vendredi 15 février 2019

DiVaGaTioNS eT aPaRTés ✯



J'ai regardé les Grammy Awards, pas vous ? Show à l'américaine, décors qui épatent, énergie, mise en place, talents, autant de termes qu'on peut remballer si on évoque les victoires de la musique. Que je n'ai pas regardé. Je suis émotionnellement américain, Alicia Keys me cause plus que Daphné Burki. Pour résumer l'état des lieux, je dirais que globalement le rock est rayé de la carte. Il était temps. Les Red Hot Chili Peppers ont quand même pris la peine de se ridiculiser une fois de plus, pathétique. 

Par contre le Funk est partout. Janelle Monae scotcha tout le monde avec son Make me feel, fabuleux single s'il en est, ultime production de Prince, qu'elle mit en scène avec un sidérant aplomb. Le style de prestation qui fait que les américains domineront les débats longtemps encore après qu'on ne soit plus là pour vérifier. Cette nana est une classe au dessus de la mêlée, ses trois albums sont conçus pour durer. Les savoureuses orchestrations chantilly de The ArchAndroid et The Electric Lady ont laissé place à un dépouillement de façade sur Dirty Computer sans rien délaisser dans le domaine de la créativité. Avec Brian Wilson en featuring sur le premier titre pour situer l'angle d'ouverture d'esprit. Le disque est imparablement bien ficelé, les morceaux mouvent l'un vers l'autre, forment un ensemble cohérent. Textes et musiques à l'unisson pour revendiquer la personnalité multi-facettes de la dame. C'est pas revival get on the groove, sock it to me, le Funk propose encore des albums qui ne se laissent pas saisir dès la première approche, le genre utilise son passé pour monter dessus et s'élever vers autre chose. On avance, on n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens, alors on avance. Le principe est bon.


Ce qui ne veut pas dire que la Black Music à mauvaise mémoire, les Grammy ont célébré les 75 ans de Diana Ross, elle fait plaisir à voir, Jennifer Lopez a profité de l'occasion, et de la présence de Berry Gordy et Smokey Robinson, pour enflammer un tonitruant medley Motown. Tout est là, cherchez pas pourquoi les Beatles, Who, Stones piochaient dans ce répertoire, c'est l'école de la liesse, il suffit que l'intro de Dancing in the street retentisse pour que je me mette à chanter à tue-tête comme si je descendais Harlem en conquérant. En sachant que j'étais sous la couette, c'est dire comme ça stimule l'imagination. Et puis Jennifer Lopez, c'est pas Beyonce. Jenny from the block joue pas les divinités, elle y va à fond la mama, elle sait secouer le moneymaker. Camila Cabello avait donné le ton latino dès le début du show avec une version de son Havana relooké à la West Side Story. Je fais un aparté pour souligner la qualité de la mise en scène de ces soirées, ça me scotche à tous les coups. Les décors, les éclairages, les seconds rôles, le timing, terrible. Ça joue, ça bouillonne, y a même des solos de guitare ! Comme à la mi-temps du Super Bowl, vous avez vu ce qu'ils arrivent à caser en quelques minutes seulement ? Putain, c'est le temps qu'il faut à Nikos Aliagas pour venir s'excuser que la bande-son soit partie avant le playback vocal ! La môme Cabello, elle démarre la chanson dans sa chambre, elle la finit dans le barrio avec Ricky Martin et trente danseurs qui virevoltent. Le tout en live et sans un accro. J'en profite pour un second aparté, cette fois à propos de Ricky Martin, je vous vois ricaner. Ce mec est un acteur né, si il y en a un qui tire son épingle du jeu dans la série planplan American Crime Story consacrée à Versace, c'est bien lui. Celui qui joue Gianni Versace et Penelope Cruz en Donatella sont impeccables également mais c'est moins inattendu, pour le reste vous pouvez tirer le rideau. C'est dommage, en axant le propos sur ceux là plutôt que sur l'assassin dont on se contrefout, il y avait le potentiel pour faire quelque chose de bien meilleur.


