jeudi 30 décembre 2010

BUBBa-HO-TeP


Pas de véritable actualité pour Bubba-Ho-Tep, le film est de 2003 (et en France...2006), le dvd est paru depuis des lustres, mais une envie d'en causer, d'y revenir.

Venu de nulle part le film de Don Conscarelli au scénario ultra casse gueule est une série B qui vaut de l'or, notamment grâce à son duo d'acteurs Bruce Campbell (Evil dead) et Ossie Davis (Do the right thing). Mais c'est aussi bien plus que ça. Bubba-Ho-Tep est peut-être le meilleur film de ces dix dernières années. Un film farfelu. Une farce qui arrache des larmes.


Bubba-Ho-Tep est un film qui tire le rideau, un film dont le scénario enterre toute une culture, propose une fin au dernier des rêves. L'histoire de Bubba-Ho-Tep c'est la station terminus d'une certaine Amérique, pas de bol c'est la notre. L'Amérique du bon goût, celle de Sinatra, des poings levés des J.O de Mexico, celle de Mohammed Ali. Celle qui inspirait l'espoir et non la crainte. L'Amérique de John Kennedy et Elvis Presley. Ça tombe bien ce sont deux des trois personnages principaux d'une histoire qui se fout royalement des faits historiques. Elvis est vivant, vieux, et JFK est black ! Et pourtant on ne demande qu'à y croire. Le troisième personnage est l'inquiétant Bubba-Ho-Tep justement, le croquemitaine en santiags dans lequel on peut aussi reconnaître un Georges Bush Jr venu ratiboiser une bonne fois pour toute ce fameux rêve en volant l'âme de la génération qui l'incarna le mieux.



Bruce Campbell est fabuleux dans son rôle d'Elvis en phase terminale coincé dans une maison de retraite hyper cheap suite à une rocambolesque série de maldonnes. En V.O son travail sur les tics vocaux de Presley fait que l'on s'attache immédiatement à son personnage, on le connait déjà tellement bien. Lorsque le regard perdu mais l'esprit lucide, il évoque sa fille ou ce que fut sa vie, on y est. Plus de place pour le ridicule. Et c'est là que le film fonctionne, ramenant la légende à sa plus cruciale réalité, à sa dimension humaine. Elvis n'est plus le King ou je ne sais quoi, couché dans son hospice il est ce que tous nous avions perdu de vue, un homme. Tout con, et avec un pustule purulent sur le gland pour faire bonne mesure.



Le mythe de l'Amérique est entièrement là, non pas à défendre des divinités mais à oser prétendre qu'un homme peut le faire, devenir quelqu'un en partant de rien, se réaliser par lui même. 
Si j'ai adoré autant de choses et d'idées venues de ce coin là du globe, c'est pour cela. Parce que ce pays, il ne fut pas le seul, défendit du concret, pas du vent. Les combats des 60's (droits civiques, libertés individuelles, reconnaissance d'une culture jeune) avaient ceci d'attrayants, ils défendaient l'Homme et non pas, comme c'est hélas le cas aujourd'hui, un dieu contre un autre. Comme si seul un quelconque fantasme pouvait trouver des réponses aux problématiques du 21ème siècle, comme si l'Homme en était incapable. Le soucis de notre époque est là, le renoncement. Le "qu'est ce que tu veux que j'y fasse", le "de toutes façons on n'y peut rien".
Bubba-Ho-Tep est un gros fuck à cette façon de penser, Elvis grabataire et JFK à mobilité réduite vont se remonter les manches et s'y coller. Ils vont flanquer une branlée mémorable à Bubba la momie, uniquement pour sauver leur dignité, ce en quoi ils croient. Ils ne vont pas abdiquer. Pas cette fois. Et c'est beau.


Aussi con que cela puisse paraître, ce qui pourrait n'être qu'une comédie au scénario habile devient un moment attachant à la nostalgie combative. Un de ces films qui plutôt que face à un spectacle nous met face à nous même et nous laisse avec un spleen parfaitement raccord avec la saison.
Bubba-Ho-Tep est un film col relevé, dents serrées, qui rappelle cette évidence oubliée: tant qu'on n'est pas mort, soyons vivant.
Et pour ne rien gâcher, la B.O est une merveille.



