samedi 16 juin 2018

THe FRiGHTNRs - NoTHiNG MoRe To SaY

Rien d’plus à dire !
Je n’me fendrai pas d’un point Météo, en Haute Normandie ce s’rait comme du foutage de gueule, rien d’bien neuf côté Art de la table et le foot… toi-même tu sais !!
Back to Music !


Triple gifle à l’écoute de ce disque. La première pour l’avoir gardé là à côté des platines parce que Ska. Hum…mon seul souvenir du Ska revu par les yankees c’est les compils Ska-Ville USA sorties milieu/fin 80. Du jus ouais mais ça s’arrête là, beaucoup plus proche de la fanfare à roucoucougne que de Prince Buster, comme quoi, suffit pas d’brosser les cordes à r’brousse poil pour faire du Ska !!
La seconde parc’quand fait, ce n’est pas du Ska mais du Rock Steady, direct affiché par le groupe qui se défend haut et fort de son amour pour le genre et la préservation du Style.
La troisième, juste parc’que des fois j’m’étonne tout seul d’êt’ aussi con, retarder l’innévitab’ sous prétexte que Pistrell le chat va sauter sur la platine, elle croit encore que c’est un tourniquet à minou, que je n’ai pas l’temps ni l’envie de mettre un disque le soir, préfère le silence en rentrant du taf et, et en fait Rien d’plus à Dire !!


Une voix, légère, souple, enjôleuse, un d’ces trucs qui mériterait de tutoyer les anges, diablement bon. Des harmonies, pas trop, juste comme à c’est qui faut et des chœurs à la juste mesure de c’que c’est bon. La musique est ronde, chaude, la basse vous prend direct par la taille, sautillante, tortillante, harmonica, keybords Jackie Mittoo-isant, des mélodies de partout.
On se sent tout de suite à son aise, Studio One, 13 Brentford Road Kingston Jamaica. Dans un coin du studio ou dans la cour, les Heptones de Leroy Sibble joueraient aux dominos avec Carlton & the shoes, les Gaylads donneraient quelques tuyaux pour améliorer les harmonies sur un titre, Slim Smith, près de la console, les yeux fermés, dodelinn’rait du pétard en rythme et Ken Boothe, de sa sagesse couvrirait du regard ces p’tits gars qui enregistrent là leur premier album…. Mais Non !
C’est Pomme, on est en plein Brooklyn, sta zunis et jamais, mais alors jamais les Frightnrs n’essaient de mimer tous ces grands noms de la musique Jamaïcaine, pas d’accent ni de patois jamaïcain, seul le son du disque nous ramène sur l’Ile aux Trésors. Ce son si rond, cette basse qui ronfle à n’en plus finir, ce sentiment d’une pièce de trent’ mètre carré juste équipée de deux micros où l’histoire s’est faite.
 

Si le groupe œuvre à la préservation du style, adoptant le son de ce qui a bercé les Dancehalls fin 60, chant langoureux, harmonie, finesse, richesse musicale et chansons, souvent love et ses tribulations, pas de commentaires sociaux et bien moins encore de propagande rastafoireuse, juste de belles chansons sacrément bien écrites, le chanteur, Dan Klein, reste lui un ti gars de Brooklyn, et ne gomme en rien cette touche. Si le Rock Steady était une version à contre temps de Stax et Motown Records, alors les Frightnrs ramènent ici le bébé au berceau, et c’est là que ce disque devient très vite génial, on sent ce feeling de ti gars élevés au son d’un Sam Cooke, Ben E King et j’en passe, Booker.T.
Vous n’êt’ pas amateur ou même « connaisseur » de jamaïcannerie, tant mieux, cette galette est pour vous, plus encore même, esprit large et non pas toujours tout résoudre au son d’une production ou d’un genre. Quand une chanson est bonne, elle ne le doit ni à un genre musical ou une question d’étiquette, pas de la music pour esthète, de con, non elle est bonne parc’que sentie, suée, transpirée par ses interprètes, une question de vie… 


Le groove est ici bien plus riche que les productions Studio One, plus large et pour cause, si on n’en avait pas parlé jusque-là, voilà, c’est une production Daptone Records, label qui n’a plus à nous prouver que seul pour eux, la qualité et la justesse compte. Qualité et justesse mises en avant peut-être encore plus que d’habitude, le chanteur ayant été diagnostiqué baisé par la maladie de charcot au début de l’enregistrement, aucun doute alors que le groupe enregistrait ici leur seul et unique album. Si le chanteur est malheureus’ment parti avant même la sortie du disque, ce témoignage sur galette de c’que peuvent encore aujourd’hui faire de vrais passionnés de sisic, groupe comme label est particulièrement touchant. Onze titres, et y’en aura jamais plus, c’est tell ’ment bon quand ça sonne vrai.
Je pourrai sans doute encore vous en causer pendant des lignes et des lignes, mais sincèr’ment, si vous avez comme une envie d’une tranche de douceur, ‘sitez pas, The Frightnrs, Rien d’plus à dire !
Si, Un Big Up à Didi la Savate !!

