vendredi 2 novembre 2018

STaReTZ, FRoM LeaD To GoLD




Ils l'ont fait. Staretz a gravé ses ambitions, dépassé les postures et attitudes sclérosées systématiquement de mises sitôt que l'on acoquine rock et français. From Lead To Gold est un album qui se contrefout du cahier des charges.   Staretz laisse les esprits sectaires s'enferrer dans les clichés et prend la tangente sans suivre d'itinéraire. Ce troisième album est celui de l'aventure. Le groupe sait être efficace, Go Down South l'a démontré avec brio, il y a deux ans, mais l'exercice est vain lorsqu'il se limite à ça. Le temps est venu d'abattre les cartes et de rafler la mise. Je me fous d'un disque de garage de plus, que quiconque puisse vouloir défier les sixties sur leur terrain ne m'inspire que lassitude. Voyez comme ça tombe bien, Staretz s'en fout aussi.




From Lead To Gold est l'album d'un groupe décidé à bouffer tout le gâteau avant qu'il ne soit trop tard. Les quatre musiciens ont pris leurs quartiers au Studio Condorcet, ont convié au festin quiconque est animé par l'envie commune d'ouvrir les vannes en grand. Christian Seminor, complice des années Dau Al Set, rapplique avec ses congas, un guitariste de hard rock se retrouve aux chœurs, Félix Jordan de Sabotage, tandis que le producteur et maitre des lieux, Olivier Cussac, traque la sonorité qui fait mouche et l'interprète avec une implacable justesse. Hammond, Wurlitzer, Violons, Cuivres, Farfisa, Percussions font tournebouler l'esprit, valser les émotions et lorsque l'affaire s'évapore sur un solo de trompette hanté, on reste estomaqué par tant d'audaces.  
Staretz ne nous refuse rien. 



Pas question pour autant de sombrer dans la complaisance, de faire dans l'exercice de styles, d'échapper à une niche pour s'emmerder dans une autre. L'élégance guindée du Funk Philadelphie se mêle aux frivolités d'Asbury Park. Au cœur de la chose, le rock bat toujours. Les ingrédients vont et viennent comme des saveurs sur le palais, pour nuancer la donne, faire respirer la musique, dérégler le quotidien, à aucun moment ils n'éclipsent la sidérante tenue des compositions. On savait Serge Fabre doué en la matière, on le découvre talentueux. Bitter streets en est un parfait exemple, une ritournelle qui joue à la marelle, une guitare espiègle, un tempo léger, le Wurlitzer en fil conducteur et ils font tourner ça comme si les singles existaient encore. 
 


From Lead To Gold est un disque malin comme une fille des rues. Chaque chanson disparait dans le silence avant qu'on y prenne ses aises. St. John's Eve, qui ouvre l'album, commence comme on s'étire, avec une paresse lunaire, puis la mélodie n'en fait qu'à sa tête, nous éveille soudain. C'est à ce moment là que la rythmique nous décroche son  jab du droit, on esquive par une feinte, on se redresse pour répliquer, trop tard, le Hammond nous cueille, l'adversité n'est plus de mise, ne reste que le charme.
Smell of fire est déjà là, en coup de grâce, illuminée par le saxophone de Loïc Laporte, et le disque file comme une balle au dessus du bitume, les paysages d'ombres et de lumières, sans cesse animés, se dessinent dans les phares. That's fine for me s'agrippe à nos cuirs comme une baby de Coney Island, From lead to  gold est une aguicheuse de dancefloor, Memories box, Lonesome king, Tchi tchi kokomo sont autant de franches réussites, des frangines malignes aux courbes mouvantes soulignées par l'inventivité des arrangements et les interventions en embuscade de Pablo Acedo. Ce jeune guitariste est l'indéniable révélation du disque, la singulière personnalité de son jeu amène un décalage salutaire sitôt qu'un titre aurait l’inconscience de trop flirter avec la norme. Entièrement auto-financé, enregistré en une petite semaine, From Lead To Gold ne souffre d'aucune comparaison et se permet le luxe, avec Almost blind, de se conclure en laissant entrevoir une possibilité d'évolution plus radicale encore. Ce groupe n'a pas abattu tous ses atouts. Reste à espérer que quelqu'un, quelque part, dans les médias, les maisons de disques fasse son travail autrement qu'en fabriquant des têtes de gondoles, et donne des moyens supplémentaires à l'expression de ceux qui considèrent, et démontrent, que la musique n'est pas seulement l’œuvre des taxidermistes.

