samedi 5 mars 2016

C'eST aRRiVé PRèS De cHeZ VoUS


Les matinées se suivent mais ne se ressemblent pas. Lundi, les ennuis commencent dès l'ouverture de ma boite à lettres, par une missive du trésor public me sommant de régler une amende, coupable, que je suis, d'avoir osé dépasser la vitesse autorisée. 
Le lendemain, bien mieux gâté par le sort, Les Ennuis Commencent prennent la forme de deux galettes de ma matière favorite, la wax, glissées dans un colis venu se caler dans la chaleur toute relative de mon hall d'entrée, royaume des courants d'air.

J'avais déjà en son temps eu l'occasion d'écouter le 1er des deux disques, Superfriends, un E.P 25cm de 2010, et je n'y étais pas revenu plus que ça. Non pas qu'il soit mauvais, loin de là, ce EP au look Big Beat se classe même plutôt dans le haut du panier. Par sa production d'abord, incisive comme un taquet dans les gencives, et aussi par la haute tenue de ses compositions. Une constante chez Les Ennuis Commencent, cette capacité à écrire de vraies chansons avec de gros morceaux de mélodies dedans. Pas de fausse note non plus du côté des (4) reprises, avec en tête de gondole, agréablement assaisonné à la sauce T.Rex, plus que Rolling Stones, le Come on de Chuck Berry, ainsi qu'une touchante version de La belle saison des Dogs. Tout juste si le Suspicion d'Elvis, malgré toute la prudence d'approche, s'avère trop intouchable pour être dompté. Mais le geste est beau et la tournerie addictive.
Non, vraiment, si cet accrocheur et concis opus ne m'avait pas plus bouleversé que ça, c'est uniquement parce que parfois, on se croise plus qu'on ne se rencontre. 


L'histoire aurait pu en rester là, sauf que Les Ennuis Commencent, en plus d'avoir de la ressource, ont de la culture, et qu'avec leur nouvel album, Love-O-Rama, ils ont décidé de nous la faire partager pleinement. Je les en remercie en votre nom, vu qu'il va vous falloir encore attendre le délai de La Poste avant de pouvoir goûter à cette petite merveille.

Plus sensuel que son prédécesseur, Love-O-Rama s'épuise d'autant moins qu'il nous dévoile un éventail de charmes d'une richesse que je n'aurai pas soupçonné. Le disque des Ennuis Commencent fait montre d'une inventivité que je n'ai eu de cesse d'espérer, avec une invariable déception, de la part de bien plus illustres qu'eux. Croyez pas qu'Atomic Ben, frontman du groupe, m'a glissé un bakchich, je ne le connais que de l'avoir vu en concert. Aussi, je le dis sans entrave : Les Ennuis Commencent excellent là où s’effondrent Brian Setzer, Imelda May et toute la clique des revivalistes. 
En prenant le contre pieds des puristes, en s'autorisant toutes les audaces, le groupe efface les frontières des genres et, luxe suprême, nous propose d'écouter un disque qui ne rentre dans aucune niche.  Love-O-Rama est malin, parce que moderne, actuel, dynamique et racé. En plus d'être impérialement enregistré. Grâce à d'essentielles touches d'orgues, quelques délicats motifs d'accordéon, en s'appuyant sur des chœurs féminins, en utilisant les possibilités du studio avec un instinct mêlé d'intelligence, le groupe permet à sa musique de nous faire voyager autrement que dans la soute à bagages. 


Les originaux sont cette fois encore particulièrement chiadés, The french playboys motorcycle boys (auxquels je revendique l’appartenance))), Marwine Tagada (un instant-hit que les programmateurs radio seraient bien avisés de passer en boucle), When Elvis was the king, I ate my burger, Off the bunch, tous vous travaillent les méninges avec le même swing vicieux, plus que nerveux. C'est la grande intelligence du truc, laisser les coqs de basse-cour monter les watts, et au lieu de ça, attaquer directement au pelvis. Ma préférée du lot, Johnny's dead (remember me...putain faut absolument que je cause de Joe Meek, un de ces jours) fait preuve d'une telle inventivité avec son drive à l'orgue, qu'elle ne supporte, comme toutes les jolies filles bien balancées, aucune comparaison.  
L'aplomb qui les caractérise leur permet de réussir une impressionnante relecture hantée de 2000 light years from home qui, loin d'avoir le doigt sur la couture, apporte au morceau des Stones bien plus encore qu'il n'en contenait à l'origine. Ne vous privez pas de ça. Ne soyons pas de ceux, trop nombreux, presse en tête, qui à trop scruter au delà de la Manche, jusque sur l'autre rive de l'Atlantique, se privent par ignorance, ou pire par snobisme, d'un disque qui n'a rien à envier à la concurrence anglo-saxonne.

