vendredi 21 septembre 2018

PRiNCe ☝ PiaNo aND MiCRoPHoNe 1983 ☜


Le monde a la tête à l'envers, tandis que la famille Strummer joue les arnaqueurs à la petite semaine en fourguant à prix d'or de la gnognotte basse gamme, voila t-il pas que Warner Bros (Grand Satan en langage indépendantiste punk) mise sur l'artistique en publiant contre 18 petits euros une session piano/voix estampillée 1983 de Prince. De l'intimiste chez les gros poissons, un souffle humain dans la grande distribution.

Piano and Microphone, comme un écho au dernier tour de piste de sa majesté. 1983, comme l'année d'avant, juste avant. Avant tout le reste, Purple Rain, les stades, les hits mondiaux à foison, le tourbillon, le grand n'importe quoi d'une vie qui s'emballe bien au delà de la vitesse des sons. Avant et maintenant. Prince à son piano, l'esprit qui vagabonde, mais pas trop, on le connait. Complete control. La muse démuselée, mais en laisse. Prince, comme si on y était, assis sur le canapé tandis que le lutin hulule, jongleur émotionnel. On le connait par cœur et on le découvre. Il y a des inédits, il y a des classiques en devenir, tout est inédit, tout est classique. Prince au piano chez lui, chez nous. On peut déblatérer sur l'objet, on peut s'en passer, on peut se passer de tout dans la vie. Ce disque va pourtant accompagner bien des moments, c'est certain. Quel être se dispenserait d'une demi-heure d'intimité, un temps à soi, un tant soit peu. 


Une session piano/voix toute nue, toute simple, restituée telle quelle fut, sans écrin Pif Gadget à la con, sans pin's offert, sans livret bonux, pas d'emballage dans l'emballage. Prince tout seul rien que pour nous-mêmes, lové dans l'émerveillement banal de deux faces de sillons noirs caressées par un diamant. Et de restituer l'éclat d'un instant unique, en une prise, une voix, un piano.


Hugo Spanky


mercredi 1 août 2018

JOe STRuMMeR 001 ► GaNGsTeRViLLe !


Je vais commencer par tirer mon chapeau à Poison Ivy, bien bas le chapeau. Depuis la mort de Lux Interior, la rouquine boudeuse a fait preuve d'une dignité dont feraient bien de s'inspirer toutes les vieilles badernes qui se ridiculisent sur scène à un âge où ils seraient mieux sous les platanes à taper la pétanque.
Pas de compilation de fonds de tiroirs à la con, de Live pourri, pas de dvd avec argumentaire de séminaire d'entreprise, pas de tribute, de célébration, de fondation, de mémorial, pas même un recueil des photos que son chéri avait pour habitude de prendre d'elle (ça, je serais preneur). Ses souvenirs, Poison Ivy les garde pour elle, je doute même qu'elle les écrive un jour. Et tant mieux. Merde à tout ça, je t'aime Yvette.



Du côté de chez Luce Strummer Mellor, par contre, il semble que la villégiature à Ibiza soit devenue duraille à financer. Voila que la dame signe des contrats avec les marchands de fumisteries. Le racket de la rentrée est un coffret de 4 vinyls (3 LP + 1 Maxi) nommé Joe Strummer 001 proposé en version Deluxe au prix très punk de 132€. On est soudain bien loin de Rock against the rich, du combat d'un mec qui s'opposa à CBS pour baisser le prix de ses disques. Et vu la misère du tracklisting de la chose, vous pouvez déjà vous attendre à un Joe Strummer 002 pour 2019. Que les ouvriers et les chômeurs se rassurent, Sa Seigneurie a aussi pensé à leurs économies en torchant une version cheap à 60€ seulement... On va tacher d'en rester à la musique, sinon ça va virer méchante limonade.

Pour vous faire un topo rapide, ce que Joe Strummer a fait de plus bandant après Clash se situe sur trois Bandes Originales de films, Permanent Record, Walker et I Hired a Contract Killer, ainsi que sur Earthquake Weather et les face B des maxis qui ont accompagné ce premier, et plus essentiel, album solo. De tout ça, qu'il ne serait pas idiot de rééditer sobrement, la compilation de 32 morceaux qui va atterrir dans les bacs en septembre ne reprend que 6 titres... D'où ma prédiction qu'un Volume 2 viendra vous faire les fouilles sous peu.


