samedi 28 avril 2012

EddY sChMoLL


LE DERNIER DES GÉANTS


Depuis le temps que Ranx Ze Vox existe vous savez à quel point notre fine équipe est d’un sérieux à toute épreuve. Nous n’hésitons pas à donner de notre personne pour clamer haut et fort que rien ne vaut les soirées bien arrosées afin d’ouvrir son esprit à de nouveaux horizons.

Ce fut lors d’une de nos bacchanales infernales qu’une révélation subite me frappa lorsque l’ami Spanky déposa une de ses galettes chéries sur sa platine.
Instantanément le groove s’empara de mon corps qui jusque là se trouvait lamentablement avachi sur une assiette de kebab. Mais bon sang, me dis-je, en transe, tandis qu’une feuille de salade me tombait de la joue, quel est donc ce type qui chante le rock’n roll de façon si démoniaque et en français de surcroît !?

« Ben c’est Eddy Mitchell, grunge ! », m’invectiva, l’œil aussi goguenard qu’aviné, le Spanky alors que 7red, impassible face à tout ce remue ménage, continuait à roupiller tel le guerrier après un dur labeur.

Comment le Eddy Mitchell de Comme quand j’étais môme et du Cimetière des éléphants a gravé sur cire du bon vieux rock’n roll endiablé et je n’en savais rien !? Quelle ne fut pas ma stupeur d’apprendre cela avec dix grammes d’alcool dans le sang !


Et effectivement, les lendemains plus tranquilles qui suivirent cette soirée agitée, furent mis à profit pour que je me rende compte, avec effroi, de mon intolérable lacune concernant l’Oeuvre Mitchellienne. 
                               Un petit bras, un moins que rien, un branleur que j’étais à son sujet, tiens !


Certes j’appréciai déjà largement le bonhomme car, grâce à l’émission La dernière séance, il a bercé mon enfance et a affûté mes goûts cinématographiques si bien que, désormais, les séries B, les polars, les westerns et les grands classiques hollywoodiens sont ma came préférée. Rien que pour ça, j’adresse un grand merci à Mr Eddy. Mais en ce qui concerne sa carrière musicale, j’étais passé complètement à côté.

Désirant rattraper un retard de 48 années (!) en la matière, je me mis fébrilement en quête de ses opus.
Hélas, face à l’incompétence crasse de notre industrie musicale, je m’aperçus rapidement que dégoter les disques du bonhomme était tout sauf une sinécure.
Mis à part Frenchy, Jambalaya et ses deux derniers albums (Come back et Ma dernière séance) on ne trouve que des best of d’Eddy. Et dire que ce crétin de Pascal Nègre ose nous faire la morale sur le téléchargement illégal alors que les bacs des disquaires sont d’un vide abyssal, il y a de quoi fulminer là !

Nevermind, ce n’est qu’au terme de recherches acharnées (au passage merci Hugo et l’ami Bernard) qu’une maigre partie du Graal discographique de Schmoll s’offrit à moi.
                                                          Et là, ce fut la GROSSE CLAQUE ! 
 
Déjà, rien que les pochettes des galettes sont un régal pour les mirettes (celles de 7 colts pour Schmoll et de Rocking In Nashville notamment) et donnent une furieuse envie de poser les disques sur une platine. Dans le cas des deux lp cités aucune déception n’est à déplorer lorsqu’on s’adonne à cette manipulation.
Gorgés de compositions dantesques qui nous entraînent dans le rhythm’n blues le plus pur (pour 7 colts…) et le rock’n roll le plus échevelé (pour Rocking…) nos oreilles sont à la fête.

Le gars Eddy, qui a oublié d’être sourd, reprend du Chuck Berry à foison et adapte lui-même les paroles en français avec un talent de parolier hors pair.
Car notre bonhomme n’a pas son pareil pour croquer, le temps d’une chanson, des tranches de vie qui nous touche ( A crédit et en stéréo, sur notre besoin maladif de posséder des choses alors qu’on en a pas les moyens financiers ; Fume cette cigarette, sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte ; C’est un piège, sur notre facilité désolante à se laisser berner par autrui).


