mercredi 25 juin 2014

La ReNGaiNe D'OMaHa BeaCH


Qu’elles semblent vaines les commémorations menées par un président même pas fichu de porter un costard avec élégance, incapable de se tenir en affichant l’honneur de la nation, entouré d’un ramassis d’anciens soixante-huitard qui se ramènent pour la photo en hommage à un évènement qu’ils ont conchiés, il y a quarante ans de ça. Bande de cons, complexés de la patrie. Jamais, peut être, il n’aura été aussi primordial de connaître l’Histoire, celle qui fait que les choses sont comme elles sont, celle qui les expliquent  aussi. L’Histoire est un vaccin contre les erreurs du passé, elle démontre par l’exemple ce que les Hommes peuvent faire de pire comme de meilleur. Comme lorsqu’ils payent leur dette, et que viennent en Normandie les Américains, comme étaient venus les Français, Lafayette en tête, quelques siècles plus tôt, pour leur offrir leur indépendance (et niquer les Anglais, ce qu’on a toujours eu le bon goût de faire à la moindre occasion). Entre désarroi et incompréhension, entre respect pour ces ricains venus s'écrouler dans le sable, et la farouche volonté de ne jamais oublier que cette nation rayonnante s’est bâtie dans le sang, alors qu’on l’aurait rêvé différente des autres, 7red exprime notre époque qui ne retient plus rien, de peur de s’encombrer de l’essentiel au détriment du futile.


H. DaY

Habiter la Normandie propose quelques trucs pas dégueu, les pommes, excellent pour le cholestérol, une météo sans grande surprise, 360 jours de pluie par an, les aut’ y fait gris et tout plein d’pages d’histoires, les vikings, les angliches, les alliés. Sous la plage, du résiné !!

Voilà plus d’une vingtaine de jours que les yankees ont débarqués, ici et là tous les jours on croise des jeeps, des véhicules blindés et, quand même plus rarement, telle une nuée de chenilles processionnaires, une colonne de tanks Sherman. « C’est pas ma marque préféré !» aurait dit l’ami fritz.


Ça va êt ça tout l’été, comme d’hab, mais cette année plus encore. Et ouais, sont joyeus’ment fêtés tous ces braves ti gars venus se faire casser la gueule sur la côte normande il y a 70 ans. En fait y’a pas trop un arbre qui n’ait pas pris son lot de mitraille, un champ qui n’ait été labouré au 88 ou 75 millimètre, pratiquement pas un endroit où un type, quelque soit son uniforme n’ait laissé un peu d’son sang.


 
Toute cette tranche d’histoire, pour êt’ honnête, j’m’en bats un peu les noix, et ce depuis tout p’tit. La guerre, j’l’ai vécu par procuration avec des parents qu’en étaient encore un gros peu traumatisés et le débarquement, la libération n’ont jamais été pour moi que des films, Hollywood style, un peu longs, donc parfaits pour ma digestion et mon clucage de paupières.




Les yankees, j’ai jamais été fan, d’abord y z’ont flingués les Indiens et j’ai toujours aimé les Indiens. Du coup, même coté musique, pour moi les s’tat zunis, ça se limite au Rock’n’Roll des 50’s, la Soul des 60’s, le premier Ramones et le Hip Hop fin des 70’s. Je sais, pour un pays aussi massif l’en reste pas grand chose. « Faut expliquer, m’sieur l’juge, que mon client a grandi devant une carte du monde où c’qu’entre le Canada et le Mexique y’avait un peu rien». Délicatement, l’océan Atlantique se combinait au Pacifique, et c’était très bien comme ça.

Tout c’pataquès sur le brave G.I. venu se faire crever sur une plage normande au p’tit matin, comme tout l’monde j’le connais, le respecte mais c’est bien la première fois que je me pose quelques questions d’ssus.



 
Comment vivaient ces mômes, à quoi est-c’qu’ils pensaient, qu’est-c’qu’ils aimaient ?
Que l’histoire leur ait dit d’aller libérer l’Europe, l’Asie des méchants pourquoi pas, mais en fait pourquoi y aller ?
Eux n’étaient ni sous les bombes ni sous l’occupation et, jusqu'à Walt Disney, qui partageaient en fait pas mal des idéaux de ces mêmes méchants pointés du doigt.


Bloqué à la maison, j’ai profité de cette journée du 6 juin dédiée aux commémorations du débarquement. Après tout, à passer trois mois au milieu de véhicules de guerre, de types paradant dans leur bel uniforme de G.I., parachutiste, marin & aviateur, allié, autant êt’ un peu au jus de l’histoire.
Ces mômes loin de chez eux depuis deux ans, entraînés, ballottés dans tous les sens pour, désolé pour le terme, finir sur la plage.
C’est cette image qui me fait mal, celle du gamin qui, des fois sans même êt’ sorti de la barge se fait faucher. Celle d’un aut’ qui a parcouru, avec son barda, déjà plus de 50 ou 100 mètres avant de s’effondrer sous les balles ou partir en lambeaux, fumé par une mine ou un obus.


