vendredi 21 juin 2019

CoSMic FaRReLL



Alerté de son retour par un mail de Harry Max, il aura suffit de son passage chez Jimmy Fallon pour m'en convaincre ; Perry Farrell, outre qu'il demeure un showman passionnant à voir évoluer, connait un ascendant pic de créativité.
Non pas que le puissant Pirate punk politician qu'il interpréta avec éclat soit d'une originalité tombée des cieux, Jane's Addiction a maintes fois œuvré dans ce registre, n'empêche qu'il fait un parfait single. Accrocheur, inventif, dynamique. La recette ne changera jamais et ma réaction non plus, je redeviens instantanément cet être obsessionnellement impatient de prendre place au banquet des brigands pour dévorer l'album tout entier.


Kind Heaven est sans l'ombre d'un doute possible ce que le très troublé chanteur a proposé de meilleur depuis le split de la première incarnation de Jane's Addiction. Un festin auquel j'avais renoncé à espérer. Porno For Pyros, malgré ses philtres mirobolants, avait manqué d'éléments corrosifs au delà d'un premier album envoutant et ceux de la seconde formule de Jane's Addiction souffraient des maux de leur époque, productions oppressantes et rationalisme de masse. Le charme du groupe initial était de jongler avec l'auditeur, nous envoyer valser des vagues contorsionnées de l'océan jusqu'aux apnées lunaires de l'Himalaya, pas de nous coller une tonne de parpaings sur la couenne. Et voilà que Perry Farrell retrouve son savoir-faire, Kind Heaven est splendide de légèreté, à l'image du magnifique More than I could bear

Le disque est intelligemment construit, il capte l'attention, attise l'appétit, alterne avec impulsivité titres intemporels (Cheerfulness, Pirate punk politician, Snakes have many hips) ou dotés d'une féconde modernité (Machine girl, Spend the body, One) avec des splendeurs d'orfèvrerie aux arrangements ciselés (Where have you been all my life, More than I could bear, Let's all pray for this world). 
Il y a de la majesté, de l'élévation, des violons en contrepoints du piano de Mike Garson, des sonorités jaillissent, déchirent l'espace et s'évanouissent d'un même souffle météorique, tellement de bonnes choses. Perry Farrell a ce talent pour trouver l'intonation qui séduit, cette façon de laisser les mots en suspend. L'agencement des cordes signé par Harry Gregson-Williams, jusque là spécialisé dans les musiques de films, confère à l'ensemble une trame sous-jacente de toute beauté.  Jamais le disque ne s’appesantit. 
Kind Heaven permet à Tony Visconti de signer sa plus délicate production depuis la noblesse de l'ère T.Rex, l'enregistrement est tout simplement splendide de clarté. Perry Farrell a su tenir le format, l'album est court, les chansons également, cela crée un foisonnement d'idées dont il faut saisir l'envol et imaginer les courbes. Ce disque respire à plein poumons, pas de taux de compression imposé pour jouer des muscles sur les ondes.


Et si, enfin, l'air redevenait pur ? Et si le Rock acceptait de vivre sa mort avec plénitude ? Préférant à la course du temps, l'éternité suspendue. Maintenant qu'il est évident qu'il ne concerne plus les hit parades, maintenant qu'il n'a plus besoin de faire sa pute, de s'astiquer la carlingue pour tirer la bourre avec de plus jeunes, et finalement bien moins talentueux, que lui. Le moment est aux créations à forte personnalité. Ces dernières semaines ont vu sortir plus de disques audacieux et tranchés que l'année précédente toute entière n'en avait compté. Puisque se vendre à outrance n'est plus la finalité, les parfums redeviennent saveurs. Et si le marasme était l'ultime chance de voir éclore un nouvel âge d'or ?

Kind Heaven est un album cosmique, une prière pour que le monde et notre humanité cohabitent dans la sagesse, une invitation à la lévitation des corps, une confiserie pour l'esprit, un délice pour les sens.

