mercredi 18 novembre 2009

KeiTH MooN


1966, Keith Moon a 20 ans, il est en passe de devenir une des rock-stars les plus adorées d'Angleterre, il épouse la superbe Kim Kerrigan, elle lui donnera une fille peu après, les amphéts n'ont pas encore fait de dégâts, le futur s'annonce radieux.

4 Janvier 1970, Keith Moon et sa bande se retrouvent dans un pub mal famé. La Bentley sur le parking, le goût de notre homme pour le Brandy, les tenues branchées des dames, tout cela ne passe pas inaperçu au milieu d'une bande de hooligans fraîchement sorti de l'usine. L'heure tourne, la fermeture approche et le ton monte. Réduit à s'entasser en urgence dans la bagnole, l'affaire tourne à la panique lorsque la Bentley menace de se retourner sous la pression d'une dizaine de gusses parfaitement ivres et déchaînés. Saloperie de Rock stars millionnaires, la connerie n'a plus de limite.  
Neil Boland, chauffeur et garde du corps de Keith Moon, sort de la voiture pour tenter de s'interposer, le temps que Moonie puisse manœuvrer pour les sortir de là. A l'intérieur du véhicule, l'odeur du désastre s'est imposée, les filles hurlent, une vitre éclate, Keith enclenche première, marche arrière, tourne, vire, fini par trouver l'ouverture et fonce sur une poignée de kilomètres avant de s'arrêter pour appeler la police. C'est à ce moment là qu'il découvre le corps de son pote coincé sous la Bentley. Aucun des deux ne s'en remettra, ce soir là Keith Moon a mis un pied dans la tombe.
L'autodestruction va devenir systématique, les déprimes vont devenir chroniques et aucune groupie n'y pourra rien changer. Pamela Desbarres se souvient d'un Keith Moon passant du rire à d'incontrôlables sanglots, le regard vide, l'esprit dérivant entre folie et raison.


Tout est toujours aller très vite pour Keith Moon, dès le deuxième album des Who, le fabuleusement mod A Quick One, il enregistre son chef d'œuvre, I need you. Sans déconner, c'est sur ce morceau que Keith Moon est le mieux capté, ses frappes faisant saturer les micros. Terrible.

Je pense que quiconque à entendu un morceau des Who le sait, Keith Moon n'a rien d'un batteur ordinaire, il se contrebalance du tempo, dégage la charley pour la remplacer par une seconde grosse caisse, multiplie les fûts afin de se lancer dans des roulements que rien ne peut brimer, joue avec tout son corps, se lève de son tabouret pour mieux appuyer les frappes, gesticule à n'en plus finir, jongle avec ses baguettes, mime les parties vocales, grimace et tire la bourre à Pete Townshend dans d'incroyables échanges sonores d'une violence fusionnelle plus jamais entendu depuis. Grand fan de Surf Music, Keith Moon a développé son jeu à l'écoute des disques de Jan & dean, petite particularité du duo : ils utilisent deux batteurs simultanément. Un détail que le jeune Moonie ignore, il apprend donc à jouer comme deux. Happy Jack en témoigne.

Avant d'en être là, il y avait eu l'album My Generation, genre de disque dont l'impact est difficile à décrire aujourd'hui. Disons que s'il est conçu comme n'importe quel autre album des alentours de 1965 (des reprises, un blues et une poignée d'originaux) c'est du côté de l'interprétation qu'il faut chercher la nouveauté.
Et c'est rien de le dire, le son est une gifle, les instruments ne sont plus aimés et respectés, ils sont torturés, malmenés au point de rompre. Bien plus qu'un groupe, les Who sont un bloc. En prime, ils ont un message, ils viennent pour faire table rase du passé, pour réclamer la vérité, pour s'affirmer et imposer le respect dû à leur génération. Même s'ils ont du mal à l'exprimer.

Townshend et Moon s'entendent comme larrons en foire, plus encore lorsqu'il est question de faire tourner Daltrey en bourrique. Après l'avoir évincé un temps, voilà qu'au moment d'enregistrer Sell Out les deux affreux s'en donnent à cœur joie pour brimer leur chanteur.


