jeudi 27 mars 2025

oRaNsSi PaZuZu

 


Il apparait évident à l'écoute de Oranssi Pazuzu que le black metal dans sa branche la plus avant-gardiste agit de façon néfaste sur la pysché de ses auteurs, et surement en partie autant sur ses auditeurs. Le plus récent disque des finlandais, Muuntautuja, en est une preuve indiscutable. D'emblée, il vous assène une interminable série de sons tonitruants  dépourvus de la moindre élémentaire notion d'harmonie, durant laquelle l'esprit tente, tel celui du noyé qui se démène pour échapper à son destin, de se raccrocher aux éléments qu'il comprend. Il y en a si peu que la quète apparait rapidement vaine. Poursuivre l'écoute en s'opposant au réflexe de survie demande un tel effort que l'accalmie, qui finit par arriver, prend des allures de paradis terrestre. Avant que la conscience revenue, on ne se découvre en enfer. Nous voilà beaux. 


Cette approche frontale se reproduit sur la seconde face, par chance, l'album n'est pas double à l'inverse de son prédécesseur, Mestarin Kynsi (la griffe du maitre, selon google traduction) qui s'étale sur trois faces. J'y reviendrai, j'en finis d'abord avec Muuntautuja (Mutation, selon moi-même). La seconde face, donc, fracasse avant de monologuer sournoisement. En fait de monologue, ce serait une incantation, réussissant le pari d'installer une ambiance cinématographique tout en conservant un aspect affreusement concret. Aussi dingue que ce soit, rien ici ne semble fictif. Puis le monologue se mouve, ondule et se contracte par spasmes dégressifs, à nouveau charmeur, sans devenir apaisant le moindre instant. Je vous le dis tout net, ces types sont dérangés. Ils sont carrément allés jusqu'à planquer un ultime titre au delà d'un réconfortant silence. Un morceau planant. A ceci près que l'on plane en dessous du sol. Minuscule cellule de vie frayant vers l'oeuf de reproduction à travers les méandres boueux, les détritus, les décompositions diverses et les charniers les plus abjects. 


Une écoute sarcastique pourrait faire croire à une jam informe, un tintamarre causé par un ramassis de musiciens drogués, victimes d'hallucinations mises en scène par Lucio Fulci. Ce serait une funeste erreur, il y a ici un engrenage d'évènements, certes irrationnels, mais qui laissent déceler une pensée humaine. Fût-elle d'une humanité réduite à son expression la moins civilisée. Ne croyez pas que je vous conseille ce disque, je vous préviens au contraire de l'éviter. Il est vicieux.

Néanmoins, ce n'est rien en comparaison du maléfice pernicieux qui opère à l'écoute de Mestarin Kynsi. Nous y voilà. Cet album de 2020 procède par ondes alternatives. Contrairement à l'approche kamikaze de Muuntautuja, il stimule l'endorphine en ciselant un accueil psalmodique. On est cool, un brin inquiet, mais ça va. Puis l'horizon s'assombrit en un éclair et un tsunani dissonant s'écrase sur les membranes. Oranssi Pazuzu fait feu de tout bois, boucles vocales, synthétiseur percussif, bends distordus broyés par l'impulsion des basses, tambours assourdissants. Un boucan à rendre fou. Rendez-moi Ummagumma ! Montagnes russes, avalanches et reflux annihilent toute résistance et c'est éreinté par le mal que l'on tourne dorénavant les faces comme le candidat au suicide dépaquète ses Gillette. 


Hugo Spanky

Oranssi Pazuzu - Muuntautuja (2024)

Oranssi Pazuzu - Mestarin Kynsi (2020)



lundi 17 mars 2025

noRVeGiaN woOD

 


