sa chose) et d'un batteur souvent remplacé par une boite à rythme : Greg Roberts, Mick Jones signait là un disque qui allait me travailler au corps pendant un bon moment avant que j'y pige quoique ce soit. Si ce n'est qu'il ne s'apparente en rien de ce que je qualifiais, du haut de mes 18 ans, d'album de pur Rock'n'Roll farouche et revanchard.

A dire vrai, il faudra que mon frangin me pique la K7 et la joue plein gaz dans son bistrot pour que je me ramasse dans la gueule, le volume aidant, la très novatrice nouvelle incarnation du guitariste le plus classe de sa génération.
Sony, d'abord, avec sa basse robotique et ses percus hallucinogènes, puis Stone thames et A party finirent par se graver dans mon esprit. Poussé par je ne sais quelle curiosité, voilà que je me retrouvais à jouer l'album sans arriver à être réellement convaincu mais incapable de ne pas y revenir. Vous connaissez le truc, c'est souvent ces disques là qui finissent par ne plus vous lâcher. This Is Big Audio Dynamite est tout sauf un excellent album, encore aujourd'hui au moins deux des huit titres qui le composent me gonflent prodigieusement (The bottom line et BAD) et je trouve E=MC2 bien trop long tandis que Medecine show ne fonctionne qu'à l'occasion. C'est maigre.


Mick Jones n'y est pas allé de main morte et bien qu'entièrement enregistré à Londres (West London comme le précise fièrement la pochette intérieure) son disque se rapproche surtout des sonorités Electro du Hip Hop New Yorkais de l'époque. Avec des trucs en plus. Dialogues de films, samples de la B.O de The good, the bad, the ugly, échange de coups de feu, toaster à la jamaïcaine, breakbeats, sons fracassants qui vous tombent sur le coin de la tronche à tout bout de champs. Même pour un gars fana de Sandinista ça faisait beaucoup. C'est pourtant par là que le groupe m'attrapa l'oreille. Et cette foutue dynamique aussi. Rarement jusque là un disque n'avait démonté les enceintes de la sorte, pensez donc dès 1985 Jones s'amuse avec les infra-basses ! Avant gardiste au possible, B.A.D se grille d'un coup avec la quasi totalité du public du Clash tout en accrochant, en Angleterre, une jeunesse pour qui le Punk ne signifie plus grand chose depuis qu'il n'est représenté que par Exploited et une poignée de bourrins du même acabit. Je suis persuadé que si Londres n'a jamais eu de véritable scène Hip Hop, même une dizaine d'années plus tard lorsque le genre dominait le monde, la cause en revient à cet album. This Is Big Audio Dynamite a ouvert la voie à tout le mouvement Drum & Bass qui fera longtemps la gloire d'Albion.



Un an plus tard, Joe Strummer venu en émissaire plaider pour une reformation du Clash se verra embauché par son ancien complice pour coproduire N°10 Upping Street. Je ne saurais sans doute jamais qu'elle fut la part exacte à attribuer à Strummer, hormis l'écriture d'une bonne moitié des textes, mais le disque est incomparablement plus massif que son prédécesseur. C'est l'heure des premières franches réussites avec Beyond the pale, tout d'abord. Armé d'un feeling incroyable renforcé par un piano autoritaire et un solo de guitare très Thin Lizzy, ce titre, l'une des plus belles compositions signées Strummer/Jones, est l'un des deux qui m'accrocha définitivement au groupe malgré les sarcasmes des collègues d'alors qui n'y voyaient que musique de boite de nuit et simagrées de popeux décomplexé. Pour eux Mick Jones et Georges Michael c'était même combat plus tellement Rock. J'avais l'impression de fréquenter une jolie brochette de blaireaux.

Il faut tourner la face et placer l'aiguille peu avant l'étiquette pour trouver la seconde claque dans la gueule du disque : Sightsee MC ! Plus de doute possible, Big Audio Dynamite avait mis le doigt sur quelque chose de grand. Jim Jarmusch finira de faire entrer la chanson dans la légende en l'étoffant d'un clip à classer parmi ce qu'il a filmé de plus saisissant. Dans un Londres proche de la rupture, le New Yorkais capte cet instant où la détermination se lit sur les visages, juste avant que la violence ne s'en échappe. Sightsee MC ! est une monstrueuse machine à déquiller les cibles, proche du Public Enemy dans sa radicalité et sa conception. Jusqu'à Mick Jones qui, hargneux comme jamais, rappe plus qu'il ne chante. Celle là, Joe Strummer la gardera lui aussi longtemps à son répertoire.
Limbo the law est l'autre grande réussite de N°10 Upping Street mais c'est cette fois dans son intégralité que le disque s'apprécie le plus. 