Staretz vient de réussir un splendide album, un disque comme plus personne n'en fait, avec une vivacité qui n'a rien à voir avec la rage, l'énergie feinte des gros bras. From Lead To Gold est fin, racé et digne. Gardez vos comparaisons, j'ai jeté les miennes, ce disque mérite de n'être aimé que pour lui-même.
 

Hugo Spanky 

Dans les bacs le 1er Décembre.
En pré-commande, ici 
Teaser et téléchargement, là

vendredi 26 octobre 2018

iN THe SeVeNTieS



Sa couverture éhontément mensongère, The Clash, Ramones, Patti Smith et Willy DeVille plastronnent en une, mais n'occupent qu'une paire de chapitres faméliques en fin d'ouvrage, n'empêche pas In The Seventies d'offrir ce qu'il m'a été donné à lire de plus lucide et intelligent sur ces quatre là, et bon nombre d'autres qui en peuplent les pages. L'auteur, Barry Miles, s'il se complait dans une évocation détaillée des paysages qu'il traverse, au point de laisser ponctuellement l'ennui contaminer le lecteur, n'en demeure pas moins protagoniste de l'univers qu'il décrit et réussit pleinement à en retranscrire l'atmosphère, souvent flottante.

De la communauté d'Allen Ginsberg, véritable fil conducteur du livre, que l'auteur rejoint avec pour mission de transcrire sur bandes magnétiques, et sauver du foutoir significatif de l'époque, un maximum des poèmes et textes de celui qui, de Jack Kerouac à The Clash, a côtoyé à peu près quiconque aura tenté de dépeindre son temps en s'armant de talent, jusqu'à l'explosion du punk qui conclut cette décennie à l'exubération exacerbée, In The Seventies nous balade dans l'arrière boutique de l'Histoire. L'avant et l'après des instants de gloire sous les light shows, nous sont ainsi partagés en abandonnant le pendant aux bonimenteurs de foire dont nous sommes coutumiers.


Barry Miles ne s'intègre réellement dans aucun des milieux, beatniks, hippies, punk, qui ont dessiné la toile de fond de la culture rock. Observateur impliqué, il saisit et nous transmet, avec une application un brin dépourvue de style, l'odeur du grand air américain aussi impeccablement que celle viciée du New-York du Chelsea Hotel, comme du Londres crasseux du Roxy. Esprit ouvert, mais jamais dupe, Barry Miles se révèle être ce journaliste inespéré qui raconte l'épopée des seventies sans la pénible emphase outrancière qui caractérise les auteurs gonzo, souvent plus motivés par leur égo que par la véracité des faits, cherchant à démontrer pour les plus mégalos (hélas ceux là même que la presse rock française a longtemps pris comme étendard) qu'ils étaient le centre névralgique de l'action.

Sans aucun doute parce qu'il est anglais, Barry Miles ne transforme pas ses nuits au Chelsea Hotel en compagnie de William Burroughs en orgies pantagruéliques de drogues et de vices, il nous fait simplement une place sur le canapé en réduisant d'autant la séparation entre nos vies. A des années lumières de la mythification, le livre permet de mieux cerner pourquoi cette culture continue de résonner avec familiarité dans notre inconscient profond, simplement parce qu'elle a été façonnée par des gens comme nous.   



Allen Ginsberg, William Burroughs, Gregory Corso, pour les plus connus, William Reich ou Harry Smith, à l'opposé, ont tous été fruits de leur environnement. Distingués de la normalité en cours de par leurs orientations sexuelles ou philosophiques, ils ont été de ceux qui ont pris la parole parmi les premiers, et ainsi se sont fait entendre plus clairement que la multitude d'âmes esseulées à laquelle, depuis, ils servent d'emblèmes. Leurs actes ressemblent aux nôtres dans ce que l'on a de plus instinctif, à mille lieux des postures réfléchies visant à paraître quelqu'un, menant à ne plus ressembler à rien.


Si il demande un effort d'attention et de persévérance, In The Seventies est de ces livres qui nourrissent durablement la pensée, amenant réflexion personnelle, plus que certitude ancrée de force. L'équivalent littéraire, finalement, des grands albums de musique tout azimut qui, durant cette fascinante décennie, ont fomenté une liberté d'esprit et d'action qu'il est bon de veiller à ne pas perdre.