Fleurety est un groupe passionnant. Il ne concourt dans aucune catégorie, passe du black metal au trip hop, du easy soft au heavy free. A la manière dont les Beastie Boys ont étiré le hip hop, Fleurety a étiré le black metal, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que quelques signatures. Fleurety est un club, plus qu'un groupe. La base est composée d'un duo de norvégiens, dont il est inutile que je mentionne les noms, vous ne les connaissez pas, moi non plus, et c'est un enfer à recopier. A ce duo multi-fonctions s'ajoute, au gré des albums, une somme d'invités piochés parmi les membres les plus éclectiques de formations tel que Mayhem, Ulver, Ved Buens Ende, Arcturus et j'en passe. Autant de noms, soit dit en passant, auxquels je ne vous conseille que trop de vous intéresser. Bien que la valeur des guests ne garantie pas le résultat, pour preuve le plus récent album de Fleurety, The White Death (2017), est complètement à côté de la plaque, dépassés qu'ils sont par une amicale concurrence qui n'en demeure pas moins féroce.

Fleurety enregistre des disques construit comme un Lego réalisé sous acide. Ce qui est un exemple purement théorique, puisque je ne l'ai pas vérifié. En tout cas, c'est ce à quoi ça me fait penser. Les toiles d'araignées sous acide sont un autre bon exemple et celui ci a été vérifié. Par d'autres.


Basses hypnotiques, parfois synthétiques, ambiance magnétique (une rime de plus et j'ai un couplet cold wave). Tiens, de la cold wave, y en a. Entre autres choses. Genre de la musique de jeu d'arcade. Là je vous parle de l'album Department of Apocalyptic Affairs, leur deuxième 30cm, paru en 2000. Le plus abouti dans l'osmose, complexe sans être hermétique, du moment qu'on ne soit pas trop intolérant envers ceci, ni trop intransigeant envers cela. Quoique j'en sais rien, c'est la valse des étiquettes et je valse très mal. Disons qu'un public novice en metal extrême pourrait se raccrocher à son atmosphère éthérée. La notion éthérée étant modérée par un groove éléphantesque. Je ne veux pas paraître timoré, c'est un foutu chef d'oeuvre dont je vous parle. Un de ces disques qui vous donne une vague nausée opioïde au moment de la prise de contact. Chaque écoute ouvre de nouvelles pistes, les sons qui la veille semblaient anecdotiques conduisent dorénavant le vaisseau à travers l'hyper espace des rendez-vous dansants. Un disque fait de séquences, par moment euphorisantes. Agréablement oppressantes. Une sorte de dub à vitesses modulables drivé par une basse qui sert de ligne blanche. Selon les jours, je lui préfère leur premier disque, Min Tid Skal Komme, qui, bien qu'ayant de solides ramifications progressives, mais aussi folk, est plus ouvertement black metal (!) avec des blasts et tout le toutim. Encore que les spécialistes s'opposeraient en affirmant qu'il est plutôt death que black et que les passages doom prennent le dessus sur ceux résolument thrash. Les spécialistes sont chiants, que voulez-vous que j'y fasse ?

Min Tid Skal Komme, donc. Un disque de 1995 composé de cinq morceaux, dont seulement deux autour des 5mns. Autant vous dire que les autres ont les circonvolutions dans la peau. Des passages en arpèges, du chant hurlé, des solos en tous genres, des rythmes protéiformes. L'ensemble va au delà du concept de chanson, on est dans un puzzle immatériel, un vortex sensitif. On reçoit des météorites en rafales, l'instant d'après on est en apesanteur au dessus des brumes de Laponie. Ecouter un tel disque devient une aventure en soi. Transmettre son ressenti revient à raconter le pitch de Chromosome 3.

Hugo Spanky

Fleurety - Min Tid Skal Komme

Fleurety - Department Of Apocalyptic Affairs

Fleurety - The White Death

mercredi 5 mars 2025

SuBWaY To Hell :ToM WaiTs

 


Pour saisir toute l'insolence du personnage, sans doute faut-il avoir connu le début de la décennie 80, lorsque adoubé par Francis Ford Coppola, bien avant qu'il ne le soit par Jim Jarmush, Tom Waits déambulait en pleine mutation dans le labyrinthe des studios Zoetrope. Avec la B.O de One From The Heart, il transite de son incarnation beatnik cocktail à celle d'alchimiste tombé de la lune, que David Goodis avait pris soin de situer dans le caniveau. De Los Angeles à San Francisco, il ne pouvait en être autrement. L'influence du film de Coppola, son esthétique néon outrageusement moderne pour décrire l'aventure humaine la plus usagée -l'amour fatigué, la jalousie fantasmée- fut déterminante pour Tom Waits. Le décalage entre le propos et l'éclairage qui en est donné sera fondateur. Heartattack and Vine a confirmé que Blue Valentine resterait insurpassable, Tom Waits l'a compris, il fait peau neuve. 