7red

mardi 12 juin 2018

sTiLL BoReD WiTH THe USa

Renouvellement en berne, originalité à la peine, les séries US semblent définitivement à la ramasse. Après nous avoir fait découvrir une multitude d'acteurs fabuleux, trop rugueux pour le mièvre grand écran, James Gandolfini, Michael Chiklis, Walton Gogging, les castings ressemblent dorénavant à un recyclage forcené des médiocres qui n'auront brillé en salle que le temps d'une hype (qui a dit James Franco ?). Il est grand temps de regarder ailleurs, de chercher la différence. Et puisque l'humanité qui nous avait fait adorer The Wire est dorénavant remplacée par la surenchère trépanée, 7red nous indique l'Angleterre comme terre d'exil. Et qui de plus indépendant, finalement, en nos temps de soumission que la rebelle Albion ? It's time for TV Brexit !


Non, n’allez pas vous attend’ à quelconques commentaires sur la politrick de Trump la Mort ou les dérives de « la plus grande démocratie du monde », ça n’aurait pas plus d’intérêt que mon avis perso ou les résultats du tiercé pour quelqu’un qui n’mange pas d’viande !!
Yankee detectives
Are always on the TV
'Cause killers in America work
Seven days a week 

Ça a été écrit fin 76 début 77, 1976/77 hein, et j’vois pas trop c’qui a changé !
Des experts, de Manhattan à Miami. Du FBI psychologique aux flics de la Marine via des agents aux dossiers classés, voire même des qui sauvent la planète ou nos libertés chéries en mode mercenaire. De la famille au sang bleu uniforme à des mentaleux et aut’ détectives, Monk, non pas lui, j’l’aime bien mon Adrien… On n’en finit plus !
Et va z’y la morale à la con, liberté chérie, me faites pas à moi c’que j’aime faire aux aut’, les évangiles selon St Gibbs ou St Reagan, et double careful au terrorisme, forcément barbu et pas très catho. Vraiment plein l’cul !!

Rajoutez à tout ça de belles plages de Pubs, peut-êt’ pour libérer de l’espace de cervelas et vous avez le programme standard de la télévision française pour la semaine, et sur plus de chaines que c’est utile. Certains me diront qu’il y a une alternative, d’autres chaines, payantes, ou même d’éteindre la télé, ouais, mais comme pas mal de monde, se rincer les boyaux d’la tête après une journée d’taf, rester avachi, devant l’écran, c’est pas mal non plus. Liberté chérie que j’vous dis.
 


Du coup, par contre-mesure, j’ai opté pour une chaine, sans publicité, malgré qu’celles-çi me permettent de reposer mes yeux, et du coup découvrir ce qui s’fait ailleurs, merci TF3.
Quelle grosse marrade, c’est aujourd’hui les séries anglaises qui m’accrochent au moins une soirée la s’maine. C’est plus du Chapeau Melon et Mrs Peel mais on r’trouve la finesse  et l’désespoir d’un Mona Lisa, l’humour du Full Monthy, en somme, y’a de quoi faire.
Bien sûr, des horreurs y font aussi, Barnaby ou Verra, Morse… No Comment, mais y’a aussi une palanquée de trucs plutôt chouettes, Broadchurch ; Sherlock ; The Halcyon, très conventionnels mais bien fichus, et tous les autres, Happy Valley ; No Offence ; Thirteen ; Unforgotten ; Meurtres au Paradis (celle-là c’est surtout pour les amoureux de Rock Steady, l’intégral du catalogue Treasure Isle en BO, y’a forcément pire). Les Peaky Blinders, just une tuerie, autant pour l’image que le son, double gifle !
Je pousserais même la vulgarité à vous conter mon top pour cette année, Maigret, rien de moins.
 Maigret, le ténébreux, interprété par un Rowan Atkinson, bluffant ! Le type qui personnellement, ne m’a jamais décroché un sourire, voir même très vite insupporté, joue là un Maigret tout en finesse, loin de cet affreux Bean qui se colle la tête dans l’cul d’une dinde en guise d’humour, non pas de ça, tout en finesse, retenue, parlant peu mais plein d’une attention, d’une retenue qu’on n’attend surtout pas. Maigret remit au gout par les british, lumière, colorisation, décors, très sincèrement depuis l’homme Gabin, j’avais pas vue une interprétation de ce rôle aussi personnelle, juste, un vrai régal.