 

Emballé dans une pochette signée Paul Simonon, Tighten Up Vol. 88 est plus souple, plus léché, plus mélodique, définitivement moins guerrier et incontestablement plus axé sur la danse que le virulent N°10 Upping Street. C'est finalement à l'écoute de ce troisième album que l'on découvre à quel point le torturé Joe Strummer avait été primordial pour le disque précédent. A moins que ce ne soit le diagnostique d'une pneumonie vacharde, dont Mick Jones faillit ne pas se remettre, qui lui donna envie de s'amuser un peu plus. De revendiquer mais en tortillant du cul.
Le splendide single Just play music décroche un beau succès aux states où B.A.D, en compagnie de Public Enemy, tourne en première partie de U2, comme ce sera régulièrement le cas.


En 1989, c'est au milieu de vives tensions entre un Mick Jones à qui on ne la fera plus et un Don Letts qui se verrait bien vizir à la place du vizir que le groupe grave Megatop Phoenix, un album que l'on peut considérer comme étant ce qu'ils ont enregistrés de plus consistant jusqu'alors. La grande faiblesse des deux premiers B.A.D était le manque de rigueur de mélodies parfois bâclées dans leur développement. Sans doute vidé par les années Clash (ce syndrome était déjà apparut dans certaines des dernières compositions du groupe) Mick Jones semble avoir mis à profit son immobilisation forcée pour recharger sa force créative. Megatop Phoenix contient certaines des compositions les plus satisfaisantes du guitariste depuis le début de l'aventure Big Audio Dynamite (Dragon town, Around the girl in 80 ways, Union Jack.....) et un paquet de clin d'oeils qui font mouche (l'intro de Honky tonk women en ouverture de Union Jack).




Hélas, lassé et gangrené par les jalousies, Big Audio Dynamite éclate. Désireux de revenir à un son nettement plus Rock, Jones forme BAD II avec une bande de jeunots tandis que les autres, Don Letts en tête, se regroupent sous la bannière Screaming Target et enregistrent un album qui démontre à quel point ils n'ont pas grand chose à dire.




The Globe, avec ses grosses ficelles Clashiennes offre un dernier tour de piste sous les spotlights de la hip via le single Rush et son sample du Baba O'Riley des Who. C'est mérité, l'album fonctionne parfaitement, tout comme le splendide live Alley Pally Paradisio qui le précède. Un live tout en finesses groovy à l'image du superbe City lights. A noter aussi l'existence de Kool Aid, une version plus expérimentale et pêchue de l'album The Globe, parue simultanément et qu'on peut lui préférer.
Véritable groupe ou simples metteurs en sons des souhaits de leur leader, je ne saurais l'affirmer mais
B.A.D II , ou quelque soit le nom du moment puisque celui ci évoluera au grès des albums, inaugure une période aussi riche en créativité que pauvre en reconnaissance publique.

Après une énorme tournée mondiale en première partie de qui vous savez et un break bienvenu, Higher Power, en 94, laisse apparaître une nouvelle écriture, Jones semble se livrer beaucoup plus et signe des mélodies d'une mélancolie très anglaise, très Pop. 
Ce Innocent child qui passait inaperçu dans le grand barnum de The Globe trouve un écho dans toute la seconde partie de l'album et amorce une approche plus délicate et des musiques délaissant les rythmes de danse. 

Le disque malgré le potentiel du single Looking for a song passe totalement inaperçu.


Doucement, Mick Jones et sa fanfare tombe dans l'oubli, les albums disparaissent des rayonnages. Les journaleux n'abordent son cas que pour rappeler qu'il s'est fait jeter de ses deux groupes ou commenter une nouvelle discorde avec Strummer et Simonon au sujet de la pub Levi's pour laquelle Mick Jones a commis l'impensable : vendre Should I stay or should I go ! Mazette, en voilà du scoop de première bourre ! Pire, le fourbe a collé un morceau de B.A.D en face B (Rush), vilain garçon qu'il est. Quant on l'interroge, il hausse les épaules 'Des jeans on en a tous porté, non ?' Les royalties qui tomberont en rafale feront taire la polémique et la diffusion intensive de la pub attirera tout un nouveau public vers Clash. Du coup, la presse se souvient qu'elle les adore et les couvertures se font plus nombreuses qu'entre 77 et 83.