Dès lors, 1982, et pendant pile dix années, Tom Waits va enregistrer l'essentiel de ce sur quoi se fonde mon choix pour définir lequel de ses disques m'accompagnera jusqu'à l'automne de la vie. J'entends des pécores affirmer que bien au delà de 1992, notre homme a encore délivré le meilleur de lui-même. Ceux là peuvent quitter ce lieu, ils sont de ceux qui l'ont assassiné de bonnes intentions. Les Eliot Ness de l'inculture, les faiseurs de modes estudiantins.


Point de suspens pour cette fois, l'album qui me sied le mieux n'est même pas mon préféré. Bone Machine n'est peut être même pas un bon album, et au moment de sa sortie il n'est ni un pas en avant, ni un pas de côté. Il est un coup de marteau sur un clou déjà enfoncé de tout son corps. Le disque de trop. Celui qui déborde sur la marge. Rien de ce qu'il contient n'atteint les splendeurs de Franks Wild Years, qui le précède dans le temps, ni l'étrangeté de Swordfishtrombones. Il n'a pas grand chose de l'évidence de Rain Dogs, qui envouta le réfractaire public rock. Bone Machine est une réplique lancée après que le rideau soit tombé.

Alors, pourquoi ? Pourquoi je ne suis pas en train de vanter la beauté inégalable de I'll be gone, Innocent when you dream, Yesterday is here, le groove sensuel de Hang on St Christopher, Temptation, Way down in the hole. Pourquoi je ne vous fais pas avaler Franks Wild Years par les narines ? Parce que je suis en plein trip Erzébeth Bathory ! Voilà pourquoi. Franks Wild Years est clinquant. Et ça m'éblouit, habitué que je suis aux ténèbres emmurées.

A ce propos, j'ouvre une parenthèse pour vous conjurer de fuir comme la peste bubonique le navet que Julie Delpy a consacré à la Comtesse qui occupe mon coeur et mon esprit. Elle n'a rien compris, c'est dramatique. Alors que, bordel, tout est cinématographique dans l'existence d'Erzébeth Bathory. Le contexte, sauvage de glace et de neige, les bois, les forêts, la misère paysanne, les loups, les sorcières, le vice, la folie. Ses plaisirs. Julie Delpy n'a pas saisi l'occasion de filmer une femme, debout en bord de route, nue dans l'indicible froid de l'hiver hongrois, sur laquelle Erzébeth fait verser des seaux d'une eau qui gêle instantanément en s'écoulant des cheveux aux chevilles. Depuis l'intérieur de sa calèche, elle regarde, avide de curiosité, l'agonie de l'imprudente emprisonnée dans la glace. Au lieu de quoi, Julie Delpy filme printemps, romance et été. Comme s'il fallait absoudre de force celle qui n'a jamais voulu l'être. Erzébeth a refusé aux hommes le droit de la condamner, jusqu'au dernier moment elle tenta d'empoisonner ses juges. Erzébeth se revendiquait maitresse de son domaine, souveraine de ses paysans. Elle régna sur leurs vies, décida de leurs morts. Qu'auraient-elles pu vivre de plus exaltant ? Ses filles de misère destinées à peiner aux champs, obligées à satisfaire maris de circonstances, curés et dignitaires, surement pères et frères itou. Il suffit de se libérer des entraves de la morale pour comprendre la chose dans toute son infinie démence, sentir la giffle du réel semblable à celle du baton souple qui fouette pour la deux-centième fois le même épiderme, les mêmes cuisses, le même corps dévasté qui s'affaisse dans l'insconcience, malgré les liens qui le suspendent. Tandis qu'approche de cette bouche ouverte sans trouver la force de hurler, le fer rougi par les braises, il suffit d'imaginer les rires hystériques de la Comtesse, bras écartés, le pas rapide, écorchant le lin de sa fine robe blanche contre la pierre hérissée des entrailles humides de son château. Epilepsie héréditaire, démence génétique, enfance traumatisée par les visions répétées, jusqu'à devenir banalité, des tortures infligées par ses ainés aux bougres qui leur déplaisent. Voir un homme pourrir vivant en même temps que se décompose, dévorer par la vermine, le cadavre du cheval dans lequel il est cousu. C'est autre chose que grandir devant la télé, vous en conviendrez. Hantée, Erzébeth a choisi de brandir l'horreur en étendard, puisque rien ne l'efface, faire de la douleur un orgasme. Alors que ses servantes infligent sans talent, elle dépèce en esthète, arrache d'un trait de pince aiguisée une joue, un lobe d'oreille, un nez, un morceau de poitrine qu'elle fait tournoyer au dessus du feu, délicate attention, puis le fait manger par celle-là même d'où il provient. Enfin, elle se jette au sol, convulse dans le sang, enfouie son visage dans les corps aux artères arrachées qui s'entassent et se vident pour satisfaire son désir d'éternelle jeunesse. Dans l'ombre, une sorcière déclame les incantations à la lune en une litanie diabolique.