Hugo Spanky


samedi 20 octobre 2018

DRoiT De RéPoNSe


Tacles assassins, charclage en fourbe, droites au menton en guise de réponse, voila où en est le Ranx team, après un débat démocratique (chacun hurlant plus fort que son voisin, donc) autour d'Egypt Station, énième pitrerie pépite du bassiste à frange. A tel point que l'auteur de la chose, Paul McCartney en personne, a dû intervenir afin de tempérer l'escalade de violence, comme le démontre cette photo prise devant le siège du blog.
Sommé d'offrir la parole à la fange l'opposition, suite à la publication de son récent papier titré, non sans qu'il y fut décelé une forme de provocation, Du mou dans le rétropédalage, le vénérable dictateur rédacteur de ce sanctuaire de l'objectivité, Hugo Spanky 1er du nom, vous confie donc à la prose de l'exécrable l'honorable Harry Max le Grunj", puisque ce dernier à eu l’inconscience  la bienséance de réclamer un Droit de réponse....


Bon le Kurt Vile, son album en duo avec la Barnett, à part pour deux morceaux, il ne vaut pas un crayon. Et son dernier en date, Bottle It In, qui dure plus d'une heure (au secours !), il faudrait le ramener à la durée d'un Ep pour qu'il soit juste potable. Ce gonze là, tout comme la Barnett par ailleurs, est ridiculement surcoté par ces putains de chroniqueurs rock qui s'enflamment, comme tu le soulignes si bien, pour la moindre peccadille.
C'est bien simple, à lire ces guignols quasiment tout ce qui sort est de l'or; sauf qu'une fois que tu écoutes les disques qu'ils défendent, ben mon vieux, tu retournes fissa à tes disques chéris des 70's voire des 80's (car oui il y a eu du bon à cette époque) tant tu es navré ou juste ennuyé par le vide sidéral que dégagent leurs soit disant joyaux.


Le Costello, mon petit pote, j'avoue que je me suis fait avoir comme un bleu: à la première écoute, me suis-je dis, cette affaire là est rondement bien menée, sauf qu'à la seconde écoute, c'était l'encéphalogramme plat qui m'a surtout happé tant tout cela en finalité n'est guère passionnant. J'ai eu la même déconvenue avec Prodigal Son, le dernier Ry Cooder, là aussi passée la première écoute, bof bof bof, autant préparer des crêpes ce sera plus exaltant…

Avec le nouvel opus de Mr Gibbons c'est la grosse déconfiture en effet, hormis le titre d'ouverture et le Crackin' up de Bo Diddley, on peut aller au dodo tranquillou s'en payer une bonne tranche. Bien évidemment, la critique a ADORE, alors que Perfectamundo a été royalement trainé dans le boue lui: décidément il y a des calbotes qui se perdent, pour sûr; un bon ravalement de beignet ferait le plus grand bien à certains empaffés et, qui sait, ça leur remettrait peut-être les esgourdes d'équerre.


Le cas McCartney, Mr Spanky Man, me voit brandir le glaive séculier afin de te taquiner les côtes avec la délicatesse d'un panzer qui écrabouille du poilu sur fond de Wagner.
Crénom de Dieu, tu m'assènes avec un aplomb outrecuidant que son Egypt Station est d'une mollesse pire qu'un discours d'Edouard Balladur, mais foutre non, vil manant, ton discours fielleux n'est que billevesée, à peine digne d'un babillage de nouveau-né !
Cet album, au contraire, est une belle bouffée d'air frais qui remet la Pop sur un piédestal: composé de morceaux tantôt pêchus, tantôt apaisés, de titres brefs, d'autres plus épiques, de mélodies qui te ravagent le cervelet en un rien de temps et d'arrangements chiadés comme Sieur Paul nous les prodigue depuis tant d'années. C'est un bonheur d'écoute que ce disque là. Je le mets au même niveau que Off The Ground et le génial Driving Rain, ne vous en déplaise vilain Mr Fessée ! Et au passage, je te conseille de jeter une oreille sur le complètement passé inaperçu New de 2013 qui contient également de fort jolies choses, non mais !
D'ailleurs, pour bien enfoncer le clou avec la tête de David Guetta (au moins il sera enfin utile à quelque chose celui-là) et provoquer des cris d'orfraies, j'ajouterai que je préfère largement ces quatre disques là au soporifique Chaos and Creation in the Backyard qui, maintenant que j'y pense, me fait le même effet que The ghost of Tom Joad de Bruçounet, soit une profonde envie d'aller me jeter le pas allègre à la rencontre du premier poids lourd venu. 