Point positif, la présence de Afro-Cuban Be-bop et Burning lights, les deux titres que Strummer chante crânement dans le film I Hired a Contract Killer (J'ai engagé un tueur) de Aki Kaurismäki, jusque là uniquement disponibles sur un single finlandais. Je le concède, si vous n'avez pas eu le bon goût de kidnapper le single à sa parution, vous êtes baisés. Ou alors démerdez-vous pour choper le film en dvd, c'est un navet mais les morceaux y figurent en intégralité.
Autre pépite à redécouvrir, Trash city, super morceau bien cradingue comme plus personne (à commencer par Strummer lui-même) ne su les faire ensuite. Celle ci se dégotte pour peanuts sur la B.O de Permanent Record qui contient, en plus de Trash city, 4 autres titres de Strummer dans sa meilleure période post Clash, celle du Latino Rockabilly War. Idem pour Walker, ici chichement représenté par le seul Tennesse rain. Chopez-vous les deux vinyls, ça va vous couter que dalle et vous aurez deux authentiques bijoux.

Pour la petite histoire, Joe Strummer considérait son travail sur la B.O de Walker comme étant la prunelle de ses yeux, son lègue à la postérité. A croire qu'il ne l'a pas dit assez fort entre le pudding et le fromage pour que sa femme s'en souvienne au moment de sélectionner les titres de ce coffret pourtant réalisé avec amour et dans le plus grand respect de l'esprit du défunt. Pardon d'en rire.



Le reste des évangiles se compose de titres anecdotiques jusque là disponibles éparpillés sur divers projets. Le duo avec Jimmy Cliff est une daube, celui avec Johnny Cash sur le Redemption song de Marley ne vaut guère mieux -ce truc pue le traficotage de studio- et It's a rockin' world est un rock bateau enregistré pour un épisode de South Park. Une grosse poignée de morceaux résument, mal, les trois albums avec les Mescaleros, d'autres nous resservent pour la énième fois les vieilles scies poussives des 101ers, et les fameux inédits, dont la presse ne va pas manquer de nous rabattre les oreilles, sont issus des sessions avortées de 1993 pour la B.O du film When Pigs Fly de Sara Driver. On y entend un Joe Strummer désorienté, hésitant entre le sommeil profond et l'option Pogues en robes blanches, avec pour résultat trois ballades toutes jolies avec leurs guiboles trop maigres.
Quant à US North, présenté comme étant une collaboration avec Mick Jones et positionné en clôture, manière de faire baver tous ceux qui fantasment sur une ultime création commune au lendemain du fameux concert de la réconciliation, quelques semaines seulement avant la mort de Joe Strummer, il n'est rien de plus qu'une démo datant des sessions du N°10 Upping Street de Big Audio Dynamite.
Au milieu des haricots, ils ont osé quelques saucisses vérolées sous forme de démos du Clash sans Clash de Cut The Crap et deux rebuts de Streetcore, album déjà posthume lui-même, des Mescaleros. Je vous épargne les collaborations éthyliques avec des gonzes du calibre d'Electric Dog House. On a tout ça depuis les grandes heures d'emule, il suffit de se souvenir sur quel disque dur on l'a laissé moisir.

Pour résumer, on va encore bouffer du Hors Série à go-go dans les kiosques et se fader les citations et pensées profondes des disciples sur les réseaux. Alors que les choses sont simples, si vous êtes de ceux qui ont suivi la production de Joe Strummer de son vivant, vous avez déjà tout ce que le coffret contient de comestible, conservez-le précieusement, c'est du Rock'n'Roll comme il ne s'en fera plus. Et si vous n'êtes pas de ceux là, retournez à vos occupations. Mais dans les deux cas, refusez de vous faire enculter !

Hugo Spanky

jeudi 19 juillet 2018

MaNiLLa ROaD



Doom rock, Stoner métal, je ne sais pas trop quoi encore, dans les années 90 des gonzes se sont surchauffés les méninges pour trouver des étiquettes toutes neuves, mais en 1984 ça s’appelait Manilla Road, c'était du Hard Rock et on n'en faisait pas tout un complexe.