De quoi était faite sa vie, qu’est-c’qu’il espérait, à quoi est c’qu’il croyait ?
Je débarque, quelques bizoux à d’accortes demoiselles, un ennemi qui bat vite fait en retraite, Captain America qui en deux s’maines arrive à Berlin, libère l’Europe et revient se faire couronné au pays ?
Que les balles ne peuvent pas blesser ou tuer un yankee ?
La vie aux s’tat zunis était elle si moche ou si dure qu’il en était préférable de venir se faire flinguer à l’aut’ bout du monde ?
Est c’qu’on leur inculque depuis tout p’tit cette image du super balèze qui arrive avec son calibre à la main, sauver l’ordre, la démocratie, la justice et éliminer tous les méchants ?

  
Quelques mètres sur une plage

Ça fait maint’nant plus d’vingt jours qu’on croise sur les routes, sur les places de village, un peu partout sur la cote des jeeps et des véhicules blindés, des types qui paradent dans leur uniforme, d’époque, grand libérateurs.
Feux d’artifices, bals populaires, nettoyage des cimetières, plaques commémoratives à la mémoire de…
Tous ces gars qui n’ont pu faire des fois que quelques mètres, libérer l’Europe de la connerie barbare, du fascisme, du nazisme.

Hate Day

Je ne me suis jamais trop posé de questions sur ce qui a poussé ces mômes à y aller. Je n’ai jamais trop eu la moindre belle, douce, respectueuse pensée pour ce qu’ils ont donnés mais aujourd’hui, où l’Europe et surtout le pays a voté, beaucoup trop en masse, pour l’extrême droite, je regarde différemment cette image. Quelques mètres sur une plage.


 7red 

vendredi 13 juin 2014

LaNa DeL ReY, uLTRa DouceuRS & LaNGouReuSes ViRuLeNCes


Lana Del Rey me complique la vie, je la voudrais naturelle et assumée, elle débarque trafiquée comme une voiture volée et incapable d'aligner deux mots sans dire une entourloupe. Je la voudrais estivale, colorée, fleurie, toute de légèreté habillée, elle se pose sur ma platine accompagnée de trois tonnes de blues et d'atmosphères à faire passer James Ellroy pour Le club des cinq. Je voudrais ne lui prêter aucune attention, j'y reviens sans cesse.

Oui, Lana Del Rey est une fille compliquée, la New-yorkaise, on le sent bien, peut nous claquer entre les doigts à tout moment. Elle vit en bordure de la réalité, dans un monde où les esprits troublés des idoles éternelles trouvent refuge dans son frêle corps de princesse Pop. Lana Del Rey est habitée, surpeuplée et terriblement seule à la fois. Lana Del Rey est customisée pour séduire et authentique, on lui reproche de n'être qu'illusion, elle est vision, la sienne, elle s'est inventée de toutes pièces pour mieux se ressembler. Je vous le dis, Lana Del Rey est une fille à problèmes.




Malgré tout, parce que l'élégance, la malice et le talent lui accorde le droit de faire ce qu'elle veut, j'étais sur les rangs pour choper une place pour son concert du mois prochain à la cité de Carcassonne, raté ! Et me voila avec ce nouvel album qui tourne en boucles alors que la matinée est rayonnante, m'en fous, la plage peut me chanter son chant des sirènes je ne sors pas de chez moi, ou alors seulement pour aller me faire arracher une dent. Parce que ce matin, je veux sentir la glaciale morsure, me laisser enrober par l'ambiance écorchée, détachée, je veux me faire plaquer par Lana, que ce soit contre un mur ou comme une merde. 



Ultraviolence, donc, deuxième album de la demoiselle, si on fait l'erreur d'ignorer ses enregistrements tendance Country hypnotique gravés avant mutation sous le pseudo de Lizzy Grant ou celui de May Jailer, est tout aussi addictif que ce Born to die qui me ravit depuis deux ans déjà. Ultraviolence est supérieur à ce qui le précède tout connement parce qu'il ne contient aucun temps mort et énormément de temps forts. Cruel world vous saisit d'emblée, oubliez le reste, plus rien d'autre n'existe, ce n'est pas aujourd'hui que vous ferez vos comptes. Guitare psychédélique, ambiance cradingue, mélodie lancinante, le décor est posé. Chaque titre est un ravissement,  Ultraviolence et son echo de wah wah, Brooklyn baby, la violence sous-jacente de West coast, parfait single avec son riff et son ooh baby ooh tout droit venu de Stevie Nicks. Le pigeonnant négligé de soie aux dentelles de fuzz du bien nommé Shades of cool, Money power glory et sa guitare qui s'arrache au dessus du flow des voix superposées. Pretty when I cry tout en beauté délicate, le bluesy et entêtant Sad girl, The other woman jazzy, cuivré. C'est pas sorcier (ou plutôt si) même parmi les dispensables bonus de l'édition DeLuxe se trouve un titre beau à vous faire croire en n'importe quoi, Black beauty.


