lundi 24 juin 2013

PRiNcE


Parmi la poignée de musiciens à avoir gardé le goût de l'aventure sonique, Prince Rogers Nelson est sûrement celui qui fournit le plus en terme de quantité comme en terme de qualité. Ultra productif dès ses débuts, jamais il ne leva le pied. A tel point que pour le néophyte curieux de glisser sa paire d'esgourdes dans l'armada pourpre, l’œuvre peut de prime abord apparaître comme un joyeux foutoir. D'où l'idée d'y mettre un semblant de lumière, de tracer une carte.


Le premier écueil étant qu'en choisissant de n'en sélectionner que quatre parmi la grosse trentaine d'albums officiels délivrés depuis 1978, je prends l'assurance de m'exposer à une soudaine levée de boucliers de l'arrière-garde princière. Et il sera difficile de lui donner tort. Avec Prince, chacun à ses chouchous, ceux qui ont accompagné une histoire d'amour, ceux qui l'ont consolé. Notre homme a tellement occupé le terrain que rares sont les années qu'il n'a pas contribué à mettre en rythme, à charger de souvenirs. La seconde difficulté consiste à savoir de quel Prince parler, l'acharné du minimalisme ou l'adepte de la magnificence la plus fardée en colifichets ? Chanteur, compositeur, producteur, multi instrumentiste, guitariste en dette envers West Montgomery, Catfish Collins, Carlos Santana tout autant que Jimi Hendrix, les angles à partir desquels l'on peut aborder le travail de l'orfèvre sont légion. Faut-il se contenter d'évoquer les disques ou détailler les milles trouvailles mises en place pour que chacune de ses tournées apparaisse comme unique et homogène ? On n'est pas sorti de l'auberge.


Devant tant de tergiversations, je vous entends d'ici vous exclamer agacé « il doit bien exister un Best of, qu'on en finisse » et de fait il en existe au moins deux, The Hits vol.1 & 2. Et sacrément bien foutus avec ça. Les deux doubles albums regroupent la quintessence des singles et permettent de localiser facilement ce Peach aux effluves de Marc Bolan, ainsi que cette merveille de Nothing compares to U, captée live en duo avec Rosie Gaines et d'une si étourdissante beauté qu'elle défie toute notion d'équivalence.


Tout ça c'est bien joli sauf que Prince, s'il maîtrise mieux que quiconque le domaine du single imparable, du hit calibré, n'en demeure pas moins un artiste à album. Voire à double album. Donc, je me lance et tant pis si Milady regrette l'absence de Purple rain, si Arielle lève les yeux au ciel en découvrant ma sélection.


Pour commencer, pas besoin de remonter aux calendes grecques, Prince tient toujours la baraque, et son opus de 2009, Lotus Flower, peut servir de parfait sésame ouvre toi. Divisé en deux vinyls, il synthétise avec délectation la plupart des pistes suivies par le funk master. Le premier des deux disques est organique à souhait, habité d'une guitare Hendrixienne et d'un groove assassin, il se teinte de psychédélisme délicat autant que de force brute, et la reprise de Crimson and clover combinée à Wild thing est tout bonnement renversante. Le second disque, sous titré MPL Sound, s'acharne à retrouver la tendance électro de When doves cry, Kiss et tellement d'autres que les énumérer ne servirait à rien. C'est le Prince des origines, boite à rythme qui claque et guitare maigrelette, mais tranchante, celui qui déshabilla le Funk des 70's alors devenu symphonique pour mieux le ressusciter dans sa nudité virginale. Le Prince qui poussa à leurs limites, les préceptes de Rick James. Le Prince de Dirty mindVoyez comme ça tombe bien, Dirty mind est mon second choix. Épatant n'est-ce pas ?

