lundi 1 août 2016

sLY sToNe


Sly Stone aura réussi l'exploit en deux albums, seulement séparés d'une dépression nerveuse (ou d'une prise de conscience, ce qui est finalement la même chose), de sublimer ce que les sixties ont eu de meilleur, avant d'inventer le grand flip sous opiacés de la décennie suivante. Sly Stone est un axe.

Dans une main, Stand!, le meilleur album des Beatles, celui que Lennon rêvait d'enregistrer lorsqu'il se pointa à Abbey Road avec Come together et She's so heavy. Expressif, positivement revendicatif, lumineux et aéré, Stand! a la spontanéité d'un claquement de doigt. Il est, avec le premier Santana, le disque le plus symbolique de l'ère Woodstock dans ce qu'elle eut de plus essentiel. Certainement pas ce que l'on nous fourgue à chaque mercantile anniversaire. 
Woodstock fut explosif et contestataire, tout comme les années soixante ne furent ni dociles, ni résignées. Les 60's ont vu naître une volonté d'opposition, un de ces merveilleux moments d'Histoire qui font de l'humain le plus grand des mystères. Comment peut-on être capable d'une détermination à l'excellence autant que du médiocre le plus méprisable ?



Dans l'autre main, There's A Riot Goin' On, la prise de conscience que rien n'a marché comme espéré. La signification du vide sidéral sur lequel les idéaux utopiques du flower power ont débouché. L'accusé de réception du néant. Les années 70 seront celles des célébrations démesurées, du maquillage à outrance, celles des fards, des paillettes, des surcharges d'eye-liner, des déguisements. Fuir la réalité. La nudité n'a plus sa place, de même que la vérité. On sait désormais qu'une vérité énoncée est une vérité sitôt détournée, utilisée pour mieux nourrir le mensonge. Du Glam au Punk en passant par le Hard Rock, de David Bowie aux Sex Pistols en passant par Kiss, tous porteront masques. C'est ce que dénonce avec insolence l’œuvre au noir de Sly Stone. Le zéro minute, zéro seconde du morceau-titre, comme la lente agonie qui le précède et lui succède. Les poses remplacent le mouvement. Ce n'est même pas que c'est la fin, mon bel ami, c'est l'aube de l'abandon.

A l'origine Sly Stone est un DJ de radio. L'un des plus courus de San Francisco. Il est celui qui parle sur la musique, qui en décode le message, qui transmet le cœur de l'information. Celui qui fait tourner le métaphorique joint. Lorsqu'il se mit à enregistrer sa propre musique, il conserva le même rôle. Everybody is a star. La même énergique désinvolture dans la wax que sur les ondes, le même enthousiasme communicatif, celui qui séduisit le public de I want to take you higher. Le drame de Sly Stone fut de n'avoir pas su travestir son propos. Quand du multicolore célébratif de Stand!, il passa au rictus sombre de There's A Riot Goin' On, il énonça une vérité trop encombrante pour un business de la joie en pleine expansion, les labels préparaient en douceur des générations de consommateurs dociles et manipulables, là où Sly voulu les émanciper. Il plongea la tête la première et se noya dans l'amertume.




Cela n'a rien d'étonnant si les Red Hot Chili Peppers, symbole s'il en est du plus désincarné rock des stades, machine mise au point pour fonctionner en roue libre, sur les réflexes pavloviens d'un public auquel on donne exactement ce qu'il attend, sans avoir besoin de se casser la gnognotte. Pas étonnant disais-je, si c'est sur un titre de Fresh, l'album d'après, qu'ils ont jeté leur dévolu lorsqu'ils voulurent rattacher leur existence à l'écrasant passé qui les nargue du haut des pyramides. If you want me to stay est un bijou de mélodie, portée par autant de malice que l'on peut caser avec bon goût dans une poignée de minutes de musique. Sly Stone y fait étale de son savoir-faire, il s'y montre roublard et clinquant, super-dope Sly, même s'il n'y dit plus rien. Suggérant simplement qu'il pourrait éventuellement ne pas rester, alors même qu'il est déjà quasiment parti. Fresh est surement l'album que je conseillerais au novice de 2016, il est neutre, comme les esprits de notre époque lessivée.