Ultraviolence ne change pas la donne il la porte au pinacle, tout juste se distingue t-il par une plus grande présence des guitares. Et d'ailleurs, je me demande qui serait assez fou pour vouloir changer quoique ce soit à l'univers si unique de Lana Del Rey. Il est suffisamment rare de trouver ne serait-ce qu'un semblant d'originalité dans le formatage en règle des artistes actuels. Ultraviolence, ses battements de sourcils, ses ambiances en étau, ses pétales séchés qui virevoltent dans un ciel chargé en orages du mois d'Aout. Ultraviolence pour de bien douloureuses douceurs.



Lana Del Rey me complique la vie et j'en redemande. Derrière son masque froid, la beauté quasi impersonnelle de son visage, se cache la musique la plus humaine du moment. Celle qui vous touche au plus profond. Grand public et intime, destinée à un long règne, Lana est de ces stars que l'on ne voudrait que pour soi. 
Une complication de plus à porter au dossier.



Hugo Spanky


 Lana Del Ranx, clic 

mardi 10 juin 2014

SeNoRes y SeNoRaS, JaNe'S ADDicTioN


Les voies du désir empruntent des chemins sinueux, passer l’après midi de dimanche devant la tronche à Novac Djokovic m’a donné envie d’écouter Jane’s Addiction. De la même façon lorsque Led Zeppelin me vient à l’esprit c’est immanquablement Nothing's shocking qui trouve place sur la platine, rarement Houses of the holy.

Jane’s Addiction a su unir les facettes les plus extrêmes et opposées de ce que Los Angeles a pu apporter à la culture Rock, le culte de l’amour au même titre que celui du couteau dans le dos. 
Hippies chic, défoncés mais propres sur eux, glam et négligés à la fois, Jane’s Addiction c’est Janis Joplin en satin rose, Michelle Phillips nue à Venice. C’est aussi les regards troubles de Susan Atkins et Leslie Van Houten, le sang de Cielo drive, le fun du Sunset, la quiétude de Laurel Canyon, le smog de la pollution et les pipes à crack. Pigs in zen, your dream is dead.

Psychédélique mais rigoureuse, leur musique fait accepter les excès en les muselant au moindre débordement superflu, générosité et frustration s’alternent au sein d’une même chanson à l’image des salves bouillonnantes délivrées avec parcimonie, en spasmes hystériques, par la guitare de Dave Navarro. Il y a en cela quelque chose de Lou Reed chez eux, cette volonté de soumettre sans cesse l’auditeur au supplice de Tantale.
Ne croyez pas que je fais mon malin, c’est juste que je ne vois pas comment les définir autrement. D’autant que les règles sont floues avec Jane’s Addiction et qu’une chanson peut aussi prendre l’apparence d’une libération jouissive. La musique de Jane’s Addiction est semblable à l’océan qui borde leur ville, tantôt caresse, tantôt fougue, elle va et vient en vagues indissociables et contraires.


Pour faire des comparaisons plus à propos, Jane’s Addiction, d’un titre à l’autre, vous balade de la fluide volupté des Mama’s and Papa’s au tarabiscoté rigide de Talking Heads, du vaporeux des titres les plus atmosphériques du Velvet Underground à l’aspérité des riffs de Black Sabbath, sans jamais oublier de faire dégouliner une chantilly de wah wah Hendrixienne sur le space cake.  



Perry farrell, le Djokovic à paillettes, et Dave Navarro plantent les banderilles, illuminent d’incendies délicats le magma brut solidement édifié par l’efficacité des compositions et une rythmique qui doit beaucoup à Eric Avery, un bassiste dont l’absence fera cruellement défaut aux résurrections en cascades du groupe.





Je précise à ce state que mes envolées ne concernent que deux albums, le deuxième et le troisième, Nothing's shocking et Lo ritual de lo habitual, leurs deux chef d’œuvres. Les albums suivant seront des formalités de contrat usant avec malice de la formule établie, et le premier, le seul sur un label indépendant, est encore trop hésitant et ne vaut l’écoute que pour une merveilleuse reprise toute en fleurs fanées de Sympathy for the devil.