Mais là encore on reste dans du conventionnel, de l’écrit, du qui a passé l’épreuve du temps alors que des séries comme No Offence ou Happy Valley, pour revenir au titre du papier, on est dans l’Punk Rock à tous les étages, The True the Whole True & nothing but the True.
Ca s’passe à côté d’chez nous. Pas de grandes triturations d’l’esprit, de complot intercontinental à têtes fouineuses ou de tricotages inter agences de renseignement, non, du tristement vrai, des violeurs de mômes, des dealers/toxico/foireux, des notables pris l’nez dans la poudre ou entre les cuisses d’un voisin. Des flics de la loose, des cassos grandioses, des alcoolos de génie dignes de vous produire le double album du siècle, mais qui finiront quand même le nez dans leur pisse. Des gens normaux, comme vous et moi, qui tirent leur temps, et quand l’occasion s’présente, sautent le pas, des fois pour le meilleur, et souvent le reste, et tout ça dans une atmosphère de merde, si loin du soleil et du bling bling californien, back to ze roots, la vallée d’la Tamise, les faubourgs de Birmingham comme ceux d’Manchester, et même quand y sont en bord de mer, c’est triste à crever. Décors de merde pour des histoires dont on pourrait tout à fait êt’ les zéros.
C’est la froideur et la justesse du truc qui touche, comme pour de vrai. Y’a une semaine, les babylons faisaient une descente à la fraiche dans l’quartier. L’est 5 heure 30 tu pars au gratin, les ninjas calibrés comme des cuirassiers se mettent en place et là Bim, la mouche dans l’lait, le pavé dans l’bol de café, une porte de garage qui claque, un clebs qui pisse dans une timbale métallique ou ta voisine qui se met à aboyer après les mômes. Des lumières qui s’allument, des ombres qui partent en courant, chacun son scénario, ça peut s’passer en douceur, ou pas, la vie !


Malgré une diffusion complèt’ment crétine, XXIième siècle oblige, garnir un max d’épisodes en une soirée, comme si le top de l’audimat pouvait êt’ touché un jeudi soir sur la 3…, le format d’ces tites séries est plutôt bien fichu, 6 épisodes, bref, direct et sans fioriture, du Punk Rock que j’vous dis, alors, Try dem !!

7red  

mardi 29 mai 2018

ViV ALBeRTiNe, CoNFeSsioNS d'uNe MiLF



De fringues, de musique et de mecs annonce avec frivolité le menu du livre de Viv Albertine, et il en est question. Souvent par l'absence et le manque. 
Française de par un père instable, farouche de par une mère livrée à elle-même, sœur ainée et protectrice, pour toutes ces raisons et une dizaine d'autres, elle est d'un tempérament qui ne lâche rien, préférant régulièrement abandonner la partie en cours plutôt que la jouer selon d'autres règles que les siennes. Qu'il s'agisse de musique ou de cours d'aérobic.

Avant d'être de ceux qui ont enfanté le punk, Viv Albertine est une adolescente des sixties, de celles qui à Hyde Park pleurent Brian Jones, idolâtrent John Lennon et voit en Yoko Ono un exemple non conventionnel d'intelligence et de philosophie de vie. Enfin, Yoko Ono, influence évidente pour bon nombre des femmes de cette génération, est revendiquée haut et fort. Enfin, le lien entre le mouvement hippie et le mouvement punk n'est ni bêtement ostracisé, ni renié. Enfin, l'honnêteté prime sur la gloriole. Ce livre est celui d'une femme dans toute sa complexité, qui veut séduire sans gommer ses aspérités, le trajet heurté d'une vie qui s'écrit au jour le jour au fil des intuitions, abordée à corps perdu sans attendre de vaines certitudes.


Viv Albertine délaisse toute notion d'intimité, livre pensées et faits, qu'ils soient à son avantage ou pas. Elle se montre parfois tyrannique, n'évoque les autres qu'avec parcimonie, sans chercher à rendre les disparus plus précieux, sans amoindrir ceux qui ont compté, Sid Vicious, Malcolm McLaren, et pour certains comptent encore, Keith Levene et bien sur Mick Jones, l'amour de sa vie, l'ami qui sait être là seulement lorsqu'il peut être utile. Aussi précieux que souvent absent, jamais revanchard. Autant de personnalités dont elle a su apprendre, se tenant en retrait en attendant son heure. Parce que l'on n'apprend rien de ceux que l'on précède.


Les Slits sont une étape parmi de nombreuses autres, le récit ne focalise pas sur le groupe, il occupe dans le livre la place qui fut la sienne dans la vie de sa guitariste. Ari Up n'en sort pas béatifiée, leurs rapports sont racontés avec une justesse que la perte n'émousse pas. Tant mieux, les commémorations me font fuir tant elles sont devenues mercantiles. Viv Albertine a suffisamment affronté de coups durs, jusque dans sa chair, pour n'avoir pas de temps à consacrer à ça. N'imaginez pas vous promener au milieu d'un name dropping permanent, loin de là. Joe Strummer n'est évoqué que le temps d'une proposition d'adultère dans le dos de son guitariste, après quoi on comprend qu'il n'en soit plus question, tout comme Steve Jones qui lui aurait préféré se faire sucer. Au lieu de quoi, les rencontres anonymes se font saisissantes tant ce sont elles qui conduisent finalement une vie, bien plus que les moments hauts en couleurs qui se fanent dans les souvenirs comme s'éteint dans les rétines, l'éblouissement d'un flash.