Et maintenant passons au cas de l'album posthume de Johnny: à l'heure qu'il est je dois être un des rares bipèdes à ne pas l'avoir encore écouté.
Ce qui m'exaspère dans cette sinistre affaire, c'est tout le raout médiatique qui entoure sa sortie: hier soir, en zappant sur ma télé, j'ai eu comme une envie soudaine de génocide ultime à l'échelle nationale (ça fera moins de boulot pour le pingouin pédant qui nous fait office de Président) en voyant que TOUTES les chaînes info consacrées une émission spéciale à cet événement. Pour ne pas changer un ramassis d'abrutis s'arrogeaient spécialistes en décorticage du travail de Johnny, mais le comble de l'horreur tristement drolatique c'était de voir tous ces blaireaux interviewer d'autres blaireaux qui s'étaient précipités pour aller acheter à minuit ( aux fous; passez-moi ça à la Kalach !!!) le disque tant attendu: ah il fallait les voir se dandiner, leur casque sur les oreilles, avec autant d'élégance qu'un caribou dans des bottines Dior, tout en dodelinant de la tête emportés par la musique, tandis que des journalistes leurs couraient après; du grand n'importe quoi, le degré zéro de l'humanité en marche en somme quoi ! 




Et pour finir (et ce ne sera pas trop tôt, je le concède), la bonne surprise du moment: le Blood Red Roses de ce bon vieux briscard de Rod Stewart.
Vous êtes sûrement comme mézigue, ça fait une paye que vous n'attendez plus rien du blondinet à la chevelure folle, et paf ! Voila-t-y pas, qu'après des années à sucrer les fraises avec des shows pour mémés dans son numéro de crooner fatigué, il nous sort un putain de disque carrément moderne dans ses sonorités.
Et vas-y qu'il remue du croupion comme s'il avait de nouveau vingt piges, le pervers pépère, sous fond de musique à contenance disco (Look in my eyes), de morceau école Motown (Rest of my life), de rock Stonien (Vegas Shuffle, rien que le titre est un gros clin d'œil à lui tout seul) ou de reggae calypso (I Don't wanna to get married).
Mais le bougre sait aussi toucher au cœur (Farewell, Julia, la superbe Grace) et, alors que l'on pourrait se dire que non décidément ce n'est pas raisonnable de reprendre cette vieille scie sinatraienne It was a very good year, BOUM ! il nous fout le grand frisson en la revisitant de manière aussi respectueuse qu'innovante en terme d'arrangement (cette guitare qui fait tout le sel de cette reprise, quelle riche idée).
Bon on va pas se mentir, l'album aurait gagné à être plus concis (16 morceaux en version Deluxe tout de même), pour autant ça tient du miracle qu'il nous sorte un machin pareil: dans le genre moderne, il n'a rien à envier au Perfectamundo de Billy Gibbons, mais dans un tout autre style of course; Mais calmez-vous les gars, ne soyez pas aussi sanguin que Mélenchon, n'allez pas chercher des pierres pour me lapider la couenne.  


Harry Max 

mardi 16 octobre 2018

Du MoU DaNS Le RéTRoPéDaLaGe


J'en fais des introductions tonitruantes, si vous saviez, elles finissent toutes égarées dans les oubliettes des brouillons de Blogger. Faut dire que personne n'y met du sien. Je m'enthousiasme sur le premier titre d'un nouvel album, je me dis que le deuxième morceau est un coup de mou, le troisième va recadrer tout ça, l'aventure va démarrer au quatrième. Sauf qu'arrivé là, les gonzes refourguent le premier morceau, et ma pomme de balancer mon papier à la benne.