Manilla Road, c'est Iron Maiden qui trinque dans des cranes à la gloire du Valhalla, c'est le Motörhead de Metropolis et Iron horse en flirt avec Uli Jon Roth
Manilla Road est un trio de Wichita, Kansas, formé par Mark Shark Shelton en 1977, un guitariste/hurleur ayant sévèrement flippé sur Hawkwind. Vous l'aurez pigé, c'est de la musique d'hallucinés à base de sorcières en flammes, de gnomes sadiques, de prédicateurs aveugles au bord des falaises du grand nord. Mark Shelton a fait Histoire en seconde langue, avec option mythologie. On croise Jeanne d'Arc dans ses visions et le déluge qui donne son titre à un de leurs deux meilleurs albums n'est pas celui d'une soirée d'août à la campagne. N'allez pas croire pour autant que Manilla Road ne cause que des abysses profonds d'un âge oublié, leur premier 45 tours raconte leur participation à l'émeute de Herman Hill en 1979. La police qui ramène sa science en plein concert, dans un rassemblement de bikers à Wichita, et commence à chercher des noises pour une histoire de vente de bières sans autorisation, avec pour résultat la mise à sac du quartier, une cinquantaine de blessés, une centaine d'arrestations. Se revendiquer de l'évènement n'est pas un argument commercial très pertinent au fin fond du Kansas, on est loin de Notting Hill, Manilla Road se retrouve tricard d'emblée de jeu. Le groupe fera le gros de sa carrière sur un label français, Black Dragon, aucun de leurs albums ne sortira aux States autrement qu'en auto-production.


Leurs albums, parlons-en. Les trois premiers sont au mieux des démos, au pire du punk 77 joué avec des moufles. On sent l'inspiration, ça puise même carrément dans le progressif par instant, le gratteux, qui se réclame de King Crimson, fait des arpèges avec ses gros doigts, sauf que les ingrédients sont jetés dans la fournaise au petit bonheur la chance. C'est bien simple lorsqu'ils intitulent un morceau Métal, c'est une ballade !


Et puis soudain, on ne sait pas comment, ni pourquoi (ça ne peut quand même pas être dû au changement de batteur ? Si ?) les crapauds deviennent Tyrannosaures. Coups sur coups, le groupe enregistre deux albums qui sont à classer parmi les meilleurs du Hard Rock de l'âge d'or, Open The Gates et The Deluge (dédié à Jacques De Molay), deux blocs massifs de mélodies arrachées aux tempêtes, de rythmiques assassines matraquées gourdins en pogne, deux ouvrages dantesques au lyrisme assumé. C'est beau, c'est époustouflant et ça n'empêche pas Heavy metal to the world d'être le single de speed le mieux torché depuis Overkill. Partout ailleurs, ces deux disques nous chavirent dans un univers caverneux fait d'incantations, maelstroms de guitares torturées et tambours de la jungle cimmérienne. Il suffit de s'imposer les 9 minutes de The ninth wave pour devenir accro à la chose. Manilla Road, c'est Charlton Heston qui prend la foudre sur le Mont Sinaï.


Ces deux disques sont tellement bons qu'ils font frémir un public européen en quête d'une formation qui n'a pas viré FM, spandex et paillettes. On est en 1986, même Judas Priest fait du gringue à MTV, de quoi déprimer jusqu'au moins obtus des hardos. C'est le règne de la Pop Métal, du calibrage peroxydé, des albums consensuels qui plaisent à toute la famille. Manilla Road est à des siècles de tout ça et se retrouve dans la position de rafler la mise pour si peu que son nouvel album confirme la donne. Mark Shelton sent le coup et casse sa tirelire pour s'offrir une paire de semaines au studio Al Green à Memphis et Paul Zaleski à la production. L'idée semble bonne. Mystification sort en 1987 et la surprise a le goût de la désillusion. Manilla Road rate le coche en beauté en uniformisant des compositions faiblardes sur un même tempo speed pour tenter d'alpaguer la vague déferlante du Trash Métal. Pire, le mastering de l'album est foiré, le son est plat, sans aucun volume, dépourvu de basse. Les premiers pressages sont bons à foutre à la poubelle, il n'y en aura pas d'autre avant une décennie. Mystification est un four monumental que le Live maquillé à la truelle (public de festival ajouté entre les titres et morceaux tronqués) commercialisé en catastrophe par Black Dragon n'atténuera en rien. L'échec marque la fin de la formation dans sa formule la plus efficace, l'usure l'emporte sur la foi, après deux dispensables albums supplémentaires de Trash ordinaire, Manilla Road jette l'éponge dans une totale indifférence. 
Quelques années plus tard, la hype fera tout un pataquès de Kyuss, Melvins et autres Queens of the Stone Age, on sera quelques-uns à hausser les épaules sans en avoir rien à foutre. On avait déjà vu le film dans sa version biblique en Technicolor by DeLuxe.