Les Grammy, donc, j'y reviens, nous ont dans la foulée donné l'occasion de voir Dolly Parton. Vaut mieux se contenter de l'écouter, oublier le visuel et se concentrer sur cette voix que le sablier ne semble pas concerner. Faudra m'expliquer un jour en quoi c'est esthétique de ressembler à un meuble ikéa. Par chance Miley Cyrus était là pour tranquilliser les pupilles. Elle est nickel, Miley, jusque dans la série de Woody Allen Crisis in Six Scenes. On y retrouve en partie le ton, sinon la verve, du Woody Allen des premières heures. J'en fais une cure en ce moment, avec Milady on s'est concocté un programme maison à base d'humour juif new yorkais pour se remonter le moral après que la génialissime seconde saison de I'm Dying Up Here nous l'ait mis dans les chaussettes en se terminant de la plus cruelle des façons.




Pour couronner le tout, I'm Dying Up Here n'ira pas plus loin, c'est tombé net comme un couperet. Finito bambino. Faites pas l'erreur de rater la série pour autant. C'est un brise cœur, certes. Un condensé du crash de John Belushi et de la mine de cocker triste de Bill Murray, un pur moment de comédie surtout. Après l'alliage de Mick Jagger et Martin Scorsese pour Vinyl, c'est au tour d'une production Jim Carey de mordre la poussière. Et je ne crois pas que Crisis in Six Scenes ait été un si grand succès pour que l'on puisse en imaginer une suite. Un si grand succès, tout le soucis est là. Il faut que ça cartonne au delà du réel, on vit un monde avide de records, de sensationnel, d'espace publicitaire à un milliard de dollars la seconde. La surenchère jusqu'à la nausée. C'est en ça que les Grammy m'ont fait passer un bon moment, c'est de l'humain en prise direct, avec des B.Boys et des B.Girls qui font des enfants et même des sourires, avec Diana Ross qu'à besoin d'un coup de main pour descendre les marches sans se prendre les pieds dans sa traine de Pompadour, Kacey Musgraves belle comme un coquelicot dans sa robe rouge, Lady Gaga qui ne peut pas se retenir d'en faire des caisses, et qui finira parfaite pour incarner Dolly Parton dans un futur biopic si elle continue à fréquenter bistouris et compresses. Un moyen comme un autre de prendre le pouls de la nation étoilée sans avoir à passer par les filtres et de grappiller quelques mots clés pour nourrir les recherches.

Hugo Spanky



jeudi 24 janvier 2019

TyPeX's aNDy WaRHoL


Quoi de mieux que la bande dessinée pour retracer le parcours d'Andy Warhol ? Aucune autre forme d'art ne permet de fusionner fantasmagorie et rigueur historique avec le même entrain. Le cinéma se confronte aux limites de l'interprétation conjuguées à l'exigence de ressemblance physique. Bowie s'y est collé avec un ridicule guindé pour le film sur Basquiat, décourageant par là même tout autre soupirant à la perruque peroxydée de l'insondable Andy. 
Et c'est très bien ainsi.

Rester fidèle à l’illusoire, aborder les différents angles d'une vie dans sa globalité, exige un talent de contorsionniste qui s'additionne mal au cahier des charges des producteurs de blockbusters, et la littérature ne serait que pis-aller. Seule la bande dessinée peut déverser le flot visuel nécessaire pour irriguer nos esprits ankylosés, les soumettre à l'effort d'interprétation indispensable à une bonne compréhension du sujet tout en ne sombrant pas dans un académisme hors sujet.  
Andy Warhol a travesti les codes révolus du temps de son enfance sous des apparats de modernité afin de leur assurer l'éternité. Les images qu'il imprimait dans nos rétines étaient aussi vivantes que le renard autour du cou d'une actrice aux rides outrageusement fardées, l'important était ailleurs. Toute sa vie, Warhol a artificiellement régénéré l'illusion enfantine de la beauté entrevue là où n'existait que désolation. 




Le travail de Typex, impeccablement emballé comme un paquet de lessive, est fruit d'une sidérante minutie. Chaque épisode de la vie de Warhol dicte les contours du dessin, sa dynamique, sa clarté, ou leurs contraires. En renonçant à la prétention du style le dessinateur évolue dans les contraintes et parvient à conserver une unité à l'ensemble en le personnalisant à travers les techniques traditionnelles de la bédé. Il y a du grain, de la vie, de l'irrégularité, l'humain qui tient le crayon n'est pas lissé par logiciel. Les chapitres sont illustrés selon des critères graphiques qui leurs sont contemporains, traits gras, noirs, blancs et gris ou exaltation gros nez des couleurs, Typex ne s’effraie d'aucun défi. Il semble après coup évident qu'il fallait un dessinateur européen pour rendre justice avec un impeccable dosage au créateur le plus polonais d'Amérique. Ce ne fut pas tant parce qu'il usa d’icônes populaires qu'Andy Warhol parvint à interpeller jusqu'aux psychés les plus réfractaires à l'art, mais plutôt parce qu'il coulait de la même source qu'elles.  