J'ai toujours vu un insupportable paradoxe ségrégationniste dans l'attitude des amateurs de Pop céleste. Dans cette façon de porter en étendard Beatles et Beach Boys, en s'efforçant d'oublier que les premiers ont dévalisé Motown et que les seconds ont pillé Chuck Berry. En se drapant des idéaux de fraternité pour mieux enterrer l'Homme noir. Pourquoi tant de collectionneurs acharnés ont-ils si peu de disques de musique noire ? N'est-ce pas pourtant du Blues, du Jazz, de la Soul, du Doo-Wop, du Gospel, du Funk que la lumière fut ? Le New-York sous lysergiques de Funkadelic, le Washington sous les bombes de Chuck Brown ne valent-ils pas cent fois le Londres sous amphétamines de 1977 ? La majesté de The Impressions, la classe arrogante de Sam Cooke ont-elles vraiment un équivalent en sucre blanc ? Il y a là une part d'obscurantisme qui ne résiste pas à la musique de Sly Stone. Il n'est plus question de Sgt Peppers versus Pet Sounds, lorsque Stand! tourne sur la platine. Ce disque est une tranche de vie kaléidoscopée par la quintessence de l'imaginaire Pop, pas un bricolage de studio mais une apologie de l'instant présent, il capte la vibration, ne se contente pas de la recréer artificiellement par ouï-dire. A l'antithèse de la paranoïa des Beatles refusant de sortir d'entre quatre murs, aux antipodes de l'autisme omnipotent de Brian Wilson, se tient Sly Stone et sa famille hétéroclite, l'esprit vif, les deux pieds sur le bitume, respirant à plein poumons l'air de la rue pour mieux nous en transmettre le vécu. 
Osez la différence, goutez la sensation du vrai. 

Hugo Spanky

31 commentaires:

  1. commentaire élogieux mais ... je suis a peu près d'accord d'un point de vue pop ... mais des consciences ont malgré tout émergées (au moins la mienne et la tienne hé hé hé). jusqu'à présent les masses ont toujours du naviguer dans un maelstrom d'opinions et certains s'y sont noyés. ça n'aide en rien ces sempiternelles accusations de pillages des pauvres noirs (celles de la scène rap, c'est légitime ?) toute musique est sous influence et je crois que tant qu'il y aura volonté d'aller plus vite que la musique justement le crash n'est pas loin ... sometimes nécessité fait loi et les mauvais copieurs-suiveurs ont les entend tout de suite ... sly est un merveilleux créateur tout comme ceux que tu descend ... il y a l'inspiration, les contextes sociaux d'époque et des pays ou émergent nos faiseurs de vacarme ça n'est pas rien. ceux qu'ils faut descendre sont trop nombreux a citer et d'ailleurs je ne les écoute pas ... après entre "dance to the music" et "white riot" on entend tout de suite la différence, moi j'ai la chance d'aimer les 2 chansons ... je préfère souligner les hommages inspirés ouais, c'est la continuité du mouvement ... wap bap et louba et long balle dans le filet but ! et maintenant réécoutons "remember who you are" pour souligner ce désaccord

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    1. Plus qu'un désaccord, il y a une mauvaise compréhension. Sans doute que c'est plus clair dans mon esprit que dans mes écrits mais ce ne sont pas les Beatles ou les Beach Boys que je critique, ils ont eu des influences (comme tout le monde) et s'en sont servis pour faire un truc qui n'appartient qu'à eux (comme peu de monde). Je critique leurs fans qui souvent ne vont pas plus loin que leur groupe fétiche. Ce qui m’interpelle c'est le manque de reconnaissance envers la musique noire en générale de la part du public Pop, alors que tout vient d'elle. Tu n'as jamais remarqué des collections de plusieurs milliers de disques ne contenant tout juste qu'une poignée de disques blacks ? Idem chez les disquaires, hormis quelques rééditions tu peux courir si tu cherches du Funk 70's. Il n'existe aucun marché de l'occasion, cette musique n'a jamais circulé par ici. Et quoi dire de la presse ? La mort de Prince (ça y est je l'ai casé))) a été un révélateur de leur méconnaissance totale du sujet.