Hugo Spanky 
 Ce papier est tristement dédié à la mémoire de Mark Shark Shelton, décédé d'une crise cardiaque au terme d'un concert caniculaire une semaine après la publication.

samedi 16 juin 2018

THe FRiGHTNRs - NoTHiNG MoRe To SaY

Rien d’plus à dire !
Je n’me fendrai pas d’un point Météo, en Haute Normandie ce s’rait comme du foutage de gueule, rien d’bien neuf côté Art de la table et le foot… toi-même tu sais !!
Back to Music !


Triple gifle à l’écoute de ce disque. La première pour l’avoir gardé là à côté des platines parce que Ska. Hum…mon seul souvenir du Ska revu par les yankees c’est les compils Ska-Ville USA sorties milieu/fin 80. Du jus ouais mais ça s’arrête là, beaucoup plus proche de la fanfare à roucoucougne que de Prince Buster, comme quoi, suffit pas d’brosser les cordes à r’brousse poil pour faire du Ska !!
La seconde parc’quand fait, ce n’est pas du Ska mais du Rock Steady, direct affiché par le groupe qui se défend haut et fort de son amour pour le genre et la préservation du Style.
La troisième, juste parc’que des fois j’m’étonne tout seul d’êt’ aussi con, retarder l’innévitab’ sous prétexte que Pistrell le chat va sauter sur la platine, elle croit encore que c’est un tourniquet à minou, que je n’ai pas l’temps ni l’envie de mettre un disque le soir, préfère le silence en rentrant du taf et, et en fait Rien d’plus à Dire !!


Une voix, légère, souple, enjôleuse, un d’ces trucs qui mériterait de tutoyer les anges, diablement bon. Des harmonies, pas trop, juste comme à c’est qui faut et des chœurs à la juste mesure de c’que c’est bon. La musique est ronde, chaude, la basse vous prend direct par la taille, sautillante, tortillante, harmonica, keybords Jackie Mittoo-isant, des mélodies de partout.
On se sent tout de suite à son aise, Studio One, 13 Brentford Road Kingston Jamaica. Dans un coin du studio ou dans la cour, les Heptones de Leroy Sibble joueraient aux dominos avec Carlton & the shoes, les Gaylads donneraient quelques tuyaux pour améliorer les harmonies sur un titre, Slim Smith, près de la console, les yeux fermés, dodelinn’rait du pétard en rythme et Ken Boothe, de sa sagesse couvrirait du regard ces p’tits gars qui enregistrent là leur premier album…. Mais Non !
C’est Pomme, on est en plein Brooklyn, sta zunis et jamais, mais alors jamais les Frightnrs n’essaient de mimer tous ces grands noms de la musique Jamaïcaine, pas d’accent ni de patois jamaïcain, seul le son du disque nous ramène sur l’Ile aux Trésors. Ce son si rond, cette basse qui ronfle à n’en plus finir, ce sentiment d’une pièce de trent’ mètre carré juste équipée de deux micros où l’histoire s’est faite.
 

Si le groupe œuvre à la préservation du style, adoptant le son de ce qui a bercé les Dancehalls fin 60, chant langoureux, harmonie, finesse, richesse musicale et chansons, souvent love et ses tribulations, pas de commentaires sociaux et bien moins encore de propagande rastafoireuse, juste de belles chansons sacrément bien écrites, le chanteur, Dan Klein, reste lui un ti gars de Brooklyn, et ne gomme en rien cette touche. Si le Rock Steady était une version à contre temps de Stax et Motown Records, alors les Frightnrs ramènent ici le bébé au berceau, et c’est là que ce disque devient très vite génial, on sent ce feeling de ti gars élevés au son d’un Sam Cooke, Ben E King et j’en passe, Booker.T.
Vous n’êt’ pas amateur ou même « connaisseur » de jamaïcannerie, tant mieux, cette galette est pour vous, plus encore même, esprit large et non pas toujours tout résoudre au son d’une production ou d’un genre. Quand une chanson est bonne, elle ne le doit ni à un genre musical ou une question d’étiquette, pas de la music pour esthète, de con, non elle est bonne parc’que sentie, suée, transpirée par ses interprètes, une question de vie… 


Le groove est ici bien plus riche que les productions Studio One, plus large et pour cause, si on n’en avait pas parlé jusque-là, voilà, c’est une production Daptone Records, label qui n’a plus à nous prouver que seul pour eux, la qualité et la justesse compte. Qualité et justesse mises en avant peut-être encore plus que d’habitude, le chanteur ayant été diagnostiqué baisé par la maladie de charcot au début de l’enregistrement, aucun doute alors que le groupe enregistrait ici leur seul et unique album. Si le chanteur est malheureus’ment parti avant même la sortie du disque, ce témoignage sur galette de c’que peuvent encore aujourd’hui faire de vrais passionnés de sisic, groupe comme label est particulièrement touchant. Onze titres, et y’en aura jamais plus, c’est tell ’ment bon quand ça sonne vrai.
Je pourrai sans doute encore vous en causer pendant des lignes et des lignes, mais sincèr’ment, si vous avez comme une envie d’une tranche de douceur, ‘sitez pas, The Frightnrs, Rien d’plus à dire !
Si, Un Big Up à Didi la Savate !!