Andy Warhol était un poster aguicheur punaisé sur une porte close, si attractif, racoleur et outrancier que la volonté d'y résister s'évaporait avant même de se manifester. Ce que chacun de nous découvrait en franchissant le seuil ne le concernait plus, sa fonction se limitait à nous donner envie d'ouvrir la porte. D'accéder à l'art et ses nécroses en étant débarrassé des complexes paralysants. Si les rues de New York furent aussi vivaces en créativité dans les décennies qui suivirent son apparition, c'est évidemment à cette démarche initiatique qu'on le doit.
Andy Warhol a déverrouillé les galeries d'art en les remplaçant par des hangars aux murs aluminium, il a dézingué l'immobilisme de l'élite en lui abandonnant ronds de jambe et petits fours. Son faire-part signifiait que le temps était aux luminosités de néon, au mélange des fluides et des excréments. Et que pour en être, il allait falloir faire un tour dans la partie sauvage, celle où les corps agglutinés par la sueur prennent le pas sur les conventions, quitte à en ressortir criblé de balles ou le sang contaminé.



Andy Warhol, c'est l'individu qui décrète son existence sans lever le doigt pour en acquérir l'autorisation et se complait dans sa marginalité de strass décati. En s'entourant de ses fantasmes, il fait de la Factory une satire populaire de la décadence oisive des salons de la noblesse. Androgynie, sexualité, films, toiles, projection de soi, vide intersidéral, questionnement et remise en cause, micro sous le nez, réfléchi avant de parler, Warhol propose plus qu'il ne crée. Vampire ou géniteur, il pille, valide, consume. Dans son univers, où l'on meurt pour amuser la galerie, la présence définie le statut, l'incarnation supplante le naturel. Tout cela Typex, irrévérencieux et respectueux, le transcende de mille et unes façons dans un bloc de papier colorié de 500 pages aux tranches argentées, disponible un peu partout, grande distribution et petits détaillants, pour la modique somme de 35 euros. Il ne pouvait en être autrement sans trahir le sujet. Les astres sont alignés, pour cette fois la perfection est de mise.


Hugo Spanky


samedi 19 janvier 2019

La MéTHoDe KoMiNsKY


Une série sur la vieillesse, la prostate, le deuil, les impôts, ça vous tente ? Chouette façon de commencer l'année, non ? Pas pire que sur un lit d’hôpital, on reste tout confort, canapé devant télé, et c'est interprété grand luxe par Michael Douglas. Et Alan Arkin, dont on ne sait rien, ce qui ne l'empêche pas d'être bon.

La Méthode Kominsky multiplie les avantages, elle ne dure qu'une saison, ne compte que huit épisodes et chacun d'eux ne dure guère plus de 25 minutes. De nos jours où l'on est sans cesse pressé d'en finir, ça frôle la perfection. Pour les protagonistes, c'est à peine moins de temps qu'il ne leur faut pour pisser trois gouttes. 


La Méthode Kominsky est une série à voir. Va falloir vous en convaincre comme des grands, parce que j'ai pas lourd à ajouter, pas le moindre brin d'argumentaire à refourguer manière de convaincre, de donner envie, j'ai rien en stock. Même en creusant pour meubler à coups de name dropping, j'ai nib. Le gars qui a eu l'idée de cette chose n'est rien pour nous, niveau ambiance je peux vaguement dire qu'on pense à Woody Allen, puis à Woody Allen, puis à plus personne, parce que Woody Allen serait tellement plus bavard et qu'en plus ça ne se passe pas à New York, mais à Los Angeles. Ok, ça reste très juif quand même.