Dès l'ouverture de l'album, Keith Moon est au lead vocal sur Armenia city in the sky, au fil des chansons, il harmonise à tout va, révélant l'étendu de son amour pour la Surf music et ses enchevêtrements de chœurs. A son poste de prédilection, Moonie n'est pas en reste, fracassant sur I can see for miles, tout en subtilités sur Tattoo (et en fait tout le reste du disque), il spécifie avec classe tout ce qui le séparera à jamais des autres batteurs. Ce talent pour le contraste. Et qu'on vienne pas me gonfler avec le lourdingue du zeppelin. Merci d'avance.

Sell Out est l'un des plus beaux disques des 60's, le témoin d'une collaboration que le renfermement sur lui-même de Townshend à partir de Tommy empêchera de renouveler. Encore un putain d'album celui là, trop longtemps présenté comme une "Œuvre" un truc casse bonbons, genre opéra rock et tartanpion. Je me demande s'ils ont écouté le même que moi.
Tommy est le premier disque à m'avoir branché direct sur la musique, à m'avoir embarqué complétement jusqu'à le connaître par cœur. Et sans drogue ! Déconnez pas, j'étais trop môme.


Je recadre. Les 60's n'en finissent plus de s'éteindre, les morts sont connus, les Who s'en contrefoutent, ils sillonnent les States, assomment Abbie Hoffman sur la scène de Woodstock et, en pleine ambiance patchouli, sortent leur album le plus virulent, Live At Leeds. Sur la pochette le groupe publie les notes de frais relatives à diverses destructions. 




Moon n'est déjà plus un cadeau, déraisonnable au possible, il navigue en permanence entre défonce et picole, s'amuse à faire flipper son monde avec des coups tordus qu'un livre ne suffirait pas à relater. Dans un Holiday Inn du Michigan, il fête sa majorité au cours d'une nuit d'excès conclue par une interdiction à vie de séjourner dans la célébrissime chaine d'hôtels.


Chambre réduite en bouillie, personnel en état de choc, bagnole dans la piscine, c'est le tarif minimum lorsque le fou furieux pose ses valises. Une nuit, il grimpe sur la corniche du sixième étage et de sa chambre rejoint celle des Grateful Dead en jouant à l'équilibriste pour un peu plus de sensation encore, plus tard il fracasse le mur séparant les deux turnes, il avait oublié ses clopes...




Tout n'est pas idyllique au sein du groupe, depuis qu'il n'est plus autorisé à lui cogner dessus, Daltrey évite son guitariste. Après s'être haï, le groupe en est à s'ignorer.
Who's Next est un cauchemar à enregistrer, Glyn Johns se verra confier le bébé après que les quatre furieux aient claqué la porte du studio, à lui de faire de la retape pour bâtir un disque à partir de bandes disparates. Le ciel s'assombrit, les Who pissent sur la pochette et désignent une photo montrant Keith Moon entre les jambes d'une pute pour assurer la promo du disque. Tout va pour le mieux, donc.

1973, Keith tient étonnamment bien le coup, dynamiter les chambres d'hôtel, éventrer les waterbeds, jouer une nonne pour le film de Zappa, descendre du Brandy du lever au coucher, tout ça l'amuse encore et John Peel vient de l'embaucher pour animer Life With The Moon, un show radio taillé sur mesure pour son goût de la déconnade à l'anglaise. L'humour pince sans rire, sa spécialité, comme cette fois où le responsable du motel dans lequel séjourne le groupe viendra dans sa chambre lui demander de faire moins bruit, quelques minutes plus tard Moonie dynamite sa salle de bains avant de déclarer au même gonze, qu'on imagine abasourdi par l'explosion, "ça c'est faire du bruit, mon cher monsieur"
Et du bruit, Keith Moon compte bien en faire encore un maximum, surtout que Townshend semble avoir réglé ses obsessions envers Tommy et convoque ses hommes au studio.


Quadrophenia reposera en grande partie sur le jeu cataclysmique du batteur, parfait pendant aux images de vagues déchainées se fracassant sur les rochers (The Rock) qui affluent dans le cerveau court-circuité d'un Townshend, à l'instar de Moonie, sur le chemin d'un alcoolisme jusqu'au-boutiste.
Le double disque est ce qu'il est, nombreux sont ceux qui le trouvent trop ceci ou trop cela, en fait c'est juste une grosse claque sonore. Jamais la rythmique n'a autant fait corps, jamais Entwistle et Moon ne se sont autant renvoyé les coups, dès The real me.
Je ne vais pas tartiner, pas disséquer, j'aime 90% de la production des Who jusqu'à Who Are You, je veux dire, j'ai acheté la VHS de The Kids Are Alright avant même d'avoir un magnétoscope. Voyez le genre.



