vendredi 30 juin 2017

PuBLic ENeMY, NoTHiNG iS QuiCK iN THe DeSeRT


Je les croyais en mode pause suite à l'implication de Chuck D et DJ Lord dans le projet Prophets Of Rage aux côtés de B. Real et Tom Morello, mais le sommeil de l'Enemy est sournois. Pour célébrer dignement trente années d'activisme tout azimut, le crew de Long Island prend son monde par surprise, publie en avant-première son nouvel album sur le site Bandcamp et en offre le téléchargement du 29 juin au 4 juillet. Une manière de remercier tous ceux, dont je suis fier de faire partie, qui les ont suivi pas à pas dans ce qui ressemble méchamment à l'ultime incarnation d'un état d'esprit dont l'origine remonte à la synthèse effectuée par Bob Dylan et quelques autres, lorsque dans les clubs de New York ils unirent rythmes et pensées contestataires.

Nothing Is Quick In The Desert est un bilan de santé sacrément positif. Smash the crowd,  So be it, SOC MED digital heroin, Beat 'em all, Yesterday man, le tortueux et torturé Smells like teens hear it vous cogne dans les cordes sans laisser d'ouverture. Le groove est velu, impressionnant de puissance. Je le rabâche à chaque nouvel album, le Hip Hop de Public Enemy, toujours placé au carrefour psychédélique du Funk et du Rock, ne faiblit pas. Plus que sur leur précédent opus, Man Plans God Laughs, le groupe qui les accompagne sur scène a ici été mis à contribution. Il en résulte un son organique, massif mais souple, régulièrement martelé par une batterie acoustique sur laquelle bourdonne les guitares. 


Lorsqu'il donne l'assaut, Public Enemy plane comme le drone, frappe comme le char. La dominante est donnée à la performance live et aux instruments traditionnels, à l'image de sPEak! et ses cuivres incandescents. Pour autant, Public Enemy n'en oublie pas ses racines et Terrorwrist aligne les techniques strictly hip hop, scratchs en furie, samples  qui cisaillent. Dans la foulée Toxic fait le clin d’œil au fondateur Yo Bum Rush The Show





La fête est totale, l'éclate maximale. Public Enemy tient son rang, sans reniement, ni nostalgie, le crew persiste à se contrefoutre des conventions commerciales, fait sien tout ce qui passe à sa portée, dissèque, digère et régurgite le foutoir de la planète en le portant à température de fusion. Le propos reste affuté et, si il faudra se pencher de plus près sur les textes pour en saisir toute la portée, SOC MED Digital heroin se distingue efficacement en dénonçant l'addiction mondialisée à cette multitude d'écrans connectés qui monopolisent notre attention, au point de nous faire marcher tête basse dans les rues de nos quartiers, courbés sur nos tablettes comme des junkies sous le poids du singe. Sans doute qu'il y a là matière à la prochaine grande réflexion que chacun de nous se devra d'avoir, afin d'apprendre où placer le curseur du virtuel. Doit-on délibérément abandonner les aspects les plus concrets de notre quotidien à nos dirigeants et nous réfugier dans les plaisirs abstraits de l'illusion ? 





En fin d'album, Rest in beats paie le tribut aux disparus du Hip Hop sur fond de guitare aux joues humides. Le chemin fut souvent chaotique pour cette génération, la notre, qui défricha la jungle urbaine à coups de beats et de rimes acérées. A l'heure où se mesure le parcours, les pertes sont en nombre, de Easy E à, tout récemment, Prodigy. Le salut vient des mots et touche au cœur, l'héritage doit perdurer.


Ceux pour qui la voix de Chuck D est aussi essentielle que l'air et l'eau seront repus, les autres ne liront jamais ces lignes. Et on sait depuis longtemps que ce sont les absents qui ont toujours tort.