Hugo Spanky


14 commentaires:

  1. Depuis mes 15 ans (en 73), on annonce son trépas mais le rock ne meurt pas : il se réinvente en retrouvant les essentiels. Son décès prématurément proclamé est chaque fois démenti par une nouvelle génération de furieux. Qu'il doive faire le dos rond un temps loin des hit parades est une excellente chose pour sa santé. Rien ne lui va mieux au teint qu'un passage un peu forcé dans l'underground loin du bling-bling et du jeunisme. A dans 10 ans ! ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si aucune génération de furieux ne venait nous péter les noix, je dois dire que ça ne serait pas pour me déplaire. Si c'est pour se fader du new grunge, du re-punk ou je ne sais quel autre revival à la con, j'aime autant qu'on en finisse avec les nouvelles vagues. Que le genre agonise en nous fourguant des soubresauts barbares, des orgies psychédéliques, que sonne l'heure des solitaires. Surtout plus jamais de phénomène de masse, c'est ce qui bousille tout, ça n'amène que la duplication stérile encore et encore du même disque sans que jamais la magie, souvent accidentelle, de la matrice originelle ne soit retrouvée.
      Je serais comblé avec 4 ou 5 disques par an, chacun dans une tonalité différente et si ils peuvent s'accompagner d'autant de concerts ça sera parfait. J'ai eu Gaahls Wyrd, voila Perry Farrell, j'attends la suite, j'ai tout mon temps, que ne soit servi à la table que le nectar.))))

      Supprimer
  2. Perry Farrell a toujours été un type passionnant; même sur les deux albums bancals de Porno For Pyros il y a de quoi égayer ses esgourdes avec des morceaux bien barrés mais accrocheurs - marque de fabrique du bonhomme - et sur son disque "solo" Rev, qui souffre d'une durée bien trop longue, ce précepte se répète avec, par exemple, le titre Shekina qui mélange harmonieusement expérimentation musicale, guitares électriques et acoustiques et envolées arabisantes.
    Ce type n'a pas son pareil pour concocter un enchevêtrement orchestral d'une complexité renversante qui sonne, lorsqu'il tape juste, pourtant comme une évidence.
    Pour s'en rendre compte, il vous suffit d'écouter son sous estimé album Perry Farrell's Satellite Party Ultra Playloaded (eh oui son autre péché mignon sont les titres à rallonge tordus) où il collabore avec Nuno Bettencourt (le guitariste d'Extreme; autre groupe étonnant à redécouvrir) pour un résultat en tout point enthousiasmant. Un mélange délirant de chansons tarabiscotées à la production néanmoins limpide qui côtoient de splendides ballades épurées aux arrangements de cordes parfaits (de son fait ou du déjà présent Harry Gregson-Williams).
    Quant à son nouvel opus, rien à ajouter à la chronique éclairante de sieur Spanky si ce n'est qu'effectivement il nous rafraichit les portugaises de sonorités exaltantes.
    S'il y a une chose à retenir de nos propos, c'est bien que Perry Farrell demeure à 60 ans un défricheur sonore de première bourre !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Absolument ! D'ailleurs je vais me réinjecter les Porno for pyros, ils sommeillent depuis trop longtemps. Bon, il faut reconnaître qu'il faisait un peu trop chauffer la pipe à crack à ce moment là et que ça avait tendance à pas toujours rendre service aux enregistrements. Alors que maintenant, il le dit lui-même sur le fantasmagorique Where have you been all my life, il ne fume qu’occasionnellement))) Et en plus il a trouvé celle avec qui le faire pour ne plus avoir de mauvais trip. Si ça c'est pas la plus belle chanson d'amour de l'année, je n'y comprends plus rien ))))

      Juste une chose, tu confonds Rev (qui est une compilation) et Song yet to be sung (qui est tout ce que tu en dis). C'est ça de s'envoyer l'intégrale de Perry le fada, ça te fait tournebouler les méninges )))

      Supprimer
  3. Me voici embarqué, convaincu. Les références déjà. Même si je n'ai jamais été 100% conquis par Jane's. Pas savoir pourquoi, il y a pas mal d'ingrédients qui me parlent et je devrai adhérer. Mais non, et tu notes tout l'intérêt de ce commentaire d'introduction?
    J'écoute un titre, ou deux, je suis content et je vais chercher autre chose.
    Perry Farrell part avec un avantage, en + des 3P, j'ai été "obligé" de l'acheter, ce qui change l'approche.
    "More Than I Could Bear" par exemple, me semble déjà moins foutraque que d'habitude
    C'est une impression, où il en met moins par titres, ça aide à suivre, ou bien je vais devoir me refaire les Janes'addiction?
    En tout cas, bravo les infuençatateurs!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne sais pas si il en met réellement moins, mais c'est mieux agencé. Visconti a fait un beau boulot, je ne cesse de le clamer ici même haut et fort : il faut absolument en revenir aux producteurs. Le home studio a donné trop de complaisance aux musiciens. Second point fort de l'album, les arrangements ne sont pas là pour camoufler des compositions faiblardes, ils subliment au contraire de véritables chansons.