Pour toutes ces déraisons, Franks Wild Years n'a pas sa place, l'excentricité de Swordfishtrombones semble vaine et le rock de Rain Dogs trop ordinaire. Seul Bone Machine, ne serait-ce que pour son titre, peut revendiquer un siège au festin. C'est un disque de fatalité mortifère. L'animal roi à trois têtes, les radiations l'ont maudit, la terre hurle, Abel fracasse le crâne de Cain à coups de pierre. Comme Erzébeth, Tom Waits refuse de grandir par peur de vieillir. Chaque chanson amène une angoisse, en autopsie les fondements et pisse dessus. Leur qualité importe peu. Elles sont cagneuses, malsaines, inachevées. Parfaites. 

Hugo Spanky

Ce papier est dédié à David Johansen

vendredi 3 janvier 2025

SøuFFRe De Vie



C'est donc d'une musique cadenassée par les contraintes que tous les possibles trouvent matière à survivre. Sans doute que, comme pour le Blues avant lui, les stéréotypes dont on affuble le Black Metal sont dans l'esprit de ses détracteurs. Je dois remonter loin pour trouver un tel mélange en déséquilibre, tranquille au bord de la falaise, que celui proposé par le nouvel album de Gaahl, chanteur norvégien d'œuvre cantique. Trelldom pour le nom du groupe, By the shadows pour celui du disque et larguez les amarres. Un saxophone libre, des rythmes imprévisibles, des voix, partout, hantées, des guitares qui grincent, lacèrent, piétinent. De l'aventure. On dirait le Outside de Bowie passé par la marmite des réducteurs de têtes.



Ailleurs, Døedsmaghird, Omniverse consciousness. Un clavier décalé, des sonorités dissonantes, un mixage qui s'évertue à camoufler toute flagornerie séductrice. Bon sang que cette musique se mérite, et pourvu que ça dure de la sorte. Qu'aucun consensus ne vienne la placer sous les projecteurs de la hype. Que tout ceci ne soit jamais atteint du syndrome qui en flingua combien d'autres, bravaches et revanchardes. Pourvu qu'aucun étudiant ne se badigeonne de corpse paint à la prochaine soirée infirmière du Bikini.


Ces disques sont là, planqués sous le tas de fumier de l'année écoulée, souvent épuisés quelques mois après leur parution. A saisir dans le souffle retombant du geste créateur. Immédiats, instinctifs. Leurs géniteurs sont déjà ailleurs tandis que le vinyl sort des presses. Le mode de fonctionnement ne doit plus rien au commerce qui façonne les tendances, guère de promotion ici, peu de concerts. Un projet sitôt réalisé, on passe à autre chose, une autre configuration, un autre nom, un autre label, une autre envie, qu'importe sinon la liberté. A traquer sur Bandcamp, en ne se fiant à rien d'autres que son propre jugement. Seul responsable de nos motifs de satisfaction. A prendre ou à laisser.

mardi 19 novembre 2024

RouGe PRoFoND


Le subconscient est formidable. Charles Dumont meurt, je rêve de Willy DeVille. Logique implacable. Je me tiens au bord de la scène, tandis qu'il s'éreinte à éduquer un public de festival !!! Fataliste, il se tourne vers moi et me confie ce message "Le rock, c'est de pire en pire". Faudra vous contentez de ça, je lui ai demandé son mail sans avoir le temps de le noter, déjà j'entamais la lente remontée depuis les limbes vers la lumière.