                                                              
Hugo Spanky
        

lundi 27 décembre 2010

Annie Girardot

Avant qu'elle s'en aille
J'voudrais y dire combien que j' l'aime
C'est pas facile, et ça fait un moment qu'je mijote
Trouver les mots, les bons,
Lui dire comment que j'la trouve grande,
Comment que j'la trouve belle.
Avant qu'elle s'en aille,
Lui rendre un big hommage.


Sincèrement c'est trop pas évident
Une montagne de respect,
Elle est pour moi l'image de la Femme
Bim direct touché.
Je suis pas très film, une heure et demi assis c'est trop long, et puis honnêtement pour moi Madame Girardot, c'est avec la bande à Audiard que j'm'en régale le plus.

Une Femme, une immense et belle Femme

On a eu les Dames Signoret et Romy Schneider, mais là pour moi on est au Top.
Pas de beauté à vous couvrir les 1 ères de magasines, quoi que ..., pas de grands airs de la Mama qui gère et contrôle la famille, non, une Femme qu'est pas là où s'qu'on l'attend.
  En plus d'être sacrément très belle, une femme capable non pas seulement d'se fagotée en mec en conservant tout son charme, une qu'est capable d'assumée, se tenir devant des Gabin, Blier et des Ventura, leur rend'e la répliques, dans son costard à rayures, équipée avec une Thompson à camembert, faire frémir le mi-temps, une femme qui mène sa vie d'femme et avec quelle splendeur !
Coté cinéma, si j'ai vu beaucoup de ses films j'en reviens toujours à ceux où Audiard mettait sa pâte. Sans doute pas l'éloge la plus maline pour quelqu'un qui a un vrai talent pour la dramatique mais c'est là où s'qu'elle m'envoie loin.


Dans ces rôles de Pétardière de compétition où la plus charmante et délicate des personnes s'en va en guerre équipée comme un destroyer et un vocabulaire de chez Cruel, chef de gang et d'une machine d'élimination à grande échelle, femme de ménage qui truande des plus escrocs qu'elle ou tout bonnement, tient le rôle d'une femme, sans faux plans cinémateux, rien que elle, une face, un regard, des traits, une façon de parler, de se tenir, un individu, pas une putain d'création.
Actrice la plus populaire du pays dans les années 70, il aura fallu des sales cons d'réalisateurs modernisant pour mettre au placard ce trésor, comme quoi c'est pas nouveau les peignes zizi qui réécrivent l'histoire plutôt que d'l'apprendre.


Je me suis payé une tapée de DVD de tout ces films pleins d'Audiarderies, doux bonheur, on y trouve des bonus plus que précieux. Extraits d'interviews du p'tit cycliste, de ses acteurs, mes favoris, Ze Audiard Team.
On y apprend leurs rapports pendant et entre les tournages, ce fluide précieux qu'on appel amitié et respect entre eux. Toujours touchant de voir un André Pousse avec sa tête de mauvais parler avec tant d'amour de ses collègues de "travail".
Annie qui dévoile, émue, les liens qu'elle entretenait avec le p'ti cycliste, un amour réciproque, pas tonique, un exemple de c'qu'est la pudeur.


Aujourd'hui, après un retour sur scène et au théâtre, on le sait, la Dame est malade.
Alors on en parle, un peu dans la presse, un reportage, un bel hommage.

Annie Girardot reste une femme magnifique, même les yeux un peu perdus, elle est toujours aussi troublante, grande.


Elle reste pour moi l'image, l'idéal faite Femme, une à coté de qui j'aurai eu mucho plaisir à marcher, joyeux bambin, la tenant serrée par la main.
Une Grande Dame, une très grande dame que le cinéma a trop longtemps oublié, lui préférant toute sorte de joly décolletés, j'critique pas, j'adore ça, mais qu'est ce qui reste de tout ce troupeau de joly pénélopes aujourd'hui ?
On se souvient même plus des titres des films dans lesquelles elles ont joués !
Préférant de jeunes andouilles à la plastique plutôt avantageuse à de vrais individus, avec une gueule, avec des mots, des vrais gens quoi !
 A regarder aujourd'hui l'état du cinéma français, qui marche semble t-il pas si mal, mais avec qui ?
Des gravures de modes ou des comiques pas drôles !
 