La tournée qui suivra sera celle de toutes les folies, bagarres entre eux, évanouissement en plein concert pour Moonie, degré de décadence jamais atteint encore auparavant. Sauf que malgré ça, malgré un répertoire absolument pas conçu pour la scène, du moins pas pour un groupe aussi indiscipliné que les Who, chaque soir ils tuent sur place des spectateurs plus tellement habitués, en ces années progressives, à se faire secouer les puces de la sorte. Quitte à virer les titres de Quadrophenia, quitte à ressortir du chapeau des reprises d'un autre temps, les Who massacrent l'assistance en même temps qu'en coulisse, ils achèvent le peu de santé qu'il leur reste. 
La descente sera violente.
Ce sont d'abord les services du fisc anglais qui s'intéresse aux finances de Monsieur Moon. Particulièrement vorace, l'Angleterre voit ses stars s'exiler au quatre coins du monde et compte bien se refaire la cerise sur les quelques-unes qui s'acharnent à rester au pays.

Évidemment, Moonie gère sa fortune comme le reste: "Lorsque mon comptable est venu me dire que j'étais millionnaire, je lui ai demandé ce qu'il me conseillait de faire. -Avec ce que les impôts vont vous prendre, je vous conseille de dépenser de manière déductible -Vous me conseiller de dépenser ? -Oui - Et six semaines plus tard, j'avais tout claqué ! J'avais acheté quatre maisons, un hôtel, huit voitures, une piscine, des courts de tennis, un chalet en bord de rivière entièrement meublé style renaissance..."

Du coup, il se barre vivre à Malibu, un risque de catastrophe naturelle supplémentaire pour le comté de Los Angeles. Ce sera le lost week end de Lennon, les fêtes dévastatrices avec Alice Cooper, Harry Nilsson, Oliver Reed, qui les voient se faire sortir des bars au petit jour. Ringo Starr et Moonie deviennent inséparables, véritables jumeaux en goguette à la recherche du dernier frisson.


Entre deux bitures, il enregistre Two Sides Of The Moon, son unique disque solo. Keith s'y contente de chanter et ne touche à la batterie que sur trois titres, l'album n'est même pas raté pour autant, une sucrerie californienne qui au grès d'excellentes reprises de Ricky Nelson (Teenage idol), des Beatles (In my life) ou des Beach Boys (Don't worry baby) n'en oublie pas une énergie faisant défaut à plus d'un disque de l'époque. Le très punk Move over Ms L signé Lennon en meilleur exemple ou cette explosive cover de The kids are alright
En fait, l'album ressemble à son auteur, pas vraiment un exemple de sérieux et de rigueur mais indéniablement touchant à plus d'une occasion.

Problème, Keith n'est plus un kid et à voir sa tronche on lui donne facilement la quarantaine bien tapée alors qu'il n'a même pas trente ans, son corps et son visage sont irrémédiablement bouffis, son organisme jette l'éponge face à d'incessantes nuits d'abus. Les Who cessent les tournées, le temps que leur batteur se requinque. C'est mal barré, le gars va d'orgies en partouzes, en gobe de toutes les couleurs, sniff à s'en faire péter les vaisseaux, le tout tantôt grimé en un improbable pirate borgne, tantôt en cureton vicelard. Parfois il trouve un semblant de paix, demande à une groupie de se saper en gamine et pleure sur ses genoux d'amères larmes sur le souvenir qui le hante.
Autant le dire net et précis, Keith Moon est en passe de relever de l'internement psychiatrique.




En Angleterre, Daltrey flippe en entendant les rumeurs sur l'état de son ami. Le hurleur des Who connait le tempérament et les frasques de Moonie, déjà à Londres, il avait mis Scotland Yard en alerte lorsque déguisé en vicaire il s'était fait kidnapper par des complices, en plein centre ville, gesticulant de tout son saoul, se débattant, hurlant devant les quidams de l'heure de pointe. Il faudra plusieurs jours et que l'histoire tourne au drame national pour que Keith avoue la supercherie. Mais Daltrey devine que cette fois c'est du sérieux, Moon doit rentrer à Londres et les Who reprendre la route afin de lui fournir une motivation. Townshend s'y oppose, carbure à l'héroïne, se torche au cognac, les deux hommes se battent une fois de plus puis s'insultent via la presse. Du grand n'importe quoi dans la plus pure tradition du groupe.
Pendant que ces deux là font les zouaves, à L.A c'est rien ne va plus. Kim plie bagages et embarque leur fille. Elle avait épousé une popstar en vogue et se retrouve avec un fou furieux, prendre des œufs frais en pleine tronche à la moindre occasion ne correspond pas à ses espérances. 