Je pourrais chercher des exemples et des contre-exemples, en faire des caisses. Sauf que Les Ennuis Commencent n'ont besoin d'aucun subterfuge pour briller. Ils s'inscrivent dans le prolongement d'une ancienne tradition, celle des groupes de maniaques compulsifs, pas des gars tombés du nid pour venir se faire une branlette sous les projos. Non. Ceux dont je parle sont, furent, ont été -bises à tous ceux qui ne sont plus là- de véritables passeurs de cultures. Pas le genre à enfoncer le sempiternel même clou. Des passionnés capables de cuisiner un gumbo avec des ingrédients aussi variés que la Pop new yorkaise ultra nerveuse de Sylvain Sylvain, les mélodies de Buddy Holly, la démence des accès de furie de Johnny Burnette, et les symptômes hallucinés des producteurs siphonnés. En France, cette honorable tradition puise sa source du côté des Dogs bien sur, mais aussi dans des formations restées dans l'ombre comme Jezebel-Rock, dont Les Ennuis Commencent, sur Love-O-Rama, reprennent le Teenage queen, et qu'il ne serait peut être pas idiot de redécouvrir. Leur héritage est maigre, mais doté d'un charme que le temps n'altère pas. Une poignée de singles et deux 25 cm - dont un avec Marc Police- parus sur Big Beat records au début des années 80 sont là pour en témoigner.



Et si, dorénavant, les villes manquent de salles pour accueillir les groupes, si elle est bien révolue l'époque où l'on déambulait, dans une même nuit toulousaine, des Trois petits Cochons au Roxy, du Speakeasy au Concombre Masqué, avant de s'achever au Pied, au Barafût ou au Bikini, il n'empêche qu'il fait bon de savoir que quelques acharnés tiennent le maquis jusque dans les provinces les plus reculées (non, j'ai pas dit que Decazeville est un bled paumé))). Que ce soit Methanol production d'Atomic Ben ou Bardi records, le label de Serge Fabre et du regretté Philippe Lombardi (on t'a envoyé du monde pour te tenir compagnie, t'as vu ?) qui défend Staretz, distribue Bruce Joyner, Tav Falco et une multitude d'autres, chacun d'eux avec peu d'armes, mais beaucoup de volonté, s'inscrit tête haute et en première ligne pour contribuer à faire avancer le schmilblick. 
Mais assez joué les régionalistes, je vais finir par en faire oublier que, loin d'être une assemblée de gloires locales, Les Ennuis Commencent ont bel et bien les compétences requises pour faire swinguer la casbah, valdinguer la morosité et afficher complet dans le cœur des bad boys, comme dans celui des Suzie Q. Ils ont la classe universelle, à vous de les mettre sur orbite.  

24 commentaires:

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    1. Hardos Tazieff, je compte sur toi pour faire circuler l'info.
      Ils tournent beaucoup, regarde bien, ils doivent forcément passer près de chez toi.

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  2. Bonne pioche. J'ai envoyé quelques liens (live, extraits d'album; etc.) des Ennuis Commencent à un pote qui a ouvert un vrai club rock'n'roll à Genève. J'aimerais les voir sur scène.
    La reprise du titre des Dogs a de l'allure.
    A+

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    1. Merci pour eux, tu ne seras pas déçu et ton pote non plus, ces gars là savent tenir une scène en plus d'être impeccable sur disque.