Donc La Méthode Kominsky, saison 1, 8 épisodes. Je reprends. Kominsky se prénomme Sandy, c'est un homme, hétéro, bien que Dany DeVito lui mette un doigt dans le cul relativement vite. Sandy Kominsky, Michael Douglas, vieux, professeur de comédie, acteur raté, un brin dragueur, amateur de Jack Daniels, père d'une fille qui dérange tellement on est habitué aux bombasses. Qui dérange. Peut être une piste pour mon accroche. La Méthode Kominsky, une série qui dérange. Bof. En fait, elle autorise les distributions de baffes. Par petites touches, sans rien bousculer, on se sent plus à l'aise avec nos travers. Le collègue de Kominsky peut plus blairer sa junk de fille, veut s'en débarrasser, regrette de pas avoir fait une vasectomie. Ça vous fait marrer comme idée ? 


La Méthode Kominsky, clap troisième, fait réfléchir à qui on a comme ami. Je ne mets pas de s exprès, on n'a jamais qu'un seul ami dans la vie. Celui dont on supportera la présence, après avoir mis sa douce en bière. Ça peut paraître gris dit comme ça, limite noir gothique, en fait pas du tout. C'est une histoire de vieux. Donc c'est cool. C'est dans l'ordre des choses, ils sont vioques, ils chopent des saloperies, ils calanchent, ils invitent un travelo à l'enterrement de leur femme, vu que Barbra Streisand n'a pas pu venir, et le gars fait très bien le boulot. Il a du mérite, succéder à Patti LaBelle qui vient d'interpréter Lady Marmalade c'est pas donné au premier venu. 
Vous pensez vraiment que c'est bon le Dr Pepper dans le Jack Daniels ? Ça me taraude, va falloir que j'essaye.

Hugo Spanky

jeudi 3 janvier 2019

En aVaL !✯BaSHuNG✄The GoOD The BaD & The QUeeN


Comme si ça ne suffisait pas avec le bordel sur les rond-points, voici que l'insurrection prend ses aises sur ce blog. Après Harry Max courroucé par mes propos sur le radotage sénile de Paul McCartney, c'est maintenant à 7red de trouver à redire sur l'accueil modéré que j'ai réservé à l'arnaque Bashung et à la bérézina The Good The Bad & The Queen. L'année commence bien, je ne peux même plus dézinguer peinard. Il n'y a plus moyen de détester en paix. 
Tout ça ne m'empêchera pas de souhaiter que 2019 soit douce et heureuse, porteuse de bons sons bruts pour les truands et de friandises à se délecter. Et surtout, restons libres.
★ ✩ ✮ ✯ ✰ ☆ 

En aval de ta chronique sur le Bashung et le Good, Bad etc… et surtout après une réelle écoute, tranquille, en prenant du temps, quelques mots me viennent. Ça chie comme tournure hein ??

Tout d’abord ce En Amont, d’un Bashung qui n’est plus là pour dire si oui ou non ce disque avait une utilité. Perso, sa voix et ses mots me manquent et c’est vrai que j’aurais aussi bien pu me régaler d’un livre mais je suis content du disque, content de l’entendre, le Alain, et c’est tant pis si malheureus’ment ça justifie de sortir ce type de galette, post mortem, non finalisée et tout et tout. C’est quand même pas un type qui s’est élevé l’ouïe aux démos des Cadavres et aut’ 13ème Section, sans parler des trop fameuses Vanilla Tapes de moraliser sur le côté démo de ce En Amont.
Morceaux jetés ou mis de côté, idées placées là en attendant d’en faire, ou pas, quelque chose, c’est bizar’ment avec un putain de plaisir que de jouer l’album, peut’êt’ pas voulu, d’un Bashung déjà loin mais qui même en mode démo reste pour moi plus affriolant que tous les « Vianiais » et aut’ « Mettre Gims » de l’univers.
Triste pensée que ces chers disparus qui nous délivraient quelques bribes de leur univers au-devant de ces peignes zizi qui cherchent par tous les moyens à remplir, et pourrir, le nôtre !!


Pour ce Merrie Land de The Good The Bad & The Queen, je me souviens parfait’ment nous entendre encore dire que ce serait leur premier et dernier Bon disque, comme pour la Founky Familly et tant d’aut’, faut admett’ qu’on avait, en plus de la vista, la gâchette particulièr’ment sensib’ !!
Ou ils nous sortaient un album et une tournée tous les deux ans ou ce premier album devait êt’ aussi le dernier. L’effet de surprise s’en est allé il y a comme un bon moment de ça, alors pourquoi ce disque ?