Chemin inverse de celui qui accapare mon temps depuis des semaines. D'abord, j'ai réfrigéré mes méninges en consacrant toute une journée aux albums de Burzum, territoir survivaliste de Varg Vikernes, et comme un mal ne vient jamais seul, j'ai enchainé sur les trépanés finlandais de Minotauri. Non pas qu'ils soient meilleurs que d'autres du même acabit. Leurs disques sont d'une uniformité hypnotique, là où Burzum manie les contrastes pour étreindre l'esprit d'un inexorable noeud coulant idéologique, Minotauri tabasse le crâne d'un sempiternel même geste, tout en braillant des textes riches en apocalypses écologiques, en cimetières réconfortants, en solitude dépressive. Une version dégénérée de l'oeuvre de Geezer Butler. Les textes de Varg Vikernes, c'est une toute autre affaire, on n'y comprend rien. L'un veut soumettre, les autres veulent détruire. Les jeunes de 40 ans appellent ça du Doom Metal, je l'ai lu dans Rock Hard Magazine. J'en ai profité pour dévorer leur dossier sur Reverend Bizarre, les champions incontestés du genre. Leur truc à eux, version extrémiste de celui de Minotauri, c'est recycler Black Sabbath en accentuant leurs aspects les plus répétitifs et craspecs. En gros, ils ont viré tous les breaks zarbis au bénéfice des riffs (un seul par morceau de 20 minutes) et ralenti le tempo autant qu'humainement possible. Vous pouvez vérifier sur Youtube, le bassiste descend une canette entre deux notes. Le tout sonne comme enregistré non pas dans un garage, mais dans une cave. Humide, poussièreuse et alimentée en 110 volts. Voyez le cliché, il fonctionne. 

Evidemment, tout ceci influence mes lectures et me réconcilie avec Camion Blanc -quoique ça vient sans doute de nos récents échanges de commentaires- leur publication Black Metal Satanique, Les Seigneurs du Chaos, versant biblique du film, trouve sa place en haut de ma pile. Bref, tout va pour le mieux. 


Les associations d'idées sont formidables. Quoi de mieux à faire pour empirer délibérément le mal que de dégainer la filmographie de Dario Argento ? Je vous le demande. Le programme de la semaine est chargé, Phénoména, c'est fait, le singe, Jennifer Connelly, Iron Maiden, on ne va pas y revenir, Le Cabinet Des Rugosités s'en est chargé (ici). Les autres vont suivre à raison de deux par jours. J'attends juste que le ciel vire au blanc. Blanc poussière comme l'éclairage de Ténèbres. Celui qui m'impatiente le plus est Profondo Rosso (Les frissons de l'angoisse). Avec Macha Méril qui se fait trucider au hachoir. Argento est un génie. Je vais tous me les refaire, jusqu'au Syndrome de Stendhal. Les suivants, je ne les ai jamais vu. Milady veut tenter Dracula, j'ai pris Lunettes Noires. Et pour varier de Dario Argento, j'ai aussi mis le grapin sur Le Parfum De La Dame en Noir de Francesco Barilli. Avec Mimsy Farmer ! Toute nue. Comme d'habitude, certes, sauf que cette fois elle est sur une table d'autopsie. Voyez le genre.