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  2. Yo
    Tout ça m'interpelle aussi, je suis entièrement d'accord avec Pascal Arcade et j'ai un très faible pourcentage de disques blacks dans ma discothèque.
    En général je ne suis fan que jusqu'un certain point, le reste du temps j'écoute un truc et ça me plaît ou pas, peu de place pour l'ethnologie là-dedans je te l'accorde.
    On m'a aussi expliqué que Prince, Sly ou Hendrix (qui sont sur ma liste, faut pas déconner quand même) étaient typiquement des ''blacks qui plaisent aux blancs'', bon je sais pas ce que ça vaut ...
    Le funk 70's je m'y suis un peu mis remarque (comme au rap 80's, suis pas allé beaucoup plus loin)
    (Et de temps en temps je passe dans le coin pour une mise à jour, héhé)
    Je sais pas trop s'il y a des leçons à tirer de tout ça, encore moins lesquelles ...

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    1. Des noirs qui plaisent aux blancs, il y en a une palanquée, il suffit de voir le succès commercial du Rap. Dans un concert de Hip Hop, il est fréquent que les seuls noirs présents soient sur scène !

      Mon propos se situe au niveau du public de la Pop. J'ai souvent l'impression que la Pop est perçue comme une musique exclusivement blanche par son public, alors que les hits Motown ne me semblent pas être autre chose. Souvent McCartney, Wilson, Townshend ou Davies sont portés en exergue, mais jamais Smokey Robinson, Brian Holland, Lamont Dozier, Norman Whitfield, Curtis Mayfield, Marvin Gaye (ou Carole King pour sortir du débat blanc/noir) ne le sont au même titre.
      Et ça m'intrigue. Je veux dire, My girl n'est-elle pas la plus exceptionnelle des chansons Pop ?

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    2. Oui, tu as raison c'est de la pop aussi et dans les deux cas, il ya un abus de sucre.

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  3. D'ailleurs on peut aller encore plus loin dans tes propos puisque qu'aux States, ils ont des charts qui font le distinguo entre le public noir et le public blanc.
    Et si on ajoute à cela les moult reprises des hits Motown et autres maisons de disques connotées black par des chanteurs bien blancs de peau pour toucher soit disant une plus large audience, il y a de quoi se poser des question comme tu le soulignes si bien.

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  4. et "my guy" de mary wells ... y a t-il encore vraiment a l'heure actuelle ce genre de ségrégation ? je ne me réfugie pas dans le déni, tu écoute des chansons aussi avec les rencontres que tu fait et cette musique est faite pour décoller de tout ça, je le rappelle. depuis j'ai rattrapé mes retard (bien malgré moi) avec les compiles "talkin trash", "lookey dookey" et autres "t-bird party" en ce qui concerne le black rock'n'roll, puisque c'est mon registre favori (et qui n'ont pas été des succès pop, recommandé chaudement) mais aussi en découvrant les originaux qu'ont repris stones, led zep, milkshakes etc etc ... en fait le fan fetish sous hypnose, t'as bien raison, a besoin d'un coup de pompe dans le derche de temps en temps (surtout ceux de led zep tiens) donc en fait t'as bien fait, et puis on sait jamais avec toute cette scène hard core ... mais donc sly est parti ? non ? j'étais pas au courant ah non !

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    1. Et Two lovers de la même Mary Wells...Je te rassure Sly est encore de ce monde (une partie de son cerveau, c'est moins sûr) c'est juste qu'à force de lire et t'entendre donner du génie par ci, par là aux sempiternels mêmes trombines, ça m'a fait tilt.

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  5. Perso, j'ai 70% de musique noire et 30% de musique blanche chez moi. Blues, Soul, Doo Wop, r'n'b, funk...