On est loin d’un quelconque univers du Rock, c’est vraiment une espèce de pièce de cabaret, tout comme le Liberty of Norton Folgate de Madness et vu sous cet angle, ce disque devient, comme le premier, quelque chose de plutôt pas mal intéressant. Pour la tite histoire, je peux passer des heures à regarder et écouter en boucle le Liberty of Norton Folgate et dois admet’ que toutes les séquences partagées sur face de bouc du show de la bande au sieur Albarn me plaisent. Petites salles, scènes transformées en décor théâtreux 1900, proximité avec le public, de loin la chose la plus importante, reste malheureus’ment la barrière de la langue et que, peut’êt’, toute cette pièce reste très anglo-anglaise, leur histoire, leur brexit, leur bizness. T’êt’ même un problème de climat, mais ça c’est l’point météo !!

7red

jeudi 27 décembre 2018

MiCHaeL DouGLaS



La Défense Lincoln, vous avez vu ce film ? Réalisation neutre, scénario astucieux puisé dans un roman de Michael Connelly. Le protagoniste en chef est un avocat aux méthodes infaillibles que les évènements insistent à dépeindre en bad boy hissé, à force de malice, du caniveau jusqu'au prétoire. Il est flanqué d'une ex-épouse prompte à retrouver l'état liquide sitôt qu'il effleure son appétissant postérieur, l'indispensable buddy est un ancien flic à la cool qui devait être à Woodstock le jour de remise des diplômes, le méchant une parfaite tête à claques conforté dans son arrogance par sa maman bourrée de flouze. La victime est une pute en quête de repenti, et un innocent dort en prison parce qu'un mexicain qui se tape une pute en quête de repenti sans la tuer ensuite, ça n'existe pas. Vous suivez ?

Le héros, c'est Matthew McConaughey. Une belle gueule de héros, modèle Gary Cooper relifté sans ambiguïté pour nos années lisses. Pas de doute sur sa sexualité, il est si hétéro qu'on n'a même pas besoin de voir les nénés de Marisa Tomei pour s'en convaincre. Même si on le regrette un peu, beaucoup. Il traverse le film sans une tache sur sa chemise blanche, il est beau, intelligent, il pose à la perfection, il ne tremble devant personne, il est très intelligent et même très beau, et il est beau aussi. 


La Défense Lincoln, vérifiez si vous voulez, promet énormément sans rien concrétiser. C'est d'autant plus rageant, qu'il eut été facile d'en tirer tout autre chose en offrant tout simplement le rôle principal à Michael Douglas. Pas une minute du film il n'a pas quitté mon esprit, mes rétines devenues alchimistes transformaient en or pur l’affligeante interprétation délivrée par McConaughey. Ainsi la rencontre avec la mère du suspect, que le fade bellâtre expédie en deux bons mots, devenait subitement irrespirable de tension sexuelle. Ce face à face sans saveur avec Frances Fisher, à qui Matthew McConaughey ne donne même pas l'occasion d'exister, aurait tracé une voie royale vers la nomination aux Oscars si seulement elle avait eu à la réplique un Michael Douglas métamorphosant cette scène soporifique en une version hardcore de rendez-vous en terre inconnue. Sueur lascive, plan serré sur cette femme troublée prête à s'offrir corps et âme pour sauver son fils dégénéré, révulsé de l'avoir découverte ligotée, dénudée et hurlante, abandonnée l'entrecuisse offert dans une maison déserte, victime d'un viol sauvage.

Un viol sauvage dans une maison déserte...un potentiel pareil et le film n'en fait rien. Bordel, refilez ça à Michael Douglas et il vous en fait oublier la scène déculottée de Basic Instinct. Michael Douglas est le seul acteur capable de voler la vedette à la chatte de Sharon Stone. En un regard paroxysmique planté dans celui de la toute puissante matrone, il aurait révélé le plaisir coupable ressenti par cet iceberg, soudain à la dérive, d'avoir été ainsi violemment défroquée. Un Oscar, je vous dis. D'un imperceptible mouvement de tête, on aurait capté que le fils dégénéré pourrait parfaitement être l'auteur du viol, vengeance du mépris que cette mère vénale lui a inculqué comme seul sentiment humain. Au lieu de quoi, le vide intersidéral. Matthew Mc Conaughley semble tout content d'avoir mouché la vioque, et c'est ça tout du long. Le gars ne regarde jamais aucun acteur dans les yeux, il fuit les réparties, ignore ses partenaires, se couche avant le coup de feu, s'avère incapable de mener à bien une scène de sexe et monologue sans fin avec la nuque de son chauffeur. Je soupçonne les seconds rôles d'avoir joué les scènes communes en son absence. Sa doublure à dû avoir un planning de tournage deux fois plus long que le sien. Résultat, j'ai viré le film et me suis concocté une sélection d'une toute autre tenue.