Je ne vais pas vous en faire des tartines beurrées, que vous vous destiniez à posséder l'intégrale du Symbole d'Amour ou que vous soyez fermement décidé à n'en acquérir qu'une maigre poignée d'albums, celui là est indispensable, comme une clé à une serrure.
Dirty mind, c'est le disque fondateur, pour la première fois après deux essais loin d'être médiocres, Prince touche en plein dans le mille, éclabousse de paillettes parfois bien crades un monde formaté par l'ennui. Pochette provocatrice, Prince en slip, textes en adéquation, production minimaliste à faire passer les Cramps pour Phil Spector, compositions inouïes, qu'il tende vers le Rock avec When you were mine, vers l’Électro Hip Hop ou qu'il plante les talons aiguilles dans le Funk, ce disque est l'un des chef d’œuvres des années 80. L'album de Uptown, Head, Sister, Dirty mindDo it all night, When you were mine doit figurer dans toute collection comptant plus de cinq disques.




Bam, j’enchaîne en glisse dans le virage avec Sign O' the times. Je vais tacher de ne pas épuiser tous les superlatifs que mon éducation rudimentaire possède en mémoire vive, ce qui ne sera pas une mince affaire. Sign O the times, c'est la maturité. Arrivé à ce stade de sa carrière, après les films, les triomphes, les tournées mondiales, le Kid se positionne en grand Monsieur. Terminé les gimmicks, l'épate, la dextérité à tout va, au cours de ce second double album en à peine 5 ans, Prince se pose, joue sur les nuances, creuse son Funk jusqu'à atteindre le Jazz. Du pourpre criard on passe au doré profond. En bonus, les textes prennent sens, sa majesté se penche sur le monde, en relate les errements et ose morale envers les jeunes filles égarées, tout autant que spiritualité. Peut être pas le plus facile à assimiler, ce n'est pas une raison valable pour s'en dispenser.


Enfin, mon préféré à moi. Ce qui exclue toute justification. The Gold Experience.

Attention, flashback : même si c'est When you were mine qui m’agrippa l'oreille en premier, je n'ai commencé à réellement m'intéresser au bonhomme, cela n'a rien d'original, qu'à la sortie de Purple rain. Décelant chez lui matière à nourrir mes aspirations groovy durant de nombreuses années, je décidais de suivre son parcours au plus près. Grand bien m'en pris, il sera dans les années 90 l'un des rares dont je supporte la six cordes. Pour le reste, je n'écouterai en provenance du rayon nouveautés que du Hip Hop.
Pourtant les 90's furent longues pour Prince, et tumultueuses. Comme nombre de musicien ayant signé avec une maison de disques à la fin des 70's, il se retrouve « prisonnier » chez Warner records d'un contrat pas franchement favorable à sa personne, et ne rémunérant certainement pas à la hauteur méritée l'un des plus gros vendeur de la décennie passée. Ce sera le début d'une brouille qui parsema de confusion l’œuvre en cours, d'album bâclé (Chaos and disasters) pour précipiter la fin dudit contrat en Emancipation boulimique pour célébrer la liberté retrouvée, Prince finira par jouer avec le feu et perdre l'adhésion de ses plus volatiles fidèles. Du coup, il s'enfoncera un peu plus en ramant vers l'opportunisme mercantile avec un Rave un2 the joy fantastic à fuir comme la peste, avant de remettre ordre et bon sens dans Paisley park dès 2001 avec The Rainbow children.


The Gold Experience, paru en 1995, prouve que même au milieu de la tempête Prince est toujours capable de retrouver le cap et de briller avec plus de luminescence que quiconque. The Gold Experience, c'est l'équilibre parfait. Plus aventureux que Diamonds and Pearls -dont je m'étais lassé rapidement malgré son ton accrocheur- et plus personnel que Love Symbol (qui faillit bien se retrouver dans ma liste de 4) ce double album est aussi celui qui annonce au plus précis Lotus Flower. Même groove organique, même parfum d'Hendrix, et l'une des plus belle chanson d'un gars qui n'en fut jamais avare, the most beautiful girl in the world.
The Gold experience, c'est le disque de Prince par excellence, celui qui tourne en boucle des semaines durant dans l'auto radio de Milady.


