mardi 19 janvier 2010

QUaND La SueUR senT L'aLCooL

Souvenirs de papier feuillets collés au sol dans la bière, d'odeur de mégots froids dans le cendrier, de tempes qui cognent au réveil.... 

  Le Pub-Rock, un putain de genre mort-né.

Coincé dans le temps entre deux cultures dominantes, le prog-rock poussif et le Punk, le Pub-Rock restera le grand oublié de l'histoire.
En enregistrant en une poignée de sessions Down by the jetty (paru en Mono en 1974!) et Malpractice en 75, Dr Feelgood résuscite le British sound des 60's.
Vous vous souvenez de Johnny Kidd and the Pirates, des premiers albums des Rolling Stones, Who, Kinks, de ces lps gavés de reprises de Blues, de Chuck Berry, de James Brown ? Vous y êtes.
Sauf que l'époque a changée, le ton s'est durcit, en lieu et place des donzelles hystériques de 16 ans de 1965 les salles sont bondées d'une faune mêlant vieux briscards de la première vague s'achevant à la gnole et toute une nouvelle génération dégoutée de la branlette de manches (parfois trois manches même) des virtuoses du pénible, et en quête de la vibration sonique tant vantée par leurs grands frères.
Lee Brilleaux au chant et à l'harmonica, Wilko Johnson à la guitare, traumatisé par Mick Green (un des Pirates de Johnny Kidd), John B.Sparks à la basse et The Big Figure à la batterie vont pendant trois ans mener le bal de Londres. Les quatre de Canvey Island connaissent leurs classiques sur le bout des doigts. Muddy Waters, Howlin' Wolf, Sonny Boy Williamson, John Lee Hooker, il n'y en a pas un qu'ils ne sachent envoyer à la face du Rocker.
                                                   

Superbement produit par l'inégalable Vic Maile, Down by the jetty et Malpractice sont les fondations du squatt Punk. Clash, Pistols, Damned ne feront que supprimer l'influence Blues (pour la remplacer dans certains cas par celle du Reggae) pour trouver leur son tout droit venu du Doctor malicieux.
Ces deux albums restent à ce jour la meilleure des choses à poser sur une platine pour décoincer la plus morose des soirées. Deux purs disques de fiesta. Le son est noir, dense, compact et en prime le groupe dispose d'une botte secrète: Wilko Johnson. Non content d'être le merveilleux guitariste que l'on se doit de connaitre, tout en retenu et riffs saillants, notre homme se révèle être un splendide compositeur. Les morceaux originaux sont dignes des reprises qu'ils cotoient. Et c'est rien de le dire: She does it right, The more I give, Roxette, I don't mind, Twenty yards behind, Keep it out of sight, Going back home, Don't let your daddy know, Because your mine, You shouldn't call the doctor et biensûr Back in the night sont d'inestimables perles de furie.


Drivé par la soif d'en découdre Doctor Feelgood va s'user la santé en tournant jusqu'à l'écœurement tandis que Wilko Johnson dilue son talent de compositeur dans sa petite cuillère en argent.  
Malpractice compte déjà plus de covers, Stupidity, un live d'anthologie, précède Sneakin' suspicion, l'album de la discorde. Wilko est à sec, refuse de faire appelle à d'autres compositeurs et c'est l'enregistrement du Lucky Seven offert par Lew Lewis qui met le feu au poudre.
Pour l'anecdote Lew Lewis était alors l'harmoniciste attitré de la scène anglaise, il finira par atterrir en prison après avoir, dans une intense période de dèche, braquer la poste de son quartier avant de se rendre au pub d'en face !
Bref, comme le dira Wilko Johnson plus tard: "Doctor Feelgood c'etait trois alcooliques et un camé. J'ai dû partir".

Lee Brilleaux continuera à sillonner la planète, s'octroyant un circuit à coup de concerts toujours incendiaires. Il saura toujours, au fil des changements de musiciens, composer son groupe de gars de talents et leur insuffler son énergie. Des dizaines de bons disques en témoignent, captés live ou en studio, Be seeing you, As it happens, On the job, Let it roll, l'excellent et speedé A case of shakes, Doctor orders ou Mad man blues notamment.

J'ai eu l'occasion de voir le groupe chaque année à Toulouse, au Bikini, des 80's à la mort de Lee Brilleaux le 7 Avril 1994 et chaque fois la même présence, la même force intacte émanait de l'homme. Lee Brilleaux avait pour habitude de se caler à l'extrémité du bar, sirotant ses cognacs en tirant sur d'affreuses Rothman. Il écoutait son groupe attaquer l'intro du concert avant d'enjamber la scène pour les rejoindre.
Regard halluciné, yeux exorbités, engoncé dans son costard, sa flasque à alcool dans la poche revolver, une éternelle clope à la main, possédé qu'il était Lee Brilleaux restera toujours un incroyable showman à l'ancienne doté d'une voix reconnaissable entre mille. Une grande voix du Rock qui s'éteint d'un cancer dans l'indifférence générale le même jour que l'ultra médiatisé Kurt Cobain. Tout un symbole. 