On dirait qui z'ont peur d'écrire et de réaliser des films qui peut-être ne feraient pas 20 millions d'entrées, peur de faire des films avec aut' chose que leur acteurs "bankable", imaginez un film de l'homme Bonvoisin avec une Catherine Ringer, seule femme que je pose au même niveau que ma Dame Girardot, ça aurait quand même une aut' gueule que leurs remakes de trésors du passé, moulinés avec des acteurs plein d'vides.

"J'm'égare, mille secousses".
Tout ça pour dire, avant qu'elle s'en aille,
Madame Annie Girardot,
Rosemonde Dubois de la Faisanderie,
J'ai plein d'amour pour vous et un respect,
comac !

7red

vendredi 10 décembre 2010

THe CoRAL

THE PERFECT HARMONY


En 2007, The Last Shadow Puppets, composé de Alex Tuner (leader des Arctic Monkeys)
et Miles Kane (de The Rascals), sortaient « The age of the understatement ».
Renouant avec la pop orchestrale 60’s, les petiots nous ont étonné avec ce disque d’une fraîcheur rarissime à notre époque dont les compositions sont d’une splendeur difficilement égalables.

Pour autant, bien avant eux en 2002, The Coral, six bonshommes issus de Liverpool, James Skelly (chant et guitare), Bill Ryder Jones (guitare), Paul Duffy (basse), Nick Power (aux claviers), Lee Southall (guitare) et Ian Skelly (batterie) s’apprêtaient à déblayer le terrain.
Avec leurs quatre premiers albums (The Coral en 2002, Magic and medicine en 2003, Nightfreak and the sons of Becker en 2004 et The invisible invasion en 2005), ils ont établis ce qui deviendra leur marque de fabrique : les ruptures de tons fréquentes au sein d’un même morceau, l’enchevêtrement des guitares et les chœurs démultipliés. 



Pratiquant une pop baroque, au psychédélisme plus que marqué, ils surprennent par l’habile mélange de leurs guitares acoustiques et électriques aux sonorités aussi délicates que rock. Toutefois, il convient d’avouer que sur ces quatre galops d’essai plusieurs compositions sont fatigantes à l’écoute car trop bordéliques et dissonantes. En revanche sur d’autres titres, ils font preuve d’une 
aisance mélodique certaine qui dénature de leur propension à écrire de parfaites pop songs.



En fait les affaires sérieuses débutent en 2007 avec leur cinquième opus le dénommé Roots & Echoes. Délaissant leurs constructions trop barrées par moments, ils s’engagent dans la voie d’une pop, mieux structurée et plus ouvragée, aux mélodies imparables (tout le contraire de ces pitres de Dionysos quoi…). Les guitares, toujours autant rock dans leur son (utilisation de Gibson oblige), proposent une large gamme de styles (country avec la pedal steel, psyché avec la fuzz et, quand elles sont cristallines, plus ouvertement pop) et se font plus subtiles. Les claviers d’outre tombe et l’omniprésence de la basse apportent une touche crépusculaire bienvenue à l’ensemble. L’apparition d’une flûte et de percussions (assurées par Matt Potter), de hautbois et d’arrangements de cordes sur certains morceaux, combinés aux chœurs foisonnants, éclaire de façon percutante les progrès dans la science de la composition des gaziers. Pour s’en convaincre il suffit d’écouter les morceaux Jacqueline, Cobwebs (à l’entrain communicatif), Night at music, Rebecca you (aux cordes somptueuses), Not so lonely (balade crève cœur), In the rain (Libertines style) et Who’s gonna find me, She’s got a reason (et leur rythmique rock appuyée).





N’ayant dès lors plus rien à envier à The Last Shadow Puppets, James Skelly et sa bande nous captivent avec leur pop ciselée à la production toute en finesse (au son moins massif que celle des « Puppets » et c’est tout à leur honneur). Afin de marquer le coup, leur nouvel opus « Butterfly house » poursuit sur cette éclatante lancée et, malgré la défection de Bill Ryder Jones, aligne les perles avec une facilité déconcertante. Les arrangements sont toujours aussi chiadés et, à nouveau, ces sacrés bonshommes nous épatent avec leur aptitude à utiliser une large palette d’instruments. Bref, il est plus que temps que ce secret, jalousement conservé par nos voisins britanniques, soit largement éventé pour la plus grande satisfaction des amateurs de pop de qualité. De celle qui ne sombre jamais dans la niaiserie la plus crasse bien sûr.