Et quand c'est pas ça, Keith est trop bourré pour baiser. Madame Moon est soumise à rude épreuve: Un matin, Keith pouvait se lever et décréter qu'il serait Hitler pour la journée. Dès lors il n'en démordait plus, il se faisait une petite moustache, se plaquait les cheveux et balançait des saloperies à tout le monde avec un putain d'accent allemand !
Kim en connait un rayon sur le bonhomme, plus que quiconque elle voulut le changer, le raisonner. Peine perdue.


Il faudra attendre 1977 pour que Moon accepte de se soigner sérieusement. Le défi est de taille. Une première fois il avait tenté de ralentir, alors que les Who enregistraient une nouvelle version de Tommy pour la B.O du film de Ken Russell, Moon avait été remplacé par Kenney jones des Faces afin de lui donner le temps de s'offrir une cure de désintoxe.
A l'entendre par la suite démonter son kit de batterie sur In a hand or in a face, point culminant de The Who By Numbers, on aurait pu croire à une réussite, ce n'était qu'une rémission.

Mais cette fois les temps ont changé brutalement, partout les jeunes groupes sont sans merci envers les aînés et même si ils ont été épargnés par le gros des critiques, les Who n'en sont pas moins attendu au tournant. Une série de concerts de rodages est programmée afin de préparer la tournée qui suivra la sortie de Who Are You, Keith s'accroche à sa bouée et tente d'évacuer les toxines. Le dvd Killburn 77 en est témoin, le groupe est vivant, rageur, les Who refusent d'être autre chose que le groupe le plus bruyant et efficace que le monde puisse connaître.
Townshend va jusqu'à traquer les punks dans leurs pubs favoris, fin bourré il les insulte, les invective, s'ils veulent se mesurer à la légende, qu'ils viennent.



En parallèle, Keith Moon rejoint les Monty Python avec lesquels il collabore au scénario de La Vie De Bryan, il doit tenir un rôle dans le film, les essais costumes sont fait, tout est prêts. On est en septembre 1978. 
Comme tout ce qu'il a fait dans sa vie, c'est avec excès que Keith Moon se soigne, le traitement qui doit le sortir de l'alcoolisme est du genre carabiné, les entorses au contrat sont strictement interdites.

Le 7 septembre, en compagnie de sa seconde épouse, il rejoint Paul et Linda Mc Cartney, les couples vont au cinéma voir le superbe Buddy Holly Story et manger un bout au restaurant. Puis notre homme rentre chez lui, l'esprit à la nostalgie. Les 60's sont définitivement enterrées, Buddy Holly est parti depuis si longtemps, encore beau, encore jeune, encore bourré d'énergie, de naïveté, d'envie de bouffer la vie. I hope I die before I get old, saloperie de chanson. Kim vit maintenant avec Ian McLagan, encore un gars des Faces qui prend sa place, pfff, tout est dérisoire.
Sa santé mentale tient à un tube de comprimés, son corps l'a lâché il y a déjà un bail, en tenue de pompiste ou en lamé scintillant, Keith Moon ne se voit que trop gros, trop flasque, trop usé. La bringue est bien terminée, ses potes de virée ont sifflé la fin de party ou sont morts, son groupe menace de tourner à la farce.



Depuis toujours Keith Moon a vécu dans un monde qui n'existe pas, celui des filles en maillot de bains toute l'année, des fêtes foraines qui ne finissent jamais, des groupes de surf dont les voix se mêlent sous le soleil d'une Californie de pochette de disque. Un monde où rien n'est sérieux, grave ou destructeur, un endroit dans lequel les amis ne meurent pas sous les roues de votre voiture.



Au matin, il est retrouvé gavé de cachets, le corps sans vie. L'autopsie décèlera plus d'une trentaine de doses de médicaments, le juge conclura à l'overdose. Personnellement, je conclus à un suicide.

Hugo Spanky
                                           
       
Pour ne rien rater ou presque du sujet Who, il convient de s'équiper un chouïa.