Prenez, Taurus Trakker, les trois mecs (dont une nana) ont tout bon. Géographiquement, ils sont de Ladbroke Grove, ce qui leur donnent un a-priori positif selon mes critères de tri, ils ont l'âge d'avoir connu la musique lorsqu'elle était encore vivante et Mick Jones leur porte caution en produisant leur nouvel album, ce qui est le critère maximal me concernant. Si il y en a bien un qui n'a pas peur de sauter de la falaise, c'est lui. Il l'a encore fait en 2015 pour accompagner l'exposition de ses souvenirs adolescents à la Biennale de Venise, avec le Ep de collages Ex-Libris, mêlant dub, jazz de cabaret, comptines et bribes de musiques de films.
Pour Taurus Trakker, il a carrément sorti sa pelle de l'étui et collé un son caverneux à l'affaire. WamBam, ça déboule plein gaz avec Poor man, le machin ferait un single du feu de Dieu et...c'est à peu près tout. Ça part en fanfare et puis c'est la panne. Ils ont le son, la hargne, ils n'ont pas les chansons. Ce qui est très con, et malheureusement de plus en plus répandu. D'ailleurs, on nage en pleine mode du tribute band, et ça ne semble déranger personne. Y a même un groupe qui se fait appeler London Calling et fait du fac-similé des concerts de Clash. Si ça c'est pas le bout de la route, c'est qu'on est déjà au-delà.



Pour couronner le tout, les vieux lustres encore branlants font leur propre auto-tribute en sortant des albums qui refourguent les plans éculés de leurs lointaines heures de gloire. Des sortes de best of ramollos avec des nouveaux titres pour des chansons de l'an 40 qu'on arrive pas à oublier. Oui Hantoss, oui Charlu, en disant ça, je pense à McCartney et son Egypt Station que vous n'écoutez déjà plus (ne mentez pas, je le sais), à Costello et son Look Now que personne n'écoute, même si Hantoss fait semblant pendant sa sieste. 
Les ingrédients sont là, c'est la cuisson qui est ratée, c'est tout ratatiné d'avoir mijoté trop longtemps. Même les micro-ondes de la FM ont plus de jus que cette soupe végane.
Pour trouver du saignant, j'avais misé sur Billy Gibbons et son vocoder, ses sons de guitares venus de l'hyper espace. Las, le ZZ Top en chef rassure son fond de commerce en sortant un disque basiquement blues qui annonce la couleur dès son blase (The Big Bad Blues) et d'où ne surnage qu'une sublime reprise calypso du Crackin' up de Bo Diddley. Autant dire qu'on est à des années lumières du furieusement audacieux Perfectamundo de 2015. 
C'est encore Rod Stewart qui est le plus gaillard de la bande en s'offrant l'inconscience de réinjecter des sonorités 80's dans un Blood Red Roses à faire pâlir Mick Jagger de jalousie. Y a même des plans disco !



Ceci dit, Gibbons, McCartney, Stewart et Costello, tout planplans qu'ils soient, ont l'avantage d'être encore vivants, on ne peut pas leur retirer ça. Et ils sont bien les seuls dans ce qui fait l'actualité de la rentrée 2018.

Prince, Lennon, Bashung, Strummer, Hallyday, c'est quoi cette affaire ? Prochaine étape, les tournées hologrammes. On nous y prépare doucement en diffusant des concerts des Beatles, Prince et Elvis Presley dans les salles de cinéma. Faut dire que sans ça, ils pourraient tout aussi bien les fermer, vu ce qu'elles proposent comme affiches. Du blockbuster mongoloïde pour décérébrés qui passent tout le film a envoyer des selfies sur instagram.


Avec tout ça, je me suis décidé à saluer les 40 ans de chansons de HF Thiéfaine. Pourquoi pas ? La pochette rimbaldienne est pompeuse à souhait, mais le quadruple vinyls propose une séance de rattrapage plutôt bien branlée, l'occasion pour moi de survoler ce que le jurassique jurassien a fait depuis Alambic/Sortie Sud, album après lequel, je ne m'étais plus guère soucié de son parcours (1984, ça file un coup aux artères). Et forcé de reconnaître que la sélection est bien foutue.

C'est simple, sur la lancée, j'ai téléchargé l'intégrale de ses albums et à chaque fois les meilleurs titres sont sur la compile. Y a quand même une exception,  Fragments D'Hébétude, enregistré en 1993 avec Waddy Wachtel et toute la clique de Los Angeles. Un disque méchamment rock qui colle au bitume du début à la fin. Pas un temps mort, des compos au taquet entre énergie et émotion, mazette, peut être un de ses tout meilleurs trucs.
Mais bon, 1993... J'en suis à ressortir Sandinista! et mon coffret de Los Lobos pour trouver un parfum d'aventure. Dimanche dernier, j'étais excité comme une puce, j'avais trouvé Raising Hell de Run DMC dans un vide-greniers.