Et Willy ? J'ai failli, ce matin, démarrer la journée (ensoleillée) par un de ses albums. Mais lequel ? Impitoyablement le constat s'est imposé, froid comme le verre brisé qui décapite dans un Giallo, plus aucun de ses disques ne tient sur la durée. C'est aussi vrai pour tous les disques du New York de la fin des seventies. Les gars étaient des personnages pas croyables, les biopics ne vont pas tarder, pour autant plus aucun disque ne me donne envie. On a chacun nos favoris; le premier Blondie, Ramones leave Home, Johnny Thunders so alone, Mink DeVille coup de grâce...aucun n'a su vieillir. Et c'est normal, c'était pas le but. La pertinence du rock était dans sa connexion avec le quotidien, le lien est rompu depuis belle lurette. Les grands classiques recencés comme tel dans les encyclopédies tutoient dorénavant les médiocres. J'en arrive à préférer m'envoyer By Numbers plutôt que de devoir supporter une fois de plus Who's Next. La déclinaison est infinie, valable pour les uns et les autres. Pas de remords à les laisser prendre la poussière. Poussière ? Ténèbres ! Je me suis remis une dose de terreur. Les associations d'idées sont incurables.

Hugo Spanky



samedi 26 octobre 2024

MoGG's MoTeL

 


A l'instar de Thin Lizzy, UFO n'a jamais été reconnu chez nous à la hauteur du talent qui était le sien. Légendaire en Angleterre, trait d'union entre les mastodontes hérités des sixties et la NWOBHM, le groupe a oeuvré pour que d'autres brillent.

Il est cocasse de découvrir que ce mois d'octobre 2024 (!!!) est animé par deux membres, pas les moindres, issus de la formation intersidérale. Michael Schenker, moins original, propose une relecture des classiques disséminés par UFO au fil des albums en s'entourant d'une multitude de chanteurs invités pour incarner Phil Mogg. Et c'est là que le bât blesse. Aucun n'est à l'aise dans ses baskets, la pointure est trop grande. Axl Rose ne fait pas exception en s'attaquant à Love to love. On peine à le reconnaître tant sa voix est usée. Pour le reste, ce sont des versions compressées pour sonner plus heavy que les inatteignables originaux.

Là où bonne surprise il y a, c'est du côté de Phil Mogg, justement. De lui, je n'attendais plus rien depuis longtemps, depuis Making Contact en 1983 précisemment. 1983, l'ovni se crashe tandis que Thin Lizzy domine l'année sur deux fronts, la sortie de Thunder and Lightning, ultime et sublime album du groupe, mais aussi celle d'Another Perfect Day de Motörhead, unique album, hélas, gravé en compagnie de Brian Robertson. Là aussi, de bien des façons, dernier album du groupe à mériter de porter ce nom. 

Bref. Phil Mogg. Mogg's Motel pour être exact. Un putain de foutu disque de Hard Rock (à papa, certes). Une claque. Difficile à décrire. La première chose qui m'est venue à l'esprit est l'album Abattoir Blues de Nick Cave ! C'est dire si le décrire va être coton. La sensation persiste au fil des écoutes, donc il doit bien y avoir quelque chose de ça dans l'ambiance générale qu'il dégage. Peut être le timbre de Mogg qui plonge dans les graves sans rien perdre de sa superbe. Peut être, aussi, la soul contenue dans des chansons qui ne sont jamais que la meilleure expression d'elles-mêmes. 

Trouver l'origine d'un tel regain de pertinence provenant d'un homme de 76 balais, victime d'une crise cardiaque il y a moins de deux ans, ne sera pas moins étriqué. Peut-on encore parler de phénomène surnaturel en matière de musique populaire ? De force intercosmique ? Ce type que le corps médical voulait envoyer à la casse défend en ce moment même son disque sur scène, quelque part ce soir, ailleurs demain. Ce disque dont le peu que je sais de l'enregistrement c'est qu'il a eu lieu dans le studio de Steve Harris et qu'il a été mené par Tony Newton, bassiste des sympathiques Voodoo Six (auxquels il ne manquait finalement qu'un chanteur pour être un peu plus que celà) mais aussi ingénieur du son pour Iron Maiden. Pas mal. Ici co-compositeur de la totalité de l'album, il multiplie les talents et dote des chansons qui ne surprendront aucun aficionado d'UFO d'arrangements dont l'intelligence signe les disques qui survivent aux écoutes attentives. Tantôt à travers d'arrogants choeurs féminins, Sunny side of heaven, Princess bride, Tinker Taylor, ailleurs en additionnant les guitares comme sur l'efficace Apple pie qui ouvre les débats, chaque titre à droit à son traitement de faveur, à sa construction astucieuse. A la six cordes, même si l'on croirait Gary Moore ressuscité le temps d'un Storyville placé en conclusion, s'illustre Tommy Gentry, guitariste des médiocres Raven Age, qui fait ici un boulot impeccablement positionné entre tradition et modernité. Point trop n'en faut. Aux claviers et seconde guitare, Neil Carter, ex UFO des années de disette. Aux tambours, Joe Lazarus dont je ne sais rien sinon qu'il confirme la Maiden connection puisqu'il est, de son état civil, le neveu de Steve Harris, là où le leader de Raven Age en est le fils. 