Révérend Harry Max Powell

jeudi 2 décembre 2010

DoN LeTTS, DreadLoCks & Culture CLAsH !



Il y a des livres que l'on referme avec l'impression de quitter un ami. Celui de Don Letts est ainsi. Culture Clash porte bien son nom, n'allez pas vous imaginer une énième somme sur les quatre du Westway, un seul chapitre est concrètement consacré au groupe, le livre est bien plus vaste et englobe tout ce mouvement qui préféra secouer les certitudes plutôt que de les conforter. 
 Rockers mais aussi graffeurs, cinéastes, managers, peintres, rappeurs ou simplement roadies, une multitude de visages furtifs croisés au fil du récit et qui dessinent une énergie, une envie commune de refuser la fatalité. 
 A travers tout ça, le portrait d'un homme, son parcours, son enfance à Brixton, fils d'émigrés jamaïcains, son amour pour Trojan, son goût pour la dégaine qui détonne, auquel il doit ses débuts dans d'improbables boutiques de fringues en compagnie de la délicieuse Jeannette Lee. De la rencontre avec le Hip Hop naissant, des tournages souvent cocasses de clips pour Clash (tous à partir de celui de London Calling), PIL ou les Pogues (le superbe Summer in Siam), des films qui l'ont inspirés, de ceux qu'il a réalisé, à sa découverte à l'age adulte seulement de la Jamaïque originelle et de celle, plus tardive encore, de l'Afrique, le gars Don  Letts raconte toute l'histoire comme on cause au coin du zinc, sans fard, sans masquer les désillusions 


A aucun moment le Dread devenu sage qu'il est, ne tire la couverture à lui, ne se glorifie de quoi que ce soit. Ce type a pourtant fait plus pour la culture Rock que les quatre u2 réunis ! Sa participation à Basement 5, son rôle dans Big Audio Dynamite, sa difficulté à écrire des textes avec l'ombre de Joe Strummer qui plane sur tout ce que touche son complice Mick Jones, ses mix au Roxy, la furie d'Ari Up alors qu'il s'use à manager les Slits ou ses rencontres avec les leaders du mouvement Reggae, chaque page est passionnante pour quiconque ayant pigé que le Punk Rock n'est pas qu'une affaire de guitare ! 


 Les anecdotes sont plus que ça, ce sont des moments pour lesquels on aurait sacrifié l'intégrale de Gerard Lenormand. Avec Joe Strummer au concert qui lui inspira White man in Hammersmith palais ou dans les guêtres du Dr Alimantado, Don Letts nous balade au beau milieu d'une époque qui fait encore fantasmer même les plus mythos. 
Don Letts s'est construit dans la curiosité, dans le désir de différence envers les communautés, tout en réussissant l'exploit de les réunir toutes. Au même titre que John Lydon, avec lequel il arpente, parfois avec des coups de chaleur, les ghettos jamaïcains ou bien sur de Paul Simonon, Joe Strummer et Mick Jones qu'il accompagne à New York tandis que le Clash forge sa légende et que lui essaye d'en tirer un documentaire, Don Letts est bien plus qu'un simple témoin mais bien une pierre composante de cette brève et si riche histoire, ce choc des deux 7 finalement bien plus partouzeur que destructeur. Une fusion dont on rêve de retrouver l'alchimie.


Culture Clash le cadeau idéal sans attendre Noël.


 Hugo Spanky

lundi 29 novembre 2010

BaCK tO tHE RooTS !


Tandis que dans notre beau pays un énergumène malfaisant tel que Pascal Nègre ose prétendre que l’offre musicale n’a jamais été aussi large et que nous assistons, atterrés, à la sortie des nouvelles bouses de Zazie, Cali et Pagny, dans les pays anglo-saxons un retour salvateur à la soul et au blues se fait fortement ressentir.
Lassé par la soupe indigente que lui assène l’industrie du disque depuis trop longtemps déjà, le public est avide d’une musique au son chaud qui le fasse à nouveau vibrer tel un premier émoi amoureux.