Ce qui n'empêche pas Big Audio Dynamite d'œuvrer dans l'ombre et notre homme de trouver le parfait équilibre entre sonorités actuelles et vestiges rageurs d'une époque qui lui colle à la peau. 


F Punk parut en 1995 s'avère l'un des plus beaux disques d'un gars qui en a déjà signé quelques uns de mémorables. Fini le temps de l'esbroufe, le changement est radical. Inhabituellement déshabillées les compositions, bourrées de spleen, de l'album laissent entrevoir une sensibilité que Mick Jones n'avait jusque là jamais exposé de la sorte, Got to set her free en est peut être le meilleur exemple. Cette approche plus romantique, plus Soul quelque part, est sur ce disque superbement mise en valeur par le dépouillement de la production. Terminé le tir en rafale discontinu, notre homme baisse sa casquette sur ses yeux et envoie l'émotion. Sans se cacher derrière le son. Oh, F Punk est loin d'être un disque de recueillement, c'est surtout un retour à une énergie moins déshumanisée, les machines s'effacent, et si I can't go on like this nous embarque très loin, la majorité du disque se charge de nous refoutre les pieds sur terre. Jamais depuis Clash, Mick Jones n'avait sonné aussi Rock, pardon, aussi Punk. Son Punk à lui, celui de l'élégance de la rue plutôt que des cimetières de canettes. Psycho wing, I turned out to punk, Gonna try, Singapore, forment l'ossature bien bâtie d'un disque splendide de bout en bout. Et comme Jones n'a pas renoncé aux smarties, Jungle out there et le fantasque Vitamin C perpétuent son goût pour les BPM qui tracent. En conclusion, une reprise rageuse du Suffragette city de David Bowie, seule star du Rock à les avoir publiquement soutenu dès leurs débuts (celui qui rajoute bono aussi, peut cliquer de suite sur la carré rouge en haut à droite de son écran. Merci).



Après une telle bronca, on se dit que notre homme va lever le pied et se résigner devant des chiffres de vente en berne. D'ailleurs radioactive refuse de sortir son opus suivant Entering A New Ride. Quel putain de connard a bien pu prendre une décision pareille ? Coup de bol, l'avènement d'internet et la pugnacité de Mick Jones feront en sorte que le disque ne soit pas perdu. Le groupe crée son propre site et mets ses chansons à la disposition du public. C'est là que je suis allé le pécher ce Entering A New Ride et c'est rien de dire que j'en suis resté sur le cul. L'album est tout connement le plus fidèle reflet de ce que Clash aurait pu devenir (Nice'n'easy en tête). Une impression rendue plus troublante encore par des chœurs dont on peut à plusieurs reprises se demander si ce n'est pas Joe Strummer lui même qui œuvre aux côtés de son éternel complice (le transcendant Sunday best entre autre).
Un dont on est sûr de la présence, c'est Ranking Roger, de ce General Public que Mick Jones avait rejoint le temps d'un album juste après s'être fait jeter du Clash. Et Ranking Roger, c'est pas Don Letts, son attaque est farouche, tranchante, il cogne sur le beat et ses toasts ne sont pas simplement un ornement pour faire joli mais bel et bien un des éléments percutants d'un disque qui n'en manque guère. Je ne sais pas quoi vous dire mais si vous ne devez vous intéresser au cas Big Audio Dynamite que le temps d'un seul album alors c'est assurément celui ci qu'il vous faut. Les compositions sont à tomber par terre, le son est fracassant, cru, sale, dur et intense à la fois. Avec F Punk et Entering A New Ride, Mick Jones s'impose comme un producteur impressionnant de personnalité sonore. Les Libertines ne me contrediront pas.


C'est le groupe de Pete Doherty qui va replacer Jonesy sous les feux de l'actualité. Et sans aucune discrétion. Avec Up The Bracket, Jones invente carrément un nouveau son, une nouvelle manière de faire claquer les sillons. Un son qu'il va vite appliquer à son nouveau projet : Carbon/Silicon. D'abord en duo avec Tony James, qu'il retrouve après l'épisode London SS de 1976, à la suite duquel Jones formera Clash alors que James fera Generation X, le groupe s'étoffe lentement avec le retour dans les parages de Leo E-Zee Kill et sort son premier album (The Last Post) en 2008 après avoir laissé pendant de longs mois les morceaux, dans leur version démos, en téléchargement gratuit depuis leur site.
 