Dans La Guerre des Rose, Basic Instinct, Harcèlement, Liaison Fatale, Wall Street, j'en passe, Michael Douglas définit avec mesure et justesse une incarnation de l'homme moderne dans toute sa complexité. Avec lui, les irrésistibles stentors ne font définitivement plus le poids, l'heure est aux nuances, au flou sentimental. Dans Liaison Fatale, il fait naitre d'une histoire résumable en deux lignes (dont une consacrée au sexe) un insoutenable sentiment de culpabilité dans toute l'espèce masculine, en même temps qu'il fait peser sur les femmes un trouble sentiment de négligence. Michael Douglas est cet acteur qui réussi le tour de force d'être adulé par la gente féminine tout en lui faisant accepter l'idée que s'il se retrouve à crapahuter Glenn Close, c'est uniquement parce que sa femme ne le comble pas. Donnez une Femen à Michael Douglas et elle sera heureuse d'avoir une tenue de soubrette pour Noël. En inventant de toutes pièces cet être fragile sous sa carcasse d'homo novus, victime, osons le dire, d'une horde de harpies s'octroyant à coups de becs, à coups de griffes, ce qu'il reste de libido à un homme mutilé par les assauts égalitaire, Michael Douglas, en Christ hyper sexué rédempteur de nos pêchés lubriques, a projeté l'homme au plus profond de son enfer intime et l'en a fait rejaillir avec les roubignoles rutilantes d'un nouveau né. 


Avant lui, tromper sa femme était la norme, tout au plus une forme d'insouciance du héros hollywoodien à laquelle John Wayne ajoutait volontiers quelques claques sonores sur les fesses d'une Maureen O'Hara toute épanouie d'être portée sur l'épaule tel un sac de patates. On en était là. Avant Michael Douglas. En osant incarner dans Harcèlement cet homme soumis par la domination totale d'une Demi Moore en position de réduire sa vie sociale et professionnelle en un amas de souffrances, Michael Douglas nous a allégé du fardeau de la responsabilité. Grace à lui l'impensable germa dans les esprits, il était soudain possible que l'agresseur soit une femme, qu'elle s'en vante et se pavane devant ses victimes avec la même arrogance que Jack Palance en des temps immémoriaux. Un film peut dès lors se finir sans que l’héroïne soit lavée de ses manigances, sans qu'elle se repente, et s'il reste encore une once d'espoir de survie à l'espèce mâle, on le doit à Michael Douglas qui, le dos griffé, le torse mordu, le sexe dressé malgré sa volonté farouche de ne pas succomber à l'appel du vice, sert d'ultime rempart à l'implacable génocide. Tandis que pendant ce temps là, Matthew McConaughley chope une gueule de bois après trois whisky Coca. 


Variante dans le registre avec Chute Libre. Michael Douglas s'éloigne des rôles libidineux mais reste victime des femmes en donnant corps au burn out meurtrier d'un homme brisé par un divorce sadique et une mère intrusive qui ne brille pas franchement par son esprit. Son incarnation de D-Fens, un américain pur jus malmené par l'effondrement des valeurs traditionnelles, cousin de Travis Bickle, traverse Los Angeles en semant un maladroit chaos provoqué par le dégout que lui inspire une succession de personnages tous plus pathétiques les uns que les autres. Et lorsque dieu en personne (Robert Duvall pour les intimes) apporte une conclusion à son errance, c'est un peu de chacun de nous qui bascule dans la baie de Venice. Chute Libre c'est l'étape d'après, lorsque le sexe ne sert plus de soupape au trop plein de désespoir, lorsque plus rien ne retient la bête. Sous nos yeux impuissants, sans un rictus de trop, sans une once de cabotinage, Michael Douglas signe le portrait d'une personnalité en phase de dislocation, de cet instant de trop qui déclenche le processus jusqu'à l'inexorable délivrance.