Lancé, en 2006, par le formidable succès d’Amy Winehouse avec l’album bien nommé « Back to black », ce retour à la bonne musique ne cesse de s’étendre pour le plus grand bonheur de nos esgourdes. Et si la soul a enfin retrouvé ses lettres de noblesse, c’est en partie dû au label Daptone Records. Grâce à lui, finies les Mariah Carey, Whitney Houston, Maxwell et D’Angelo de tristes mémoires qui nous polluent les oreilles avec leur soul de supermarché aussi insipide qu’indigeste. Du balai, au placard toutes ces belettes et blaireaux avariés ! 



Place, notamment, à Sharon Jones & The Dap-Kings, bordel ! La Sharon elle a du coffre, du feeling et elle nous délivre avec son groupe de fous furieux une soul flamboyante au groove si envoûtant que même un François Fillon alité effectuerait une sarabande de tout les diables sous son influence. Quant au Budos Band, groupe phare du label, il n’est pas en reste pour mettre le feu à vos soirées avec ses instrumentaux funk brûlant. Ah, c’est autre chose que de devoir se coltiner du Sinclair ou du Calogero ces gaziers là, pour sûr ! Avec eux vous ne risquez pas de vous endormir sur votre canapé, avec la bière qui dégouline sur vos genoux, et bobonne qui vous bave sur l’épaule. 
Dans le même registre de poussée d’adrénaline incontrôlable, le petit gars Eli « Paperboy » Reed, que l’on peut qualifier de Wilson Pickett Junior sans en avoir honte, s’entend comme pas deux pour enflammer les foules. D’ailleurs, cet été, l’équipe Ranx Ze Vox a jugé la bête sur scène et elle est ressortie les jambes flageolantes, le corps recouvert de sueur et avec trois kilos en moins qui plus est ! Dire que sa musique est si puissante qu’elle vous fait l’effet d’un bourre pif administré par Lino Ventura et que son chant exalté vous cloue sur place ne serait pas faire justice à ce phénomène dévastateur. Chaudement recommandé donc.


Œuvrant plus dans le velours, Raphaël Saadiq, avec son superbe « The way i see it », nous a également enchanté. Un album idéal pour créer une ambiance feutrée propice à des ébats torrides avec sa dulcinée ; pour faire court, tout le contraire du dernier méfait de Jean-Louis Aubert.
Plus récemment d’autres groupes ont fait leur apparition et perpétuent cette nouvelle montée du groove à l’assaut des platines. Kings Go Forth avec « The outsiders are back » pratique une soul volontiers dansante avec des accents quasi disco par moments tandis que Gizelle Smith, avec sa voix d’une sensualité irrésistible, se démène comme une diablesse avec l’appui de son groupe The Migthy Mocambos pour nous faire partager sans compter sa soul matinée de funk.




Après le raz de marée Winehouse, la perfide Albion, elle non plus, n’est pas à la traîne en nous envoyant les petits jeunes de Plan B qui, avec leur troisième disque, désirent mettre la planète entière à leurs pieds grâce à leur soul mélodique, dotée d’arrangements classieux, qui ne sombre jamais dans le sirupeux. 



On l’a vu, la soul music se porte pour le mieux ces temps ci mais, fort heureusement, le blues revient également en force. D’ailleurs il ne faut pas oublier les anciens qui, loin d’être affaiblis par le poids des années, ont retrouvé toute leur sève.