D'abords 4 DVD indispensables:


The Kids Are Alright, la base du monde, le plus extraordinaire documentaire consacré à un groupe et accessoirement l'un des premiers si ce n'est le premier. Une furie, avec d'emblée un Moon en grande forme, le speaker télé lui demande son nom: Je m'appelle Keith, mes amis m'appellent Keith, vous, vous pouvez m'appeller John. Anthologique !

Isle Of Wight: Very important, bien faire gaffe à prendre la version remasterisée, un monument de déflagration sonore. Les Who, en 70, terrorisent les hippies pire que Pasqua les terroristes. Pas d'assassinat à l'arrêt du (Magic) bus mais l'intégralité de Tommy façon steak tartare. Ceux qui y cherche une trace d'opéra en seront pour leur frais. Sinon, jamais John Entwistle ne ce sera fait autant remarqué qu'à ce concert là. In a fine skeleton style.


Live At Killburn 77: Mon chouchou. Sans la moindre répétition, les Who reviennent parce qu'ils l'ont décidé. L'énergie tourne à la barbarie, les gars se chambrent mais cette fois avec de l'amour et du respect plein les yeux, ce qui n'empêche en rien le bain de sang. Avant dernier concert avec Moonie, Killburn 77 m'humidifie les mirettes à chaque visionnage. En prime, la version de My wife ridiculise et le punk, et le hard.


Amazing Journey: Bavard plus que musical, celui là s'impose pour tout savoir sur les quatre branques. Sans fard, les survivants se livrent avec la franchise qui les caractérise et la lucidité de Townshend lorsqu'il déclare: Moon était un génie, Entwistle était un génie, moi j'étais un gars à part qui faisait les chansons, mais Roger n'était que le chanteur ! Voir aussi la carrure du manager, fallait ça pour les contenir.


A tout cela j'ajoute Quadrophenia, le film.
Superbe exemple de cinéma anglais que cette évocation du mouvement Mods autant que du difficile passage à l'âge adulte. Vous vous enfilez dans l'ordre Quadrophenia, Rude Boy et This Is England et vous avez un bon panorama de vingt ans de Rock anglais et de la vie qui va avec.



Niveau livre, ça va aller vite, rien de décent n'a été traduit ou écrit en français. Si un jour les couillons de la presse en ont marre de faire abattre des arbres pour nous les briser avec bono (qu'est ce qu'on peut bien avoir à raconter sur ce con ?), peut être alors qu'on y aura droit. En attendant tacher de dégoter  Souvenirs pour Demain, recueil d'articles parus dans  le Rolling Stone US, inclus une hilarante interview de Moonie
Mais aussi une autre de Townshend, un papier sur Charles Manson, un sur Sly Stone, Alice Cooper et tout un tas d'autres sujet pour qui aime la Rock culture au sens large. Un splendide hommage à John Belushi est également au sommaire. Indispensable. 

NOTE: Depuis la rédaction de ce post, Camion blanc a fait paraître Keith Moon La bombe humaine, traduction, pour une fois correctement réalisée malgré un évident manque de style, de Dear boy, la biographie de référence consacré à notre homme. Bien que plutôt cher, comme toujours avec cet éditeur, le livre est un pavé de 800 pages que personne ne peut négliger.


Reste les disques.
Là, j'imagine que les meilleurs garnissent déjà votre étagère à vinyl. Simple rappel, donc, dans l'ordre de mes préférences à moi:  

A Quick One Pour les amateurs de cd une version japonaise offre un son démoniaque et les éditions mono et stéréo couplées dans la même boite en plus d'une foultitude d'inédits. 

Sell Out (rien à dire de plus, non ?)


Quadrophenia Je finirai sourd à force de me faire péter les tympans en me le jouant au casque et à plein volume. Putain rien que l'intro de The Rock, argh! Et le spleen de Cut my hair, et ce son de guitare, et cette basse, et...)

Live At Leeds (Live at Leeds!)

Meaty Beaty Big and Bouncy Tous les singles vintage emballés dans l'une des plus belles covers du Rock !

Tommy Par nostalgie autant que par bon goût.


My Generation Parce que c'est finalement, peut être, celui là le meilleur.

Who's Next Les chansons sont bonnes mais, hormis Won't get fooled again, je trouve les interprétations un peu molles du chibre, trop policées par Glyn Johns en post-production. Les bootlegs qui proposent les versions enregistrées à New-York sont bien plus énergiques. Un classique des 70's.