A l'instar de Jane Fonda avec qui il partagea l'affiche d'un de ses premiers films significatifs, Michael Douglas a su, avec du temps et parfois en ruant dans les brancards, s'émanciper d'un géniteur que l'on peut qualifier sans exagération de légende. Malgré une crédibilité qui lui sera accordée avec plus ou moins d'entrain, il a contribué à l'émergence d'une nouvelle classe sociale, les Yuppies, favorisée financièrement, mais consciente du monde qui l'entoure. Ce seront les années No Nukes fédérées autour de l'incident de Three Miles Island, une prise de conscience du risque de pollution nucléaire symbolisée auprès du public par un concert réunissant le gotha du rock américain et le film de James Bridges, Le Syndrome Chinois. Depuis, Michael Douglas occupe une place ambivalente dans le monde du cinéma, jamais réellement intégré au Nouvel Hollywood (même si il fut producteur de plusieurs films du mouvement, de Vol au dessus d'un nid de coucou de Milos Forman à L'Idéaliste de Coppola), il s'est néanmoins gardé avec sagesse de se revendiquer membre de la dynastie hollywoodienne à laquelle son ADN aurait pu l'apparenter. Franc tireur, Michael Douglas le fut dès ses débuts, à un opportuniste tapis rouge il préféra faire ses classes à la télé dans Les Rues de San Francisco, puis dans des séries B entre dénonciation et anticipation d'où se distingue les excellents Morts Suspectes et La Nuit Des Juges. Il s'est ainsi tracé un parcours, que je revisite avec le même plaisir, peuplé de rôles à son image, celle d'un homme agité par ses contradictions, mais fidèle à ses convictions. Impeccablement humain.

Hugo Spanky



vendredi 21 décembre 2018

PRiNCe ☮ 3 STePs To HeaVeN


Dans ma boule de cristal, je vois. Je vois 2019, je vois Prince lové sur ma feutrine. Ses albums parus entre 1995 et 2007, pour certains épuisés depuis des lustres, pour d'autres distribués en leur temps de façon confidentielle seront réédités en format cd, édités pour la première fois en vinyl et disponibles en streaming sur la plupart des plateformes par salves mensuelles de trois à compter du 8 février. Ça ne va pas laisser grand chose pour exister au menu fretin qui osera s'y frotter.

Musicology, Planet Earth, 3121 feront offices de faire-part inaugural. Est-ce un choix pertinent ? Oui. N'importe quel choix le serait. Est-ce une arnaque à 80€ le vinyl ? Non, les doubles seront à 26€, il semble que les simples aussi, et je croise les doigts pour que ça en reste là lorsqu'il va s'agir de s'atteler à Crystal Ball (5 cd à l'origine) ou Emancipation (3 cd seulement, mais d'une durée de 60mns chacun). On aura le temps d'y penser puisque la seconde rafale sera composée de The Rainbow Children, The Gold Experience et Rave Un2 The Joy Fantastic couplé à son jumeau, mais bien supérieur, Rave In2 The Joy Fantastic, ses remixes percussifs et cette merveille de Beautiful strange qu'il est seul à abriter. Les jumeaux selon Prince ne se ressemblent guère. L'un est ordinaire, l'autre novateur, dans les deux cas la présence de Chuck D fait monter la tension. 