7red

mardi 12 juin 2018

sTiLL BoReD WiTH THe USa

Renouvellement en berne, originalité à la peine, les séries US semblent définitivement à la ramasse. Après nous avoir fait découvrir une multitude d'acteurs fabuleux, trop rugueux pour le mièvre grand écran, James Gandolfini, Michael Chiklis, Walton Gogging, les castings ressemblent dorénavant à un recyclage forcené des médiocres qui n'auront brillé en salle que le temps d'une hype (qui a dit James Franco ?). Il est grand temps de regarder ailleurs, de chercher la différence. Et puisque l'humanité qui nous avait fait adorer The Wire est dorénavant remplacée par la surenchère trépanée, 7red nous indique l'Angleterre comme terre d'exil. Et qui de plus indépendant, finalement, en nos temps de soumission que la rebelle Albion ? It's time for TV Brexit !


Non, n’allez pas vous attend’ à quelconques commentaires sur la politrick de Trump la Mort ou les dérives de « la plus grande démocratie du monde », ça n’aurait pas plus d’intérêt que mon avis perso ou les résultats du tiercé pour quelqu’un qui n’mange pas d’viande !!
Yankee detectives
Are always on the TV
'Cause killers in America work
Seven days a week 

Ça a été écrit fin 76 début 77, 1976/77 hein, et j’vois pas trop c’qui a changé !
Des experts, de Manhattan à Miami. Du FBI psychologique aux flics de la Marine via des agents aux dossiers classés, voire même des qui sauvent la planète ou nos libertés chéries en mode mercenaire. De la famille au sang bleu uniforme à des mentaleux et aut’ détectives, Monk, non pas lui, j’l’aime bien mon Adrien… On n’en finit plus !
Et va z’y la morale à la con, liberté chérie, me faites pas à moi c’que j’aime faire aux aut’, les évangiles selon St Gibbs ou St Reagan, et double careful au terrorisme, forcément barbu et pas très catho. Vraiment plein l’cul !!

Rajoutez à tout ça de belles plages de Pubs, peut-êt’ pour libérer de l’espace de cervelas et vous avez le programme standard de la télévision française pour la semaine, et sur plus de chaines que c’est utile. Certains me diront qu’il y a une alternative, d’autres chaines, payantes, ou même d’éteindre la télé, ouais, mais comme pas mal de monde, se rincer les boyaux d’la tête après une journée d’taf, rester avachi, devant l’écran, c’est pas mal non plus. Liberté chérie que j’vous dis.
 


Du coup, par contre-mesure, j’ai opté pour une chaine, sans publicité, malgré qu’celles-çi me permettent de reposer mes yeux, et du coup découvrir ce qui s’fait ailleurs, merci TF3.
Quelle grosse marrade, c’est aujourd’hui les séries anglaises qui m’accrochent au moins une soirée la s’maine. C’est plus du Chapeau Melon et Mrs Peel mais on r’trouve la finesse  et l’désespoir d’un Mona Lisa, l’humour du Full Monthy, en somme, y’a de quoi faire.
Bien sûr, des horreurs y font aussi, Barnaby ou Verra, Morse… No Comment, mais y’a aussi une palanquée de trucs plutôt chouettes, Broadchurch ; Sherlock ; The Halcyon, très conventionnels mais bien fichus, et tous les autres, Happy Valley ; No Offence ; Thirteen ; Unforgotten ; Meurtres au Paradis (celle-là c’est surtout pour les amoureux de Rock Steady, l’intégral du catalogue Treasure Isle en BO, y’a forcément pire). Les Peaky Blinders, just une tuerie, autant pour l’image que le son, double gifle !
Je pousserais même la vulgarité à vous conter mon top pour cette année, Maigret, rien de moins.
 Maigret, le ténébreux, interprété par un Rowan Atkinson, bluffant ! Le type qui personnellement, ne m’a jamais décroché un sourire, voir même très vite insupporté, joue là un Maigret tout en finesse, loin de cet affreux Bean qui se colle la tête dans l’cul d’une dinde en guise d’humour, non pas de ça, tout en finesse, retenue, parlant peu mais plein d’une attention, d’une retenue qu’on n’attend surtout pas. Maigret remit au gout par les british, lumière, colorisation, décors, très sincèrement depuis l’homme Gabin, j’avais pas vue une interprétation de ce rôle aussi personnelle, juste, un vrai régal.