Sans trash tapageur, sans situation ubuesque pour l'épate, chaque page nous mène haletants jusqu'à la suivante, sans temps morts, même lorsque la vie s'immobilise en équilibre précaire, lorsque les épreuves se font douleurs intimes, lorsque l'on souhaiterait qu'un brin de glamour vienne soulager de tout ce sang qui se déverse. Mais depuis quand la vie est-elle glamour ? Pour autant, le livre est lumineux, il se dévore en une poignée de jours. Il exprime les sentiments d'une artiste réellement originale qui n'a jamais connu la gloire, ni même vraiment le succès, et qui ne s'en soucie pas. Surtout, plus qu'il ne s'adresse aux jeunes filles d'aujourd'hui, ce livre parle aux hommes d'hier, que nous sommes, il nous offre la possibilité de savoir enfin ce qui se cachait derrière les regards silencieux de celles que nous avons croisé sans en apprendre grand chose. Faute d'avoir su tomber cette carapace, dont Viv Albertine ne s'encombre pas dans le choix de ses mots.


Hugo Spanky




mardi 22 mai 2018

GiMMe mi GuN, PLeaSe


Je suis né dans la rue pour saluer mon arrivée, White rabbit pour m'accompagner dans les rayons, il y a plus d'esprit rebelle dans le Monoprix de mon quartier que de pertinence dans les chanteurs en vogue du moment. Divertissement même plus divertissant, plus névrotique qu'un moustique durant la quête du sommeil. Les gonzes n'ont même pas le talent minimum requis pour camoufler qu'ils sont seulement là pour racketter les lardfeuilles, sans doute pour ça qu'ils tiennent tant à ce qu'on lève les mains en l'air. Les bons sentiments pleins de vide ne suffisent pas pour ne froisser personne. La preuve par 7red :


On Fait le Show

Des mois que tous les jours y faut se fader cette merde, On Fait le Show, tous les jours et même plusieurs fois par jour, la moitié d’l’atelier résonne de cette merde, j’ai même vu de braves cons payés 1096.00€ par mois reprendre ça en chœurs, bras au ciel, une Horreur !!
Tous les jours j’entends cette merde oui mais, en toute honnêteté, c’est qu’avant-hier que j’ai pris le temps d’écouter les paroles, et là Bim, ça passe pas !!

Extrait !
« Je chante pour allumer ces bougies qu'on a laissées dans le noir »
T’as pas d’briquet connard !
« J'suis entouré d'étoiles pour que tu te sentes comme sur un nuage »
Moi aussi, on appelle ça des ouvriers, essaye !!
Je vous passe les Hey Hey, veut rien dire …
« Contre ces mauvaises nouvelles qui se répètent...
Ces horreurs qui tapent à nos portes sans cesse
Cette boule au ventre qui nous empêche de vivre, oui comme on le souhaite 
»
Alors là je dis colère, mais pour qui se prennent ces pales enculés ?
Z’ont une boule au ventre quotidienne eux, vivent pas comme y souhaitent, mais pourquoi  t-il donc ?
Difficulté d’logement, difficultés pour remplir l’caddy d’course, emmerdés par les grèves d’la SeuNeuCeuFeu ? Emmerdés par leur contremaitre ou la prochaine délocalisation d’leur boutique, pas pouvoir les cadeaux des gosses à noël ou passer les prochaines vacances devant une carte postale ?


Qu’est-ce qu’ils veulent nous faire croire ? Qu’ils s’raient plus proches de m’sieur tool monde que les aut’ crèves de l’élysée ? Sales cons, ça s’permet de vivre depuis plus d’25 ans sur le dos de ceux qui sont dans la mouise, qu’arrivent même plus ou qui n’ont plus envie de chercher d’quoi bouffer !
« Je danse pour t'envoler loin de la pesanteur du quotidien »
Sorry ça fonctionne pas ton truc !
« Je te chante mes peines pour que tu te sentes moins seul dans ton chagrin »
Cherche vraiment à t’faire traiter là ! Qu’est-ce qu’on en a à foutre de tes peines, paye toi un psy connard, t’as les moyens, et puis ne t’imagine pas, mais alors surtout pas que tu puisses apporter quelque chose, ton empathie d’merde tu peux t’la coller, t’es rien toi !!
 « Et je partage mes fous rires pour que tes larmes soient enfin sucrées »
Qu’est-c’qu’on s’en bat les noix d’tes fous rires, con d’tes morts, nos larmes ont plus valeur que ta fortune, c’est un extrait d’la vie, la vraie !
« Je te confie mes rêves, mes doutes, mes espoirs pour l'éternité »
Rien à fout’ ! T’s’rais pas du genre à téléphoner pour donner d’tes nouvelles, apprend donc plutôt à t’intéresser aux gens autour de toi, ça rend humble et pour le coup t’auras p’t’êt’ de quoi ficeler une vraie bonne chanson !
« Ces horreurs qui tapent à nos portes sans cesse
Cette boule au ventre qui nous empêche de vivre, oui comme on le souhaite
»
« Nous on fait le show
Avec le visage ensoleillé
On fait le show
Main dans la main pour faire rêver
»
Sincèr’ment, ton visage ensoleillé, tes potes qui gloussent comme des dindes et ta pseudo consternation face aux horreurs du monde… Putain, mais qu’est-ce qu’on a fait mal pour mériter ça ?
Y’a vraiment du monde pour supporter ces glands ? Quarante connards dans un studio ou sur une scène, sur les ondes radio, z’imaginez les quantités d’façons de ramasser du flouze, de faire bouger une situation qui n’a que trop durée ? 