Comme tout ceci serait encore trop simple, tournons-nous maintenant du côté de Jay Z et sa plateforme Tidal. Prince, taquin et peu enclin à traiter avec les maisons de disques, avait scellé un accord verbal d'exclusivité avec le copain de Barack Obama afin de rendre disponible son œuvre en streaming. Un accord verbal ! Avec un copain à Barack Obama ! Monsieur Beyonce  je vaux des milliards de dollars Jay Z ! On mesure l'embrouille lorsque les héritiers ont voulu reprendre la main appuyés par les plus gros labels de l'industrie. Niveau mic-mac judiciaire, on plane nettement au dessus des broutilles de l'héritage Hallyday. On passe directement du roman-photos Nous Deux au blockbuster Hollywoodien. Jay Z, c'est du calibre à bloquer les tribunaux pour des décennies si un courant d'air vient faire tinter ses babouches à breloques. Si le mec te dit qu'il a un accord verbal avec Prince, tu dis merci pour l'info et tu traces ta route fissa. Que ton blaze soit Sony, Warner ou que tu sois issus du même embryon de sperme que The Artist formerly blah blah as Prince, c'est la même. Fort heureusement, lorsque brillent les joyaux de la couronne le monde ne se divise plus en deux catégories et invariablement le partage du gâteau prime sur le risque de voir le temps de cuisson en gâcher la dégustation. Sony et Warner ont donc autorisé Jay Z à utiliser des morceaux enregistrés sur une période...dont personne ne détient les droits ! Et les héritiers ont dit merci d'avoir dorénavant trois sources de revenus. C'est pas beau, ça ? Les Hallyday feraient bien de s'en inspirer.



2019 verra donc paraître un album entièrement constitué d'inédits puisés dans The Vault, livrés tel qu'en l'état, sans retouche, ni post production. On n'en sait pas plus pour l'instant, mais vu le niveau de l'anthologie mise en ligne par Tidal l'an passé, on peut s'attendre à du bon boulot. Vous allez me dire que Tidal, c'est bien joli, mais on sait pas ce que c'est. Et vous aurez raison, c'est typiquement le genre de truc dont on se contrefout par ici. D'après ce que j'en ai compris, c'est un concurrent au système que Neil Young tente de fourguer, une plateforme type Spotify mais dotée d'une qualité d'écoute de niveau pro et d'un catalogue d'exclusivités à filer des angoisses nocturnes aux collectionneurs. En résumé, Tidal c'est l'ennemi ! Un merdier supplémentaire visant à faire de la musique sur internet la même vache à lait que les bouquets satellites pour la télévision. On se dirige vers un monde d'abonnements à n'en plus finir. 



Alors, on fait quoi ? Pour l'album Jay Z, on change rien. Soulseek n'est pas fait pour les chiens et il est d'ores et déjà prévu qu'une sortie physique soit mise en place après un délai d'exclusivité en ligne. Pour le reste, chacun aura ses fétiches. The Rainbow Children, Musicology et 3121 forment le haut du panier, tandis que Planet Earth et le binôme Rave Un/In2 The Joy Fantastic n'intéresseront que les aficionados. Et s'il faut n'en garder qu'un seul, que ce soit The Gold Experience
Album mal connu, embourbé par les salamalecs des changements de noms, éclipsé par le single The most beautiful girl in the world noyé par la cadence effrénée des sorties -en un an Come, The Black Album et Exodus le précèdent- The Gold Experience n'en est pas moins un ambitieux projet flirtant avec des influences Hard Rock, P-Funk et Jazz entremêlées dans une farandole de sons, de rythmes fracasses, de cuivres incandescents et de mélodies concoctées par un Prince porté aux nues par l'amour de Mayte Garcia. Utilisé à pleine puissance le New Power Generation fait preuve d'une force de frappe à couper le souffle. Les irréductibles de la période The Revolution en sont pour leurs frais, rien ici des élégants tarabiscotages de l'ère Pop n'a de descendance. Le disque est racoleur, séducteur, frontal, frimeur comme un paon faisant la roue. Les idées se chevauchent, se confrontent, s'emboitent et se déboitent dans une partouze de sensations vertigineuses. L'immense Billy Jack Bitch défie simultanément Duke Ellington et George Clinton en un grand écart stylistique unissant les cuivres de la sainte tradition aux irrévérencieux synthés des païens sans que rien ne détonne. Si The Gold Experience doit absolument être rapproché d'un classique pour en donner une plus juste idée, alors que ce soit de Sign ☮ The Times pour sa similaire profusion de circonvolutions jouissives. Au delà de son impact immédiat, The Gold Experience demande du temps et de la concentration pour en saisir toutes les nuances, c'est bien simple la cassette a tourné en boucle tout un été sans que ni Milady, ni moi, ne songions à l'éjecter de l'auto-radio. The Gold Experience donne du grain à moudre, aujourd'hui comme hier et en attendant la suite. N'empêche que ça fait bizarre, des années après avoir annoncé la mort d'un mec de passer son temps à en donner des nouvelles. Faudra un jour trouver un sens à tout ça.

Hugo Spanky