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  3. Quel admirable art de rebondir de chronique en chronique, cher Spanky Man.
    Alors que dans ton papier précédent tu te plaignais du manque de consistance et d'audace de la production discographique actuelle, BOOM !, tu nous dégotes un putain de gang qui refout du carburant dans le système et donne une furieuse envie de se poster au premier rang lors de l'un de leur raout de débauche musicale.
    Ces gonzes là m'ont soufflé, il est évident qu'ils ont écouté et écoutent encore tous les artistes du rock'n'roll originel qui nous tiennent à cœur (Burnette, Presley, Gene Vincent,Bo Diddley, Duane Eddy, Link Wray, etc.) et leurs descendants directs (The Cramps, Stray Cats, Johnny Thunders, The Blasters).
    Mais là où certains - bien trop nombreux de nos jours - se contentent de servir cette musique de manière réchauffée sans en retrouver toute la sève et l'allant d'antan, ils insufflent quant à eux énergie et production sonore de cadors.
    Et la qualité de leurs compositions est tout simplement bluffante, c'est ahurissant à quel point une partie de leur répertoire semble être des inédits issus tout droit de nos albums de chevet (tels le Copycats de Thunders & Palladin ou encore les premiers Sylvain Sylvain) et, c'est là que réside leur tour de force et tout leur talent, sans pour autant sonner passéiste.
    Bien évidemment ils s'adonnent également à l'art délicat de la reprise et ce n'est pas en dilettante qu'ils l'abordent mais au contraire avec la volonté d'en démordre et de proposer de redécouvrir des merveilles oubliées (à ce titre leur version transcendante de La belle saison des Dogs est un joyau pas moins).
    Bref, on sent que ces gars là ont du métier derrière eux, qu'ils ont bouffés de la vache enragée et des kilomètres pour imposer leur musique dans toutes les scènes les plus improbables et qu'ils ont dû se faire tout seul à la force du poignée sans compter sur l'aide d'une maison de disques établie ou d'une émission de radio crochet débile.
    Ce gang joue serré, le contrebassiste fait palpiter ces cordes comme si ces jours en dépendaient, le lead guitariste tresse de entrelacs de riffs aussi mélodiques qu'incisifs à même de faire remuer le plus lourd des popotins, le batteur frappe ses toms avec la fluidité et la grâce des plus affutés et le chanteur a beau être de notre Sud chéri il touche largement sa bille en langue anglaise et sait mieux que bien assurer une rythmique d'enfer avec sa gratte agile.
    Retenez bien leur, Les Ennuis Commencent, et croyez-moi sur parole des ennuis comme ça on veut bien en avoir jusqu'au restant de nos jours.

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    1. Mazette ! Quoi dire de plus ? Confirmer que, oui, ils sont pile ce que j'appelais de mes vœux le coup d'avant, les deux pieds dans la tradition et suffisamment bons pour ne pas en être prisonniers.
      Le prochain papier sur eux, il est pour toi.))

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  4. Imelda May suis d'accord. Mais Setzer non. Il se fait plaisir avec son Big Band foutez-lui la paix ! ;)
    Ben moi aussi j'ai été sur le cul en écoutant ces Ennuis. Plus qu'avec le dernier Iggy Pop qui du coup ressemble à une pub pour Monsieur de Fursac. J'ai été frappée le son en fait, la fraicheur et surtout, c'est bizarre de dire ça, mais on dirait pas un groupe français tellement que c'est parfaitement évident ;)) Mais ce qui me donne du fait cette drôle de sensation que ces gars là pourraient tout aussi bien jouer dans un camping que dans une grange entourés de vieux bikers. Et puis je le dis haut et fort : c'est une musique de fille. C'est génial !!
    P.S : ça fait bizarre de dire du bien, on y était plus habitué ;))

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    1. C'est sûr que rayon fraîcheur, Iggy Pop on fait mieux ))))) Brian, je dirais rien, c'est ma tête de turc préférée, tu le sais. Mais je l'aime bien quand même. Mais si. Plus qu'Imelda May en tout cas.))

      Une tournée des campings, ça serait pas un concept si con que ça. Faut creuser là, y a du potentiel. Moi, j'y crois. Réhabilitons le podium RTL sur les plages !

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    2. Ahah! J'ai vu ce groupe dans un camping l'été dernier (octon,34), belle découverte!

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    3. L'album des Ennuis Commencent a droit une très bonne critique dans le Rock&Folk* d'avril, ce qui est tout-à-fait mérité. J'espère qu'ils vont obtenir un retour conséquent sur les albums et les concerts.
      Concernant Imelda, j'aimerais la voir sur une scène avant de trancher. J'ai acheté l'album sorti il y a deux ans env., mais je ne l'écoute pas. Pour le brillant Setzer, je partage ton avis. Il n'a rien à prouver et s'offre du bon temps. C'est légitime. (Quant au nouvel Iggy Pop avec Josh Homme et les autres, il est ennuyeux, ce qui peut arriver de pire à un rocker !)

      * C'est le seul canard de rock que je lis encore régulièrement. Ma compagne me dit que c'est le "Elle" des vieux rockers, pas faux. Malheureusement, ils n'offrent plus de CD de nouveautés compilés par Vincent Palmer car les droits d'auteurs exigés par les sociétés civiles chargées de les prélever s'élevaient à plus de 27'000 euros (pour un CD) !!!

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  5. Et tu nous caches qu'en plus ils maîtrisent l'Espingo !!
    C'est pourtant un atout non négligeable ...

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    1. J'ai eu peur que ça fasse trop. )))) T'as écouté sur Spotify ? C'est pas mal ce système de lien, j'avais encore jamais fait. Je comptais sur Devant Hantoss pour me dire comment mettre un lecteur mp3 sur le blog mais vu qu'il doit encore être en vacances...