Peut pas vraiment dresser une liste de tout c’qui cloche, mais sincèr’ment qui est assez trompé pour s’imaginer que ces chansons à la con vont soulager l’quotidien d’la mère célibataire qui essaye de faire grandir proprement ces cons chiards dans un univers aussi glauque, de r’fout’ un coup d’boost au brave gars qui bosse depuis 40 piges et qui voit son taf ou son entreprise se barrer en sucette, ces retraités qui vivent, tant bien qu’mal avec 800.00€ par mois, ces mômes qui, sans un peu d’magouille, ne décolleront jamais d’chez leurs parents, ces éleveurs/agriculteurs qui s’emmerdent à nourrir une nation qui trouve encore, au XXI eme siècle, que c’est cool de manger Mc Do, j’arrête là ça m’fatigue !

La misère prolifère, la peur du lendemain prolifère, les armes à feu prolifère, le communautarisme prolifère, la peur, tout court, prolifère et y’a des glandus pour chanter en cœur comme un nid d’moutons qui partent à l’abattoir. Une fois qu’on a enlevé les quelques actions, souvent personnelles et éphémères, y’s’passe rien. On s’contente de vivre du bon côté d’la rue, on achète cette merde et rempli les zéniths, on s’applaudit, et comme ces crevards vous le chantent, Pourvu qu’ça dure, tu m’étonnes.  On fait le show !


Pendant c’temps là, depuis maint’nant plusieurs mois, Junior Goebbles assure tranquillement son European Tour, alliant, reliant tous les partis d’extrême droite, préparant leur nuit des longs couteaux bis, profitant de ce que les peuples se contentent d’acheter un CD, manifester une fois par an, marcher dans les clous ou chanter en cœur qu’ils font le show au lieu de soigner leurs maux, au lieu de se révolter, ou au moins de trouver les choses dégueulasses, mais non, ça chante en cœur, les bras au ciel, Merde, Gimmie mi gun !! 

7red 

jeudi 29 mars 2018

CéRéMoNie SeCRèTe


Cérémonie Secrète est un film de 1968 réalisé en Angleterre par Joseph Losey, un américain, quasiment né avec son siècle, que le mc carthysme a conduit à l'exil en plus de lui infliger un traumatisme dont ses créations n'arriveront jamais à se défaire. Auteur de pellicules aussi dérangeantes que The Servant, These Are The Damned (avec Oliver Reed) ou Eva (avec Jeanne Moreau), Joseph Losey flirte avec les atmosphères torturées, empreintes de soumissions, de complots et de sadisme, marquées par des échappatoires en cul-de-sac. Les personnages de ses films sont traqués, persécutés, mal en point au début, morts à la fin, après avoir souffert le martyre 24 fois par seconde pendant près de deux plombes. Dans son œuvre se décèlent les influences conjuguées de Fritz Lang, il signera M en 1951, remake américain de M le maudit, et d'Alfred Hitchcok, mais il se distingue par une approche plus frontale des troubles de la sexualité et préfigure ainsi un cinéma qui connaîtra son apogée dans les années 70 avec des réalisateurs comme Friedkin, Zulawski ou Fassbinder. Autant dire que pour la pignolade, c'est rideau.  


These Are The Damned est un condensé de ses obsessions. Une bande de blousons noirs, bizarrement menée par Oliver Reed en total look mod, tabasse un touriste d'âge mûr coupable d'avoir été un poil trop galant avec la jeune sœur du bad boy en chef. Le film date de 1962 et contient pas mal d'idées qu'on recroisera plus tard dans Les Enfants Des Damnés, Orange Mécanique et Mad Max. Sauf que Joseph Losey n'est pas du genre à se contenter de peu et qu'il profite de l'ambiance oppressante pour tracer un parallèle entre la violence de la rue et la violence d’État en conduisant le touriste et la jeunette, qui succombe fissa aux charmes de la maturité, dans une base militaire ultra secrète où se pratiquent d'ignobles expériences. Sur des enfants ! On se croit barré pour Graine de Violence, on se retrouve dans L'île du Docteur Moreau. Tout le monde meurt irradié, touriste, gonzesse et blousons noirs, pas de détail, seul survivent les sbires du gouvernement. Le message est clair, tu peux jouer au dur au coin de ta rue, mais t'éloignes pas trop loin de ton bac à sable car, à l'échelle des nations, tu restes un enfant de chœur.
Malgré tout, au delà de son sujet pour le moins anxiogène, These Are The Damned fait figure de bluette romantique dans la filmographie de Joseph Losey, on y respire le grand air du bord de mer et le réalisateur est allé jusqu'à donner un bref instant d'espoir pour l'humanité en laissant vivre, le temps de quelques scènes seulement, vous emballez pas, un personnage dépourvu de mauvais sentiment. Autant vous le dire de suite, il n'y a rien de tout ça dans Cérémonie Secrète