Disons le carrément Mr Eddy se soucie de tous les travers de notre société et déteste les interdits que l’on nous impose. Écouter l’album Après Minuit, un modèle de description de la dépression qui frappe notre monde. Avec le morceau Il ne rentre pas ce soir, il résume la crise de l’emploi mieux qu’un discours, forcément vaseux, d’un politicien. Avec Le parking maudit, il nous décrit le quotidien sordide des prostituées. Je ne suis pas un géant, quant à lui, nous parle de rupture amoureuse tandis que Le barman nous narre les vicissitudes de ce métier pas aussi évident que l’on croit. Ces pépites musicales sont autant de chefs d’œuvre poignant qui nous hante longtemps après leur écoute.
Mais comme il ne fait jamais les choses à moitié, ce sacré Eddy est également un visionnaire. Sur le disque Sur la route de Memphis, il nous assène une reprise de The harder they come de Jimmy Cliff dans une version autrement plus enlevée que l’originale. Elle se nomme Le maître du monde et, alors qui l’a écrite en 1976, elle nous parle des ordinateurs qui contrôlent de plus en plus nos vies.
Vous l’aurez compris, en tant qu’auteur, l’ami Eddy touche sa bille.
Son autre force réside dans son impressionnante faculté à savoir s’entourer des meilleurs musiciens du circuit.

Dès ses premiers albums, il n’a pas tergiversé à essayer de trouver en France une équipe qui fasse l’affaire (les baltringues qui accompagnent Dick Rivers, non merci ce n’est pas pour lui, non mais !), direction Londres et, avec un ensemble orchestral du cru, le London All Star, il enregistre une pelletée de titres prodigieux.
Titres que l’on retrouvera, notamment, sur les galettes Eddy In London (forcément), Du rock’n roll au rythm’n blues (tout e(ddy)st dit là !) et De Londres à Memphis (sur celui-ci il s’expatrie également aux USA et, avec des musiciens qui ont œuvré pour le King himslef, s’en va prêcher la bonne parole rock’n rollienne).
Ces opus nous transportent dans une tempête de swing, de groove et de soul qui nous donne des fourmis dans les guibolles : les cuivres nous rugissent à la gueule, les chœurs féminins nous déversent du miel dans les esgourdes, les guitares nous abreuvent d’accords d’anthologie et la rythmique nous entraîne dans sa folle cavalcade éperdue. Du bonheur à l’état pur, voilà ce que nous propose ce diable d’Eddy.


Après cette incartade britannique notre bon Eddy débarque à Nashville, Tennessee où il se dégote des musiciens d’exception. Avec ce gang infernal il va graver 7 albums studio (Rocking In Nashville, LA bombe de sa pourtant faramineuse discographie ; Made In USA, son album country à lui ; Sur la route de Memphis, Le dernière séance, Après minuit, C’est bien fait ! et Happy Birthday) ainsi que quelques live.
                           Tous ces opus sont indispensables et ils renferment des joyaux indémodables.

Sirop rock’n roll, Happy Birthday rock’n roll, C’est bien fait ! et, au cas ou on aurait toujours pas compris, J’aime le rock’n roll sont les tables de la loi avec lesquelles Eddy compte défendre l’honneur bafoué du rock’n roll.
Le bougre ne lâchera pas l’affaire : il s’attaque à David Bowie et Lou Reed qui –honte à eux !- ont osé efféminer sa musique préférée, à Roger Daltrey et son horripilant zozotement, aux ridicules mouvements New Wave et Disco et aux maisons de disques et aux médias qui l’ont outrageusement aseptisés. 
Bref, tous les indésirables qui ont dénaturé le bon vieux rock’n roll d’antan en prennent pour leur grade !