Mais là encore on reste dans du conventionnel, de l’écrit, du qui a passé l’épreuve du temps alors que des séries comme No Offence ou Happy Valley, pour revenir au titre du papier, on est dans l’Punk Rock à tous les étages, The True the Whole True & nothing but the True.
Ca s’passe à côté d’chez nous. Pas de grandes triturations d’l’esprit, de complot intercontinental à têtes fouineuses ou de tricotages inter agences de renseignement, non, du tristement vrai, des violeurs de mômes, des dealers/toxico/foireux, des notables pris l’nez dans la poudre ou entre les cuisses d’un voisin. Des flics de la loose, des cassos grandioses, des alcoolos de génie dignes de vous produire le double album du siècle, mais qui finiront quand même le nez dans leur pisse. Des gens normaux, comme vous et moi, qui tirent leur temps, et quand l’occasion s’présente, sautent le pas, des fois pour le meilleur, et souvent le reste, et tout ça dans une atmosphère de merde, si loin du soleil et du bling bling californien, back to ze roots, la vallée d’la Tamise, les faubourgs de Birmingham comme ceux d’Manchester, et même quand y sont en bord de mer, c’est triste à crever. Décors de merde pour des histoires dont on pourrait tout à fait êt’ les zéros.
C’est la froideur et la justesse du truc qui touche, comme pour de vrai. Y’a une semaine, les babylons faisaient une descente à la fraiche dans l’quartier. L’est 5 heure 30 tu pars au gratin, les ninjas calibrés comme des cuirassiers se mettent en place et là Bim, la mouche dans l’lait, le pavé dans l’bol de café, une porte de garage qui claque, un clebs qui pisse dans une timbale métallique ou ta voisine qui se met à aboyer après les mômes. Des lumières qui s’allument, des ombres qui partent en courant, chacun son scénario, ça peut s’passer en douceur, ou pas, la vie !


Malgré une diffusion complèt’ment crétine, XXIième siècle oblige, garnir un max d’épisodes en une soirée, comme si le top de l’audimat pouvait êt’ touché un jeudi soir sur la 3…, le format d’ces tites séries est plutôt bien fichu, 6 épisodes, bref, direct et sans fioriture, du Punk Rock que j’vous dis, alors, Try dem !!

7red  

mardi 29 mai 2018

ViV ALBeRTiNe, CoNFeSsioNS d'uNe MiLF



De fringues, de musique et de mecs annonce avec frivolité le menu du livre de Viv Albertine, et il en est question. Souvent par l'absence et le manque. 
Française de par un père instable, farouche de par une mère livrée à elle-même, sœur ainée et protectrice, pour toutes ces raisons et une dizaine d'autres, elle est d'un tempérament qui ne lâche rien, préférant régulièrement abandonner la partie en cours plutôt que la jouer selon d'autres règles que les siennes. Qu'il s'agisse de musique ou de cours d'aérobic.

Avant d'être de ceux qui ont enfanté le punk, Viv Albertine est une adolescente des sixties, de celles qui à Hyde Park pleurent Brian Jones, idolâtrent John Lennon et voit en Yoko Ono un exemple non conventionnel d'intelligence et de philosophie de vie. Enfin, Yoko Ono, influence évidente pour bon nombre des femmes de cette génération, est revendiquée haut et fort. Enfin, le lien entre le mouvement hippie et le mouvement punk n'est ni bêtement ostracisé, ni renié. Enfin, l'honnêteté prime sur la gloriole. Ce livre est celui d'une femme dans toute sa complexité, qui veut séduire sans gommer ses aspérités, le trajet heurté d'une vie qui s'écrit au jour le jour au fil des intuitions, abordée à corps perdu sans attendre de vaines certitudes.