      De Jane's Addiction, je suis principalement fana des trois premiers albums (du Live drogué initial à Ritual de lo habitual) avec une grosse préférence pour Nothing's Shocking (au point qu'il doit faire partie des 30 ou 40 albums de ma vie). Je peux concevoir qu'il faille peut être l'avoir aimé en son temps pour l'apprécier à sa juste valeur, mais quand même, difficile de l'amputer du moindre titre pour aller chercher autre chose ailleurs. Donc, tu devrais te refaire au moins celui là.

      Supprimer
  4. Une fois, deux fois en entier, envie de réentendre "Snakes Have Many Hips", "More Than I Could Bear" ou "Let's All Pray For This World", "Where Have You Been All My Life". Cafouilleux juste ce qu'il faut, comme pour laisser de la place à plusieurs écoutes et donc garder des surprises malgré plusieurs passages. Ça devrait bien remplir l'été.
    Vraiment chouette. Le bon carrefour, Rock, Pop, Dance avec remuage de tête.
    Une seule déception "One"... ben non, ce n'est pas une reprise de U2 Warf!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Let's all pray for this world est sublime, et One est devenue ma préférée depuis hier )))) Ça change tous les deux jours. La face A est enlevée, la B plus profonde, la construction est parfaite et la durée de l'ensemble ne donne qu'une envie, remettre le disque au début sitôt fini. Ça aussi c'est vraiment une bonne chose, le retour aux albums de 35/40 minutes. Le Rammstein, le Gaahls, celui ci, tous sont conçus selon le format vinyl et le niveau se relève illico. Trop de groupes ont souffert en voulant garnir un cd ras la gueule, résultat arrivé à la fin tu peux plus blairer le mec )))) Alors que là, tu crèves d'envie de le réécouter.

      Supprimer
  5. Je n'ai jamais écouté Jane's Addiction et je ne connais pas plus Perry Farrell...et je me demandais comment apprécier de nouveaux albums de groupes ou artistes cultes pour les générations précédentes ?... la nostalgie doit jouer un petit rôle, non?
    Je peux le voir par exemple pour certaines choses de ma génération (les groupes des 90s) qui peuvent laisser les plus jeunes de marbre.... :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je vois ce que tu veux dire. La nostalgie ne me rend pas plus tolérant lorsque des artistes que j'ai aimé hier sortent de la daube, j'ai même plutôt la dent dure envers ceux dont je sais qu'ils sont capables du meilleur et qui se contentent de nous servir de l'ordinaire. J'ai déjà fait un papier sur Jane's Addiction et il n'était pas particulièrement complaisant.

      Kind Heaven de Perry Farrell est un excellent album, vraiment. Ce pourrait être son premier que je dirais la même chose (je l'encenserais même encore plus, vu que pour un premier album il serait d'un niveau inespéré))) Et si je le compare à ce qu'il a enregistré par le passé, il reste parmi ce qu'il a fait de meilleur.

      Jane's Addiction et Porno For Pyros ont fait des albums souvent inégaux et pas toujours indispensables sauf si tu craques complétement sur l'univers de Perry Farrell, mais Nothing's Shocking reste un grand disque et le premier Porno For Pyros également. Je pense que ce sont deux disques à connaître, que perso je considère comme essentiels.

      Supprimer
  6. Tiens ! Tiens ! Voilà un garçon dont j'ignore tout… pourtant il me semble bien avoir entendu quelques chansons de Jane's Addiction !!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu sais ce qu'il te reste à faire. Une compil' de Perry Farrell à travers toutes ses incarnations !!

      Supprimer
  7. hé tu tombe des nues ? il m'agace çui là, de quoi y s'mèle ? je vais jeter une oreille mais quelque chose me dit que je serais plus convaincu par thuderpussy par exemple. des chansons des chansons des chansons, the reste is détail

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pourquoi s'emmerder à choisir ? Tu peux aimer Thunderpussy et Perry Farrell (et même Gaahls Wyrd). C'est pas si souvent qu'on peut se fournir en nouveautés. D'autant qu'ils sont pas si éloignés que ça l'un de l'autre, c'est énergique, glamour et dans le cas de Farrell un brin barré dans le cosmos. En fait, c'est très T.Rex période Tanx. Et niveau chansons, je l'ai peut être pas dit, c'est savamment troussé, des mélodies à tous les ponts, les couplets, les refrains. Tu connais rien de Perry Farrell ? C'est toujours bien foutu. Californie surf dope, cocktail gagnant.

      Supprimer