Tu peux préparer le café noir, La photo des jours heureux, Je t’en veux d’être belle, Divorce, nous montre son versant romantique qui, immanquablement, face à la justesse des ses propos, vous flanquera la larme à l’œil.

À l’ouest d’Eddy, La dernière séance, Good Bye Gene Vincent, Enterre mon cœur au ciné Majestic sont des vibrants hommage à ses héros de toujours (Ava Gardner, Robert Mitchum, Burt Lancaster, etc.) et à une époque désormais révolue (celle des cinémas de quartier en France, des drive-in en Amérique, des idoles du rock’n roll originel, etc.).


Dodo métro boulot dodo, Je fais le singe, Ne changeons rien critiquent violemment les mœurs de notre époque, le capitalisme à outrance et les tuniques bleues (c’est de cette façon qu’Eddy nomme la flicaille !).


Mais, il faut être juste Mr Schmoll a commis également des chansons tout bonnement ratées. Ses textes sur l’indigent lp Zig Zag ne sont que préchi prêcha hippie insupportable (enregistré avec Magma...) Une large part des morceaux de Rock’n roll (décidément, ça confine à l’obsession là !) sont du même acabit. Et que dire des titre Les pattes folles et Au camp du bonheur sur Après minuit à part qu’il sont digne d’une pantalonnade lourdingue de Patrick Sébastien.

Eddy n’est donc pas infaillible et ses albums des années 80 et 90, gâchés par une production ultra datée (tombant dans les travers de ce maudit synthétiseur et du son clinquant), sont hélas là pour en témoigner. 
 

Heureusement, les années 2000 réussissent bien mieux à Eddy qui sur les albums Frenchy et- surtout- Jambalya retrouvent une orchestration à tendance back to the roots du plus bel effet (à tel point que l’on regrette vivement de ne pas avoir assisté au Jambalaya Tour qui, visionné en DVD, révèle un show magistral). Et quand on sait qu’il a retrouvé sa virtuosité de conteur, on plonge sans hésiter dans ses nouvelles péripéties musicales.




Avant de conclure, rendons également hommage au compositeur attitré d’Eddy depuis toutes ces années, Mr Pierre Papadiamandis le grec le plus prodigieux que le monde musical ait jamais connu. 
Et profitons-en pour saluer le parcours cinématographique de notre Schmoll. 
Si, comme pour certains de ses disques, il frôla parfois la limite du cocasse (Frankensetin 90) il aura surtout su briller sur quelques unes des plus attachantes pellicules qui soit.



Il est grand temps qu’une juste reconnaissance soit rendue à Mr Eddy Mitchell. On a trop tendance à l’occulter au profit de son ami Johnny Hallyday et à le reléguer aux oubliettes.


Ne mettez pas autant de temps que moi pour vous rendre compte du talent de ce Monsieur et précipitez-vous sur ses disques de sa grande époque (commencer par Rocking In Nashville et, à moins d’être bouché au niveau des conduits auditifs ou être un fan de cette calamité sur deux pattes nommée Cali, vous serez conquis).

Harry Max

3 commentaires:

  1. quand je vois tout le pataquesse qu'on fait pour JOHNNY,rien a voir avec mr EDDY MITCHELL la classe lui,il n'est pas aller en BELGIQUE planquer son fric(ami de SARKO bien sur)!!!NON mais EDDY MITCHELL pour moi représente la derniére séance!!!quel pied et aussi dans le bonheur est dans le pré formidable,bravo a vous monsieur EDDY MITCHELL et aussi au grunge pour cet hommage,dja!!!

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  2. La Dernière Séance fut avec Cinéma Cinémas la meilleure émission TV consacrée au cinéma. Monsieur Eddy possède une connaissance enviable de cinéma américain de l'âge d'or, une passion raisonnée (c'est son style) qu'il m'a transmise avec ses soirées-programmes à deux films + les attractions. Depuis sa disparition, on patauge dans le publi-reportage.

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