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    2. Non, je me suis pas inscrit sur Spotify mais ils ont des morceaux sur Bandcamp.
      C'est pas mal Bandcamp. C'est moins fourni que Spotify j'imagine mais des fois les y mecs postent des trucs qu'ils mettent pas sur leurs disque et qui sont pas forcément mauvais ...
      Marius s'en sert pas mal, c'est chez lui que j'ai découvert ça.

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    3. Je les ai pas trouvé sur Bandcamp, t'es sûr que c'est les bons que t'as écouté ? T'es peut être tombé sur Loquillo y los trogloditas. Et du coup, tout s'explique )))

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    4. Chuis trop con, c'est pas Bandcamp c'est Soundcloud ...

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    5. Tache quand même d'écouter Love-O-Rama, c'est des vieux morceaux sur soundcloud. Ils ont bien progressé en cours de route.

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  6. Eloges cent fois mérités pour ces infatiguables rockers aveyronnais!

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    1. Faut les faire naturaliser toulousains ))))

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  7. Bon, j'ai fait mon job pour le Zippy. mais là, le SPOTIFY, je me passe les tit jeune.. C'est bien simple, d'abord j'alerte "ma" planète et ensuite je reviens baver tout le bien que je pense (Reste que le Brian entre dans la Guitar Legend quoi qu'on en dise aujourd'hui, c'est trop tard, il est immortel, lui aussi)

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  8. Bon, je pense que nous allons devoir faire du bruit pour faire venir des oreilles vers ces chouettes petits gars. Franchement je prends du gros plaisir pour chacun des titres, me fait penser à ce plaisir à ma découverte des Mano Negra dans un autre registre, bien entendu, hoo la la la, je compare juste deux groupes français qui se sont appropriés un genre venu d'ailleurs.
    Ensuite
    J'ai lu: Stray Cats, Cramps (et Iggy Pop!!). C'est que je les ai pris en pleine tronche dans une période où l'on n'y croyait plus trop. Le Punk Rock basculait gentiment vers le Punk Pop (Stranglers, Boomtown Rats, Magazine, Buzzcocks) pour ensuite gommer le mot punk. Je n'ai rien eu contre, j'y ai trouvé mon compte.
    Mais à l'arrivée des Stray Cats et surtout des Cramps, j'ai retrouvé ce goût pour le rock fou dingue. Tu trouves sur le net des Cramps et leur SurfBird et tu trembles, il te vient des furiosités à alimenter à coup de boisson, de boutoir de... tout ce que l'on veut;
    OK, on se racontait des histoires, on se repassait des vieux Stooges.
    Tout ce baratin pour dire, sans regret, mais dire qu'on les attend les "Ennuis"!! Qu'on ne les entend pas vraiment.
    mais je veux finir sur ce que tu racontes bien: les chansons sont toutes ciselées, le même soin à chacune d'entre elle que celui que les Madness apporte à leur musique. Si si... Tiens, on ne discute pas, on écoute un titre de "Oui Oui.." "Never Knew Your Name" 2012!! Quand j'ai écouté ce titre je me suis remis à rattraper ce groupe qui - peut-être - comme je le souhaite aux "Les Ennuis.." tiennent le cap, le cap pop/rock un peu tout.
    Voilà j'ai casé le titre que je souhaite moi aussi pousser.

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    1. Madness, on en causait justement avec Atomic Ben, rapport au papier de 7red (quelque part ici même). C'est vrai que c'est bien branlé, que c'est joli à voir comment ça tient debout. Sauf que, bon, la Pop anglaise à partir des années 80/90, j'ai du mal. Dès qu'ils ont remplacé les riffs du glam par des tentatives de funk, j'ai abandonné. Des anglais avec du groove, c'est plus rare que des roumaines sexy. Autant ils ont été bons dans les 60's et la 1ere moitié des 70's autant après....c'est maigre. Et encore, ils ont eu du bol d'avoir Mick Jones.
      Mais bref. Chacun ses obsessions. Et tu as raison, Les Ennuis Commencent c'est chiadé, ciselé, frais, énergique et faut le faire savoir.

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    2. Ce qui est marrant c'est d'avoir lu après l'article "Ghost" qui tombe à pic pour dire que bon, c'est bien "Les Ennuis.." mais il ne faut pas se raconter d'histoire. Si on tient à comparer avec leurs aînés ... forcément, on fonce vers une déception.
      Donc, si on y a pris du plaisir, faut prendre.
      Est ce que je me refuse un chouette Merlot sous prétexte u'il y a des grands crus (que je ne peux pas me payer, mais ça c'est autre chose, c'est juste pour la métaphore)

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    3. Suis d'accord avec toi, c'est pas les Bee Gees non plus hein ! Mais quand c'est bon et bien fait, faut pas bouder son plaisir ;))

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