    J'ai une bonne définition du rocker : "un petit blanc qui s'essaie à jouer de la musique noire".

    Ca marche à tous les coups : Cochran, Elvis, Les Who, Stones, Beatles, Creedence, New York Dolls, Springsteen, Clash etc...
    Tout ce qui sort de cette définition n'a rien à foutre dans le rock and roll...ou n'y comprend pas grand chose. Comme disait Eudeline, les grands rockers n'aiment pas ce qu'on appelle le "rock".

    La musique noire, c'est la source!

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    1. Je t'attendais sur Buddy Holly comme précurseur de la Pop (au même titre que Roy Orbison, encore un grand oublié celui là). Clash a eu le mérite de prendre Bo Diddley en première partie, les Stones avaient fait de même avec Stevie Wonder et Ike & Tina, on ne peut pas en citer des caisses qui aient eu une approche similaire envers la source.
      En parlant de source, une petite parenthèse pour te signaler que la diffusion de The Get Down (la série sur le New York de Grandmaster Flash) démarre mi-Aout.

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    2. Pour moi, les beatles, Brian Wilson ou la motown en ont trop fait à partir d'un certain moment. Les Beatles après Rubber Soul, Brian Wilson à partir de "Pet Sounds" etc... Tout cela m'emmerde prodigieusement, j'aime les choses simples.
      Buddy Holly est toujours resté très simple. Je ne le vois pas du tout comme de la pop.

      Voilà qui est dit. J'en ai trouvé la parfaite formulation dans la bio de Bruce du mếme nom dans la bouche de Little Stevie. Je cite de mémoire :

      "Sergent Peppers, Pink Flyod, OK c'est sympa. C'est facile d'être original. Mais le vrai truc, c'est de faire fonctionner une chanson sur les trois accords de blues. "Gloria" des Them, ça c'est le vrai truc".

      C'est à 100 000% ce que j'ai toujours pensé. Ce qui fait que je n'aime pas la pop, ni chez les blancs, ni chez les noirs. Après, tout dépend de qu'on y met dedans.

      Merci Stevie!!!

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    3. Il est un peu vache le Little Stevie, et malin comme un singe, il dit pas c'est de la daube, non c'est sympa et facile d'être original... Mais si c'est pour nous dire qu'une bonne chanson c'est forcément trois accords. Comme pour me dire que plus c'est arrangé/tarabiscoté plus c'est cache misère ou au mieux inutile.. Ça tombe bien je ne suis pas musicien et je n'ai toujours pas compris cette histoire de trois accords, pas quatre alors?. je retrouve un peu ce discours un peu conservateur de "ma" période Punk. Ça a sûrement permis de redistribuer les cartes, mais pour moi c'était trop tard, j'étais devenu trop curieux de ce que se faisait par ailleurs et je ne me posais pas ce genre de tabou. Genesis, Who, Springsteen, Costello, Wagner, Sinatra, Nat King Cole, Elvis Presley, Spector, Cramps... Juste que effectivement involontairement ça manquait de Soul, de Funk, de DooWop... ça reste un mystère.... je me suis rattrapé depuis. Mais Mystère quand même.

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    4. Ce qu'il dit n'a absolument rien à voir avec le discours du punk ou un quelconque discours conservateur. Il est possible qu'il faut être musicien pour comprendre ce qu'il veut dire.

      Je prends un exemple très simple : tu prends un morceau comme "I'am a king bee" de Slim Harpo. Juste les trois accords du blues, pas de pont, pas de break. Arrangements minimals, mais grâce au son, à l'interprétation et à la simplicité du riff, ça fonctionne à plein régime. Il y a une espèce de géométrie mathématique qui se dégage du morceau. Une poésie naturelle qui serait complètement brisée s'il avait rajouté ne serait-ce qu'un pont au milieu du morceau.

      Et ça, ça m'impressionne cent fois plus qu'un "pet sounds" ou qu'un "sergent peppers"
      C'est réellement un tour de force.