Wilko Johnson, lui, formera les Solid Senders sans que quiconque s'en aperçoivent et zonera dans le milieu junk de Londres avec ses potes J.J Burnel et Hugh Cornwell des Stranglers. Œuvrant un moment aux côtés de Ian Dury et ses Blockheads ou enregistrant avec Johnny Thunders pour l'album Que Sera Sera, notre homme Wilko poursuit une carrière chaotique toute à son image.

Autre lien entre le Pub-Rock et le Punk, Joe Strummer, alors leader des 101ers, accélère encore un peu plus le tempo avant de plaquer son groupe pour rejoindre le Clash.

Entre temps Eddie and the Hot Rods aura fait causer la poudre. Avec, là encore, deux albums fantastiques ajoutant l'influence mods au Pub-Rock de Feelgood.





Teenage depression (avec une reprise du Shake de Sam Cooke) puis Life on the line sont deux indispensables sommets de violence. Le groupe tentera l'aventure américaine (où le mouvement est incarné par les Fleshtones et initié par les premiers et merveilleux albums du J.Geils Band et de Southside Johnny and the Asbury Jukes groupe drivé par l'inépuisable "Little" Steven Van Zandt) en arrondissant la brutalité inouïe de son son avec l'album Fish'n'chips. L'échec de leur tentative et l'émergence du Punk fera d'eux une série B de l'histoire.
Barrie Masters, leur chanteur, rejoindra une autre formation, les Inmates lorsque ceux çi perdront, pour un temps seulement, leur frontman en chef, Bill Hurley.





Bien qu'auteurs de Shot in the dark l'un des meilleurs Lps du genre (produit par Vic Maile en 1980) les Inmates restent globalement moins passionnants que leurs concurrents. Un chouïa plus pop, le groupe de Peter Gunn, par ailleurs excellent compositeur, maintiendra toutefois la tradition à flots durant de longues années. Les Inmates resteront particulièrement connu en France pour leur album de reprises des Beatles à la façon des Stones produit par le journal Libération.
Graham Parker, toujours en Angleterre, est lui aussi une figure forte du Pub-Rock. Entouré par The Rumour (avec John "Irish" Earl au sax), le chanteur compositeur enregistrera à partir de 76 une poignée d'excellents albums teinté de rhythm'n'blues efficaces parmi lesquels Howlin' wind, Heat treatment, Squeezing out sparks et mon favori Stick to me. Par la suite il tentera à son tour la percée aux states à coup de disques rappelant parfois le meilleur du Springsteen des débuts, là encore l'indifférence sera la seule réponse d'amer-loques nourrit au rock FM bas du front.




Barrence Whitfield and the savages, de Boston, furent la dernière incarnation du genre enregistrant entre 1987 et 1990 quatre albums alliant l'hystérie de Little Richard à la puissance d'exécution des meilleurs formations du genre. Le live Emulsified (un sommet de furie rock'n'roll) puis un Let's lose it parfait, sortit sur New Rose, donne encore un aperçu probant de ce que le bonhomme pouvait envoyer sur scène. Un concert au Bikini en 90 me donna l'occasion de vérifier leur réputation, l'enchainement des trois premiers morceaux du set créa un début d'émeute dans le public tant la charge était héroïque ! Barrence Whitfield en fut bon pour un laïus apaisant et une ballade soul afin de calmer les esprits...avant de réattaquer plein pot ! 
Fantastique concert !
Once again le succès brilla par son absence.
   
                                               
Le Pub-Rock disparaîtra du haut de l'affiche tandis que la musique de masse devint plus insipide que jamais. Son authenticité rugueuse et sa gouaille populaire échappant aux chapelles du Rock actuel. Dernier mouvement sans hype, il aura manqué au Pub-Rock une image, un flamboyant leader poético-mes-couilles s'overdosant dans sa mièvrerie, une accroche à vendre. Il lui aura manqué l'ambition de faire des "chefs d’œuvres", celle de briller de mille paillettes sous les néons de l'industrie. Le Pub-Rock sera resté un genre gras du cheveux, imbibé d'alcool et de passion.
Exactement ce qui fait son charme.


 Hugo Spanky

2 commentaires:

  1. Bien vu....Même si je ne suis pas d'accord avec la rapidité du traitement des Inmates....Et pour cause....

    Si je peux me permettre, il manque Dave Edmunds, voir Nick Lowe et Nine Below Zero. De sacrés gars....

    Francis
    www.theinmates.fr

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  2. Bonjour et merci
    Et les Ducks Deluxe?
    Ce serait sympa de ne pas les oublier!
    En tout cas, l'article est bien cool
    Captain Storm

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