Chrissie Hynde, qui a toujours su rester honorable dans sa production (bon ok, le duo avec UB40, c’était pas glorieux…) a enregistré, dès 2008, avec son groupe Pretenders un opus bien roots à consonances blues : « Break up the concrete ». Les morceaux tels que Love’s mystery, Boots of Chinese et Rosalee sont de véritables bombinettes à l’instrumentation minimaliste qui nous plongent dans un bonheur total. Bref, on jurerait que l’adage moins c’est mieux a été conçu pour qualifier ce disque.
Plus surprenant, Cyndi Lauper (oui celle des tubes pop 80’s et des tenues vestimentaires digne d’un daltonien…), s’attaque au registre du blues avec « Memphis Blues ». Aidée par Allen Toussaint, le célèbre pianiste de la Nouvelle Orléans, Charlie Musselwhite, l’habile harmoniciste, Johnny Lang, le surdoué de la guitare, BB King, la légende du blues et Ann Peebles, une ancienne gloire de la soul music, elle nous livre un album splendide de bout en bout. Just your fool et Down don’t bother me respirent le blues cru, Early in the mornin’ se singularise avec sa rythmique qui rend hommage au Professor Longhair, Don’t cry no more, typiquement rhythm’n’ blues, provoque des convulsions incontrôlables au niveau des guibolles et Wild women don’t have the blues semble enregistrée dans un bouge du fin fond du Mississipi. Habitée par cette musique, la Dame n’a jamais aussi bien chanté et elle a même coproduit cette galette de vinyle délectable qui sonne comme si elle avait été gravée à la belle époque. Ce disque est un régal à écouter de toute urgence et il serait criminel de se priver de ce plaisir pour cause de snobisme mal placée envers la Lauper.


Alors que Robert Plant nous a toujours bassiné avec ses hurlements de truie en furie avec son groupe de balourds surestimé Led Zeppelin, il nous met un coup à l’estomac avec son nouvel effort solo « Band of joy ». D’une tonalité folk blues, le disque commence très fort avec Angel dance une reprise fabuleuse d’un morceau, déjà fantastique à la base, de Los Lobos. Les compositions House of cards (de Richard Thompson), Harm’s swift way (de Townes Van Zandt) et Silver rider achèvent de nous convaincre de la maîtrise du bonhomme dans les ballades atmosphériques au lyrisme échevelé. Quant on sait que le Robert chante de façon mesurée, qu’il nous gratifie même d’un titre de pur rock’n’roll (You can’t buy my love) et que tout cet album se tient, il ne faut pas hésiter une seule seconde à se le procurer, non mais !


Même The Steve Miller Band s’est mis, avec « Bingo! », au disque de reprises de standards du blues. Autant dire qu’avec des titres comme, notamment, Hey yeah, Don’t cha know, Sweet soul vibe (tous trois signés Jimmie Vaughan), Tramp (de Lowell Fulson) et You got me dizzy (de Jimmy Reed) il ne valait mieux pas se planter ! Rassurez-vous, le résultat vaut largement le détour.


Il convient aussi de souligner le retour aux affaires du célèbre label Alligator Records. Productif comme jamais, il réédite à tour de bras ses plus beaux albums (ceux de Johnny Winter, Lucky Peterson, Albert Collins, Hound Dog Taylor, etc.) et remplit, tous les mois, les bacs de nouveautés. Les lp de Tommy Castro (du blues avec cuivre pétaradant), Guitar Shorty (et sa gratte rageuse), Janiva Magness (à la voix ensorceleuse) et Anders Osborne (le plus moderne, aussi subtil qu’incisif) sont des pépites indispensables pour tout amateur de blues qui se respecte.

Alors qu’en France les formations de blues ne sont guère palpitantes dans l’ensemble (faut dire qu’avec des « références » telles que Paul Personne et Bill Deraime ça ne facilite pas les vocations…), nos compatriotes allemands nous envoient Memo Gonzalez & The Bluescasters qui, avec « Dynomite », nous balancent un blues trépidant de première bourre, ponctué de ballades à tomber. Et pourtant, le Memo à le look Chicano pur jus tandis que son groupe pourrait aisément figurer dans un film sur la Gestapo, comme quoi, il ne faut jamais se fier aux apparences.

D’autres artistes, qui ont émergé depuis quelques années déjà, ne doivent pas être négligés.
Joe Bonamassa, qui a 8 albums studio à son actif, ne cesse d’affiner son style. Pratiquant un blues aux influences très rock, guitariste virtuose, il excelle aussi dans les morceaux acoustiques. Et puis le bonhomme connaît si bien ses classiques qu’il reprend  Cradle rock du grand, et hélas oublié, Rory Gallagher. Rien que pour ça, respect !