Cérémonie Secrète est un film austère, dans son histoire, dans sa conception, jusque dans son étirement dépourvu de rythme. Un film qui se délecte de n'user d'aucune séduction. Chaque ingrédient est nauséabond, la perversité et le cynisme sont maîtres, Robert Mitchum est affublé d'un bouc ignoble, d'un chapeau informe, Liz Taylor porte le poids d'une silhouette empâtée, Mia Farrow est détournée de sa virginale blondeur. Les stéréotypes de l'époque glissent sur la réalisation de Joseph Losey comme l'eau sur les plumes d'un canard. Pas de Pop music, d'ambiance patchouli, rien à foutre de Carnaby street, Joseph Losey fait dans l'étriqué, focalise sa loupe sur les névroses, se sert du décor comme d'un étau. Les couloirs de la demeure font oppression, les meubles, les parures, les oripeaux étouffent les mouvements, les souvenirs asphyxient les êtres. Cérémonie Secrète, c'est deux mensonges qui s'additionnent pour tenter de faire une réalité. Et ça fonctionne. Mal, mais presque. Jusqu'à l'inévitable grain de sable.


Écartelée dans son esprit égaré entre les inconciliables désirs qui lui sont portés, et qui occultent le sien, celui d'être aimée coûte que coûte, Mia Farrow culmine dans un rôle prototype de ceux qui feront la renommée d'Isabelle Adjani quelques petites années plus tard. Autour d'elle, deux ombres s'accommodent de sa folie pour justifier de vivre la leur. Deux sangsues se nourrissant d'une même source, persuadés que l'innocence de leur victime la tiendra dans l'ignorance des stratagèmes. De la même façon que l'on croit pouvoir agir sans conséquence devant le regard d'un être fragile. Parce que trop jeune, trop attardé, naïf ou encore méprisable de par sa condition. 


Liz Taylor est telle qu'elle est toujours, d'une impeccable justesse. Éteinte durant une large partie du film, son mensonge le lui impose, elle use de l'immensité de son talent pour nuancer la double personnalité de son rôle sans avoir à s’astreindre à une quelconque surenchère d'expressivité. Robert Mitchum est glauque, pesant, rampant, pas si éloigné du personnage qui fut le sien dans La Nuit du Chasseur. Tous ont la tête qui tourne, désorientés par ce qui leur tend les bras, mais ne leur appartient pas. 

Cérémonie Secrète est un ballet incestueux et mortifère que rien n'impose que l'on s'inflige. On en ressort assurément pas meilleur,  encore moins soulagé de quoi que ce soit. Il ressemble à ces heures d'ennui dans le décorum d'un aïeul quelconque que l'enfance nous oblige à vivre, ce ressentiment d'éternité qui éveille en nous l’irrépressible désir de fuir l'étouffant cocon de la dépendance. Cérémonie Secrète est la sentence infligée à ceux qui ont le malheur de rester figés entre la boite à musique et la poupée de porcelaine.


Hugo Spanky

vendredi 23 mars 2018

EL PeRFecTaMuNDo DeL ReVeReND WiLLie G.



Les Texans sont des gens différents, peut être pourraient-ils servir d'exemple. Ils ont les deux pieds dans la tradition, les idées bien arrêtées et pourtant ils sont pionniers et à la pointe dans des domaines aussi variés que l'électronique, l'informatique, le pétrole, la musique (Buddy Holly, Roy Orbison, Janis Joplin, Roky Erickson...), l'architecture, l’hôtellerie (l'arrière grand-père de Paris y a ouvert le premier Hilton de l'histoire), l'aérospatiale, la cuisine, les serial killers dégénérés (Massacre à la tronçonneuse n'est pas inspiré d'une histoire belge). Les texans font la chouille au Mexique, du business avec les Etats-Unis, mais ils restent profondément eux-mêmes, l'esprit dans l'hyper-espace, les bottes dans la boue du Rio Grande.

En usant de cette culture du patchwork, l'irrépressiblement funky Révérend Willie G. mondialement connu sous le nom de Billy Gibbons, figure en chef de ZZ Top et personnalité parmi les plus atypiques du rock, va bâtir un univers entre science fiction, bande dessinée, virées nocturnes et huile de moteur. Moderniste dans le milieu ultra réactionnaire du Blues, Billy Gibbons va permettre à un genre plus codifié que le Jazz de traverser les années 80 en tenant la dragée haute au Rock FM et en se montrant aussi créatif que l'Electro Hip Hop. Vous avouerez que c'était pas gagné d'avance.
Pour ce faire, Billy Gibbons ne s'est entouré ni d'Afrika Bambaataa, ni d'Arthur Baker, mais d'un jeune ingénieur du son texan au chômage, Linden Hudson, accro comme lui aux nouvelles technologies. En ce début des années 80, l'électronique infiltre la musique et permet d'obtenir, pour si peu que l'on soit doté d'imagination, des sonorités encore inexploitées. Et de l'imagination, Billy Gibbons n'en manque pas. Dès ses débuts avec The Moving Sidewalks, il aborde le Blues de façon verticale, avec ce désir ardent de l'envoyer faire un tour à travers les galaxies. Dans les premiers temps, cela se traduit par des compositions pleines de ruptures, d'entrelacs de riffs, de licks, d'effets sonores apposés sur une multitude de guitares superposées dans des mixages hallucinogènes dosés en laboratoire. Master of sparks sur l'album Tres Hombres de 1973 est la première pierre d'une vision hyperbolique qui ne va avoir de cesse de s'accroitre au fil des albums. Ambiance de maison hantée au sol louvoyant sous nos pas, esprits suffocants, Master of sparks se situe à l'extrême limite de la sanité mentale. Sombre histoire de white trash lancés à toute allure le long du bayou, sur la Highway 6. Le narrateur est enfermé dans une cage d'acier circulaire, il a rendez-vous avec son destin, devenir le maitre des étincelles ou mourir. Kidnappeur ou ami, sorcier désaxé ou vision d'acide, High class Slim propulse la cage depuis l'arrière du truck, les étincelles de l'acier heurtant le bitume illuminent la nuit lorsque la cage virevoltante dévale la route dans l'attente du verdict des esprits. Selon qu'elle tienne bon ou qu'elle se fracasse en même temps que les os se broient, ce sera, pour son occupant, la mort ou le titre suprême de Master of sparks. Sacrément cool, n'est ce pas ? Une façon de tuer l'ennui nocturne qui fait d'autant plus frissonner qu'elle est tirée d'un fait divers.