Nothing's shocking reste de loin mon préféré, démentiel alliage de puissance et de confiseries aux relents acides, c’est l’album d’Ocean size, Mountain song, de l’infernal Had a dad, celui qui voit le groupe rejoint par les cuivres de leurs potes Angelo Moore et Christopher Dowd de Fishbone pour un irrésistible Idiot rules aux contorsions raides, le disque de Pigs in zen et du merveilleuse Jane’s say, clin d’œil parfaitement maîtrisé aux mélodies mélancoliques du Velvet UndergroundStephanie says ou Ocean bien plus que White light/white heat. Là où la plupart des auto-proclamés enfants du Velvet ne font que geindre et intellectualiser, Jane’s Addiction fonctionne, comme son lointain modèle, à l’instinct.



Nothing's shocking date de 1988, une époque où les galettes novatrices, mais encore Rock, étaient aussi rares qu’un propos intelligent dans la bouche de Samir Nasri, tout ou presque n’était que gros son compressé pour satisfaire aux nouvelles normes imposé par le cd, ça cognait mais ça cognait mou, les basses surgonflées étaient sexy comme les lèvres au botox des vieilles gloires sur le retour. Tout était affaire de production, d’image, et si leur album nous épargnait les poncifs stéréotypés, pour ce qui est de l’image les Jane’s Addiction allaient en traumatiser quelques uns à commencer par moi. 



C’est en me ramassant le clip de Had a dad en travers de la tronche, alors que somnolant devant Les Enfants du Rock je n’espérais plus rien voir qui puisse m’empêcher de sombrer dans les bras de la tentatrice Morphée, que je devins en un clignement rapide de paupières accro à ce foutu morceau. Frénétique, ravageur, le riff vous chope à la gorge dès l’intro et jamais plus ne vous lâche. Et tandis que le bassiste martèle un vibrant hommage à Sweet leaf surgit un ridicule arlequin aux tresses passées à l’héné. Le gonze a une tête à coller des démangeaisons à la machine à baffes, sauf que derrière son micro, il n'en met pas une à côté. Bordel, un chanteur ! Lorsque une poignée de mesures plus tard Dave Navarro déverse ses licks sur sa gibson, la messe est dite, il me faut ce foutu disque.



En fait, je finirais par dénicher la cassette, le vinyle n’étant pas distribué en France (rengaine bien connue des habitués de ce blog) et c’est rien de dire que je vais l’user. Ted, just admit it va me faire des mois. Le morceau démarre en dub, basse sinueuse et angoissante (Black Sabbath encore et toujours) trois tonnes d’écho, puis il se tend sous les power chords de Dave Navarro jusqu’à atteindre son climax au rythme des sex is violent de Perry Farrell avant de se barrer en vrille dans des dimensions défiant la normalité. Travail d’orfèvre que ces 7 minutes en psychiatrie, aussitôt désamorcées par l’apparente légèreté de Standing in the shower...thinking et son drive à la guitare acoustique.


Je ne vais pas vous le détailler, tout l’album est construit ainsi, en embuscade, d’ailleurs ce qui suit est encore plus épatant, Summertime rolls, une tournerie psychédélique et dévariée comme on n’en avait plus entendu depuis que les punks avaient interdit à la musique de planer. Jane’s Addiction ouvre en grand la porte par laquelle vont s’engouffrer les Black Crowes une paire d’années plus tard, seule bouffée d’oxygène au moment de l’étouffoir grunge. A ce moment là, Jane’s Addiction aura déjà explosé en plein vol.


A la sortie de Lo ritual de lo habitual le groupe n’existe quasiment plus, dézingué par l'égo, la came et les sempiternels problème de répartition du fric. Pardonnez moi si je baille. A vrai dire, ça ne m’a pas bousculé qu’ils splittent, malgré tout son succès et la reconnaissance qu’il leur apporta, Lo ritual de lo habitual m’a laissé de marbre, le disque n’est qu’une redite gonflée à l’hélium de Nothing's shocking, les coups de massue remplaçant les mille et un charmes de son prédécesseur. Évidemment, il surpasse néanmoins à peu près tout ce que le Heavy Rock aventureux à pu proposer depuis.


La suite de l’histoire, c’est des montagnes de formations diverses, d’aller et retours des uns chez les autres, mais rien de craquant à se mettre sous la dent. Porno for Pyros de Perry Farrell manqua toujours de tranchant, son Satelitte Party ne sera qu’affaire de hype en manque de Jim Morrison, et de son côté Dave Navarro sera désolant d’inaptitude. Il n'y aura qu'Eric Avery et son Help wanted perché très haut pour combler les rares qui seront allés jusqu’à dénicher ce délectable ovni de 2008.

Reste ce disque à la pochette siamoise. Et c'est déjà énorme, enregistrer un disque de ce calibre, j’en connais qui en rêvent toujours malgré leur trente ans de carrière. 
Vous avez remarqué, j’avais presque tenu jusqu’au bout sans faire allusion aux Red Hot Chili Peppers...

Hugo Spanky

Ranx's Adiccion