Hugo Spanky




vendredi 21 septembre 2018

PRiNCe ☝ PiaNo aND MiCRoPHoNe 1983 ☜


Le monde a la tête à l'envers, tandis que la famille Strummer joue les arnaqueurs à la petite semaine en fourguant à prix d'or de la gnognotte basse gamme, voila t-il pas que Warner Bros (Grand Satan en langage indépendantiste punk) mise sur l'artistique en publiant contre 18 petits euros une session piano/voix estampillée 1983 de Prince. De l'intimiste chez les gros poissons, un souffle humain dans la grande distribution.

Piano and Microphone, comme un écho au dernier tour de piste de sa majesté. 1983, comme l'année d'avant, juste avant. Avant tout le reste, Purple Rain, les stades, les hits mondiaux à foison, le tourbillon, le grand n'importe quoi d'une vie qui s'emballe bien au delà de la vitesse des sons. Avant et maintenant. Prince à son piano, l'esprit qui vagabonde, mais pas trop, on le connait. Complete control. La muse démuselée, mais en laisse. Prince, comme si on y était, assis sur le canapé tandis que le lutin hulule, jongleur émotionnel. On le connait par cœur et on le découvre. Il y a des inédits, il y a des classiques en devenir, tout est inédit, tout est classique. Prince au piano chez lui, chez nous. Funky dès les premières secondes, 17 Days donne le ton, jamais la face B de When doves cry n'avait été aussi saisissante qu'ainsi dévêtue. Le soir à la cool, le matin à l'éveil, le disque trouve sa place sans avoir à jouer des épaules. On peut déblatérer sur l'objet, on peut s'en passer, on peut se passer de tout dans la vie. Il va pourtant accompagner bien des moments, c'est certain. Quel être se dispenserait d'une demi-heure d'intimité, un temps à soi, un tant soit peu. 


Une session piano/voix toute nue, toute simple, restituée telle quelle fut, sans écrin Pif Gadget à la con, sans pin's offert, sans livret bonux, pas d'emballage dans l'emballage. Prince tout seul rien que pour nous-mêmes, lové dans l'émerveillement banal de deux faces de sillons noirs caressées par un diamant. Et de restituer l'éclat d'un instant unique, en une prise, une voix, un piano.


Hugo Spanky


mercredi 1 août 2018

JOe STRuMMeR 001 ► GaNGsTeRViLLe !


Je vais commencer par tirer mon chapeau à Poison Ivy, bien bas le chapeau. Depuis la mort de Lux Interior, la rouquine boudeuse a fait preuve d'une dignité dont feraient bien de s'inspirer toutes les vieilles badernes qui se ridiculisent sur scène à un âge où ils seraient mieux sous les platanes à taper la pétanque.
Pas de compilation de fonds de tiroirs à la con, de Live pourri, pas de dvd avec argumentaire de séminaire d'entreprise, pas de tribute, de célébration, de fondation, de mémorial, pas même un recueil des photos que son chéri avait pour habitude de prendre d'elle (ça, je serais preneur). Ses souvenirs, Poison Ivy les garde pour elle, je doute même qu'elle les écrive un jour. Et tant mieux. Merde à tout ça, je t'aime Yvette.



Du côté de chez Luce Strummer Mellor, par contre, il semble que la villégiature à Ibiza soit devenue duraille à financer. Voila que la dame signe des contrats avec les marchands de fumisteries. Le racket de la rentrée est un coffret de 4 vinyls (3 LP + 1 Maxi mono-face) nommé Joe Strummer 001 proposé en version Deluxe au prix très punk de 132€. On est soudain bien loin de Rock against the rich, du combat d'un mec qui s'opposa à CBS pour baisser le prix de ses disques. Et vu la misère du tracklisting de la chose, vous pouvez déjà vous attendre à un Joe Strummer 002 pour 2019. Que les ouvriers et les chômeurs se rassurent, Sa Seigneurie a aussi pensé à leurs économies en torchant une version cheap à 60€ seulement... On va tacher d'en rester à la musique, sinon ça va virer méchante limonade.