El Diablo et Snappy kakkie poursuivent l'aventure lysergique sur le faramineux Tejas, et font un pas de plus vers les constructions tarabiscotées qui vont aboutir à Degüello, le sommet de la première partie de la carrière du groupe. Celle où les audaces se font encore dans un cadre traditionnel, les seuls instruments supplémentaires apportés au trio de base sont une discrète section de cuivres (incarnée par le groupe lui-même), mais ZZ Top garde précieusement dans son ADN le gène psychédélique, ce goût pour l’expérimentation que les fans de Status Quo leur reprocheront sans cesse. C'est passer complétement à côté de la démarche du groupe que de vouloir le réduire à du boogie. Billy Gibbons en amateur d'art moderne qu'il est, a toujours cherché à prolonger la mutation du Blues, le rendre cubique, abstrait, expressionniste, certainement pas se contenter de l'interpréter fidèlement à un quelconque idiome.



Avec El Loco en 1981 le guitariste va faire franchir à son groupe un pas irréversible vers le futur, d'abord en renonçant à la bonne vieille technique de l'enregistrement live in studio, ensuite en incorporant des synthétiseurs au son du trio. Linden Hudson vient d'entrer en scène, il va servir de guide à Billy Gibbons avide de connaissances. El Loco est éclatant, frais, révolutionnaire, sans rien renier ZZ Top s'offre un impeccable lifting. L'album fourmille d'inventivité, Billy Gibbons et Linden Hudson ventilent l'impact boueux originel du groupe, dérégulent la routine. A une époque où le revival rockabilly des Stray Cats fait l'actualité, voila que trois barbus échappés des sixties se positionnent en savants fous et abordent le blues comme une jam avec les B52's. Chacune des chansons du disque est minutieusement construite, les breaks se succèdent, les gimmicks tiennent en haleine, les rythmiques se mouvent, tantôt tribales, tantôt mécaniques, les voix, plus maquillées qu'un hot rod volé, imposent des ambiances lugubres ou roublardes, amoureusement câlines, parfois abrasives comme du gros grain. El Loco, à l'image de Heaven, hell or Houston, est un immense délire qui injecte une dose massive de psychotropes dans le guacamole. C'est aussi l'album de ZZ Top vers lequel je reviens le plus régulièrement depuis sa parution.



Rendez-vous est pris après la tournée mondiale qui les voit faire escale en France avec Rose Tattoo en ouverture des concerts, Billy Gibbons veut aller plus loin. Frank Beard, le batteur du groupe, vient de s'offrir un home studio semi-pro dont il ne sait trop quoi foutre, qu'à cela ne tienne, Gibbons et Linden Hudson s'installent chez lui et squattent son Tascam 16 pistes. En ces temps analogiques, les gros studios professionnels ne sont guère adaptés à l'électronique naissante, leurs ingénieurs n'y sont pas formés et rien n'est réellement compatible, le Tascam par contre peut supporter tous les outrages, tous les traficotages hors normes. Le duo serre du cerveau, accumule boite à rythmes, synthétiseurs, sampler Fairlight, pendant des mois entiers, au grand dam de Frank Beard et de son épouse, quelque part dans la luxuriante banlieue de Houston, un guitariste et un ingénieur du son vont élaborer à tâtons, en échantillonnant des sons excentriques, en programmant des rythmes calés sur 120bpm, en imaginant des boucles, un des albums parmi les plus vendus et les plus marquants de l’histoire de la musique populaire. Mais ça ne va pas se faire d'un claquement de doigts.