      Tu peux y aller : tous les morceaux de Buddy Holly sont fait pareils. Les trois accords du rock and roll en LA ou en SOL avec au pire un pont au milieu. Ultra simple mais géniaux.

      Il y a une autre manière de cacher la misère, c'est de rajouter pleins d'accord et de compliquer inutilement la mélodie. Je pense que c'est exactement ça qu'il veut dire.
      C'est que je n'aime pas dans la pop.

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    5. Bizarrement, je me retrouve dans vos contradictions. D'un côté Pet Sounds et Sgt Pepper's m'emmerdent royalement, et d'un autre j'adore Strawberry field forever qui d'une certaine façon contient les deux albums en elle. Pour moi, elle les rend même complétement inutiles. Pour agacer Serge (et souligner sa mauvaise foi), j'ajoute que Waterloo sunset me fait la même chose avec l’œuvre des Kinks. Elle m'en dispense.)))

      D'un autre côté, j'adore la simplicité du Blues, je trouve effectivement miraculeux qu'on puisse faire autant avec si peu, mais j'aime tout autant les cascades d'arrangements méticuleux des Drifters, des Righteous Brothers, des Who.

      Je pense, comme Pete Townshend (puisqu'on en est à citer les grands esprits) qu'une même chanson a deux vies, deux conceptions radicalement opposées, en studio avec toute la sophistication que cela permet (et nécessite) et en live, où la nature humaine doit préférer son aspect sauvage et primaire à toute notion d'élégance démonstrative.

      Pour Buddy Holly, c'est clairement de la Pop le plus souvent, il a cette volonté d'utiliser le studio autrement que pour simplement capter la pulsation primale (contrairement à Elvis par exemple). Du moins est-ce ma conception de la Pop. Je dirais même que Everyday est un des plus grands singles de la Pop music. Celui qui a mis le ver dans le fruit et transmis cette idée qu'on pouvait aller un petit plus loin.

      Quoiqu'il en soit, il arrive toujours un moment pour un groupe où toutes les considérations de genre tombent, ce qui distinguera éternellement les bons des mauvais, ce n'est ni les arrangements, ni le nombre d'accords, c'est le rythme. Et là, le tri se fait très vite.

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    6. Le rythme, donc la musique noire CQFD!!!

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    7. Je comprends... En partie. Mais, non pas MAIS... Par rebond, avec tout ce que nous avons échangé, je ne pensais pas forcément aux trois accords, mais un titre comme CAROLINE NO ... n'est pas forcément si "compliqué" Une de mes chansons préférés tout genre confondu. Dépouillé... Aussi attachante que "Waterloo.." que je mets haut aussi au panthéon pop. Du coup je me demande si l'adhésion ou le rejet n'est pas ailleurs. J'ai un ami que les BB énervent dans leurs périodes "Harmonies vocales grégoriennes" Il ressent de l’esbroufe la dedans alors que moi je fonds; Mon passé d'enfant de coeur peut-être?

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    8. C'est pas une question d'avoir des arrangements meticuleux ou pas. C'est pas une question d'avoir de studio ou pas.

      Ca tient à la structure des chansons. Les drifters, les Who et SURTOUT Buddy Holly reste sur les trois accords du blues. (C'est pas n'importe quels accords) Et "Everyday" en particulier. Ce qui donne un feeling rock'n'roll malgré tout.

      Les Beatles et la pop anglaise s'en sont largement écarté à un moment donné : "Yesterday", "Michelle" ou que sais-je ne fonctionne plus sur ce schéma. Et ç'est là que la pop nait.
      "Waterloo Sunset" est effectivement pop aussi.