Who Are You Un album d'une violence crue, le son est sidérant, les compositions alambiquées au possible. Bizarrement bancal à sa sortie, c'est l'album des Who qui s'est le plus bonifié avec le temps.

Who's missing, Two's missing, Rarities I & II, Odds and Sods Parce qu'avec les Who quand il n'y en a plus, on en veut encore et que ces compilations regroupent des merveilles comme Here 'tis, Leaving here, Shout and shimmy, Under my thumb, Daddy rollin' stone....

Two Sides Of The Moon L'album solo de Keith Moon, vraiment un très chouette disque, la sélection de reprises est magnifiques, les versions d'In my life, One night stand et Teenage idol à tomber parterre. Et puis qu'est ce que vous voulez, j'aime tout simplement ce mec là.



mercredi 8 juillet 2009

T.ReX


La mièvrerie a remplacé la romance, les poses ont remplacé l'attitude, le son a remplacé l'énergie. Romance, attitude, énergie, une bonne définition de Marc Bolan.

 



Deux clans s'opposent lorsqu'il est question de T.Rex, ceux qui ne jurent que par Electric Warrior, et ceux qui lui préfèrent The Slider. Des pitres des deux côtés, si vous tenez absolument à avoir mon avis. Si débat il doit y avoir pour choisir entre deux albums, lequel incarne au mieux le sommet de Marc Bolan, c'est entre Tanx et Dandy In The Underworld que ça doit se jouer. Et c'est marre. Deux albums débarrassés des titres lourdingues aux relents métalleux enregistrés pour plaire aux fanas de Led Zeppelin, des titres qui me gavent et dont The Slider regorge. Pour Electric Warrior je serais moins formel, ce disque est celui de Cosmic dancer, Life's a gas, Mambo sun, Girl et Monolith, ça suffit à mon bonheur mais ça fait pas un disque entier qui tient la route.


Et donc, Tanx, malgré la présence du mythomane en chef Tony Visconti, surement l'un des producteurs les plus surestimés de la grande saga du Rock tandis qu'un génie aussi sauvage que Vic Maile est complétement tombé aux oubliettes, faute d'avoir eu le temps de romancer ses souvenirs sur papier sans doute, bref, malgré l'autre tâcheron qui s'imagine avoir tout inventé, le gars Bolan envoie une merveille de disque aux compositions d'une extrême beauté. Marc Bolan, avant même les New York Dolls, réhabilita Eddie Cochran et le song writing simple et efficace des pionniers. Summertime Blues sera pour T.Rex ce que Oh Carol fut pour les Stones, le facteur clé qui change toute une vie. Outre reprendre ce classique, il va disséquer les riffs de son idole, les triturer, les ralentir, créant un style qui au final ne doit plus rien à personne, tant grâce à cette touche pop dans les mélodies, qu'à cette voix reconnaissable entre mille. Les chansons de Marc Bolan ont cette manière de vous causer à l'oreille, chacune d'elles vous racontant sa brève histoire, comme Somethin' else, comme C'mon everybody comme Cut across Shorty ou Sittin' in the balcony.
Comme Eddie Cochran, Marc Bolan trouvera la mort dans un accident de voiture à Londres. La vie est chienne.



Je recentre. Tanx, qui tourne encore sur ma platine, est l'un des premiers disques à m'être tombé sous la main. Le genre qui tient méchamment la tête haute face aux outrages du temps. Vous en serait convaincu ou pas, je m'en fous comme de l'an 40, cet album, je ne cherche même pas à le faire partager, je me le garde au chaud, pour ma pomme. Son écoute est ainsi immaculée des réflexions des uns et des autres, des sarcasmes du peuple (j'en ai assez avec ceux des journaleux qui l'ont toujours descendu pour mieux encenser les deux lp's précités).
Ouais, mon Tanx à moi et basta. Avec ce Mad Donna que je rêve d'entendre à nouveau sur les ondes tant, j'en suis sûr, il ravagerait encore par sa fougue et sa concision. Et Left Hand Luke, qu'en dire ? Mon morceau favori du gonze Bolan, une ballade up tempo emballée comme un cornet de marrons chauds. Un morceau construit comme plus personne ne sait les construire, avec chœurs façon gospel braillard et une attaque sans intro qui embarque d'emblée le quidam pour ne plus le lâcher, jamais. La partie de basse est démente, tout dans ce morceau respire la liberté, les violons, la guitare, le piano, les chœurs, chacun d'eux se laissent emporter par la mélodie jusqu'à l'acmé terminale aussi cocasse que le reste.
 