Je n'ai pas de conclusion tonitruante à proposer, aussi je vais croiser les doigts, espérer avoir été suffisamment clair et vaquer aussi sec à renouveler mon plaisir en tournant la face du vinyl qui accompagne l'écriture de ce post. Vous devriez avoir une petite idée quant à savoir qui en est l'auteur. Aouuh !


Hugo Spanky

16 commentaires:

  1. OH MY GOD!!!! Tu ne pouvais pas me faire plus plaisir O(+>
    L'album Musicology est aussi excellent! comme graffiti Bridge, the Crystal ball,One nite alone, l'album jazzy avec le NPG : C-NOTE, Lovesexy,mais aussi Parade (en réf au super film Under The Cherry Moon"♥♥♥, The Gold experience est plus pop/New Jack, le morceau Dolphin est céleste...Et son rôle de pygmalion avec le trio 3rdeyegirl est royal!!!
    Un de ses derniers morceaux est un remix de 1982: Extraloveable (tu devrais l'aimer!)O(+>

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  2. ..et Controversy, et 1999, et j'avais bien aimé Come aussi, faudrait que je le réécoute mais de mémoire il y a avait quelques gros morceaux de basse dessus.
    Encore un ou deux com' comme ceux là et on aura de nouveau embrouillé tout le monde quant à savoir par quels albums commencer...:) Incorrigibles.
    Hugo

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    1. Après réécoute, je confirme, Come aurait très bien pu faire partie de ma sélection...Quel classe cet album.

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    2. Je viens de réécouter Come et c'est un album très "initiatique", les pistes sont toutes d'univers différents : Come, Space, Solo, Dark... mais résument l'être si particulier de notre Lord à tous: Prince...Oh et puis le bruit de la mer sur cet album...J'adore♥

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    3. Pareil et j'ai enchaîné sur Exodus. Olala celui là aussi, il fait mal.

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    4. Pour ma part, j'ai conservé trois albums du gazier "Sign o'the times", "Parade" (mon préféré également) et l'inévitable "Purple Rain" mais j'ai jamais vraiment accroché au bonhomme car j'ai toujours eu du mal avec les sons de synthés un peu pourrave qui parsèment une large partie de ses compostions.

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  3. Vous êtes trop pointus pour moi ! Peupeuwain peupeuwain... ♥

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    1. ...AïonliouanassiUeundeurnishnapeupeuwain....♥

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  4. Ayeonliwantoussiyoubassineinthepeupeuwain O(+> :DDD

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  5. personnellement je n'aurais pas fait un papier sur PRINCE,j'admire HUGO pour sa capacité à écrire sur des artistes ,ma foi dépassés ou inintéressant(cela n'engage que moi!)!!entre parenthèse JOE STRUMMER ressemble de plus en plus à FRANÇOIS BERLEAND ahhh!!!bises dja!

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    1. Mon pauvre Dja, soit il faut que tu arrêtes les omelettes aux champignons hallucinogènes soit il faut que tu t'y remettes!

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    2. Tu confonds pas avec Françoise Dorléac Dja ?

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  6. berleand l'acteur français,pauvre tache,bises!!!

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    1. Je trouvais ça marrant dans le domaine de l'absurde, mais en fait c'est plus sérieux que ça en à l'air. Je te retourne donc le pauvre tache

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  7. non Sylvie ce n'est pas à toi que je m'adressais mais au grunge,désolé que tu l'ai pris pour toi bises!!!

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    1. Hé oui ! Je me suis dit "pauvre tache" quand même c'est trop ! Mais en fait quelque part j'aurais du comprendre aussi ;))
      Mais comme dit Harry Max, tu devrais peut-être arrêter les champignons ������

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