Pour les fanas de slide guitar, Sonny Landreth, qui,entre autres illustres personnes, a collaboré sur les albums de Dr John, John Hiatt, Buddy Guy et Alain Bashung (sur Osez Joséphine) est un maître dans le domaine et ses disques sont des modèles de blues éthéré et délicat. Robben Ford, un de ses amis, se débrouille plus que bien dans la même catégorie musicale avec toutefois des accents nettement plus énervés par instants.



Loin d’être exhaustive, cette énumération d’artistes soul et blues a pour but de démontrer la vitalité retrouvée de ces deux genres musicaux majeurs et d’éveiller l’envie de s’y replonger corps et bien dedans. Car plus on sera nombreux à défendre des artistes talentueux plus on aura de chance de voir disparaître des boulets tels que Christophe Maé, Emilie Simon, Christina Aguilera, Michael Bulbé et autres consorts du même navrant acabit. 


  Révérend Harry Max Powell


jeudi 18 novembre 2010

jerry Lee LeWis !



Le vertige. Voilà la sensation que m'évoque le parcours de Jerry Lee Lewis. Du pur Rock'n'Roll des années Sun à la Country du passage chez Mercury, dieu que la route fut longue et sinueuse pour le Killer. Abandonné par les pisseuses hystériques de la perfide Albion pour une histoire de mariage somme toute assez banale dans le sud des 60's américaines, notre homme n'a rien oublié. Et surtout pas qu'il doit d'avoir pu continuer sa carrière aux barbus truckers, ces solitaires des highways, les seuls durant les 70's à avoir porté à bout de bras celui que bon nombre rêvait de voir fini, laminé par les pills et le whisky. Sauf qu'on hérite pas d'un surnom comme le sien sans y mettre de la bonne volonté.


2010 et Jerry Lee Lewis, dernier des pionniers à encore se donner la peine d'enregistrer des disques, sort un nouvel album ! Mieux, ce Mean Old Man démarre par une surprise : Un morceau sans piano ! Un peu comme si AC/DC torchait un reggae. Ce mec est grand, vous pouvez arrêter de me lire là, j'ai tout dis. 

L'album est orchestré autour de trois titres aux relents stoniens sans pour autant que l'influence du groupe soit perceptible. Je m'explique. Deux reprises d'abord, Dead Flowers (avec Jagger) et Sweet Virginia (avec Richards) que le Killer traite de la plus simple des façons, la sienne. Les Stones avaient fait traverser l'atlantique à la country de chez ploucland en arrondissant les angles des mélodies, jusque là crachées plus que chantées, des pionniers du genre, Jerry Lee leur fait faire le chemin inverse. Il américanise les morceaux des Stones, leur refile un coup de violon bastringue et de vice sous-jacent. Bref, il les pulvérise et les sublime. Le troisième titre est celui qui ouvre les hostilités, ce Mean Old Man gravé en compagnie d'un Ron Wood en grande forme.



Une fois qu'on a dit ça, on peut passer aux choses sérieuses. A commencé par ce You can have her, si Clapton est présent pour faire plaisir à la maison de disques, c'est pour moi la participation active de James Burton qui porte le morceau au pinacle. Le maitre riff, parsème de licks brillantissimes un morceau qui en devient la pierre angulaire de l'album, un pur joyau mené tambour battant tout comme cette énième version du fameux Rockin' my life away avec cette fois Kid Rock (dont le Killer semble ne plus pouvoir se passer depuis Last Man Standing) et un Slash qui démontre qu'il mériterait bien mieux que son éternel statut d'ex Guns and Roses. Pour tout dire, le gars expédie les solos rabâchés d'un Brian Setzer aux oubliettes et envoie un ravageur feeling Rockabilly nous ramoner les esgourdes avec une telle jouissance qu'on en oublie de culpabiliser. Là est la force de Jerry Lee depuis son précédent album de « duo» il pousse au meilleur même les plus anecdotiques tout en ne leur laissant que des miettes. 
Jerry Lee Lewis est l'incarnation même du Rock'n'Roll !
 