      Voir l'épisode de vynil ou Lester explique au fils de Jagger toutes les variations autour de ces trois accords. Ce passage est assez génial, d'ailleurs.
      Tant que tu reste dans ce cadre, tu ne fais finalement que du r'n'r :

      https://www.youtube.com/watch?v=anWc88q2GhE

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    9. Mouais. Si tu prends les accords du Blues et que tu leur colles un rythme, tu tombes pas forcément sur du Rock'n'Roll, tu peux aussi te retrouver avec un boogie Rhythm&Blues. Donc j'en reste à mon idée que le Rock'n'Roll, la Pop, le Rhythm & Blues, le Blues sont avant tout une intention. Ça devient ce que tu en fais au delà de ce que c'est à la base. C'est un peu comme la différence entre une Pissaladière et une Pizza )))
      Prends Marc Bolan, il s'éloigne rarement des riffs d'Eddie Cochran et pourtant, pour moi, c'est de la Pop (et Cochran du Hard Rock, ce qui peut encore faire chavirer le navire).

      En fait, j'interprète la Pop comme étant une variante du R'n'R alors que tu la vois comme une définition anglo-saxonne de ce qu'en France nous appelons la Variété. Ça se défend.

      En tout cas, il reste stupide de vénérer la Pop et de désigner ad vitam æternam les mêmes génies sans être foutus de voir Sly Stone ou Arthur Lee comme étant l'un d'eux sous prétexte qu'étant noirs ils sont sempiternellement classés dans le R&B. C'était le but de ce papier de rappeler que la musique est une affaire d'oreilles avant tout.
      Prince (encore !))) lorsqu'il signa son premier contrat demanda à Warner Bros de ne pas le classer dans la musique noire. Il ne voulait n'être que musique, des sons et rien d'autre (c'est ce qui finira par aboutir à ses nombreux changements de noms). L'idée de ce papier m'est venu après qu'on soit allé voir Purple Rain au cinéma (au passage on a pris une claque monumentale de le revoir sur grand écran, son à fond les manettes. Ce film est l'équivalent de Saturday Night Fever -et tu sais ce que j'en pense-) dans la salle pas l'ombre d'un des pseudo-rockers locaux, mais une majorité de soixantenaires sans uniforme ni étiquette collées sur le front, venus en couple. C'était une séance unique organisée par une association d'amateurs de Jazz, un gars a fait un speech avant la diffusion, précisant que bon, Prince est un énorme génie mais que ce film, hein, faut pas en espérer grand chose, et patati et patata, j'avais juste envie de le sortir aux plumes et goudron. La réponse qui lui a été donnée fut magnifique, lorsqu'à la fin du film la salle s'est levée pour applaudir !
      J'en avais les larmes aux yeux. Prince avait réussi à faire tomber toutes les barrières, à se faire adopter sans considération autre que le plaisir qu'il procure.
      Et de penser que ça serait bien que ça soit le cas pour tous. Et d'être niflé de lire encore et toujours McCartney, Wilson (au passage Lennon doit être un con) comme unique référence alors que... "Sly Stone aura réussi l'exploit....."))))

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    10. Ok je rebondis sur l'extrait de Vinyle. Un pote a tenté avec Pachebel et cette démonstration comique de me faire comprendre ce que sont les accords que je "n'entends" pas
      https://www.youtube.com/watch?v=JdxkVQy7QLM
      Je comprends mais n'y arrive pas, je n'ai pas cette oreille, il me faudrait davantage de "professeur" Mais si les accords c'est le squelette, et qu'ensuite s'ajoute viande & co... Le squelette, c'est pas le premier truc qu'on regarde même si indispensable.
      ça reste une scene sympe, je vais m'y recoller a vinyle... à déguster puisque "fini" ... peut-être?

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    11. Rien de plus rock and roll que T-REX, en effet...
      J'en suis resté à la définition du rock and roll de mon adolescence, ça doit être du à mon age avancé. )))
      Tous les sous styles rajoutés plus tard ne veulent rien dire pour moi.