Tout ça pour dire que l'album pue l'Angleterre, la crucifixion par le blues et l'alcool, cherchez pas de hit calibré FM là dedans. Bien entendu, pour toutes ces raisons, c'est en Amérique (du sud ?) qu'il a le plus de chance de trouver son public. C'est dire si je cause dans le vide.

Hugo Spanky

Ce papier est dédié à Paul Di'Anno et Christine Boisson

dimanche 28 juillet 2024

JiM MoRRiSoN ☄️ STePHeN DaViS



J'avais lu Personne Ne Sortira D'ici Vivant à sa parution et j'en étais resté là. Sans trop savoir pourquoi, quelques quarante ans plus tard, je me suis laissé tenter par le bouquin de Stephen Davis en espérant juste ne pas me voir servir, une fois encore, la légende à la gomme (il est vivant ! c'était un dieu lézard !). Cette légende qui fait vendre les magazines peu scrupuleux, les livres en écriture automatique, une légende à laquelle chacun ajoute sa part de bêtise. Alors que la vie de Jim Morrison, stupide et mirobolante, n'a besoin d'aucun superlatif pour donner la mesure de tout ce qui le différencie de nous. 

J'ai refermé le livre hier, tard dans la nuit, avec une pointe de tristesse, comme lorsque l'on regarde un ami s'éloigner, luttant pour arracher à mes paupières lourdes les ultimes chapîtres d'un destin sans suspens, mais que je finissais par rêver différent. C'est tout le talent de Stephen Davis que de nous asseoir au comptoir pour partager le Gin/Fizz matinal de son sujet, de nous couper la respiration, écrasés que nous sommes contre les barrières du premier rang, tandis que sur scène les Doors alternent génie et cacophonie selon l'humeur d'un Jim Morrison jamais maitre de lui-même, plutôt victime d'un temprérament que les secrets emprisonnent. Tête à claques ou artiste hors normes, on ne sait jamais sur quel pied danser. La révolte comme moteur, la frustration comme carburant, Morrison fut de ceux qui marquèrent une époque agitée, déchirée, en assumant les prises de positions casse-gueules, pour ne pas dire suicidaires. Dans une Amérique en guerre, pas certaine du tout d'être dans le camp du bien, Dylan, Morrison, Hendrix, Lennon, une poignée d'autres à chercher du côté du cinéma et de la littérature, ont ravivé la curiosité, mère de la culture qui se découvre, plus qu'elle ne s'apprend. Penser par soi-même, accepter de se vautrer le nez dans le ruisseau, quitte à ne jamais briller. 



Les mots sont réducteurs pour définir ce qui ne se comprend que d'instinct, ceux de Stephen Davis décortiquent une vie mal branlée, font toucher du doigt les échecs, nombreux, les réussites arrachées à bout de force et la banale humanité, rarement soulignée ailleurs, d'un parcours qui se confond avec ce que son époque à eu de plus intense à offrir.

Un vrai bon livre qui, au passage, m'a fait télécharger un paquet de bootlegs, tant les compte-rendus de concerts, d'une précision maniaque, m'ont donné envie de les découvrir de plus près.

Hugo Spanky

The Doors Live in Konserthuset, Stockholm 1968