Roll over Beethoven et Bad Moon Rising sont de telles réussites qu'en dire plus est superflu. You are my sunshine en compagnie de Sheryl Crow est mon chouchou, le gimmick de guitare est magistral. Whisky river avec Willie Nelson est un Country léger et énergique, le genre de truc que les deux fadas pourraient faire tourner pendant des heures tant ils le maitrisent. Ce qui nous laisse avec Middle age crazy
Et là, Jerry Lee me scotche, tant de sentiments, de frissons partagés. Middle age crazy est le morceau qui me colle, celui sur lequel je reviens sans cesse afin de percer à jour cette magie, celui qui contient en lui ce qui m'a si irrémédiablement accroché à la musique. Cette indéfinissable sensation d'évidence. Bordel, qu'il est bon de laisser courir le long de son épiderme ce frisson d'éternité, ce bien être dérangeant car inexpliqué, ce feeling qui console de tout.



Au frustrant cd standard ainsi composé, le cd en édition deluxe et surtout le double vinyl trois faces rallonge la sauce de 8 titres Country qui sont tout sauf dispensables. 
J'y retourne. Railroad to heaven avec Solomon Burke, putain de titre prophétique, entraine une dernière fois le soul man preacher sur les terres boueuses chères au Killer, Swinging doors avec Merle Haggard et James Burton est une tournerie bourrée de clin d'œil au genre tandis que trois autres morceaux sont piochés dans le répertoire d'Elvis, Release me, I really don't want to know et ce Hold you in my heart que le King envoyait au delà des étoiles sur son From Elvis in Memphis. De ces trois titres, Jerry Lee offre une relecture proche de l'os, stylisée, crue, là où Presley les atomisait à grand coups de puissance gospel. Ce n'est pas pour rien que le Killer menaça d'un flingue son rival, il le savait le seul à pouvoir le supplanter. Will the circle be unbroken en compagnie de Mavis Staples, Nils Lofgren et Robbie Robertson (du Band) est un vrai régal, les voix, les guitares, tout se mêle au rythme hypnotique et au delà de la Country, du Blues, du Gospel, apparaît la vérité, la part humaine, l'Amérique toute entière, ce melting pot de malédictions indiennes, de souffrance venu d'Afrique et ce désir jamais éteint de partir de ce désastre pour bâtir quelque chose de grand. La foi !


Miss the Mississippi and you clôture l'affaire. Jerry Lee Lewis seul au piano, face à lui même puisque de dieu ou du diable il n'aura jamais choisi, se contentant de rester à sa place, être humain parmi les êtres humains. Au delà des avis, au delà des jugements, Jerry Lee il est, Jerry Lee il reste et j'espère de toute mon âme que ce n'est pas la dernière fois qu'il nous accorde de son temps devenu si précieux. Il se pourrait bien qu'en enterrant cet homme on enterre bien plus qu'un peu de chair agitée par les battements d'un cœur, il se pourrait bien qu'après lui, tout soit définitivement perdu.
En redoutant ce jour maudit, jouissons !


  Hugo Spanky

lundi 8 novembre 2010

TéLé NaVeT



Dimanche soir, j'ai tenté de regarder "Wolverine". Quelle erreur... ce film est une honte ! 




Ils font table rase des origines de Logan pour en tirer une histoire risible dans laquelle il est le frère de... Dents de sabre. Ce dernier est incarné par un acteur aussi subtil que De Niro et il est méchant tout plein si bien qu'il veut tuer Logan mais finalement non... il lui sauve la vie! 

Quant au Projet X, ils en font n'importe quoi bien évidemment, la transformation de Logan dure 3 minutes; il pousse un petit cri de souffrance et puis c'est tout. 
Bref, encore une daube! 

Si ça continue ainsi, on va finir par regretter le Batman de la série télé des années 60 qui, a côté de telles conneries dopés aux effets numériques minables, passe pour un chef d’œuvre (c'est dire le niveau!). 

 
Quant à hier soir, sur M6, il passait une comédie soit disant géniale nommée "Tout ce qui brille" qui a fait un carton au box office français. Comment dire... tu regardes ce truc infâme à peine 5 minutes que tu as déjà envie d'atomiser la planète entière et de pulvériser l'univers en même temps pendant que tu y es, tiens! 



Pour conclure fissa, tant que les gens cautionneront des bouzes pareilles, le niveau cinématographique actuel n'est pas prêt de se relever.

Harry  Max