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  6. Ha ha Je m'apprêtais à te tomber dessus avec les "...dans l'attitude des amateurs de Pop céleste. Dans cette façon de porter en étendard Beatles et Beach Boys, en s'efforçant d'oublier que les premiers ont dévalisé Motown et que les seconds ont pillé Chuck Berry" Mais les commentaires m'ont précédés et tes explications aussi. Bon, me voici à me replonger chez ce grand qui aurait pu le devenir encore davantage... Avec un Miles Davis qui tournait autour, sans que cela donne grand chose pour nous finalement.
    Sinon? Tu as raison, tu me fais penser à la Bio de Nile Rogers, pourquoi la SOUL séparée de la POP comme chapelle musicale? Bon, au jeu des influences on parle de MOTOWN mais on pense BRILL BUILDING qui les premiers? Pas beaucoup de musique d'artistes noirs dans nos discothèques? C'est vrai pour moi si je parle de mes vinyles. Fin 70, quand tu parlais de musique "Black" nous pensions déjà musique de boite de nuit, disco & co. À l'inverse j'en ai connu des minets et des minettes (ma mignonne cousine...) ça n'écoutaient au contraire que du Noir, la grande époque de Barry White (ha ha marrant le nom), Cameo, Commodores, EWF...etc.. et puis tiens, ils écoutaient très peu Hendrix, Sly... Le mal était fait, chacun pensant ne pas être concerné par l'autre côté de la salle de danse/écoute. Résultat, aujourd'hui, tu trouveras des experts de Funk & Soul, tellement à découvrir et à rattraper que pas de raison d'aller écouter ailleurs.
    Reste le plaisir aujourd'hui de découvrir à défaut d'avoir su avant. Je regrette quand même Marvin Gaye, j'aurai bien aimé le découvrir ado.
    SLY je n'ai pas d'excuse, j'ai tremblé devant sa prestation à Wood-stock, c'était une p'tain d'excitation, tout ça pour finir par m'acheter entre autre Alvin Lee...

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    1. Lequel était là en premier entre le Brill Building et la Motown ? Tin Pan Alley ! )))
      Haha, l'alliance des juifs et des noirs, c'est ce qui a fait le Rock'n'Roll (et le Jazz) dès l'origine. Il a juste fallu que les ritals s'emmêlent pour imposer le produit au plus grand nombre pour que l'affaire soit entendue.

      Et donc, les minets funky de notre adolescence...figure toi que c'est par l'un d'eux que j'ai commencé à écouter énormément de Funk. Pourtant, j'imaginais même pas qu'un mec en Taverniti pouvait aimer la musique. Quelle erreur, la plupart de ces minets avaient une connaissance et des goûts bien plus affirmés et personnels que beaucoup d'autres qui portaient tout l'attirail du parfait rocker mais possédaient tous les 50 mêmes albums (souvent sans trop savoir pourquoi).

      Ça m'a fait la même avec la New Wave, pendant qu'on se demandait si l'écoute de Depeche Mode était cohérente avec le port de la banane, les minets collectionnaient les singles assassins. J'ai sauté dans le train, là aussi. J'ai jamais aimé qu'un mur me cache la vue.

      Et Sly. Là, c'est encore plus complexe parce qu'il dépasse le clivage du Funk. Le Popeux standard ne peut même pas prétexter que ça sent trop la transpiration pour lui. Sly, c'est un fignoleur, un architecte, il a grandi en faisant de la radio à San Francisco, donc avec une programmation sans ségrégation. La Pop il connait autant que le Blues. D'ailleurs il sera un temps producteur pour le label Autumn,, pour lequel il travaillera en studio avec la scène Garage. L'homme à la console pour The Beau Brummels, c'est lui. Et c'est encore lui qui produit la version originale de Somebody to love, celle de The Great Society, avant que Grace Slick n'embarque sa chanson pour rejoindre Jefferson Airplane.
      Tout ça pour dire, que pour le snober lui, il faut pire que de la mauvaise foi. Il faut Ten Years After...)))))) Je te chambre mais je les ai bien au chaud mes albums de la bande à Alvin Lee. D'ailleurs, ça serait pas étonnant qu'ils déboulent sur Ranx un de ces quatre.