Aussi finalisée soit-elle, la démo de Billy Gibbons et Lindsen Hudson ne correspond à aucun critère nécessaire pour la commercialisation. C'est à Memphis à l'Ardent Studio avec Terry Manning, ingénieur du son pour les poulains de Stax et Atlantic, de Sam & Dave à Led Zeppelin, que Billy Gibbons va doter les expérimentations d'un monumental volume sonique. Le résultat sera Eliminator, un album dont le triomphe va normaliser une nouvelle approche de l'enregistrement d'un disque de rock en appliquant des recettes qui jusque là étaient réservées à des artistes avant-gardistes. Pour dire les choses simplement, Eliminator est enregistré comme un disque de Prince, les basses sont synthétiques, le batteur est remplacé par une drum machine. Un pur disque de guitariste en somme, puisqu'au dessus de la machinerie toute la place est offerte à la déesse à six cordes, principalement une Dean Z équipée de micros Humbucker à double bobinage, un cauchemar de guitare constamment à la limite du feedback, se désaccordant sans cesse, mais néanmoins la seule de l’attirail de Gibbons a offrir le sustain requis.
Encore aujourd'hui, Eliminator fait débat. L'album est souvent décrié par les fans du groupe eux-même. Sauf que je défie quiconque de parvenir à réprimer un sourire de bien être sitôt que le diamant attaque Gimme all your lovin'.



Autour d'Eliminator, ZZ Top va bâtir une légende à base d'enchiladas, de mescal et téquila, de guitares Chiquita, de hot rods et de navette spatiale, de filles en jupes microscopiques aux talons vertigineux. Les stéréotypes historiques de la musique du Mississippi sont régénérés version custom et féminité triomphante. Tape à l’œil, racoleur, irrésistiblement séducteur Eliminator symbolise avec Born In The USA et Purple Rain une nouvelle race de disques d'où le souffle cardiaque est absent, l'interaction entre les musiciens est abandonnée au passé, puissance et efficacité remplacent chaleur et feeling. La danse mais pas la transe. Le défi est de propulser le rock dans une nouvelle dimension intersidérale, on en a fini d'entendre des batteurs sur les albums mainstream et pourtant le bonheur est là, Eliminator pue le funk, transpire d'une jovialité communicative. It's party time ! La nostalgie devra patienter encore avant de rafler la mise.



Dans la lancée, Warner Bros propose à Billy Gibbons de retravailler les anciennes productions du groupe pour leur édition en Compact Disc, alors nec-plus-ultra de l'évolution technologique. Billy Gibbons s'y colle avec le technicien suprême du mastering, Bob Ludwig, et confectionne le coffret Six Pack pour lequel il ré-enregistre carrément une partie des guitares, placarde une reverb' Spectorienne un peu partout et double des parties de batteries de Frank Beard avec une LinnDrum. La pilule a du mal à passer auprès des puristes, mais objectivement le résultat est fendard. Le premier album et son successeur Rio Grande Mud, à l'origine un brin datés, sont dynamisés (voire dynamités) par le coup de lustre. Ces mixages retouchés seront les seuls disponibles en format CD jusqu'aux rééditions de 2013 (2006 pour Tres Hombres et Fandango). Ce qui est finalement une façon intéressante de faire cohabiter vinyl et digital en utilisant les qualités intrinsèques de chacun d'eux.


Sans jamais tomber dans la surproduction, en prenant soin de sa réputation de groupe de scène, ZZ Top va dès lors traverser les âges sans trop souffrir de quoi que ce soit, sinon de quelques pépins de santé. Dusty Hill se colle une balle en plein bide en retirant ses bottes (cherchez pas, c'est des texans) et Billy Gibbons affronte un cancer qui les laisse hors du jeu pendant quelques rounds. En 2012, La Futura signe leur retour sur le devant de la scène, produit par Rick Rubin le disque affiche un impeccable dosage entre usages et novations, et si les premiers ont tendance à l'emporter ce n'est que partie remise. En 2015, Billy Gibbons sort son premier album solo en 50 ans de carrière, le brillantissime Perfectamundo et pour le coup, c'est culotte par dessus tête !

En fait d'album solo, le guitariste s'est entouré de plus de musiciens qu'il n'en avait eu depuis ses groupes pré-ZZ Top. Orgue Hammond, percussions à gaga et piano sont utilisés pour offrir à la guitare de l'élégant une affriolante ambiance afro-cubaine. 
Perfectamundo ne manqua pas d'irriter les tristes sires en affichant à son compteur plus de vocoder et d'auto tune que le top 10 de Fun Radio, ça surprend toujours, ça dérange, on chipote jusqu'à se rendre à l'évidence : on a tort et lui raison. La musique se doit de nous bousculer dans nos habitudes, nous affirmer sans détour que rien n'est figé et que rien ne doit l'être.
Avec Perfectamundo, Billy Gibbons et ses BFG's (pour Billy Frederick Gibbons) mitonnent à la Salsa Picante classiques (Got love if you want it, Treat her right, Baby please don't go) et compositions originales, et proposent un disque qui n'oublie jamais que la musique est aussi faite pour l'épanouissement du corps. Perfectamundo est une réjouissance pour accompagner l'éveil matinal, un impeccable coup de boost pour dérider une soirée. C'est un album que j'aurai adoré pouvoir partager avec mon frangin, le genre de galette qui n'aurait pas manqué de tourner en boucle dans les bistrots, avant l'ère des commémorations. Un disque comme tous devraient l'être, aventureux, fouteur de bordel, bruyant, irrespectueux, plein de vie et d'un goût douteux.

Hugo Spanky