Mais je m'emballe, il ne va plus me rester de cartouches pour vous causer de Rapids, un slow-rock parfait pour tortiller du cul, du fabuleux Broken hearted blues, là encore une mélodie si belle qu'elle m'en donne une envie irrépressible de plonger dans le spleen, de laisser monter le poison. Tout le charme du disque est là, dans ces mélodies qui accrochent l'oreille sans jamais la lasser. Marc Bolan avait ça du rock'n'roll originel, jamais ses morceaux ne duraient plus que nécessaire, quitte à finir en casse gueule.

Quand il fait dans le délicat, ça donne Electric Slim & the factory Hen, Life is strange, The street and babe shadow, Highway knees, Mister Mister, autant de perles pop et groovy, simples et bancales, chansons comme captées plus qu'enregistrées, aux richesses ne se dévoilant qu'au fil des écoutes. Mes préférées.
Quant il œuvre dans le viril, ça ne l'est jamais vraiment tout à fait. Que Tenement lady se veuille nerveuse, et le naturel reprend le dessus avec une seconde partie de chanson totalement sous le signe de la romance barrée. Pour tout dire, c'est lorsqu'il arrive à tenir un Rock jusqu'au bout que le disque est le moins passionnant (Shock Rock, Born to boogie).



Si vous voulez du Bolan nerveux, groove et moderne, c'est Dandy In The Underworld, l'autre sommet du bonhomme, qu'il vous faut.


Un disque magique. Avec synthé discret en lieu et place des orchestrations fastes du passé luxueux. C'est que Bolan est au fond du trou au moment de graver cet ultime album. Victime de la fin de la mode Glam,T.Rex ne vend plus, quelques albums inégaux, malgré des compos toujours aussi merveilleuses, déculpabilisent les fans qui abandonnent le navire chancelant. Les minettes qui hurlaient son prénom à Wembley se tournent vers d'autres frissons. Conscient de son lent déclin, Bolan s'enferme en comité réduit dans un studio cheap, soigne ses chansons et grave avec un minimalisme inhabituel ce lp attaché à un retour à un Rock tranchant teinté d'une touche Funky.

I love to boogie préfigure le Juke box babe d'Alan Vega, Dandy in the underworld, l'une des plus belles, cause avec lucidité (ce qui, pour un gars dont les paroles piochent généralement dans les légendes celtiques, n'est pas rien) de ses récents égarements dans l'illusion de la dope, Jason B. Sad recycle avec classe le riff de Get it on (qui est à Bolan ce que Johnny B. Goode est à Chuck Berry, une signature) et un grand nombre des autres morceaux font partis de ce qu'il a enregistré de plus percutant (Hang-Ups).



On est en 77 lorsque sort l'album, depuis Tanx en 73 le public s'est passionné pour cette merde inqualifiable de prog-rock, et il faudra Doctor Feelgood pour replacer le critère énergie au centre des débats, sans toutefois assumer le côté jupettes et paillettes (je paierai cher pour une photo de Lee Brillaux sapé en tafiole).

1977, et les Damned qui n'oublient pas et ne renient rien, embarquent T.Rex sur la route avec eux.
1977, et le destin de Marc Bolan qui tutoie pour l'éternité celui d'Eddie Cochran, tandis que pogotent les Punks sur des riffs et des mélodies qu'ils n'auront pas eu à inventer.

Alors vous faites comme d'hab, les vinyls doivent bien trainer dans le bac à soldes du disquaire du coin, et une superbe édition de Tanx en double cd est sortie il y a une dizaine d'années. Elle inclue une version "de travail" de l'album, dépouillées de la sorte les chansons se révèlent aussi bandantes que dans leurs versions définitives, le single Children of the revolution est également au sommaire ainsi que le fabuleux 20th century boy et toutes les faces B qui vont avec. Dandy In The Underworld, ça doit être un chouïa plus compliqué mais seulement si price minister vous est étranger. C'est dire si aucune excuse ne sera acceptée, même si les plus originales gagneront une intégrale des Ruts période Malcolm Owen.
 

 Hugo Spanky