Viv Albertine délaisse toute notion d'intimité, livre pensées et faits, qu'ils soient à son avantage ou pas. Elle se montre parfois tyrannique, n'évoque les autres qu'avec parcimonie, sans chercher à rendre les disparus plus précieux, sans amoindrir ceux qui ont compté, Sid Vicious, Malcolm McLaren, et pour certains comptent encore, Keith Levene et bien sur Mick Jones, l'amour de sa vie, l'ami qui sait être là seulement lorsqu'il peut être utile. Aussi précieux que souvent absent, jamais revanchard. Autant de personnalités dont elle a su apprendre, se tenant en retrait en attendant son heure. Parce que l'on n'apprend rien de ceux que l'on précède.


Les Slits sont une étape parmi de nombreuses autres, le récit ne focalise pas sur le groupe, il occupe dans le livre la place qui fut la sienne dans la vie de sa guitariste. Ari Up n'en sort pas béatifiée, leurs rapports sont racontés avec une justesse que la perte n'émousse pas. Tant mieux, les commémorations me font fuir tant elles sont devenues mercantiles. Viv Albertine a suffisamment affronté de coups durs, jusque dans sa chair, pour n'avoir pas de temps à consacrer à ça. N'imaginez pas vous promener au milieu d'un name dropping permanent, loin de là. Joe Strummer n'est évoqué que le temps d'une proposition d'adultère dans le dos de son guitariste, après quoi on comprend qu'il n'en soit plus question, tout comme Steve Jones qui lui aurait préféré se faire sucer. Au lieu de quoi, les rencontres anonymes se font saisissantes tant ce sont elles qui conduisent finalement une vie, bien plus que les moments hauts en couleurs qui se fanent dans les souvenirs comme s'éteint dans les rétines, l'éblouissement d'un flash.



Sans trash tapageur, sans situation ubuesque pour l'épate, chaque page nous mène haletants jusqu'à la suivante, sans temps morts, même lorsque la vie s'immobilise en équilibre précaire, lorsque les épreuves se font douleurs intimes, lorsque l'on souhaiterait qu'un brin de glamour vienne soulager de tout ce sang qui se déverse. Mais depuis quand la vie est-elle glamour ? Pour autant, le livre est lumineux, il se dévore en une poignée de jours. Il exprime les sentiments d'une artiste réellement originale qui n'a jamais connu la gloire, ni même vraiment le succès, et qui ne s'en soucie pas. Surtout, plus qu'il ne s'adresse aux jeunes filles d'aujourd'hui, ce livre parle aux hommes d'hier, que nous sommes, il nous offre la possibilité de savoir enfin ce qui se cachait derrière les regards silencieux de celles que nous avons croisé sans en apprendre grand chose. Faute d'avoir su tomber cette carapace, dont Viv Albertine ne s'encombre pas dans le choix de ses mots.


Hugo Spanky




mardi 22 mai 2018

GiMMe mi GuN, PLeaSe


Je suis né dans la rue pour saluer mon arrivée, White rabbit pour m'accompagner dans les rayons, il y a plus d'esprit rebelle dans le Monoprix de mon quartier que de pertinence dans les chanteurs en vogue du moment. Divertissement même plus divertissant, plus névrotique qu'un moustique durant la quête du sommeil. Les gonzes n'ont même pas le talent minimum requis pour camoufler qu'ils sont seulement là pour racketter les lardfeuilles, sans doute pour ça qu'ils tiennent tant à ce qu'on lève les mains en l'air. Les bons sentiments pleins de vide ne suffisent pas pour ne froisser personne. La preuve par 7red :


On Fait le Show

Des mois que tous les jours y faut se fader cette merde, On Fait le Show, tous les jours et même plusieurs fois par jour, la moitié d’l’atelier résonne de cette merde, j’ai même vu de braves cons payés 1096.00€ par mois reprendre ça en chœurs, bras au ciel, une Horreur !!
Tous les jours j’entends cette merde oui mais, en toute honnêteté, c’est qu’avant-hier que j’ai pris le temps d’écouter les paroles, et là Bim, ça passe pas !!

Extrait !
« Je chante pour allumer ces bougies qu'on a laissées dans le noir »
T’as pas d’briquet connard !
« J'suis entouré d'étoiles pour que tu te sentes comme sur un nuage »
Moi aussi, on appelle ça des ouvriers, essaye !!
Je vous passe les Hey Hey, veut rien dire …
« Contre ces mauvaises nouvelles qui se répètent...
Ces horreurs qui tapent à nos portes sans cesse
Cette boule au ventre qui nous empêche de vivre, oui comme on le souhaite 
»
Alors là je dis colère, mais pour qui se prennent ces pales enculés ?
Z’ont une boule au ventre quotidienne eux, vivent pas comme y souhaitent, mais pourquoi  t-il donc ?
Difficulté d’logement, difficultés pour remplir l’caddy d’course, emmerdés par les grèves d’la SeuNeuCeuFeu ? Emmerdés par leur contremaitre ou la prochaine délocalisation d’leur boutique, pas pouvoir les cadeaux des gosses à noël ou passer les prochaines vacances devant une carte postale ?