Carbon/Silicon s'il témoigne d'un goût pour le Punk Rock bien basique n'en est pas moins de prime abord méchamment déstabilisant. Comme tout ce que fait Mick Jones, la facilité et les lieux communs sont bannis de l'affaire et je vais pas vous dire que c'est dès la première écoute que le groupe se laisse apprivoiser. Minimalistes mais embringuées dans des constructions sinueuses, les compositions s'éloignent autant que faire se peut des standards répétitifs et franchement casse bonbons que les groupes d'aujourd'hui semblent s'imaginer être les seules choses que l'on puisse comprendre. Carbon/Silicon demande de l'attention, nécessite que l'on y revienne et s'avère très vite indispensable au plaisir des feuilles, au bien être de nos terminaisons nerveuses. Le seul dommage de l'histoire est l'absence de pressage vinyl.
 

En attendant The News, What the fuck, War on culture, Barnes Walls et le brillant Caesar Palace font figure de futurs classiques tandis que Nation anthem fait office de clin d'oeil à T.Rex.
Parallèlement à cette reprise d'activités, Mick Jones va produire le second Libertines puis l'excellent premier album des Babyshambles, sur lequel son influence est prédominante.

On en est là. Mick Jones mène sa carrière au grès de ses envies. On peut espérer que Carbon/Silicon fassent quelques dates dans nos contrées, plus surement uniquement à Paris faute de soutien, faute de tourneur, faute de public, faute de label susceptible de remplir son rôle. Pendant ce temps là, London Calling sera encore et encore désigné Meilleur Album Rock de tout les temps, si cela veut encore dire quelque chose. Joe Strummer est barré, Paul Simonon fait des piges chez The Good The Bad and The Queen, et tant mieux. Topper Headon tape les fûts, parfois, derrière son vieux pote Jonesy. La Tamise est finalement restée dans son lit, comme nous tous. Ainsi vont les choses au royaume de la nostalgie.

 
Sans doute qu'il se vendra encore du papier pour raconter la fabuleuse histoire des quatre du Westway et surement aussi que Mick Jones deviendra un mythe, le jour où il tirera sa révérence. En attendant, le gars est en paix, lui et Strummer seront remontés sur une scène commune avant le grand au revoir. Ces deux là auront passé leurs vies à se tacler, certainement avec plus d'amour que de mépris. Clash aura incarné la dernière grande aventure du Rock'n'Roll. Mick Jones aura eu le mérite, au même titre qu'un Paul Weller, de continuer malgré l'immense héritage qui pèse sur ses épaules. Il n'a jamais quitté Londres, ne s'est jamais éloigné de la pinte de bière à partager avec les gars du pub. Une façon de rester fidèle à l'idée originelle. J'imagine qu'il en aurait peut être été différemment si Strummer ne lui avait pas tiré l'oreille, il y a si longtemps de ça, en le virant du groupe. S'il n'avait pas dû démontrer à quel point son chanteur se gourait, le démontrer juste par fierté, simplement pour rester dans la course au titre qui lui tient le plus à cœur, le seul qu'il revendique encore, celui de last gang in town.




Contrairement aux Undertones auxquels la plupart des groupes actuels semblent devoir beaucoup, B.A.D n'aura guère influencé la Rock music et, si on y regarde bien, Clash n'aura pas eu de descendance. La barre était placée trop haut. Reste ce guitariste déplumé, sapé en costard, continuant en artisan à faire ce qu'il aime. Un putain de luxe dans cette vie où plus personne ne fait ce qu'il aime.
Non, Mick Jones ne fera surement plus jamais de son vivant, la une d'un canard de ce côté ci de la manche, il ne remplira pas l'Olympia, ne sera jamais réhabilité par une B.O de Quentin Tarantino. Et je crois bien qu'il s'en bat les couilles.



Carbon/Silicon vient de publier une douzaine de nouveaux titres sur son site et sans doute qu'un cd suivra. Une fois encore, à la première écoute, ses récents morceaux m'ont paru faiblards. Jusqu'à ce que Unbelievable pain vienne me prendre par les tripes et que les autres morceaux fassent de même. Avant que l'ensemble ne s'impose comme une évidence, ne quittant plus les enceintes. La magie du Rock fonctionne donc encore. 
Et pour moi, c'est tout ce qui compte.


Hugo Spanky