Pour vous faire un topo rapide, ce que Joe Strummer a fait de plus bandant après Clash se situe sur trois Bandes Originales de films, Permanent Record, Walker et I Hired a Contract Killer, ainsi que sur Earthquake Weather et les face B des maxis qui ont accompagné ce premier, et plus essentiel, album solo. De tout ça, qu'il ne serait pas idiot de rééditer sobrement, la compilation de 32 morceaux qui va atterrir dans les bacs en septembre ne reprend que 6 titres... D'où ma prédiction qu'un Volume 2 viendra vous faire les fouilles sous peu.


Point positif, la présence de Afro-Cuban Be-bop et Burning lights, les deux titres que Strummer chante crânement dans le film I Hired a Contract Killer (J'ai engagé un tueur) de Aki Kaurismäki, jusque là uniquement disponibles sur un single finlandais. Je le concède, si vous n'avez pas eu le bon goût de kidnapper le single à sa parution, vous êtes baisés. Ou alors démerdez-vous pour choper le film en dvd, c'est un navet mais les morceaux y figurent en intégralité.
Autre pépite à redécouvrir, Trash city, super morceau bien cradingue comme plus personne (à commencer par Strummer lui-même) ne su les faire ensuite. Celle ci se dégotte pour peanuts sur la B.O de Permanent Record qui contient, en plus de Trash city, 4 autres titres de Strummer dans sa meilleure période post Clash, celle du Latino Rockabilly War. Idem pour Walker, ici chichement représenté par le seul Tennesse rain. Chopez-vous les deux vinyls, ça va vous couter que dalle et vous aurez deux authentiques bijoux.

Pour la petite histoire, Joe Strummer considérait son travail sur la B.O de Walker comme étant la prunelle de ses yeux, son lègue à la postérité. A croire qu'il ne l'a pas dit assez fort entre le pudding et le fromage pour que sa femme s'en souvienne au moment de sélectionner les titres de ce coffret pourtant réalisé avec amour et dans le plus grand respect de l'esprit du défunt. Pardon d'en rire.



Le reste des évangiles se compose de titres anecdotiques jusque là disponibles éparpillés sur divers projets. Le duo avec Jimmy Cliff est une daube, celui avec Johnny Cash sur le Redemption song de Marley ne vaut guère mieux -ce truc pue le traficotage de studio- et It's a rockin' world est un rock bateau enregistré pour un épisode de South Park. Une grosse poignée de morceaux résument, mal, les trois albums avec les Mescaleros, d'autres nous resservent pour la énième fois les vieilles scies poussives des 101ers, et les fameux inédits, dont la presse ne va pas manquer de nous rabattre les oreilles, sont issus des sessions avortées de 1993 pour la B.O du film When Pigs Fly de Sara Driver. On y entend un Joe Strummer désorienté, hésitant entre le sommeil profond et l'option Pogues en robes blanches, avec pour résultat trois ballades toutes jolies avec leurs guiboles trop maigres.
Quant à US North, présenté comme étant une collaboration avec Mick Jones et positionné en clôture, manière de faire baver tous ceux qui fantasment sur une ultime création commune au lendemain du fameux concert de la réconciliation, quelques semaines seulement avant la mort de Joe Strummer, est une démo datant des sessions du N°10 Upping Street de Big Audio Dynamite et n'a donc pas grand chose à foutre là, sinon démontrer à quel point Mick Jones est indispensable.
Au milieu des haricots, ils ont osé quelques saucisses vérolées sous forme de démos du Clash sans Clash de Cut The Crap et deux rebuts de Streetcore, album déjà posthume lui-même. Je vous épargne les collaborations éthyliques avec des gonzes du calibre d'Electric Dog House. On a tout ça depuis les grandes heures d'emule, il suffit de se souvenir sur quel disque dur on l'a laissé moisir.

Pour résumer, on va encore bouffer du Hors Série à go-go dans les kiosques et se fader les citations et pensées profondes des disciples sur les réseaux. Alors que les choses sont simples, si vous êtes de ceux qui ont suivi la production de Joe Strummer de son vivant, vous avez déjà tout ce que le coffret contient de comestible, conservez-le précieusement, c'est du Rock'n'Roll comme il ne s'en fera plus. Et si vous n'êtes pas de ceux là, retournez à vos occupations. Mais dans les deux cas, refusez de vous faire enculter !

Hugo Spanky