Qu’est-ce qu’ils veulent nous faire croire ? Qu’ils s’raient plus proches de m’sieur tool monde que les aut’ crèves de l’élysée ? Sales cons, ça s’permet de vivre depuis plus d’25 ans sur le dos de ceux qui sont dans la mouise, qu’arrivent même plus ou qui n’ont plus envie de chercher d’quoi bouffer !
« Je danse pour t'envoler loin de la pesanteur du quotidien »
Sorry ça fonctionne pas ton truc !
« Je te chante mes peines pour que tu te sentes moins seul dans ton chagrin »
Cherche vraiment à t’faire traiter là ! Qu’est-ce qu’on en a à foutre de tes peines, paye toi un psy connard, t’as les moyens, et puis ne t’imagine pas, mais alors surtout pas que tu puisses apporter quelque chose, ton empathie d’merde tu peux t’la coller, t’es rien toi !!
 « Et je partage mes fous rires pour que tes larmes soient enfin sucrées »
Qu’est-c’qu’on s’en bat les noix d’tes fous rires, con d’tes morts, nos larmes ont plus valeur que ta fortune, c’est un extrait d’la vie, la vraie !
« Je te confie mes rêves, mes doutes, mes espoirs pour l'éternité »
Rien à fout’ ! T’s’rais pas du genre à téléphoner pour donner d’tes nouvelles, apprend donc plutôt à t’intéresser aux gens autour de toi, ça rend humble et pour le coup t’auras p’t’êt’ de quoi ficeler une vraie bonne chanson !
« Ces horreurs qui tapent à nos portes sans cesse
Cette boule au ventre qui nous empêche de vivre, oui comme on le souhaite
»
« Nous on fait le show
Avec le visage ensoleillé
On fait le show
Main dans la main pour faire rêver
»
Sincèr’ment, ton visage ensoleillé, tes potes qui gloussent comme des dindes et ta pseudo consternation face aux horreurs du monde… Putain, mais qu’est-ce qu’on a fait mal pour mériter ça ?
Y’a vraiment du monde pour supporter ces glands ? Quarante connards dans un studio ou sur une scène, sur les ondes radio, z’imaginez les quantités d’façons de ramasser du flouze, de faire bouger une situation qui n’a que trop durée ? 


Peut pas vraiment dresser une liste de tout c’qui cloche, mais sincèr’ment qui est assez trompé pour s’imaginer que ces chansons à la con vont soulager l’quotidien d’la mère célibataire qui essaye de faire grandir proprement ces cons chiards dans un univers aussi glauque, de r’fout’ un coup d’boost au brave gars qui bosse depuis 40 piges et qui voit son taf ou son entreprise se barrer en sucette, ces retraités qui vivent, tant bien qu’mal avec 800.00€ par mois, ces mômes qui, sans un peu d’magouille, ne décolleront jamais d’chez leurs parents, ces éleveurs/agriculteurs qui s’emmerdent à nourrir une nation qui trouve encore, au XXI eme siècle, que c’est cool de manger Mc Do, j’arrête là ça m’fatigue !

La misère prolifère, la peur du lendemain prolifère, les armes à feu prolifère, le communautarisme prolifère, la peur, tout court, prolifère et y’a des glandus pour chanter en cœur comme un nid d’moutons qui partent à l’abattoir. Une fois qu’on a enlevé les quelques actions, souvent personnelles et éphémères, y’s’passe rien. On s’contente de vivre du bon côté d’la rue, on achète cette merde et rempli les zéniths, on s’applaudit, et comme ces crevards vous le chantent, Pourvu qu’ça dure, tu m’étonnes.  On fait le show !


Pendant c’temps là, depuis maint’nant plusieurs mois, Junior Goebbles assure tranquillement son European Tour, alliant, reliant tous les partis d’extrême droite, préparant leur nuit des longs couteaux bis, profitant de ce que les peuples se contentent d’acheter un CD, manifester une fois par an, marcher dans les clous ou chanter en cœur qu’ils font le show au lieu de soigner leurs maux, au lieu de se révolter, ou au moins de trouver les choses dégueulasses, mais non, ça chante en cœur, les bras au ciel, Merde, Gimmie mi gun !! 

7red