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    2. Tu peux me chambrer, j'ai vraiment manqué ce (Soul)Train là. T'imagines, s'extasier devant des J Geil Band et même pas comprendre que etc... Au fait, maintenant que j'y pense, faut que je vous parle et drop mon coffret vidéo SoulTrain. Formule terrifiante mais... Wouahhhh à suivre

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    3. J'ajoute, dans le Nick Kent "Dark Stuff" tu as un chapitre sur Sly et Miles Davis. Faut faire confiance à Miles qui voulait s'approcher de Sly, c'est qu'il a du nez pour repérer les grands... dommage, déjà la période poudre de Sly et donc... Riot puis plus l'envie.

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    4. C'est surement pas la poudre qui aura fait fuir Miles Davis ))) Il a aussi beaucoup dragué Prince et ça n'a débouché sur rien là non plus. Je ne pense pas que des mecs comme eux soient fait pour les collaborations, ce qui fait leur talent c'est leur leadership, le fait qu'en maitrisant tout de A à Z ils imposent une vision. Un truc global qui ne fonctionnerait pas en y ajoutant des individualités fortes. Ça le diluerait plutôt qu'autre chose. D'ailleurs le bootleg qui les réunit est assez ennuyeux, c'est juste des soli de Miles Davis sur des partitions de Prince, il n'y a pas d'osmose, ça ne décolle jamais.

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  7. Roy Orbison un grand oublié !!? On dirait qu'on habite pas dans la même maison ;)))
    Bon sinon je vais être franche, je ne comprends rien à ce papier (;p), mais une chose est sure, je suis comme Serge, j'aime les choses simples. Et ce matin encore, c'est ce que je me disais en écoutant Warren Zevon. Même s'il n'est pas noir ;)))

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  8. la chose a comprendre c'est que sly and the family stone ont écrit des chansons qui groovaient et qu'un concert avec les new york dolls aurait été une belle rencontre mais ça a pas pu ce faire parce que j’étais pas assez mature dans les 70's mais qu'en france on a des idées

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    1. C'est marrant que tu parles des New York Dolls parce que je les avais à l'esprit en faisant ce papier, sans doute du fait de l'aspect coloré et exalté de la Family Stone. Je me disais que c'est ce qui avait manqué à Johnny Thunders en solo, ce côté funky (but chic) qu'avaient les Dolls. Aucun autre groupe de blanc-becs n'a su capter l'esprit de la musique noire comme eux, leurs reprises sont toutes démentielles et parfaitement dans le ton. Même leur Don't mess with cupid des débuts est impeccable.

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  9. Après Rick James, Sly Stone : on reste dans la dope :-D
    Mais de la bonne came comme disent les jeunes. "Stand !" et "There's A Riot Going On" sont deux albums incontournables du Funk dans ce qu'il a de plus noble, à bien ranger à côté des meilleurs James Brown. Sly plongera dans la coke, comme beaucoup de musiciens, et noirs en particulier, introduite par la CIA pour faire exploser de l'intérieur les mouvements noirs type Black Panthers.
    Tout à fait d'accord avec toi sur l'oubli honteux du rôle de la musique noire sur le Rock des années 60. Seules les musiciens blancs avaient la décence de le dire. Dans son autobiographie, Rod Stewart n'a de cesse de rappeler qu'il vénérait Sam Cooke, et qu'il en était un bien piètre imitateur. Keith Richards, lui, évoque le Blues noir et Chuck Berry avec flammes, cherchant à trouver ce groove qu'ils mettront des années à vraiment cerner.
    Mais notre société a réussi à javelliser jusqu'à la musique noire elle-même, remplaçant tous les grands jazzmen, funkmasters et bluesmen par un hip-hop lessivé de toute vélléité contestataire.

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    1. Le Hip Hop, tu as raison, c'est dramatique ce qu'ils ont fait de ce mouvement pourtant tellement porteur et prometteur dans sa première incarnation. Je suis impatient de voir ce que va donner The Get Down, la série sur les débuts du genre dans le New York de la fin des 70's.
      Bon, depuis c'est toute notre culture qui est passée à la trappe. On se raccroche aux exceptions.

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