Hugo Spanky

6 commentaires:

  1. D'abord merci pour le lien de téléchargement, et merci à eux de nous l'offrir.
    Joli texte une fois de plus, instantané et honnête comme cet album, qui semble avoir été réfléchi et pourtant livré tel quel, dans sa première pression, à froid. En fait Public Enemy c'est de la country d'aujourd'hui ;)

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    1. Dans l'esprit commentateur du quotidien, c'est exactement ça, de la Country. Même si géographiquement, ça serait plutôt de l'Urban )))

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  2. "au point de nous faire marcher tête basse dans les rues de nos quartiers" La ville de Paris a une parade. Je te dois "Man Plans God Laughs" alors impossible de laisser passer ça. Je fréquente occasionnellement des fous de funk et de soul, j'ai bien envie de passer les voir pour leur dire que les héritiers, pas jeune mais toujours sur les dents, les héritiers de Sly ou de Clinton/Funkadelix sont juste là et leur album est offert... Allez je tente

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  3. merde on est le 9 ... tant pis, mais j'ai déjà volé leur "fear of a black planet" chez objets noirs et choses carrées, avec son velours du vynil en bonus. et effectivement il n'y rien de plus urbain que cet album qui aurait pu servir de bande son a blade runner, carrément (car voyez vous on est plusieurs a réfléchir, j'en profite pour me coiffer bouge pas ... merci). en même temps comme je marche pas la tête courbée, mais plutôt en quête des poésies de la vie, comme une jolie paire de jambes dont la proprio, il est vrai est trop souvent fixée à son objet rectangle, je peux me permettre de me passer des bon conseils de chuck D, cette balance qui traita Elvis de raciste naguère et qui accueillait dans ses rangs un musulmerde déjà, vraiment avant garde, ce qui pour moi annonçait déjà clairement la couleur sur les mutations des beaufs du futur. hier soir les pretty things gratuits à la guinguette de blois, même pas annoncés dans ma ville de cons (tours 37000), 2 bonnes premières parties (volage et majesties requests, des gamins qui me font croire en l'avenir) un public pop, une sacré bonne soirée. il faut absolument pas que je rate les sonics maintenant quand il repasseront par chez nous ... et quoi ? un article sur elvis en dessous ? j'y vais d'un clic

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    1. On aura tout lu, te voila offusqué par une provocation sommes tout pas si extraordinaire envers mon vénéré Elvis. Faut-il te rappeler les propos de Johnny Rotten sur le sujet au jour de sa mort ? Ou les refrains de Joe Strummer le même été 77 ?
      Ils avaient tort, tous. Et je ne manque jamais de le faire comprendre à Chuck D chaque fois qu'il lâche cette rime et que je me trouve au bord de la scène. Mais de là à le résumer à ça...

      Le cas Professor Griff est encore plus significatif. Petit rappel des faits reprochés : Dans une interview (à Rolling Stone me semble t-il) ce cher Professor déclare que les juifs contrôlent le business et qu'ils entubent depuis la nuit des temps les pionniers noirs de la musique populaire. L'affaire a d'ailleurs inspiré une intrigue qui court sur plusieurs épisodes des Sopranos. Faut-il vraiment en déduire qu'il est à l'origine du terrorisme actuel ? Au même titre que tous ceux qui ne manquent jamais d'affirmer qu'il n'y a que des juifs à la télé ?
      Et d'ailleurs est-ce vraiment faux ? Je me demande ce qu'en pense Chuck Berry. J'irai lui poser la question dans une autre vie.

      Cas aggravant, Professor Griff est muslim. Comme Mohammed Ali, Ahmet Ertegun, Malcom X ou ce dangereux activiste de Jermaine Jackson. Black Panthers, Nation of Islam et toute la clique. Une bande d'excités bien décidé à en finir avec la suprématie du Ku Klux Klan dans les rangs de la police américaine. Je comprends que ça choque ))))
      D'autant plus que le leader du mouvement auquel était affilié Professor Griff, Louis Farrakhan, avait un profil à faire trembler Ben Laden : Antillais du Bronx, chanteur de Calypso reconverti dans le business de la religion en prenant Ron Hubbard comme modèle. En gros, la mafia black qui tente de racketter la populace façon église de scientologie en recrutant des figures emblématiques de la scène musicale et du cinéma. A ce rythme, on va crucifier Tom Cruise et John Travolta.))))

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    2. En plus c'est vrai, y a que des juifs dans le show bizz ;)

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